No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Apprentice Destroyer: « Permanent Climbing Monolith »

Apprentice Destroyer est une formation menée par Steve Peacock, un boulimique de création musicale. Entouré de quelques farfelus, il nous présente ici le deuxième album de son projet à géométrie variable. Un projet très complexe et hautement expérimental qui se divise en six titres à la durée très disparate, de moins de deux minutes à plus de quinze. La teneur musicale de ces titres est clairement kraut rock, mais peut également dévier sur le post rock, le post metal, le noise rock. Rien de très écoutable pour les non passionnés de musique, et si vous ajoutez à ça les vocaux bien criards qui parsèment les titres, vous obtenez un cocktail assez rude pour les oreilles.

Pour les autres, ça reste assez costaud :. gros riffs répétitifs, structures mouvantes, mélodies minimalistes, Permanent Climbing Monolith nous en envoie pléthore d’informations sans nous laisser beaucoup d’opportunités de respirer à l’air libre. L’une des premières réactions est le rejet tant il est difficile d’entrer dans cet album et même d’y rester. Pourtant son jusqu’au-boutisme, sa personnalité forte et radicale a quelque chose de fascinant. Ce style a ses adeptes, et s’il s’avère bien trop raide par moments , il peut parfaitement titiller nos sens à d’autres.

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9 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Jowe Head: « Widdershins »

La vie est une superstition, une succession de croyances, d’objets de foi et d’emballements plus ou moins réels dont l’addition compose un mystère qui n’a rien à envier aux contes et aux mythologies. C’est peu ou prou sur cette théorie d’avant-garde, assez séduisante, que Jowe Head, ancien membre des cultes Swell Maps et des non moins décisifs Television Personalities, opère, lui qui a, ici, a rassemblé cinq années de travail dans un album double, imposant et délibérément hors du temps.

Widdershins renvoie ainsi à une superstition bien connue (mais pas très populaire de nos jours !) qui considère comme malheureux voire hérétique le fait de marcher dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Jowe Head a sa façon n’a jamais fait que ça. Et cet album en témoigne, lancé en mode barde folk par deux titres de conteurs magnifiques. « Lyke-Wake Dirge » et « Tankerton Bay (The Street) « posent un cadre désuet, porté en mode voix/mandoloncelle et guitare, comme si on se trouvait dans une arrière-cour victorienne. Le chant est âpre mais inspirant, invitant à un voyage où se mêlent mémoire des lieues et souvenirs de ceux qui y ont vécu. Head enchaîne sur un bien curieux et excellent « Minotaur Song. » Jowe Head chante ainsi d’une voix gentiment régressive et enfantine, en jouissant du éfi que la figure cornue lance à la face du monde. Faire tout ce qui n’est pas bien, tant qu’on nous le permet… Widdershins est aussi un catalogue de visages étranges, de lieux hantés et de personnages réprouvés. C’est un cycle de chansons bringuebalant où les hommes sont couverts de boue et sont aux prises avec des sorcières sensuelles et mal intentionnées. L’accompagnement conçu par Jowe Head est tantôt traditionnel (avec des instruments anciens) et rétro-psychédélique, tantôt plus expérimental autour de sons de basse (la spécialité du bonhomme), de bidouillages à la John Meek « (Long Live The Sun) » qui grondent et foutent la frousse (le génial « Ode To Krampus »). La rythmique constitue une liaison solide entre les morceaux. C’est elle qui délivre cette pulsion vitale et donne cette impression d’une caravane ou d’un cirque de monstres qui défilerait sous nos yeux et nos oreilles saisis d’effroi.

Car il y a une forme de menace sourde qui se dégage de ces personnages et de ces récits, comme si les formes d’antan, mystérieuses et parfois venues d’ailleurs allaient fondre et dissoudre notre monde aseptisé et supposément moderne. Jowe Head fait penser sur son dispositif à un Lovecraft désinhibé, lançant ses créatures et ses prédictions apocalyptiques à l’assaut d’un monde dont il se sent éjecté. Extraterrestrials est épatant et l’un des morceaux les plus impressionnants du disque. Ils sont là enfin et ils ne ressemblent pas à ce qu’on avait imaginé. Extras, dans un registre similaire, bruyant et métallique, est aussi très réussi. Jowe Head nous offre quelques reprises savoureuses avec notamment une version remarquable du « Nottamun Town » de Fairport Convention. Plus loin, on retrouve également une interprétation plus qu’audacieuse d’Einsturzende Neubauten (« Ein Stuhl In Der Hölle ») ainsi qu’une reprise de The Incredible String Band.

A l’image de ce qu’il faisait avec Daniel Treacy sur les Television Personalities, mais avec une orientation freak folk plus prononcée, Jowe Head rend hommage à travers cette collection de chansons à une histoire populaire et en partie oubliée des musiques britanniques. Avec elle, c’est évidemment le pays réel qui ressurgit avec ses traditions, ses rapports sociaux et le souvenir de ses luttes en offrant un contrepoint chaucerien à l’époque contemporaine.  Entre l’évocation de Baba Yaga, la sorcière russe maléfique la plus connue, celle du poivrot légendaire John Barleycorn (sur King of The Corn) ou encore de la vieille histoire des deux corbeaux (Two Ravens), Jowe Head prolonge les travaux d’une contre-culture qui se déploie depuis Moorcock, jusqu’à Iain Sinclair, en passant bien sûr par Alan Moore et Julian Cope. « Half Bike « renvoie autant aux travaux géniaux du romancier et poète Flann O’Brien qu’à une version atrophiée de Syd Barrett. Il faut être anglophile et fan d’histoire alternative pour apprécier ce disque à sa juste valeur mais il y a suffisamment de matière et de propositions musicales différentes ici pour qu’on soit émerveillé et saisi par le charme de cet Outremonde que Head explore depuis au moins deux décennies maintenant.

Widdershins est une réussite indéniable, un foisonnement créatif assemblé avec les moyens du bord et l’énergie artisanale et appauvrie d’une marge qui étouffe. C’est un voyage dans un bestiaire clandestin et salutaire où on ne craint pas de faire tomber son téléphone ou de griffer sa voiture. Il n’est pas certain que cela permette aux forces de l’ombre de reprendre le contrôle du monde mais c’est à partir de ces îlots de résistance qu’on pourra recomposer une conscience populaire, renouer avec le cours de notre histoire et espérer abattre les géants. Jowe Head est aussi costaud et déchaîné ; on peut se moquer de lui ou, comme nous, croire en son pouvoir de suggestion.

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27 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

My Disco: « Environment »

Cinquième album du trio australien, Environment a été enregistré en Allemagne. Pochette sombre avec un genre de monolithe abstrait et sans aucun texte, le fait qu’il a été produit dans le studiod’Einstürzende Neubauten enfonce encore le groupe dans la noirceur.
My Disco avait débuté au début des années 2000, rapidement sous la houlette de Steve Albini en signant des albums de punk-rock minimaliste un peu autistes et puis avec leur Little Joy, ils avaient vraiment trouvé une formule originale : ligne de guitare et de basse répétitives et c’est la batterie qui créait variations et mélodies sur des climats particulièrement tendus. Severe, album précédent de 2015 avait alors fait évoluer le groupe vers quelque chose d’encore plus sombre et dérangeant…


Environment voit le combo évoluer vers musique qui devient pratiquement abstraite. C’est une sorte de drone organique et déconstruit. La batterie se transforme en percussions. Elle n’est plus vraiment jouée mais frottée ou raclée à la manière de leur compatriotes de Sky Needle. Une note de guitare et de basse est samplée et étirée pour laisser cette texture mouvante tourner en rond dans la pièce. Ici, les musiciens renoncent à jouer de la musique avec leurs instruments mais les utilisent pour créer des sons.
Et puis au milieu il y a
ura ce « Rival Color », rythmique tribale, chant d’outre tombe et tension extrême pour cette paisible fin d’album sous la pluie et cette façon hors normes de voir des musiciens tourner le dos à leur musique.

***1/2

7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Katie Dey: « solipsisters »

Katie Dey n’avait pas donné signe de vie depuis trois années et son emblématique opus, Flood Network. Il était donc temps pour la musicienne australienne de réapparaître avec cet album un peu surprise, solipsisters.

Ce qui fait l’originalité de la native de Melbourne, c’est celle d’allier bedroom-pop et pop expérimentale pour en faire un résultat plutôt exceptionnel.e sera, ainsi, à travers des textures brumeuses et des sonorités extra-terrestres que Katie Dey tire son épingle du jeu notamment sur le titre d’introduction nommé « waves » mais également sur le piano hypnotique de « stuck » et « dissolving ».

Avec une interprétation débridée et étrange et des instrumentations alliant le synthétique et l’organique rappelant quelque peu les allures d’Animal Collective période Feels, elle continue de nous embarquer dans un univers parallèle qui s’avère illogique mais se révèle charmant au final.

Impossible, donc, de vouloir résister aux épopées audacieuses de l’éblouissant « shell » où elle se confie sur sa voix bien particulière ou bien de « unforming » la révélant en tant que compositrice affirmée.

S’achevant sur un magistral « sieve », Katie Dey opère un autre tour de force avec ce solipsisters plus lumineux et moins chaotique qu’à l’accoutumée. Avec un univers musical transcendant et des textes personnels dont il faut décoder les références, l’Australienne sait comment emmener son auditeur très loin de la planète.

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6 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Light Conductor: « Sequence One »

« Une soupe cosmqiue ; c’est ainsi qu’est décrit le nouveau projet le Jace Lasek (The Besnard Lakes) et de Stephen Ramsey (Young Galaxy) réunis sous le nom de Light Conductor qui nous arrivent avec un premier album intitulé Sequence One, une œuvre contemplative qui combine adroitement lambient, l’expérimentation électronique et le space-rock.

S’il y a un mot pour décrire la musique de Light Conductor, c’est la patience. En effet, Lasek et Ramsey prennent tout leur temps pour développer des morceaux qui se caractérisent par des structures très simples et volontairement répétitives. Les deux musiciens se connaissent très bien et s’amusent depuis quelques années à créer des « improvisations lentes » en utilisant des synthétiseurs modulaires.

La première face du disque est composée de deux plages qui, en réalité, n’en forment qu’une seule. D’une durée de plus de onze minutes, « A Bright Resemblance » est basée sur une mélodie de six notes répétée en boucle. Le rythme est lent, avec de subtiles variations de textures : ici une basse pour asseoir la pulsation, ici un thérémine qu’on dirait sorti d’un vieux film de science-fiction. L’ensemble peut rappeler un groupe comme Tangerine Dream, mais aussi la musique minimaliste dans la tradition de Steve Reich, Terry Riley, La Monte Young ou alors Philip Glass.

S’enchaîne ensuite « Chapel of the Snows », elle aussi construite selon le même motif de six notes mais qui se désagrège en un long drone. De ce bruit blanc émergent finalement des notes vers la fin du morceau, avec des sonorités de synthétiseurs qui ressemblent presque à des violons. La musique s’éteint comme elle a commencé au début du disque, doucement et sans qu’il n’y ait eu vraiment de pic d’intensité. L’important ici n’est pas la destination, mais le voyage.

La face B s’ouvre sur la composition la plus monocorde de l’album, intitulée « Far from the Warming Sun », qui s’articule autour d’une lente pulsation électronique. L’absence de mélodie ou d’harmonie crée forcément une impression de vide, même si on se doute bien que c’était là l’effet recherché par Lasek et Ramsey. Il n’eb demeure pas moins que, sur une durée de plus de dix minutes, le tout s’avère parfois un peu trop statique.

Les deux dernières compositions de l’album forment elles aussi une sorte de diptyque. « When the Robot Hits the Water » marque un changement de tempo vers une pulsation plus rapide, avec des effets électroniques à façon « On The Run » du Pink Floyd mais on pense surtout au travail de Boards of Canada pour le côté très rétro de ce mélange entre électronique et psychédélique.

Tout cela n’est pas là par hasard. Lasek est un partisan de la bonne vieille technologie analogue dans son travail de réalisateur et « Sequence One », enregistré au studio Breakglass, témoigne de cette quête d’une sonorité imparfaite, comme altérée par le temps.

L’album atteint son point culminant sur l’éponyme « Light Conductor », le seul titre qui évoque de loin l’univers sonore des Besnard Lakes. C’est dû entre autres à l’entrée en scène d’une guitare électrique mais aussi à la présence de la voix de Catherine McCandless, la femme de Ramsey et sa partenaire dans Young Galaxy. On comprend alors que cet opus doit être perçu comme un tout, avec cette lente progression nous menant jusqu’à cette finale krautrock explosive.

Sequence One est un album un peu déroutant pour quiconque s’attend à retrouver quelque chose qui s’apparenterait de près ou de loin au psych-rock teinté de shoegaze des Besnard Lakes ou à la dream pop de Young Galaxy. Mais il s’agit d’une œuvre cohérente, un peu en-dehors de son époque, qui s’apprécie davantage avec une paire d’écouteurs ou plongé dans une obscurité complète.

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11 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Exploded View: « Obey »

En 2016, le désormais trio Exploded View sortait un premier album éponyme caractérisé par une approche musicale qui allait droit au but. Toutes les chansons de ce disque furent enregistrées en une seule prise ce qui leur conférait une allure quelque peu brouillonne. Menée par la journaliste et activiste politique Anika Henderson, les voici qui reviennent à la charge dernière avec un nouvel album intitulé Obey.

La démarche artistique du combo est fondée, selon elle, sur ce préalable : « We live in a society where we must obey or risk punishment. This can be social punishment, legal punishment or emotional punishment ». Même si nous vivons dans un Occident dit « civilisé », l’existence a toujours été caractérisée par des relations inégalitaires qui, à coup sûr, basculent dans la vengeance et l’humiliation.

Musicalement, Exploded View modifie sa méthode de travail en délaissant totalement l’approche « une seule prise » préconisée sur le précédent effort. Isolé pendant trois mois dans son studio maison, le groupe en a profité pour complexifier quelque peu l’orchestration de ses chansons… mais ça ne change pas grand-chose au résultat final.

Henderson chante toujours comme une émule de Beth Gibbons de Portishead, mais avec des capacités mélodiques nettement moins intéressante. La musique, elle, se transforme en une sorte de krautrock faussement hyperactif. Exploded View prend certains risques sans totalement convaincre.

En effet, Obey est un disque de transition situé à mi-chemin entre le penchant habituel de la formation pour des improvisations échevelées et son désir d’enrober de manière sophistiquée ses chansons. Les très bons moments en côtoient d’autres, assez ennuyants. Si l’extrait « Sleepers », l’électro-folk « Open Road, » le menaçant « Raven Raven » et l’électro-rock « Dark Stains » atteignent la cible, on se lasse sérieusement de « Come On Honey » (du sous Jesus and Mary Chain dont la structure et le texte sont inutilement répétitifs), de la dépouillée et soporifique « Letting Go Of Childhood Dreams » et du « velvetien », un peu sous dimensionné, « Rant ».

Exploded View nous propose dix titres claustrophobes sis entre le rêve éveillé et la dure réalité. Ce positionnement musical est trop flou et n’est pas assez affirmé pour qu’on puisse s’identifier véritablement avec le trio. Miné par les chansons quelconques, Obey est un disque à classer dans la catégorie « on demande à voir ». Les intentions créatives sont fort louables, mais c’est peut-être un manque de maîtrise musicale qui empêche le groupe d’atteindre son plein potentiel, surtout quand on se targue de se lancer dans l’expérimentation.

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10 octobre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mothers: « Render Another Ugly Method « 

Avec Render Another Ugly Method on retrouve Mothers dans les mêmes dispositions que celle de leur premier album en 2016, When You Walk A Long Distance Youe Are Tired. Kristine Leschper demeure capable d’amalgamer mélodies dolentes et guitares déformées et de cultiver breaks de six cordes, feedbacks hasardeux et chorus maussades.

Ces éclairs s’affichent avec ostentation sur « Pink » mais se hasardent aussi sur des territoires plus ambient (« Mother And Wife »). Leschper manie à merveille le contraste entre une voix titanesque et imperfection de son registre vocal, en particulier sur un titre comme »Baptist Trauma » où Mothers joue avec plyrythmie des percussions et vocaux agités et nerveux.

Ce climat ne se démentira jamais y compris dans les passages les plus intrumentaux à l’exemple de « Western Medecine ». Ceci dit, tout l’album pourrait est l’équivalent aural d’une attaque de panique quelle que soit l’importance prise soit par Leschper soit par l’instrumentation.

Mothers sont allés jusqua’u bout de leur logique qui consiste à faire de la musicalité, plus ou moins harmonieuse, un univers à part entière; à mi-chemin entre discordance et confort d’écoute, ils se sont appropriés une niche pas nécessairement édifiante mais indubitablement efficace.

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15 septembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Jean Paul Sartre Experience: « I Like Rain »

The Jean Paul Sartre Experience se sont formés en Nouvelle Zélande en 1984. Leur musique était un mélange atypique de folk-rock psychédélique visanà à nopus arrimer à une extase difficile et douloureuse Leur colère adolescente s’exprimait ainsi au travers de litanies fragiles et dépouillées. Leur répertoire est typiquement axé sur le rock qui faisait la pluie et le beau temps dans les années 80, avec une forte tendance à loucher du côté du label Flying Nun des années 80. Il y a donc des côtés bluesy et plus délirants ainsi que des choses délirantes ou majestueuses.

Leur discographie, rassemblée ici, est particulièrement irrégulière et ,ne s’adressera donc qu’à des amateurs avertis capables d’être indulgents avec les compositions sur-produites aux côtés de titres dont chez qui l’ambition expérimentale se heurte au mur de réalités plus lucides et prosaïques.

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12 août 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Son Lux: « Bones »

Ryan Lott passe d’un projet avec son combo Son Lux (désormais constitué de trois membres) et Bones ne fait pas exception, à la règle. Toujours aussi instable Lott a rechangé de label et ce disque est, son dixième enregistrement, si on cumule LPS, EPs, etc.

Lott est avant tout un visionnaire et Bones affiche une thématique robuste et une instrumentation orchestrée comme à l’opéra. Son Lux nous livre un large échantillonnage de dramaturgie sur des titres évoquant le temps, les changements et la mort. Musicalement les structures sont évanescentes et fluctuantes avec des synthés qui servent de brise au-dessus de percussions froides et industrieuses.

Chaque moment est ainsi rattaché à l’autre avec un « Flight » « spacey » et éthéré et un « This Time » riche et tribal. Le chorus vocal de Lott est unique, souvent modulé et vecteur de peine, et il atteint les profondeurs les plus basses sur « I Am The Others ».

Le groupe a déjà jalonné des structures familières et il n’a auccune peine à se refaire les muscles sur Bones. On retrouvera l’emphase joyeuse qui couronnait Lanterns ; c’est un chemin bien pratique et efficace même si il sonne déjà rebattu.

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26 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Eternal Tapestry: « Wild Strawberries »

Eternal Tapestry ont décidé de se retirer dans une cabane reculée de l’Orégon pour s’acclimater au climat qui allait présider à l’enregistrement de leur dernier album. C’est là qu’ils ont passé heure après heure en interminables jam sessions et compositions qui ont donné naissance à ce double album, Wild Strawberries.

Il est évident que cet environnement rural a inspiré le disque puisque la plupart des titres portent des noms de plantes et de fruits de la région. L’approche est d’ailleurs plus détendue, pastorale et une grosse partie des morceaux dépasse les 10 minutes. L’immersion que s’est imposé le groupe n’aura pas été inutile car ce sont les passages les plus réussis du disque.

Les improvisations ont cette légèreté proche de l’euphorie qui se traduit par des répétitions de phrases et une utilisation intensive des pédales d’écho. Les vocaux, eux, reçoivent un traitement propre à celui du shoegaze, identique à ce que serait une version plus douce de Spacemen 3 ou The Telescopes. La guitare se fera, par moments, plus appuyée (sur « Enchanter’s Nightshade » par exemple) mais dans l’ensemble le son restera adouci et agréable à l’oreille.

Cette humeur nous permet de mieux imaginer les paysages imaginaires que nous proposent « Lace Fern » ou « Pale-Green Sedge » guidés par des riffs qui nous entraînent vers des directions imprévisibles. Le morceau le plus travaillé sera « White Adder’s Tongue », un titre permettant aux claviers en sustain d’être en charge de sa progression épaulés par des touches de guitare grattée et qui semble être née d’une erreur. Peu à peu la composition va évoluer à partir d’une recette stéréotypée pour se transformer en une expérience qui va nous absorber sous des loops de claviers et des percussions énergiques avant que la climax n’intervienne sous la forme de cuivres qui, ensuirte, vont disparaître en fade out.

Cette fin sera d’ailleurs frustrante d’autant plus que le majeure partie des plages se terminent aussi abruptement. Ce sera le seul point d’achoppement de ce disque policé et dont la suspension brumeuse sera aussi brutalement interrompue.

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1 mars 2015 Posted by | Rapid Talk | | Laisser un commentaire