Moses Sumney: « græ: Part One »

La piste d’introduction de la græ indique clairement les intentions de Sumney : il s’agit d’un disque sur l’isolement. Une voix répète trois fois « isolation comes from « insula » which means island ». Mais la quatrième et dernière ligne du morceau est « here we go into the gray », et c’est ce que veut dire Moses Sumney. Rien n’est clair ou simple à propos de græ. C’est un disque riche, dense de thèmes et lourd d’atmosphère. Une grande partie de l’album est grise, non pas parce qu’il est ennuyeux, mais parce qu’il refuse les déclarations générales. Les pistes de paroles en interstices tout au long du disque traitent de la théorie du genre et de la race, mais les chansons démontrent la déconnexion entre ces théories et la vie réelle.

Prenez le premier « single » de græ, « Virile ». C’est une chanson sur le piège de la masculinité, avec un refrain musclé qui explique le point de vue de Sumney : « Desperate for passing grades/The virility fades/You’ve got the wrong guy. » (Désespéré pour passer les étapesLa virilité s’estompe/Vous vous trompez de personne.) Et pourtant, s’il s’agit de briser les stéréotypes, il s’agit aussi de la relation des hommes avec leur corps, un sujet sur lequel la chanson est beaucoup plus ambivalente. Le premier couplet décrit un voyage existentiel à travers les Blue Ridge Mountains : « I can feel the earth overtake my skin, and I realize none of this matters, ‘cause I will return to dust and matter. » ( Je sens la terre envahir ma peau et je réalise que rien de tout cela n’a d’importance, car je retournerai à la poussière et à la matière.) Les exigences physiques de la virilité semblent peser sur Sumney dans « Virile », car il fait référence aux marches et aux dominions, et bien sûr, au titre lui-même. La virilité est une obsession pour les hommes : la virilité dans la force, l’endurance, le sexe.

Bien sûr, Sumney est concerné par cela. C’est un homme noir d’1m80, une personne qui est devenue un objet politisé aux États-Unis. Sur « boxes » , cela s’exprime le plus clairement : « And the most significant thing that any person can do, but especially black women and men is to think about who gave them their definitions, and rewrite those definition from themselves. » (Et la chose la plus importante que toute personne peut faire, mais surtout les femmes et les hommes noirs, est de réfléchir à qui leur a donné leurs définitions, et de réécrire ces définitions à partir d’eux-mêmes.) Sumney aborde ces thèmes en oblique sur « Colour » ; la chanson est construite à partir d’un piano électrique qui sert de coussin sonore et du somptueux vibrato de Sumney, et elle se lit comme un slow jam R&B à la première écoute. Mais quand il chante, « Why don’t you wear some color? It’d bring out your eyes, you say you’d never both ‘cause you’d be telling lies, » (Pourquoi ne portez-tvous pas de couleur ? Ça ferait ressortir vos yeux, vous dites que vous ne feriez jamais les deux parce que vous mentiriez), il est clair qu’il se passe plus de choses ici. Les tambours déroulent eurs martèlements au-dessous de la composition, et Sumney développe, «  Say I wanna change you, that was never true, look up at the gray hues, they could all be shades of blue » (Dis que je veux te changer, ça n’a jamais été vrai, regarde les teintes de gris, elles pourraient toutes être des nuances de bleu). On dirait ici que Sumney se parle à lui-même, qu’il essaie de se convaincre d’une positivité singulière.

L’idée de l’autodéfinition est d’ailleurs à la fois passionnante et terrifiante pour lui. L’ambivalence, comme la grisaille, se manifeste à travers le disque. Sur « In Bloom », Sumney chante « Sometimes I want to kiss my friends » comme s’il essayait de rendre la pensée presque inintelligible, en s’élançant dans sa gamme supérieure pour masquer la pensée embarrassante. Le « parfois » semble ici essentiel, mais Sumney est également insatisfait de cet espace liminal. « When I was a little boy, I’d scream at vague misty nights, yet breathe out smoke with no fire, I’d become one of what I was scared of, I fell in love with the in-between. » (Quand j’étais petit garçon, je criais lors de vagues nuits brumeuses, mais je respirais de la fumée sans feu, je devenais l’un de ceux dont j’avais peur, je tombais amoureux de l’entre-deux). C’est l’isolement dont on parle dans « Insula ». Ce n’est pas un isolement par rapport au autres gens mais un isolement de soi.

Un malaise avec la pureté des sentiments est quelque chose que grae a en commun avec son prédécesseur, le premier opus de Sumney, Aeromanticism. Ce disque était une exploration résolue de la solitude, et la voix de Sumney était souvent l’instrument solitaire de la chanson. Mais à presque tous les égards, græ semble être l’inverse de Aeromanticism. Il y a de nombreux moments sur græ qui rappellent et font référence à des moments du disque précédent, comme le bruit sourd d’une grosse caisse sur « Lonely World » et « Neither/Nor ». Mais le minimalisme glacial a, ici, fait place à un bombardement plus torride adapté aux grandes ambitions de Sumney.

Il y a également des nuances de Radiohead dans l’instrumentation de græ. L’un des meilleurs exemples est « Gagarin » ; il s’agit d’une chanson de l’espace aux motifs soul qui porte le nom du cosmonaute soviétique Youri Gagarine et dont l’initiative la plus audacieuse consiste à soumettre la voix de Sumney à un filtre sévère – un risque qui s’avère payant où on dirait que Nina Simone s’est munie d’un vocoder, et, une fois que les cuivres et les synthés G-funk ont fait leur apparition, c’est la seule chanson qui aurait autant de sens sur « Wild is the Wind » que sur The Chronic. græ plie le funk, la soul et le jazz dans son art rock, laissant la place à des structures de chansons progressives. La densité de cette œuvre encourage une écoute attentive et de nombreuses revisitations, avec des couches à décoller et des détails à dénicher. Une feuille de paroles aidera à assembler les choses, mais le plus impressionnant dans græ est la façon dont elle s’enchaîne : une pièce, une œuvre musicale singulière qui avance pendant 38 minutes. Cela peut être impressionnant, mais c’est voulu.

Il est facile d’oublier que, avec græ ,ce que nous avons en ce moment n’est qu’une partie de deux. C’est un double album que nous recevons par moitié, mais la première partie est étonnamment complète. Il sera fascinant d’entendre ce que la deuxième partie nous réserve et de réfléchir à la façon dont elle va élargir et approfondir ces thèmes. Mais la fin qui nous reste pour l’instant est aussi la meilleure chanson de græ. « Polly » est construite à partir d’une ligne de guitare émoussée qui enracine les éthéréalités de Sumney dans l’humain. « You remain in motion, bottom of the ocean/Not yet sick of sycophants, telling you the true lies. » (Vous restez en mouvement, au fond de l’océan/Non encore malade des flagorneurs, vous racontant les vrais mensonges), chante-t-il. On pourrait croire qu’il joue à l’association de mots, mais les résultats sont trop grands. L’une des meilleures répliques est ici : « I want to be cotton candy in the mouth of many a lover, saccharine and slick technicolor, I’ll dissolve. » (Je veux être de la barbe à papa dans la bouche de beaucoup d’amoureux, de la saccharine et de la technicolor, je vais me dissoudre.) C’est une chanson étonnante pour terminer un disque dont il manque indéniablement une deuxième partie.

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Sudan Archives: « Athena »

S’il y a une épithète qui correspond bien aux archives du violoniste et auteur-compositeur-interprète Sudan Archives, c’est bien la sienne. Elle a fait sa première grande vague de musique populaire avec « Queen Kunta, son brillant arrangement solo du King Kunta de Kendrick Lamar pour voix, cordes et pédale de boucle. Un premier EP éponyme envoûtant qui s’ajoute à son style musical unique, inspiré du violon soudanais et du R&B électronique en 2017. Pendant ce temps, 2018 l’a vue plonger plus profondément dans l’âme branchée avec Sink. Aujourd’hui, son règne se poursuit alors que l’artiste autodidacte sort Athena, un album complet qui voit Sudan Archives continuer à briser tous les moules alors même qu’elle crée certaines de ses musiques les plus polies et puissantes à ce jour.

D’une certaine façon, Athéna est une œuvre relativement accessible. Avec moins de distorsion et plus d’avant-plan, la voix des Archives du Soudan se fait entendre clairement, ses mots ne sont plus enveloppés de brouillard électrique. L’éclat curieux de ses chants en couches reste cependant d’actualité, les plaçant confortablement dans son environnement sonore caractéristique, qu’elle définit avec ses lignes de violon indubitablement complexes, inspirées par des soniques du monde entier. Le bien nommé « Glorious », sur lequel s’entremêlent ses motifs de violon en spirale dans une texture à la fois envoûtante et facile à déplacer, est une démonstration directe et exemplaire de chaque élément. Son sens du groove est indéniable, et le rappeur D-Eight, d’une précision à couper le souffle, offre un contraste parfait avec sa prestation hypnotique sur le couplet qu’il présente. C’est ce qui fait rêver les chefs d’orchestre : une structure de chanson pop familière et un style singulier.

D’autres pistes la voient marcher plus loin dans la marche de l’iconoclaste. Sur « Green Eyes » onirique, elle séduit avec une intensité perçante et une sensualité d’un autre monde. « Je sais que tu es capable / Le sentiment est intangible », dit-elle à l’objet de son désir. Spirituellement, c’est un peu comme un morceau d’accompagnement contrasté avec le morceau précédent « Down on Me », dans lequel elle cherche une source particulière de plaisir physique inégalé, sachant qu’un tel accomplissement ne fera que les entraîner tous les deux dans une spirale inéluctable que les deux ont essayé d’éviter.. Pendant ce temps, le violon des Archives dégage une romance sincère. « Iceland Mos » est un morceau de fin de relation dans lequel Archive de sit fatiguée et ne veut plux de compromettre qui elle est pour quelqu’un qui pense qu’elle est « douce comme la mousse d’Islande / Tout sur moi comme des harmonies » »

Et pour le ton décontracté de sa voix et la beauté éthérée de son jeu de violon, Archives n’est pas un jeu d’enfant. Elle affronte le monde avec la sagesse et l’habileté associées à la déesse titulaire de son album, ainsi qu’un sens incontestable du pouvoir personnel, le tout enraciné dans le moment présent et la sensation du « sans limites » qui est au bout des doigts chante-t-elle sur l’hymne joyeux « Limitles » », un sentiment à la fois spécifique à l’histoire du titre et tout à fait pertinent pour nous autres également.

L’album se termine avec « Honey » et « Pelicans in the Summer », que Archives reprend les effets électroniques un peu plus lourds et les caprices harmoniques qui étaient la clé de ses précédents EP et les ouvre pour mieux s’adapter à l’atmosphère expansive d’Athena. Les deux sont pleins de moments de caprices auditifs et finalement de bonheur. C’est la fin satisfaisante d’un premier album digne d’intérêt pour Sudan Archives, qui met en valeur son éclectisme dans la technique et l’exécution dans ses magnifiques termes.

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FKA Twigs: « Magdalene »

.Cela fait maintenant trois ans que Tahliah Debrett Barnettavait disparu du monde de la musique hormis le « single »  « Good To Love » paru en février 2016 qui fut le dernier signe musical de celle qui se fait appeler FKA Twigs. Depuis son premier album LP1 et à l’occasion du festival We Love Green, on a retrouvé l’anglaise sur scène où elle présenta quelques nouveaux titres, annonciateurs de ce second album : Magdalene.
« 
Cellophane », premier « single » extrait de ce nouveau disque, avait déjà été dévoilé et il s’agit d’une superbe et délicate plage où, accompagnée ‘un piano minimal et d’un beat, elle déploie sa voix sur différentes variations. Osée et éblouissante , c’est aussi une ode enivrante à l’amour. Celle-ci vient clôturer cet opus tant attendu. FKA Twigs avait auparavant travaillé avec Arca, mais cette fois c’est Nicolas Jaar qui s’est collé à la production. Ce choix n’est guère étonnant quand on connait les productions du DJ Chilien. Celui-ci aime déstructurer et casser les rythmes. Et tout cela ne pouvait que parfaitement coller avec l’univers de l’anglaise.
« 
Thousand Eyes » inaugurera l’album en adressant une envolée sonore prodigieuse sur laquelle se pose la voix quasi religieuse de Tahliah Debrett Barnett. « Home With You « qui lui emboîte le pas s’apparenterait par contre davantage à une Lana Del Rey possédée, alors que pour « Sad Day » la vocaliste chante d’une voix fluette et plus posée sur une montée progressive synthétique et va se finalement perdre dans un tourbillon de beats.

Vous l’avez donc compris le monde musical de FKA Twigs est riche et varié. Celle-ci reste terriblement mystérieuse et multi-facettes, aussi bien musicalement que visuellement. Si la pochette de LP1 était un dessin de l’artiste, cette fois c’est une peinture presque Lynchienne qui vient orner celle de Mmagdalene. A l’exception du très dispensable « Holy Terrain », l’album est une vraie réussite. La voix quasi religieuse d’auparavant, trouve sa place dans le logiciel de FKA Twigs fait de religion ou tout au moins une croyance qu’elle soit occulte ou ésotérique. « Mary Magdalene » en est une illustration. Son intro résonne de sons de harpe et de xylophone qui rappellent immédiatement Björk, avant de s’enfoncer dans des ténèbres où les beats percutants de Nicolas Jaar trouvent une place de choix. Continuant sur sa lancée l’anglaise entonne un « Fallen Alien » renversant. Magdalene singularisera un certain répit avec « Day Bed » et « Cellophane », calmant là un peu tous ces éléments malaxés de façon très désynchronisée depuis le début du disque.
FKA Twigs signe un retour brillant. La désormais trentenaire n’a pas simplifié les choses avec ce second essai qui au final est probablement un cran au-dessus du déjà très réussi
LP1, une gageure dont peu peuvent s’enorgueillir.

***1/2

Sir Was: « Holding On To A Dream »

On a fait la connaissance de Joel Wätsberg et de son side-project musical Sir Was avec son premier album nommé Digging A Tunnel. Très vite, le musicien suédois s’est fait remarquer pour sa musique voyageuse et quasi-mutante qui nous envoûte jusqu’à la dernière note. Et bien sachez qu’il récidive avec son successeur nommé Holding On To A Dream.

Toujours à mi-chemin entre pop psychédélique, trip-hop, jazz et hip-hop old-school, Sir Was s’appuie de plus en plus sur les influences du dernier courant musical cité pour embarquer son auditeur très loin. Avec une pointe de pop et de soul, nous voici sous un petit nuage avec ses textures musicales aériennes qui habillent les titres somptueux comme l’introduction nommée « Fly Away » mais également « No Giving Up » qui suit et « The Sun Will Shine » montrant le musicien de plus en plus à l’aise.

Plus policé et plus riche que son prédécesseur, Sir Was a décidé de tirer des leçons sur les relations sociales en vertu de son propre cercle. Il en résulte des morceaux vertigineux comme « Deployed » conviant sa compatriote Yukimi Nagano de Little Dragon qui parle des hauts et des bas du sentiment amoureux mais encore « Somewhere » et « Speak Up ». On se laisse bercer par les atmosphères cotonneuses et organiques (parfois électroniques sur la toute fin de « No More Separation ») ainsi que par les interprétations riches en caractère de Joel Wätsberg qui n’hésitent pas à moduler sa voix pour la rendre plus grave sur les lancinants « Trust » et « See You Again ».

Avec Holding On To A Dream, l’artiste est toujours en quête d’un nouveau sommet en terme de créativité. Ce second album ira sans doute changer la place qu’il peut avoir en raison de ses influences qui se mêlent pour en faire un disque atypique et qui se doit d’être remarqué.

***1/2

Thundercat: « The Beyond/Where the Giants Roam »

Sous le nom de scène de Thundercat se dissimule un bassiste deLos Angeles nommé Stephen Bruner dont l’intéressante carrière l’a fait apparaître dans To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar et à collaborer avec The Flying Lotus.

Ces deux manifestations ont été bien reçus c’est pourquoi l’annonce de ce mini album nommé The Beyond/Where the Giants Roam a fait se dresser certaines oreilles d’autant qu’il s’agit de son premier opus depuis Apocalypse en 2013.

Ce projet est long de six plages et il explore la jazz-funk avec Flyng Lotus aux manettes et le légendaire Herbie Hancock aux claviers accompagnant le voyage synthétique qu’est « Lone Wolf & Club ».

Le fait que Bruner abandonne sa basse est un acte de bravoure révélateur de l’esprit d’aventure qui caractérise ce disque. « Them Changes » pioche dans la soul-funk des 70’s, « Song for the Dead » vire du côté de paysages oniriques et « Where the Giants Roam/Field of the Nephilim » n’hésite pas à enfoncer, un peu trop ?, le clou du « trippy ».

Le tableau sera complet avec « That Moments » qui pousse aussi loin que le jazz peut aller et c’est muni de ce robuste document musical qu’on peut envisager une suite encore plus intrépide.

 

Redinho: « Redinho »

Redinho a commencé à se faire connaître en 2011 quand, avec The Numbers, ses compositions funk facétieuses offraient une alternative bienvenue à l’obsession «  dance  » habituelle. Il aura fallu attendre trois ans pour qu’il sorte quelque chose de substantiel et il est difficile de constater que ses loufoqueries atypiques ne se soient pas étendues et aient été supplantées par un sens de conscience de soi un peu trop étalé. Sur Redinho on trouve tout ce qu’on est en droit d’attendre, certes, mais le toute semble être délivré avec le plus profond désintérêt.

Le sentiment de lassitude se fait sentir dès « Jacuzzi » un titre basé sur les aspirations à se conformer à un certain style de vie dont le sujet résume à lui seul la vacuité. Sur « Sharp Shooter » Redinho fait état des es prouesses sexuelles d’une manière qui s’efforce d’être séductrice sans grand effet d’autant qu’il est difficile de s’adhérer à son fonds de commerce musicale qui est la « talkbox », ce moulin à paroles plus approprié à une musique artificielle qu’à un véritable désir de donner chair à la musique synthétique. Rien ne peut être convaincant ici, y compris le compulsivement sexy « Playing With Fire qui ne suscite qu’indifférence.

Il n’est que certains moments de brillance qui peuvent nous retenir mais ils sont trop parsemés pour donner substance à l’ensemble. « Shem » nous rappelle qu’il maîtrise sans peine l’art de l’instrumental ou de synthétiseurs émotionnels (« Bubbles » ou « With Or Without You ») mais la plupart de temps nous sont présentées des compositions qui semblent abandonnées en plein milieu.

Au bout du compte, le disque distille une sensation d’ennui (le duo avec Vula, « Making Up The Rules ») ; on se contentera donc de se raccrocher au morceaux déjà connus ce qui est un peu maigre pour un artiste qui donne l’impression de se reposer déjà sur ses lauriers.

**

The Stepkids: « Troubadour »

Il est facile d’imaginer un disque comme Troubadour (le deuxième album de ce trio du Connecticut) comme faisant les délices d’un « party ». Le groupe y fricote avec le jazz, la soul, la pop vintage d’une façon glossy et superficielle et qui peine à étendre la portée émotionnelle de son album au-delà d’une simple gaieté frelatée.

« The Lottery » est un funk laidback des années 70, « Insecure Troubadour » est titre indie rock quelque peu fade et l’album sonnera ainsi tout au long comme une compilation exécutée par un combo caméléon qui fait plusieurs choses correctement mais aucune qui ne les identifie comme un ensemble nommé The Stepkids.

Plusieurs influences donc, le seul moment où une sauce semble se lier sur un morceau sera sur « Symmetry » qui combine comme il se doit jazz, hip-hop, prog-rock, psychedelia et soul. La recette ne prend pas tout le temps ; « Bitter Bug » va ainsi utiliser le hip-hop moderne et la soul comme modèle mais va se prolonger trop longtemps pour ne pas sonner comme un exercice de remplissage.

Les basses funk, le travail à la guitare sineux et les vocaux masculins suraigus montrent une indéniable musicalité mais celle-ci se révèle trop labyrinthique et incertaine pour donner liant aux structures et aux arrangements. Certains, pourtant, s’avèrent intéressants (bois, vents, électronique) mais cette démonstration est trop ampoulée pour ne pas verser dans le kitsch. Tout au plus peut-on apprécier une bravado à la Prince et se dire que The Stepkids serait le groupe idéal pour réaliser un concept album tant il se montre malléable.

★★☆☆☆