Bipolar Explorer: « Sometimes In Dreams / Til Morning Is Nigh: A Dream of Christmas »

Bipolar Explorer est un duo de dream-pop/shoegaze new-yorkais qui avait publié un premier opus Dream Together et qui semble vouloir faire d’une pierre avec n deuxième album connoté de la même manière en matière de terminologie puisqu’il s’intitule Sometimes In Dreams / Til Morning Is Nigh: A Dream of Christmas.

Composé de Summer Serafin (vocaux) et Michael Serafin-Wells (instrumentation) le couple nous emmène dans un univers, on l’aura deviné, onirique où l’intimité la plus pure et la plus cérémonieuse est mise en valeur.

À cet égard, c’est la voix de Summer Serafin que l’on va entendre dès les premières secondes de « You Are Loved (Summer’s Theme) » avant que son époux reprenne les devants avec des compositions épurées et célestes qui ont de quoi nous envoûter sur, entre autres, « Letter To The Darkest Star », « Ocean » ou même « So Anyway ».

En alternant passages parlés et envolées lyrico-sentimentales de Michael Serafin-Wells où il ne suffira que d’arrangements minimalistes (une guitare et des sonorités en arrière-plan) et de schémas « bipolaires », crépusculaires et umineux, Sometimes In Dreams nous convie dans sa matrice intrigante.

On sera, alors, fasciné par ce qui est du ressort de la beauté immaculée avec des titres comme « Out » et « Necessary Weight » en passant par les célestes « And At That Hour, Above (Perigee-Syzygy) », « The Choral Text Passage » et autres « Dead End Street » ; l’ensemble formant un tout.

Au travers de ces humeurs contrastées, ce double « concept album » est avant tout un exutoire ; qu’il parvienne à exorciser ce qui peut nous embraser le rend indispensable.

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Tia Gostello: « Thick Skin »

Cette jeune Australienne de 19 ans, après des passages en première partie de Frightened Rabbit, quelques « singles » et EPs encensés par la scène de Brisbane et plusieurs nominations aux trophées locaux, sort Thick Skin, son premier album. Il s’agit d’un opus de de dream pop atmosphérique, souvent éthérée (« Phone Me ») ou garnie d’effets de guitares dans ses chorus (« Strangers »).

Sa voix planante survole avec aisance les six cordes saturées et son n’est pas sans évoquer des artistes comme Mazzy Star ou Widowspeak.

Tia Gostelow fait preuve d’adresse pour faire cohabiter sa vision de la musique finalement très pop, mais interprétée à la manière d’un chanteuse plutôt folk qui laisse passer une émotion brute et sans fards à travers son chant.

Les chansons, sont solide et, sans temps mort ; elles s’imbriquent parfaitement pour faire de Thick Skin un « debut album » qu’on ne peut pas passer sous silence et qui devrait faire parler de la chanteuse au-delà de son Queensland natal.

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Her’s: « nvitation To Her’s »

Her’s est un duo originaire de Liverpool, composé de Stephen Fitzpatrick et d’Audun Laading et semble s’être imergé dans les disques de Mac Demarco et autresopusde surf-pop tant cela transpire fortement à chaque sillon de leur premier album officiel, Invitation To Her’s.

Révélés par leur single « Dorothy », Her’s continue donc sur sa lancée avec des titres acidulés et doucement nostalgiques comme « Harvey » qui ouvre le bal de façon funky mais également « If You Know What’s Right », « Low Beam » et « Breathing Easy »

Le duo parvient également à incorporer d’autres influences musicales eu travers de leur surf-pop avec, par exemple, les climats innocents de ces rythmes bossa nova sur « Carry The Doubt » sans que cela ne sonne incongru.

Les riffs mélodiques ainsi que la voix en falsetto de Stephen Fitzpatrick n’en finissent pas de faire des malheurs notamment avec « Blue Lips », « Love On The Line (Call Now) » et autres « Don’t Think It Was Over » qui sont soutenus par des synthés groovy et éthérés. Il ne manque plus qu’un final définitivement harmonieux du nom de « Under Wraps » pour réaliser que Her’s a fait une entrée plutôt remarquable sur la scène dream-pop/surf-pop actuelle et leur premier album protéiforme.

***1/2

Magic Wands: « Abrakadara » & « Portals »

Magic Wands est un duo de Los Angeles qui sort ici simultanément ses troisième et quatrième albums. Les deux, Abrakadara et Portals (une collection de vieilles démonstrations) seront des indispensables pour tous les les amateurs de dream-pop et de shoegaze.

Le premier est excitant dans la mesure oui démontre l’expertise des artistes à mêler des titres accrocheurs et pop à des textures sophistiquées, puissantes, transcendantes et même mystiques

On n’y trouve confiance et esprit d’aventure,Une palette sonique comprenant des éléments éthérés, des guitares ambient et des synthétiseurs emplis de fluidité et de bienséance où ils explorent ainsi un paysage auditif en pleine expansion, sans sembler vouloir lui donner des limites.

On retiendra la chanson titre et l’atmosphère onirique d’un morceau comme « DNA » où les phrasés vocaux sans effort véhiculeront un sentiment de simplicité voire de simplisme qui sera démenti par la complexité des émotions que peut recevoir l’auditeur.

Portals sera compris d’inédits et de bandes restées à l’encan comme « Warrior Version 2 » et « Baby Love ».

C’est deux albums montre la versatilité du duo capable d’oeuvrer dans un registre très fermé et d’y trouver pourtant science du détail et imaginaire créatif non segmenté

***1/2

Still Corners: « Slow Air »

Basé à Londres, ce combo a écrit et enregistré son dernier album, Slow Air, à Austin, Texas. Les son, susceptible de plaire à des fans de Beach House ou des Chromatics, est extraordinairement visuel. Ici, il est fermement enraciné dans une « americana » tendance dark country mêlée à leur coloration initaile, la « dream pop ». Le tout donne un opus qui ne déparerait pas la BO d’un film de David Lynch.

Textes simples et instrumentaux maussades nous plongent dans un décor qui nous emmène au sein d’un monde imaginaire où trônent la désillusion et le stress que peuvent générer la vie urbaine.

Ainsi, « In The Midle Of The Night » sonne comme du Neil Young remixé en mode chill out, chose qui n’aurait pas été hors sol dans les chansons d’amour désenchantées de Chris Isaak ou Lana Del Rey.

« The Message », quant à lui évoque ce que pourrait être une virée à grande allure sur un freeway au milieu de la nuit ; humeur à la fois libératrice mais emplie d’une solitude, humeur qui d’ailleurs, jalonnera tout l’album.

C’est sur le quasi-instrumental «  Welcome to Slow Air » que la morosité atteindra son paroxysme avec ces sonorités étouffantes et tropicales mais la dernière parte de Slow Air se fera plus enlevée avec lun « single » (« Black Lagoon ») plus lyrique et ancré dans un décor de moindre claustrophobie. Ce sera cette impression qu’il sera nécessaire de retenir pour mieux s’appesantir sur l’onirisme et l’imagination, deux éléments que Sill Corners et Lych conjuguent chacun à leur manière.

***1/2

Beach House: « 7 »

Le nom de Beach House figure immanquablement parmi les plus importants lorsqu’il est question de dream pop, prolongement inspiré des ancêtres Cocteau Twins devenu carrément un sous-genre incontournable depuis les années 80.

De concert avec le réalisateur Chris Coady, soit à partir de l’opus Teen Dream, Victoria Legrand et Alex Scally avaient effectivement créé de magnifiques tableaux oniriques, mais… Que pouvaient-ils vraiment ajouter après avoir bricolé six albums dont certains avaient marqué la dernière douzaine d’années?

Après la sortie de Bloom en 2012, le tandem de Baltimore a progressivement épuisé ses ressources originelles; vu les limites mélodiques et harmoniques de ces chansons stratosphériques, l’habillage était essentiel au prolongement du voyage… et l’on en observait la redondance texturale depuis un moment. Conscients de la nécessité de changer de décor, Legrand et Scally ont oeuvré auprès de Sonic Boom (Peter Kember) et mené à terme ce 7.

 Ont-ils stoppé l’essoufflement conceptuel? Provisoirement, du moins, car ils offrent ici 11 titres bien sentis. L’usage des claviers et l’épandage de fluides électros, avons-nous noté, l’emportent sur celui des cordes électriques et des évocations shoegaze. Succincts, peu complexes, les textes suggèrent cette possible beauté émergeant du côté obscur, inhérent à la période actuelle. Les mots ici chantés évoquent aussi la sagesse et la résilience que procure l’assomption des traumatismes de l’existence.

Selon les principaux intéressés, par ailleurs, le chiffre 7 aurait été choisi notamment pour ses vertus numérologiques – parmi ses qualités, la simplicité du titre (et thème récurrent dans le cas qui nous occupe) mènerait l’auditeur à plonger plus aisément dans le contenu immersif de cet opus franchement réussi. Soit dit en passant, la chanson L’inconnue offre une portion française aux paroles chantées en canon (rappelons que Victoria est la nièce de Michel Legrand), et le chiffre 7 y est aussi évoqué. L’âge de raison? Allons-y pour une note de sept sur dix soit…

* * * 1/2

Grizzly Bear: « Painted Ruins »

Que Johnny Underwood, (Radiohead), ait dit de Grizzly Bear qu’il était son groupe favori est une façon de lui rendre justice mais aussi de lui tendre la corde pour se faire pendre. Jusqu’à présent Ed Droste et ses acolytes ont réalisé un sans fautes et été suivis par une escouade de fans tous aujourd’hui dans l’anticipation de ce qui allait suivre Shields, leur titre de gloire en 2012.

Painted Ruins ne décevra pas mais il ne surprendra pas non plus. On restera en effet dans les mêmes schémas grandioses, par exemple sur « Wasted Acres »  avec son léger bourdonnement orchestral et sa plongée soudaine dans une complexité vectrice de frénésie.

On arrive, dès lors, dans ce trop plein qui nous guette tant l’imaginaire auquel nous sommes conviés fait comme nous engloutir.

Les cordes sont excessivement doucereuses, les guitares cultivent les effets « twang » et les vocaux de Droste contribuent alors à véhiculer ce climat d’ascension qui prête, dans son acmé, à la suffocation.

D’un paysage sonique à l’autre on se retrouve très vite perplexe face à cette électronique soyeuse et ce tsunanmi d’accords entassés, crépitant comme si ils étaient disposés au hasard.

On retiendra, heureusement, les percussions, plus cotonneuses, de « Aquarian » ou « Cut-Out » qui voisineront gracieusement avec l’imprévisibilité dont Grizzly Bear nourrit son instrumentation : ce sera dans la qualité de cet alliage entre dream pop vaporeux et art pop distordu que l’on pourra alors parler d‘une œuvre qui, à défaut d’être classique, pourra prétendre à la pérennité indé.

***1/2

Cigarettes After Sex: « Cigarettes After Sex »

En l’espace d’une vidéo sur YouTube, « Nothing’s Gonna Hurt You Baby  », Cigarettes After Sex, sont passés du statut de combo comme il en existe tant à celui de sensation avec plus de 50 millions de visionnages.

Au départ, in ne s’agissait que d’un projet expérimental enregistré dans une cage d’escalier alors que leur chanteur, Greg Gonzalez, était étudiant à l’Univesité texane d’El Paso.

Le combo assemble avec grâce des vocaux androgynes et des textes touchants et à leur donner une tonalité éthérée assez atypique. Les chansons sont des titres amoureux et romantiques servis par des ambiances oniriques, toile de fond idéale à une intimité qui pourrait fort bien être post-sexe,  ou pas.

Près de 50 minutes de cet traitement peut paraître un tantinet longuet et répétitif mais on notera pourtant le « twang » assourdi qui ouvre « K. », les synthés majestueux de « Each Time You Fall In Love » et l’exubérant « single » shoegaze qu’est « Apocalypse ».

Même si on retrouve une certaine frustration adolescente sur certains textes, celle-ci est contrebalancée par de vrais moments comiques déboulonnant la colère exprimée. Cigarettes After Sex est un album dédié à ceux qui sont tristement hébétés, une sensation universelle partagée par tous les gens dont l’espoir et le désir sont minés par une mélancolie ponctuée de percussions délicates et de guitares mélodiques (« Kristen »).

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Amber Arcades: « Fading Lines »

Annelotte de Graaf est une musicienne hollandaise qui sort ici son premier album sous le nom de Amber Arcades. Apparent onirisme que cette dream-pop où les accords sont soyeux et les vocaux gorgés de soleil et qui nous promène das un climat de sécurité qui, peu à peu, se révèlera trompeur.

La sérénité y est en effet voilée, comme des nuages métalliques et de Graaf y navigue pari des cieux qui s’avèrent turbulents et acquis à un vent qui les canalise d’une brise ferme.

Femme de loi de son métier, elle assemble ici des musiciens connus pour leur rigueur et un producteur punk, Ben Greenwood pour enregistrer un disque qui est tout aussi déterminé qu’il se montre fantasmagorique.

Le monde esquissé par Fading Lines y est sous-entendu, suggéré agrémenté de guitares persuasives et insistantes comme sur la chanson titre. Si on y ajoute un art consommé de jouer sur la rémanence de mouvements tirés du répertoire classique ou de Beach House (« I Will Follow ») on aura droit à cette euphorie intime qui nous envahit (« Right Now ») perturbée, en clôture, par la douce amertume de « White Fuzz ».

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Sound Of Ceres: « Nostalgia For Infinity »

Karen et Ryan Hover (auparavant Candy Claws) se sont aujourd’hui « rajeunis » sous le patronyme de Sound Of Ceres. Sur leur premier album, Nostalgia For Infinity, on les voit s’associer à Jacob Graham (The Drums) et Robert, Ben and John du groupe Apples In Stereo.

Le résultat est un malénge assez alambiqué de psyche pop onirique et de lounge psychédélique, le tout délivré avec un poli idéal pour qui souhaiterait une séance de relaxation.

Le disque se laisse écouter comme on dégusterait une journée passée à rêvasser en été avec, par moments de brusques plongeons où nous recouvririons des eaux sombres. On y perçoit alors quelques pointes énergisantes dont on aurait aimé qu’elels soient plus incisives mais on ne pourra bouder son plaisir sur une « Side A » très pop.

Nostalgia For Infinity nous laisse ainsi parfois retrouver certaines sensations enchanteresses telles qu’on les avait connues dans un autre monde et sous une autre appellation. Ne reste plus qu’à attendre avant que le charme, encore bien diffus, ne se dissipe.

**1/2