Thundercat: « The Beyond/Where the Giants Roam »

Sous le nom de scène de Thundercat se dissimule un bassiste deLos Angeles nommé Stephen Bruner dont l’intéressante carrière l’a fait apparaître dans To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar et à collaborer avec The Flying Lotus.

Ces deux manifestations ont été bien reçus c’est pourquoi l’annonce de ce mini album nommé The Beyond/Where the Giants Roam a fait se dresser certaines oreilles d’autant qu’il s’agit de son premier opus depuis Apocalypse en 2013.

Ce projet est long de six plages et il explore la jazz-funk avec Flyng Lotus aux manettes et le légendaire Herbie Hancock aux claviers accompagnant le voyage synthétique qu’est « Lone Wolf & Club ».

Le fait que Bruner abandonne sa basse est un acte de bravoure révélateur de l’esprit d’aventure qui caractérise ce disque. « Them Changes » pioche dans la soul-funk des 70’s, « Song for the Dead » vire du côté de paysages oniriques et « Where the Giants Roam/Field of the Nephilim » n’hésite pas à enfoncer, un peu trop ?, le clou du « trippy ».

Le tableau sera complet avec « That Moments » qui pousse aussi loin que le jazz peut aller et c’est muni de ce robuste document musical qu’on peut envisager une suite encore plus intrépide.

 

Redinho: « Redinho »

Redinho a commencé à se faire connaître en 2011 quand, avec The Numbers, ses compositions funk facétieuses offraient une alternative bienvenue à l’obsession «  dance  » habituelle. Il aura fallu attendre trois ans pour qu’il sorte quelque chose de substantiel et il est difficile de constater que ses loufoqueries atypiques ne se soient pas étendues et aient été supplantées par un sens de conscience de soi un peu trop étalé. Sur Redinho on trouve tout ce qu’on est en droit d’attendre, certes, mais le toute semble être délivré avec le plus profond désintérêt.

Le sentiment de lassitude se fait sentir dès « Jacuzzi » un titre basé sur les aspirations à se conformer à un certain style de vie dont le sujet résume à lui seul la vacuité. Sur « Sharp Shooter » Redinho fait état des es prouesses sexuelles d’une manière qui s’efforce d’être séductrice sans grand effet d’autant qu’il est difficile de s’adhérer à son fonds de commerce musicale qui est la « talkbox », ce moulin à paroles plus approprié à une musique artificielle qu’à un véritable désir de donner chair à la musique synthétique. Rien ne peut être convaincant ici, y compris le compulsivement sexy « Playing With Fire qui ne suscite qu’indifférence.

Il n’est que certains moments de brillance qui peuvent nous retenir mais ils sont trop parsemés pour donner substance à l’ensemble. « Shem » nous rappelle qu’il maîtrise sans peine l’art de l’instrumental ou de synthétiseurs émotionnels (« Bubbles » ou « With Or Without You ») mais la plupart de temps nous sont présentées des compositions qui semblent abandonnées en plein milieu.

Au bout du compte, le disque distille une sensation d’ennui (le duo avec Vula, « Making Up The Rules ») ; on se contentera donc de se raccrocher au morceaux déjà connus ce qui est un peu maigre pour un artiste qui donne l’impression de se reposer déjà sur ses lauriers.

**

The Stepkids: « Troubadour »

Il est facile d’imaginer un disque comme Troubadour (le deuxième album de ce trio du Connecticut) comme faisant les délices d’un « party ». Le groupe y fricote avec le jazz, la soul, la pop vintage d’une façon glossy et superficielle et qui peine à étendre la portée émotionnelle de son album au-delà d’une simple gaieté frelatée.

« The Lottery » est un funk laidback des années 70, « Insecure Troubadour » est titre indie rock quelque peu fade et l’album sonnera ainsi tout au long comme une compilation exécutée par un combo caméléon qui fait plusieurs choses correctement mais aucune qui ne les identifie comme un ensemble nommé The Stepkids.

Plusieurs influences donc, le seul moment où une sauce semble se lier sur un morceau sera sur « Symmetry » qui combine comme il se doit jazz, hip-hop, prog-rock, psychedelia et soul. La recette ne prend pas tout le temps ; « Bitter Bug » va ainsi utiliser le hip-hop moderne et la soul comme modèle mais va se prolonger trop longtemps pour ne pas sonner comme un exercice de remplissage.

Les basses funk, le travail à la guitare sineux et les vocaux masculins suraigus montrent une indéniable musicalité mais celle-ci se révèle trop labyrinthique et incertaine pour donner liant aux structures et aux arrangements. Certains, pourtant, s’avèrent intéressants (bois, vents, électronique) mais cette démonstration est trop ampoulée pour ne pas verser dans le kitsch. Tout au plus peut-on apprécier une bravado à la Prince et se dire que The Stepkids serait le groupe idéal pour réaliser un concept album tant il se montre malléable.

★★☆☆☆