Mayflower Madame: « Preparing For A Nightmare »

Tout commence assez délicatement, ce second disque prophétique de Mayflower Madame d’Oslo (ils – Trond guitars/vox, Håvard guitar, Ola batterie)- jurent qu’ils ne savaient pas exactement à quel cauchemar ils se préparaient. Il y a un doux grincement de synthé, quelque part entre le sifflement solitaire d’un oiseau de nuit et le chatoiement d’un diapason errant, rien de bien sinistre, mais, assez vite ces sons apparaissent, des sons de guitare, ils grandissent comme s’ils s’approchaient d’un brouillard et ils apportent avec eux d’autres sombres linceuls sonores. Il suffit de s’arrêter, on pourrait jurer que l’air a refroidi. Vous en êtes déjà à une demi-minute et vous pourriez être pardonné de vous demander où vous êtes exactement. Avez-vous été attiré dans une chanson comme vous pensiez l’être ou dans l’ombre d’un asile ou d’un ossuaire ou même d’une combinaison des deux ? Heureusement, comme le temps, la batterie se met en marche et une basse vous calme, tandis qu’une fragile ligne de guitare électrique lysergique reprend la mélodie. Bien que cette fusion ne soit pas vraiment apaisante – elle a, pour être honnête, son propre sens de la menace – elle apporte au moins le confort d’une structure reconnaissable, basée sur des gammes occidentales, par oposition à l’irientalisme, et vous pouvez peut-être vous détendre un peu maintenant, le cauchemar est terminé, mais l’est-il ?

Allez un peu plus loin encore. Le cauchemar vient, d’une certaine manière, de recommencer. Après tout, il s’agit de la chanson titre et, selon la conception et les stéréotype, elle est censée déranger. Très ironique puisque la composition elle-même, une fois qu’elle a pris pied au centre, flotte dans l’éther entre vos oreilles dans un sort de shoegaze presque (presque) rêveur, onirique plutôt qu’inquiétént.

C’est à peu près le modus operandi de Mayflower Madame ; vous séduire par une beauté crépusculaire, puis vous modre les sangs lorsque vous commencez à soupçonner fortement que quelque chose de malencontreux se cache dans la psyché souterraine de la musique. Ce qui, pour l’essentiel, serait bien, sauf qu’elle vous entraîne avec elle, sa force étant inexorable. La façon dont le groupe gère cela n’est pas un mystère en soi – d’une manière similaire mais nettement nordique à Echo & the Bunnymen, il y a une touche de qualité acidulée à leur marque de post-punk, comme si les chansons avaient été au moins occasionnellement filtrées par une machine à vent psychédélique – c’est juste un choix (ou une contrainte) stylistique ; Il s’agit simplement d’un choix stylistique (ou d’une contrainte ; on peut douter qu’il y ait tant de choix) plus difficile à faire qu’il n’y paraît, surtout avec la persuasion que l’on trouve dans « Preparing For A Nightmar »e. Porté par le présage, bordé par la colère et/ou l’anxiété, il y a néanmoins un étrange mais sombrement joyeux courant sous-jacent qui nous est proposé ici, au-delà du fait d’assister à la croissance continue du combo sur son chemin sinueux et unique.

Cette voie, tracée par le célèbre E.P. Premontion datant d’environ un an et demi, nous emmène – au-delà de l’agressivité et de la finesse du premier « single », « Vultures », de la pop mystique de « Swallow » et du brouillard narcotique de « Sacred Core », nous entraîne dans les profondeurs de l’écho de « Gold Mine » – qui suggère le vertigineux paradoxe d’une expansion claustrophobe avant que le disque ne se termine, un peu astucieusement, par un « Endless Shimmer », un plan d’adieu détendu, mais non moins chargé – et d’un joli hochement de tête à sa manière – qui prouve que la peur n’est pas moins palpable lorsqu’elle est lancée au ralenti.

C’est un voyage immersif, qui vous entraîne dans le bourdonnement de la tension de la vie moderne tout en vous envoûtant avec l’évasion implicite de ces grooves de guitare psychique qui, en fait, par les lois de l’ironie tordue, ne font qu’assurer qu’il n’y a pas d’évasion possible. Nous pensons cependant que le premier morceau que vous voudrez revisiter en sortant de cet album, en clignant des yeux au soleil, sera « Ludwig Meidner ».

Martelant l’énergie du Gun Club rencontrant Moodists, ce poème du peintre et graveur expressionniste allemand, créateur des « Paysages apocalyptiques », frissonne de puissance, la section rythmique étant forcément serrée mais presque sauvage avec elle, la voix animée par un but désespéré, notamment lorsqu’il transforme l’expression « danser sur sa tombe » en un acte de vengeance et d’affinité. C’est l’exception sur « Preparing For A Nightmare » qui prouve la règle de Mayflower Madame : ce groupe est l’intensité, quel que soit le tempo. Il n’est pas rare de trouver des artistes utilisant divers niveaux de retenue à des fins puissantes, voire explosives (il suffit de chercher plus loin que Low, par exemple), ce qui est rare, c’est de trouver que cela se fait avec ce somptueux niveau d’artisanat.

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Islet: « Eyelet »

Le trio gallois de dream-pop Islet a un son aérien et ludique qui évoque les débuts de Björk ou la indie-pop des années 90 façon Dubstar . Eyelet, leur troisième album, a été enregistré chez eux à une époque de changements personnels importants : Emma Daman Thomas et Mark Daman Thomas ont accueilli leur deuxième enfant dans le monde, et Alex Williams a tragiquement perdu sa mère. Le fait qu’Islet et Eyelet soient homophones est tout à fait approprié – l’album est presque éponyme, ce qui suggère que le groupe le considère comme leur déclaration définitive à ce jour. Il donne également l’impression d’une double prise sur quelque chose de familier : la tranche géologique à travers le paysage sur la couverture fait office d’œil, ou d’oeillet.

Bien que certaines de ces chansons soient propulsées par le genre de rythmes bruts et prêts à l’emploi que l’on s’attendrait à entendre dans un système de sonorisation de festival, les bords de la musique ont tendance à être adoucis par la production centrée sur l’apaisé presque émollient ce qui donne une sensation de rêve et de dérive. Sur le plan vocal, Emma Daman Thomas rappelle peut-être le plus Sonya Madan du groupe britpop Echobelly, dont le timbre doux dissimule une capacité à libérer des sons puissants et soutenus. Mark Daman Thomas interjette aussi occasionnellement des voix, et si son cri de ralliement « Hip hip hip hourra sur « Radel 10 » est efficace, ses phrases sur « Treasure » ont tendance à trainailler. 

Sur le plan thématique, il y a une fascination pour le psychédélique inhérent au monde naturel ; en témoignent des titres tels que « Caterpillar », « Geese », « Clouds » et « Moon ». « Caterpillar » ouvre l’album avec une guitare électrique lo-fi, bientôt subsumée par une magnifique boucle de batterie anti-gravité qui sonne comme une meute de chiens aboyant à travers de denses nuages de réverbération. « Geese » a l’ambiance d’une conversation trippante à 3 heures du matin avec un étranger dans un champ de Glastonbury, sa structure stop-start faisant sonner la chanson plus comme un remix que comme un original, subvertissant les attentes quant à l’endroit où elle pourrait s’aventurer ensuite.

« Cloud », quant à lui, évoque des images en accéléré du temps qui change dans le ciel, des caillots de cumulonimbus qui défilent. « Moon » sera est peut-être le moment le plus beau de l’album, où le chant et le piano électrique parcourent une étendue solitaire avant d’être engloutis par des traînées d’écho décalées et des remplissages de percussions martiales. Plus proche, « Gyratory Circus » présente des courbes de tonalité ondulantes qui donnent des frissons dans la colonne vertébrale. Le seul faux pas sera « Florist », où le chant sauvagement modulé sur les couplets s’avère une regrettable distraction. 

Islet ont créé avec amour leur propre petit monde kaléidoscopique. Il est facile d’y pénétrer et de s’y perdre pendant un moment parmi la faune et la flore colorées. 

***1/2

Mother: « Cold Beat »

« Flat Earth » et « Prism », les deux premiers « singles » de Mother, le nouvel opus du groupe post-punk Cold Beat de San Francisco et le quatrième album en tout, ont établi un standard assez élevé. Sans être trop enfumés ni trop groupés, ils dégagent une sorte de pop onirique comparable à celle des Cocteau Twins. Ecrit alors que la batteuse et chanteuse Hannah Lew était enceinte, l’album contemple ce monde dans lequel nous vivons et les idées qui viennent avec l’arrivée d’une nouvelle personne.

« Prism », le deuxième titre de l’album, donne le ton. Il est facile d’imaginer un accompagnement visuel avec des plans d’une voiture qui tourne dans les virages de l’autoroute de Big Sur ainsi que des flashs du guitariste qui gratte sur ses cordes. Il y a aussi un joli son électronique qui se superpose à la voix froide de Lew. Le « single » capture un retour fascinant à la pop-pensée des années 80 et début 90, Eurythmics ou Depeche Mode. L’ambiance rétro est un goût acquis, mais il fonctionne vraiment bien.

De nombreux morceaux comme « Paper » ou « Smoke » ont un effet de paroles étouffées, ce qui n’est pas inhabituel pour ce style de musique. Parfois, cela devient ennuyeux parce que les paroles sont primordiales par rapport à la musique elle-même, mais là encore, l’effet d’echo produit n’est pas déplaisant. Ces deux morceaux s’accordaient bien avec « Pearls » et « Gloves » » qui prouvent que le groupe intègre des aspects de la techno. L’application d’une interprétation « technologisée » du processus de fabrication de la musique (car l’industrie est parfois comparée à une usine plutôt qu’au fonctionnement organique plus lent de vrais artistes humains) est rendue créative et poignante par les bruits électroniques plus lourds. Elle offre un contraste solide et s’éloigne des sons instrumentaux plus aériens en brandissant un bord plus dur.

Le morceau-titre revient à ce que « Prism » a commencé avec son beat plus dur et sa basse. L’ambiance spatiale est de retour, tout comme le manque de clarté des paroles. Et Cold Beat tire le meilleur parti de longueurs de chansons relativement courtes. Ainsi, « Mother » n’est qu’à 2:34 et donne à l’auditeur suffisamment de puissance sans pour autant épuiser son attention Le dernier morceau, « Flat Earth », est une douce berceuse à l’instrumentation câline. La composition est empreinte de tendresse et de réflexion, de petits riffs de sons carillonnants qui ajoutent une texture intéressante au rythme et aux paroles répétitives. Bien que la répétition puisse avoir ses limites, la chanson semble une fois de plus s’achever bien avant d’être exagérée au point qu’on souhaiterait presque que « Flat Earth » continuat.

Mother est un ensemble de chansons captivantes et rejouables avec un malande de tempos et d’arrangements . C’est unalbum plein de surprises sans perdre sa cohésion ; me mélange de pop, de techno et de new age est bien géré et donne ainsi à chaque composition son propre espace.

***1/2

Yumi Zouma: « Truth or Consequences »

Truth or Consequences est le troisième album de Yumi Zouma, un opus autoproduit, avec l’aide de l’ingénieur Jake Aron (Solange, Grizzly Bear, Snail Mail), qui livre, selon les dires du combo, livre un nouveau récit de « contemplation, dualité et dures vérités ». Ce disque indie veut véhiculer un esprit « feel good » en proposant des mélodies douces et un nombre appréciable d’instrumentaux nostalgiques.

Ce pourrait être un LP de dream-pop comme maints autres s’il ne nous contait pas l’histoire d’une relation à distance du groupe qui se manifeste tout au long du déroulé de Truth or Consequences, alors que, peu à peu, on explore soi-même les thèmes de l’ambiguïté, de la peine de cœur et de l’inaccessibilité dont ils parlent.

Les thèmes apparents sont les zones grises des émois et sensations et elles sont véhiculées d’emblée par dees voix légères et rêveuses, avec une densité lyrique rafraîchissante. Le va-et-vient de Simpson et Burgess sur un titre comme « Magazine Bay » en est, à cet égard, une parfaite démonstration.

Les disques de ce type sont rares dans la mesure où l’équilibre entre la diversité des chansons et la cohésion des morceaux est parfait. Ces morceaux sont facilement identifiables comme formant un tout au sein de Truth or Consequences, mais ils sont néanmoins magnifiquement hétérogènes.

L’un des morceaux-phares de l’album sera « Lonely After », un titre qui constitue un début idéal pour le disque, grâce à son atmosphère de bien-être et de fraîcheur imprimant à merveille la tonalité du disque.

On pourrait d’ailleurs jouer cet album en boucle et danser dessus toute la nuit tant le souffle de la voix sera combiné à des rythmes auxquels on ne pourra résister ; en bref un opus dont on ne devrait pas manquer l’occasion de mettre la main dessus.
***1/2

Swim Deep: « Emerald Classics »

Après avoir créé leur prope label Pop Committee sous le label parent Cooking Vinyl, Swim Deep est de retour avec un autre LP complet. Formé à Birmingham, Swim Deep est un groupe pop dream-pop composé de cinq musiciens, comparable à The 1975 et Bad Suns. Avec son troisième LP, Emerald Classics, le combo s’en tient à sa formule indie pop, tout en ajoutant quelques éléments rafraîchissants avec un solide groupe de dix chansons.

L’album s’ouvre avec le « single » intitulé « To Feel Good ». Ce morceau est très différent des précédents travaux de Swim Deep, avec une chorale de chapelle ainsi qu’un travail parlé du chanteur Austin Williams sur la fin de son adolescence à Birmingham, et sa prestation vocale comparable à celle de Mike Skinner de The Streets, entre autres. Le chœur de ce morceau ainsi que les synthétiseurs qui l’accompagnent ajoutent vraiment un sentiment d’émotion lorsqu’ils sont placés sous l’œuvre parlée.

Sur le plan sonore, on peut entendre beaucoup d’inspiration héritée de la pop des années 80. La voix douce et chuchotante de Williams rappelle quelque peu celle de Neil Tennant, en particulier sur le morceau « World I Share » et les guitares sont imprégnées de chorus, de compression et de réverbération ainsi que de l’utilisation intensive de synthétiseurs. En écoutant un morceau comme « 0121 Desire », on ne pourra pas s’empêcher de penser à des morceaux comme New Order et Scritti Politti. d’autant qu’il dispose d’un refrain contagieux qui aurait été largement reçu si la chanson était sortie il y a 35 ans.

Un autre titre-phare sera « Drag Queens In Soho », une chanson qui semble avoir été écrite par Jack Antonoff et figurer sur un album des Bleachers. Quelque chose dans ce morceau est très répétitif et permet de l’apprécier de plus en plus à chaque fois. Les accords de piano simples sont le moteur de cette composition et lui donnent ainsi une solide ossature. Les leads de guitare mélodiques sont à la fois simplistes et efficaces et ajoutent beaucoup à l’ensemble.

Emerald Classics est la troisième déclaration d’un groupe dont certains ont peut-être oublié l’existence, en particulier après une longue interruption de quatre ans entre deux disques, une éternité dans l’industrie moderne. Le son du combo a été redynamisé et le nouveau matériel est plein de superbes riffs et de mélodies instantanées. Rien, ici, n’est radicalement différent de leur travail précédent sur les albums Where The Heaven Are We et Mothers, mais il semble être un pas en avant en termes de maturité, de production et de progressivité.

***

Green and Glass: « Green and Glass »

Green and Glass se décrit comme un vaisseau mystérieux ; ce mystérieux vaisseau natif de Brooklyn est composé des multi-instrumentistes Lucia Stavros (Ghost Ensemble), Sam Decker (Secret Sibling), Ryan Dugre (Landlady), Andrew McGovern (High and Mighty Brass Band) et David Flaherty (Cuddle Magic), et chaque membre joue un rôle distinct dans le processus de création. Un genre général tel que i’ « indie pop » était peut-être une description appropriée du EP deux titres qu’ils ont réalisé en 2015, mais avec leur dernière sortie éponyme, Green and Glass a évolué en un ensemble atmosphérique et qui pousse à dépasser les genres stricto sensu. Avec ses paysages sonores éthérés de pop de chambre, ses progressions rock emphatiques et ses harpes hypnotisantes, Green and Glass apporte en effet une énorme vague sonore orchestrale.

La pochette teintée dans la masse de Green and Glass rappelle à cet égard les dessins spirographiques en arc-en-ciel révélant au premier coup d’œil que l’album sera néo-psycédélique et un peu décalé. Le premier morceau de l’album, qui porte son propre titre, fait démarrer l’écoute avec des synthés ondulants et des cuivres sinueux, offrant un aperçu tentant de ce qui va suivre. C’est un morceau lent et atmosphérique, sinistre et intriguant, comme un chant de sirène nous attirant au fond de l’océan et intègrant une gamme impressionnante d’instruments : un mélange parfait de synthétiseur, de vibraphone et de harpe, le tout dans les quatre premières minutes de l’album. Le style vocal de Stavros est souligné avec tension, sa voix donnant un ton aigu d’urgence aux grooves autrement brumeux de l’album.

L’étrangeté du disque s’intensifie pendant « Black Hole », le troisième titre de l’album. « I’ll show you what / What’s real evil / Can’t tell the good guys from the bad » (Je vais te dire ce qu’est le véritable mal / On ne peut distinguer les bons des mauvais), chante Stavros alors que des harpes et des cors menaçants s’élèvent en un magnifique crescendo. Chaque ligne est chantée lentement et de manière réfléchie, mais aussi quelque peu aléatoire. Cela donne l’impression que Stavros raconte un rêve étrange de manière distraite.

De nombreuses chansons de l’album ont pour thème commun le rêve, le sommeil ou le réveil. « Sand » commence par l’histoire d’un homme qui s’endort sur une plage, et sur « Another One », Stavros chante un monologue confus sur un rêve dans lequel le monde se termine. « Each morning I wake / Trying to wash away » (Chaque matin, je me réveille / J’essaie de disssiper mes songes), chante-t-elle dans « Wash ». Même les chansons qui ne mentionnent pas le sommeil ont une qualité onirique distincte. Entre cette surréalité, une harpe qui tombe continuellement et le style vocal disjoint de Stavros, certaines chansons de l’album commencent à se ressembler. « Good Enough For Some » brise l’étourdissement grâce à un synthé joyeux et à une ligne de basse proéminente. La façon dont le vibraphone, les guitares, les claviers et les cors dansent les uns autour des autres sur ce morceau est vraiment remarquable.

Lorsque l’album se termine avec les chœurs et les synthés flous de « Corona », on flotte dans l’éther, dans le trou noir susmentionné. Dans l’ensemble, cet album est excentrique, expansif et solide sur le plan sonore. Compte tenu de la pléthore d’instruments utilisés, on peut avoir le sentiment que Green and Glass eqt un combo à écouter dans une instance de méditation et d’éveil des sensations.

***1/2

Wilsen: « Ruiner »

En deux albums et deux EP, le trio de Brooklyn, Wilsen, a généré une impression captivante et étonnante par son agencement de dream-pop, alt-pop et dream-folk. Il n’est pas surprenant qu’une fois qu’ils ont annoncé leur troisième LP, l’attente s’est faite impatience.

La curiosité est désormais satisfaite et, dès le premier titre, « Ruiner », la capacité inégalée de Wilsen à exploiter les grands moments pour s’opposer aux moments de calme es tà nouveau révélée avec un morceau capable d’altrener avec fluidité climats tempêtueux et simple chant adossé à une guitare tranquille. « Align » mettra à nouveau en scène un magnifique travail à la six cordes avec une construction lente et une apogée progressive et explosive.« NTOO » commencera également avec une guitare modeste, mais au fur et à mesure qu’elle se façonne, elle devient presque écrasante voire plaisamment envahissante.

Il ne s’agit pas seulement de la construction de chansons individuelles, l’album est structuré de manière à ce que chaque morceau ait un punch incroyable et le passage de « Birds » à « Wedding » et à « Birds II » est un véritabletur de force. « Birds » est un morceau choisi avec soin ; il n’est pas très long, mais il a une construction abrupte et discordante. « Wedding » suit immédiatement, et c’est une autre piste luxuriante et somptueuse, avec la voix de Wilson au premier plan. Lorsqu’il plonge dans « Birds II », il relie toute cette partie de l’album de façon magnifique, mais avec une déclaration forte.

Viendra ensuite un morceau comme « Down », qui comporte un rythme de batterie étonnant et un refrain contagieux. Il y aura aussi l’excellent groove de « Feeling Fancy », sans aucun doute le morceau le plus optimiste de Ruiner. Il est accompagné d’une guitare au son lourd, qui s’apparente aux vastes paysages sonores de la Beach House et d’Azure Ray. C’est un titre qui se démarque et qui arrive au bon moment, au moment où l’album se termine. Le disque se terminera avec le saisissant « Moon », qui ne comporte que la guitare et la voix de Wilson.

Ruiner est un immense album comporte des moments de calme, des temps forts, des passages de tristesse et de joie. C’est un disque qui défie beaucoup de conventions si on considère les artistes auxquels ils sont généralement comparés. Au final, Ruiner est leur album le plus complet et le plus mature à ce jour.

***1/2

Lightning Bug: « October Song »

A l’autre extrémité du spectre de rayonnement, Lightning Bug propose une musique chaude, cotonneuse, cosy même. Quelque chose de lent et tiède qui vous englobe. C’est aussi agréable que de regarder tomber la neige depuis son fauteuil bien au chaud, avec son corollaire contemplatif et parfois triste. A l’image de « The Luminous Plane »  piste sans vitesse enregistré, semble t-il, avec un vieux truc à cassette qui crépite, piste mélancolique par excellence. « The Roundness Of Days » , à la structure plus classique, avec sa guitare sèche en boucle, se noie dans une vague de synthés à la fin du morceau.

 

Il y à deux forces dans cet album, celle de la voix de la chanteuse, d’une douceur et d’une fragilité abyssal, souvent ténue et derrière l’instrumentation, mais qui résonne comme du cristal, et l’autre vient clairement de la structures des morceaux eux même. Exit les codes, exit le rythmes, chaque chansons vie selon son tempo. Peu ou pas de batterie, sauf sur des titres comme « Visions Scraps » ou « The Lotus Eater » qui flirt » du coté du shoegaze et du grunge. C’est un très beau disque pop, fragile, et qui prend son temps, sans prétentions, ce qui le rend encore plus agréable et s’impose comme forcément écoutable.

***1/2

Malihini: « Hopefully, Again »

Ce duo italien est composé de Giampaolo Speziale et de Federica Caiozzo et il nous embarque dans une dream-pop lo-fi riche en textures en tous genres comme le montre leur premier album intitulé Hopefully, Again.

Composé de dix titres, Malihini compte sortir de la norme avec leur univers musical nous emportant très loin. C’est à coup de synthés venus d’ailleurs que le duo compte imposer son territoire que ce soit sur l’introduction nommée « A House On A Boat » et son ambiance quelque peu inquiétante mais également « Delusional Boy » et les influences 80’s du claustrophobe « Nefertiti ».

Cet atmosphère changeante contraste tout de même avec l’interprétation voluptueuse de Federica Caiozzo notamment sur les hypnotiques « Giving Up On Me » qui a de quoi rappeler Tame Impala par moments mais aussi « If U Call » et « The Afterdays ». Hopefully, Again, par ses courtes compositions (dépassant rarement les 4 minutes), arrive à nous toucher grâce à la patte personnelle de Malihini qui n’hésite pas à s’ouvrir sur sa vulnérabilité devant son auditoire.

***

Turnover: « Altogether »

Le premier morceau du nouvel album deTurnover, « Still In Motion », fait penser penser à un croisement entre Peripheral Vision et Good Nature, deux superbes albums et deux ambiances complètement opposées, l’uen automnale, l’autre bien plus ensoleillé.Cette intro ne peut que plaire. Pourtant, les morceaux présentés en amont de la sortie de Altogether laissait présager d’un album encore plus apaisé, chill, et beaucoup moins évident au niveau de l’immédiateté des morceaux.

Malheureusement, c’est bien là que le bât blesse car c’est finalement le seul titre de l’album qui permet à l’auditeur de se raccrocher au passé deu groupe. Ce n’est pas grave, peut-on se dire. Le combo n’est-il pas, à l’image du titre de ce nouvel opus, en constante évolution ?

Si « Much After Feeling » »(avec son groove et sa basse bondissante), « Parties » (et ses guitares lancinantes) ou encore « Number On The Gate » (avec son refrain) arrivent à nous faire un peu dodeliner de la tête, on arrive très vite à lassitude voire ennui. On sent quee groupe na peut ou ne veut pas se concentrer, au final, sur un son et qu’il s’évertue à chercher ailleurs ce qui n’y est pas.

Ainsi, « Ceramic Sky » et son saxophone fleurera les années 80 et Turnover ne fera que ralentir le tempo avec des morceaux comme « Valley Moon » ou encore l’insipde « Temporary Love »,. Les chansons ne sont même pas mauvaises mais il ne s’y passe rien et, passée la moitié de l’album, on s’englue dans des expérimentations jazzy, dansantes, groovy à souhait certes, mais pas d’accroche au niveau des refrains, pas de frissons. Altogether est une franche déception pour un album aussi attendu. Pas bon, pas mauvais non plus, juste dans la moyenne, et pour un groupe ayant sorti trois superbes disques, on va dire que c’est le droit à l’erreur. Altogether est un disque vers lequel on ne revient pas, sauf pour quelques morceaux.

**1/2