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William Basinski : « On Time Out Of Time »

Depuis quatre décennies, William Basinski compose une oeuvre hantée par la mélancolie, qui aime flirter avec l’intériorité de l’âme, laissant derrière elle la poussière de sa propre disparition, à l’image de son travail The Disintegration Loops.

Avec On Time Out Of Time, l’artiste tutoie l’immensité de l’espace, conçu à partir du LIGO (Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory) qui a permis de capter le son de la fusion de deux trous noirs.

Ici, le temps une fois encore, semble fuir et sombrer dans un grand vide interstellaire, où le froid recouvre la chaleur de notre monde. Le noir étalant sa couleur jusque dans les profondeurs de l’infini. Un album intense de par son minimalisme évocateur et sa poésie céleste.

***1/2

14 mars 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Recent Arts: « Skin »

Le producteur Tobias Freund et la vidéaste Valentina Berthelon forment le duo Recent Arts, qui combinent magistralement images et son, créant un univers futuriste dérivant sur des nappes célestes aux allures de trou noir absorbant.

Skin est l’aboutissement de leurs recherches et de leur travail, axé sur la jonction des corps et les mouvements giratoires des esprits, mariant abstraction flottante et poésie avant-gardiste propulsée par le chant en suspension de Barbie Williams.

La beauté et la force de leur travail résident dans le mariage des Arts et des approches, la musique semblant devenir images et vice-versa.

Les ambiances déployées au fil des titres, installent un tissu de vibrations hypnotiques tissant leur toile d’araignée, piégeant l’auditeur via un minimalisme sombre qui percute nos sens sans prendre de gants.

Recent Arts fait danser les machines sur des mélodies soyeuses, tachées d’encre noire et de sang psychique à la dimension surnaturelle.

***1/2

12 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Lingouf: « Galactick Kicks »

Lingouf, c’est le jusqu’au boutisme en matière de son, mais le jusqu’au boutisme créatif.

Disons-le d’entrée, Galactick Kicks est un album furieusement déchainé, qui invoque le hardcore à prendre des poses de tueur en série avec ses sonorités passées au broyeur, ses mélodies saturées et ses rythmiques rentre dedans.

Le breakcore avale les samples disséminés en mode croche-pied, les synthés se déchainent à coups de chaines sur des machines rendant leur dernier soupir. Lingouf fait crisser les machines sur des tapis de papier de verre, empale les samples sur des brochettes en fer.

Galactick Kicks fonce à la vitesse lumière, semant ses poursuivants dans les profondeurs d’une galaxie prête à s’effondrer sur elle-même, lâchant un dernier soupir de frustration viscérale et de rage vorace. Frénétiquement dérangé !

***1/2

11 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Light Conductor: « Sequence One »

« Une soupe cosmqiue ; c’est ainsi qu’est décrit le nouveau projet le Jace Lasek (The Besnard Lakes) et de Stephen Ramsey (Young Galaxy) réunis sous le nom de Light Conductor qui nous arrivent avec un premier album intitulé Sequence One, une œuvre contemplative qui combine adroitement lambient, l’expérimentation électronique et le space-rock.

S’il y a un mot pour décrire la musique de Light Conductor, c’est la patience. En effet, Lasek et Ramsey prennent tout leur temps pour développer des morceaux qui se caractérisent par des structures très simples et volontairement répétitives. Les deux musiciens se connaissent très bien et s’amusent depuis quelques années à créer des « improvisations lentes » en utilisant des synthétiseurs modulaires.

La première face du disque est composée de deux plages qui, en réalité, n’en forment qu’une seule. D’une durée de plus de onze minutes, « A Bright Resemblance » est basée sur une mélodie de six notes répétée en boucle. Le rythme est lent, avec de subtiles variations de textures : ici une basse pour asseoir la pulsation, ici un thérémine qu’on dirait sorti d’un vieux film de science-fiction. L’ensemble peut rappeler un groupe comme Tangerine Dream, mais aussi la musique minimaliste dans la tradition de Steve Reich, Terry Riley, La Monte Young ou alors Philip Glass.

S’enchaîne ensuite « Chapel of the Snows », elle aussi construite selon le même motif de six notes mais qui se désagrège en un long drone. De ce bruit blanc émergent finalement des notes vers la fin du morceau, avec des sonorités de synthétiseurs qui ressemblent presque à des violons. La musique s’éteint comme elle a commencé au début du disque, doucement et sans qu’il n’y ait eu vraiment de pic d’intensité. L’important ici n’est pas la destination, mais le voyage.

La face B s’ouvre sur la composition la plus monocorde de l’album, intitulée « Far from the Warming Sun », qui s’articule autour d’une lente pulsation électronique. L’absence de mélodie ou d’harmonie crée forcément une impression de vide, même si on se doute bien que c’était là l’effet recherché par Lasek et Ramsey. Il n’eb demeure pas moins que, sur une durée de plus de dix minutes, le tout s’avère parfois un peu trop statique.

Les deux dernières compositions de l’album forment elles aussi une sorte de diptyque. « When the Robot Hits the Water » marque un changement de tempo vers une pulsation plus rapide, avec des effets électroniques à façon « On The Run » du Pink Floyd mais on pense surtout au travail de Boards of Canada pour le côté très rétro de ce mélange entre électronique et psychédélique.

Tout cela n’est pas là par hasard. Lasek est un partisan de la bonne vieille technologie analogue dans son travail de réalisateur et « Sequence One », enregistré au studio Breakglass, témoigne de cette quête d’une sonorité imparfaite, comme altérée par le temps.

L’album atteint son point culminant sur l’éponyme « Light Conductor », le seul titre qui évoque de loin l’univers sonore des Besnard Lakes. C’est dû entre autres à l’entrée en scène d’une guitare électrique mais aussi à la présence de la voix de Catherine McCandless, la femme de Ramsey et sa partenaire dans Young Galaxy. On comprend alors que cet opus doit être perçu comme un tout, avec cette lente progression nous menant jusqu’à cette finale krautrock explosive.

Sequence One est un album un peu déroutant pour quiconque s’attend à retrouver quelque chose qui s’apparenterait de près ou de loin au psych-rock teinté de shoegaze des Besnard Lakes ou à la dream pop de Young Galaxy. Mais il s’agit d’une œuvre cohérente, un peu en-dehors de son époque, qui s’apprécie davantage avec une paire d’écouteurs ou plongé dans une obscurité complète.

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11 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Silk Road Assassins: « State Of Ruin »

Le premier album de Silk Road Assassins, auteur de deux 12″ auparavant, vient ici explorer la frontière entre electronica et grime, entre capacité à proposer des rythmiques syncopées et travail moins appuyé sur les nappes, voire les mélodies.

Avec leurs morceaux ramassés autour des trois minutes, les Anglais mettent en avant leur désir d’aller droit au but, envoyant souvent les pulsations dès le début du titre, amenant l’auditeur à hocher la tête en cadence (« Familiars », « Taste Of Metal »). En parallèle, quelques accords et éléments chromatiques parcourent donc l’album, comme autant de touches plus colorées apportées en contrepoint de l’aspect plus urbain et déstructuré des rythmiques (« Split Matter », « Bloom », « Saint », « Blink »).

Sans avoir recours à des incursions vocales, le trio britannique sait aussi introduire des composantes assez voisines dans leurs sonorités, comme des petites bribes façon onomatopées (« Bowman »).

La participation des Russes WWWINGS donne, en creux, une idée de ce qu’aurait pu être State Of Ruin si les Anglais s’étaient laissé aller à ne privilégier qu’une approche saturée (dans le traitement des rythmiques, mais aussi dans l’occupation sonore). Fort heureusement, Silk Road Assassins a donc fait le choix de procéder de manière plus fine, moins martiale, dosant subtilement ses effets.

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7 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Original Past Life: « Inference/Interference »

On avait déjà fait connaissance de Adam Trainer que moitié du duo Gilded, auteur d’un disque paru en 2012. Le bassiste s’exprime à présent au sein d’un autre groupe, Original Past Life, dont le nouvel album nous arrive avec une formation de type guitare-basse-percussion, agrémentés de synthés et d’électronique. Le trio nous y propose le résultat de sessions d’enregistrement largement improvisées, dans un registre entre free jazz et expérimentations.

La durée variable de chacun des neuf morceaux d’Inference/Interference permet aux trois musiciens de moduler les atmosphères, entre moments plus enlevés, voire légers, quand la cymbale se trouve frappée métronomiquement (« Infinity ») et passages nettement plus sombres, quasi-plombés par les guitares saturées ou par les interventions des percussions très métalliques. À d’autres instants, le propos se fait plus dépouillé, concentré sur un échange entre six-cordes triturée et frappes éparses sur la batterie (« Taken By Gauze »).

On frôle alors une forme de doom-jazz pas si repoussant que l’intitulé stylistique pourrait le laisser supposer, tant la noirceur des nappes et traits lancinants de guitare s’accorde bien avec les rythmiques free jazz. Plutôt intéressant, le travail d’Original Past Life prend certainement davantage d’ampleur en concert, l’écoute sur disque étant un peu trop réduite pour pleinement apprécier les rec

6 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

RYD: « RYD »

Venu tout droit de North London, RYD est prêt à prendre d’assaut la scène musicale britannique actuelle. De son vrai nom Ryan Downie, le musicien multi-instrumentiste et producteur plonge dans des épopées à mi-chemin entre indie pop, alternative R&B et post-dubstep ambient comme l’atteste son tout premier album.

Imaginez une fusion entre Hot Chip, Frank Ocean et Stubborn Heart et bien vous obtiendrez l’univers musical fragile mais attachant de RYD. Avec son falsetto frêle et ses ambiances froides et mélancoliques à souhait, il nous concocte des morceaux idéaux pour cet hiver allant de « Don’t » qui ouvre le bal à « You Only Had To Look Back » en passant par « Work It Out », « Plans » et le sallures dignes de Bonobo que sont « Away ».

Même si il ne révolutionne en rien la musique, nul ne peut penser que RYD nous fournit une musique riche en sensations entre le percussif « I See U » et l’harmonieux « Leaves » qui frôle les sept minutes. Si le musicien londonien affirme s’inspirer du fameux Music For Airports de Brian Eno pour ce premier opus, il est clair qu’il s’est mis à nu lors de ce disque rempli de joyaux bruts comme « Holding Back » ou le conclusif « Retain ».

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2 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Stephen Vitiello & Taylor Deupree: « Fridman Variations »

Dans la grande lignée des sorties du label indépendant 12k, voici que nous arrive un nouveau disque qui est à la fois la retranscription d’un concert un peu exceptionnel (car donné dans une galerie d’art new-yorkaise) et une sortie collaborative entre le gérant du label et l’un de ses artistes. Au reste, ce n’est pas la première fois que les deux hommes proposent un album commun, Stephen Vitiello (le second nommé) étant même très familier de ces disques en coopération, en témoignent les cinq parutions déjà recensées sur ces pages, toutes avec des musiciens différents.

Ici, donc, c’est avec Taylor Deupree qu’il opère, pour un travail en bonne partie improvisée, ce qui n’est guère une surprise compte tenu du registre ambient dans lequel les deux interviennent, à base de nappes de guitare et de synthé, parcourues de quelques triturations électroniques ou micro-tapotements rythmiques. Placé dans un lieu qui accueille aussi bien des plasticiens contemporains que des concerts, notamment dans le cadre du New Ear Festival, donné chaque début d’année, le live considéré s’étend sur une petite vingtaine de minutes et occupe la face A de cette publication vinyle.

Comme souvent avec ce type de travail, l’auditeur est invité à découvrir les entrées et sorties successives des différentes composantes, à apprécier les tonalités lumineuses, caractéristiques des musiciens signés chez 12k, à se laisser bercer par l’atmosphère minimaliste de l’ensemble qui, même lorsqu’il gagne en densité sur la fin du titre conserve une tenue certaine.

La face B, aux intitulés programmatiques, se constitue de deux variations, parties des mêmes matériaux que le live, comme si Deupree & Vitiello avaient voulu, par cette inscription physique, prolonger leur concert. Peut-être moins évolutif et prenant que le morceau principal (il faut dire qu’ils ne font que, respectivement, dix et six minutes), les deux titres de cette face B agissent toutefois comme d’intéressants prolongements. Privilégiant tantôt des petites notes assez claires, tantôt des fourmillements synthétiques plus chargés, ces deux morceaux forment ainsi un beau témoignage des qualités de leurs auteurs.

***1/2

1 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

King Midas Sound: « Solitude »

C’est en formule duo que King Midas Sound ressurgit des abimes, pour donner aux nuits profondes un compagnon de route viscéral, faites de limbes et de dépouillement.

Le producteur protéiforme Kevin Martin (The Bug, Techno Animal, God) accompagné du poète et vocaliste Roger Robinson, offrent un opus en suspension, voyage intersidéral dans l’intériorité des mots et des ambiances froides aux échos organiques enchevêtrés de sérénité inquiétante.

Des lambeaux d’amour volent sur des histoires brisées cherchant à relancer la flamme des débuts, sans ne plus vraiment y croire. La voix grave de Roger Robinson semble lasse et pleine d’une rage fondue par la souffrance de n’être plus qu’un face à soi même.

La musique créée par Kevin Martin est un écrin de noirceur implacable enrobant le verbe, combinaison de désespoir et de déchéance, de passé douloureux et de présent sordide. Le tout formant un conglomérat de suffocation rampante et de puissance sourde. Pépite noire à la lumière effacée par des verres teintés de déchirements et de tristesse, de détresse et de deuil amoureux. Pour coeurs sensibles et solides.

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21 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Joel Tammik: « Imaginary Rivers »

Joel Tammik est un musicien estonien qui s’était mis sous silence pendant une durée de dix ans. Il est vrai que, son electronica semblait à bout de souffle tant elle s’inscrivait dans un registre balisé et sans surprises.
Avec ce nouvel album,
il tente ici de s’en extraire an privilégiant une approche plutôt ondoyante, fondée sur des synthés aux teintes légèrement psyché et parsemée d’appuis dub.

Naturellement, avec un titre comme Imaginary Rivers et une pochette entre la tâche d’encre façon test de Rorschach et la toile d’araignée numériquement stylisée, on pouvait être certain de se trouver face à quelque chose d’extrêmement évocateur, propre à titiller l’imaginaire de l’auditeur, d’autant plus que le disque s’étire sur plus d’une heure.

Mais Joel Tammik ne se contente pas de faire tourner ses instrumentations un peu paresseusement, puisqu’il sait proposer des climats variés, allant chercher des inflexions plus métalliques à un endroit, ou plus marquées electronica-dub à un autre (« Neutuva »), voire convoquant une lointaine polyrythmie (« Nuari »). Sous ce rapport, les pulsations savent utilement se diversifier, que ce soit dans leurs fréquences comme dans leurs tessitures.

Les petites mélodies ne sont évidemment pas oubliées, mais elles se trouvent ici présentes sous forme de fragments, de haïkus posés sur des aplats de synthé vaguement grésillants. Il semble être fait alors davantage de cas, au long des neuf titres tout à fait agréables, des atmosphères et du contenant que de l’ornementation décorative et chromatique. Pas forcément négative, cette impression conforte, au reste, le souvenir qu’on avait des travaux du musicien.

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14 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire