Cloud Nothings: « Life Without Sounds »

Moins de 2 ans après Life Without Sound, Cloud Nothings reviennent pour un album sauvage, toutes griffes dehors. Dylan Baldi, le chanteur guitariste délivre une performance déchaînée, et ne peut contenir ses rugissements, même dans un titre mid-tempo comme « So Right So Clean ».

Les guitaristes sont tout aussi frénétiques et lacèrent furieusement leurs instruments. La section rythmique est fébrile, excessive, délivrant des coups de pattes rageurs. Ces 8 titres se dévorent d’une bouchée. Le long break instrumental de Dissolution reste tendu comme un fauve à l’affût, jusqu’à l’attaque finale. Si ce type de plan est une spécialité bien connue de nos originaires de Cleveland, ils n’hésitent pas à pousser la bête dans ses retranchements. Avec Last Building Burning, Cloud Nothings se taillent la part du lion.

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Constant Mongrel: « Living In Excellence »

Constant Mongrel font partie de la scène indépendante de Malbourne depuis une bonne dizaine d’années. Il y a fait forte impression avec leurs deux premiers albums parus en 2012 et en 2013. Cinq ans plus tard, le groupe fait enfin son grand retour avec leur successeur intitulé Living In Excellence.

Ce que l’on retient chez Constant Mongrel est leur fusion entre post-punk et darkwave digne des années 1980 plutôt cathartique qui refile des frissons. La musique du quatuor rappelle tantôt Interpol tantôt Joy Division ou même les talents locaux comme Eddy Current Suppression Ring sur des morceaux bien sombres et frénétiques allant de « 600 Pounds » qui ouvre les hostilités à « Warm Hands » en passant par les énergiques « Action », « The Law » et « Lifeless Crisis ».

Entre les riffs urgents, les lignes de basse démoniaques et les chants des plus déments, il n’y a qu’un pas et Constant Mongrel sait entretenir ce climat nihiliste à travers ces onze chansons qui dézinguent la situation sociopolitique actuelle. Il n’est pas rare de s’électriser sur des moments bien enragés comme « Warm Hands » ou encore « Puffy » qui clôt ce chapitre. Voilà une conclusion qui prouve que le quatuor australien est de retour au-delà des rêves de « headbangers ».

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Camp Cope: « How To Socialise & Make Friends »

Ces trois australiennes originaires de Melbourne débitent leur rock alternatif sur des compositions qui ne sont pas sans rappeler la grande période des Riot grrrls (90’s). C’est en 2015 que Georgia McDonald (chant/guitare), Kelly-Dawn Hellmrich (basse) et Sarah Thompson (batterie) fondent Camp Cope. How To Socialise & Make Friends est leur deuxième album sortie en mars 2018 sur Poison City  Records. Souvent comparés à Courtney Barnett ou Julianna Hatlfield (rien d’original me direz-vous), Camp Cope dégage pourtant un style bien plus brut et plus frais dû sans doute à la jeunesse de leur groupe.

On peut parler d’un album de la « maturité », on peut également dire que c’est une excroissance signe de créativité. Camp Cope a encore beaucoup à offrir, elles ont faim, elles ont soif de rock’n’roll. How To Socialise & Make Friends est un pied de nez au conformisme ambiant, offrant des titres criant de tristesse dans « The Opener » ou « The Omen », de colère, d’amour et de justesse « Anna », « The Face of God », « UFO Lighter ». Il manque parfois pour exprimer colère et mélancolie ; Camp Cope vient de combler ce vide.

**1/2

Guerilla Toss: « Eraser Stargazer »

Le fait que Guerilla Toss ait choisi d’enregistrer leur nouvel album en dit long sur son approche en ce qui concerne le côté business de la chose. Comme il sied à celle-ci, ce combo d’avant garde new-yorkais se montre assez sauvage dans sa démarche. Sur ce nouvel opus, le groupe favorise un concept lié à l’excentrique, l’imprévu et la capacité à véhiculer un sesns qui serait lié à la menace.

La chanteuse, Kassie Carlsson se montre une vocaliste habitée avec des textes privilégiant l’écriture automatique sur un accompagnement fait de percussions rudes, de guitares incisives et de rythmiques frondeuses. « Grass Shock » en est représentatif tant il se veut porteur de virulence et de compulsion épaulé par d’autres morceaux comme « Multibesat TV » ou « Big Trip » qui entérinent une volonté de déboulonner les canons du rock alternatif. Le résultat en est des changements d’humeurs qui hésitent entre inconséquence et exaltation ; il conviendrait à chacun d’y trouver éventuellement commodité ou ennui.

**1/2

The Renderers: « In the Sodium Light »

Le huitième album de ce combo noise-country néo-zélandais se présente avec une certaine aisance tant il est composé de lentes vagues de guitares dont le but est de planter des atmosphère plutôt que d’accumuler les riffs, de sanglots de violons qui s’allongent et de « murder ballads » aux dictions fantasmagoriques et chuchotées.

« Sea Worthy », le morceau phare, est un folk-song hanté et délabré avec des percussions qui défilent martialement comme des courants sous-matins où les algues font résonner des tonalités de guitares en détérioration.

Les deux membres principaux de The Renderers, Maryrose et Brian Crook, sont mariés et travaillent ensemble depuis près de 20 ans. Maryrose assure la basse et les vocaux et son phrasé sonne toujours comme issu d’un autre monde, glacé et intouchable, alors que Brian alterne longs moments de faux silences à la guitares et tonalités qui s’insinuent pour créer une sorte de pandémonium.

Sur « Black Saturn » le sépulcre se nimbera d’une monotonie volontaire et, ainsi, d’autnt plus angoissante avant d’osciller entr rythmique incendiaire et pâleur d’outre tombe. Les disques précédents étaient distendus et bizarres, In the Sodium Lightnous montre un garage rock plus serein sous ses lamentations souterraines.

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KEN Mode: « Success »

Après avoir progressivement acquis une audience de plus en plus importante, KEN Mode (à savoir Kill Everyone Now Mode) ont dépassé désormais le noyau dur des fans de hardcore métallique et semblent même dans un processus de dégraissage de leur son.

C’est sans doute en ce sens qu’ont peu interpréter l’embauche du Svengali anti-rock Steve Albini pour mettre un peu d’ordre dans la production et réduire quelque peu le tintamarre dissonant.

Cela s’accompagne, sur Success, de textes où les ressources lyriques sont en évidence qui font des compositions de véritables missives et non pas simplement un renfort à ce qui n’était qu’assaut audio.

Voilà un album puissant et rafraichissant, porteur de nouveaux schémas où le contenu a au moins le mérite , même si il n’y parvient pas toujours, de viser un cran supérieur en termes de qualité.

***1/2

Merz: « II »

C’est toujours une bonne chose de se retrouver face à des options. Par exemple quand vous avez créé le « buzz » après un premier disque éponyme et que vous vous dites que vous allez devoir aller un peu plus loin pour votre deuxième album.

Le cas va s’affiner quand vous êtes un trio de noise-rock et que l’on vous a accorder plus de temps pour composer, un studio plus élaboré et le corollaire d’être ainsi tenté d’embellir les choses.

Rien de tout cela n’est flagrant sur II, et on peut en remercier Merz. Les bryits de statique, le feedback et les circuits d’amplis bien grillés (« The Swimmer » par exemple) figurent au programme et dominent un bon tiers des morceaux

« Zzzy » dure 36 secondes et n’est constitué que de cela, le mix d’un groupe en proie aux tourments de l’agonie mais ce ne sera pas que le bruit qui va faire de II un album mémorable.

On trouve ici une économie dans l’urgence qui provoquent de belles embardées aux riffs batailleurs et, si II est explosif comme une grenade, c’en sera une à fragmentation dont ‘effet durera bien après l’impact.

***1/2

Thee Oh Sees: « Mutilator Defeated at Last « 

À contre-courant de leurs intentions initiales, Mutilator Defeated at Last est le deuxième opus de Thee Oh Sees après qu’ils aient annoncé qu’il se mettaient indéfiniment en congé/hiatus en 2013.

On se sera pas pas surpris de ce rétropédalage ni mécontent de ce retour. Le titre d’ouverture, « Web » » avec des tonalités de guitares tournoyantes et psychédéliques et le phrasé de John Dwyer chuchotant ses textes en staccato précis et parfaitement ponctué.

Cetet érserve ne durera que peu quand libre cours est donné à une marée sonique avec « Lupine Odissey » subvertissant la palette bluesy de « Turned Out LIght » avec la loquacité de ses solos de guitare pourvoyant un assaut auditif constant.

La seule pause sera « Holy Smoke », un titre à la douze cordes acoustique évoquant Kurt Vile ; le reste demeurera catégoriquement planté dans le bruit comme support de cette créativité qui prétend vous former différemment l’esprit.

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Lightning Bolt: « Fantasy Empire »

Lightning Bolt est un duo qui a cette réputation de nous présenter des shows à l’image de son patronyme et de pousser les possibilités d’un ensemble composé d’une batterie et d’une basse bien au-delà d’un volume supportable à nous oreilles.

Ils abordent les disques avec la même sensibilité et une démarche plus lo-fi en matière d’enregistrement de manière à permettre à ce que les deux instruments se mêlent et se brouillent dans une distorsion et une énergie indifférenciées.

Fantasy Empire est leur septième opus et il a été enregistré avec une poussée volumétrique encore plus haute mais aussi une esthétique sonique basée sur la composition, à savoir ces petites choses de style couplet/refrain qui sont censées fournir mélodie et chanson.

On pourrait parler de noise rock passé à la moulinette Steve Albini c’est-à-dire un effort vers structures et textures (comme sur Earthy Delights en 2009) plutôt que des tangentes vers le déversoir et l’étrangeté façon Oblivion Hunter en 2012.

Que ce soit sur un « Mythmaster » ou « Dream Genie », tous deux alimentés par un groove pulsé et puissant, ou sur le titre d’ouverture « The Metal Esat », bel exemplification de trash metal à base de riffs, on trouve à chaque instance des riches accroches mélodiques maiqs ce sera sur le long « closer », « Snow White (& the 7 Dwarves Fans) » que les arrangements seront les plus peaufinés. On a droit ici à une construction où couche sonores s’ajoutent les unes aux autres pour nous faire pénétrer dans un chaos soigneusement contrôlé.

Il ne sera donc toujours pas possible de parler de Lightning Bolt sans utiliser ces métaphores qui vont du machisme au masochisme. Fantasy Empire, une fois de plus, est un album qui annihile nos sens auditifs mais jamais cette dévastation portée à nos oreilles n’a sonnée aussi bonne.

***1/3

Grooms: « Comb The Feelings Through Your Hair »

Comb The Feelings Through Your Hair est le quatrième album de ce groupe de Brooklyn qui est, eu à peu, devenu une référence dans la scène noisy. Alors que celle-ci est, à son tour, avalée par le business, du moins aux USA, le combo demeure toujours aussi tonitruant et extrême dans son approche. Leur disque précédent, Infinity Caller, était un opus solide et fortement introspectif comme si c’était de l’exploration intérieure que l’inspiration pouvait être retrouvée. La chose est différente ici, et le combo sonne désormais comme si il sortait de bois et que, de ce maquis intérieurs où ils s’étaient calfeutrés, surgissait une troupe de réfugiés prêts à en découdre.

Plutôt que de faire une pause et de se contenter de ce qu’ils avaient intégrés, ils ont, en effet, décidé de s’extirper de leur zone de confort. Cela ne revient pas à dire que toutes leurs caractéristiques ont disparu. Le travail à la guitare est toujours là, riche de multiples nappes sonores, les textes continuent d’être composés d’ interrogations existentielles vectrices d’angoisse et d’anxiété et le songwriting, lui, s’oriente vers mélodies pop combinées à moments plus arty.

Ce qui fait que tous ces ingrédients sonnent différents est la manière dont ils sont mis en place. La guitare de Travis Johnson est poussée un peu plus en arrière dans le mix permettant à la section rythmique d’imprimer plus d’impact aux compositions. Le morceau central, « Doctor M », incarne cette évolution à la perfection. Il est énergique et agité tout en conservant toutes qualités de nuances qui ont fait de Grooms un groupe qui compte.

Tout se passe, au bout du compte, comme si Infinite Caller avait permis au groupe de trouver sa véritable substance. Cette nouvelle identité, ils semblent pressés de l’explorer et, si ce nouvel album est une indication, on en est presque à souhaiter qu’ils prennent leur temps avant s’y parvenir.

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