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Dominik Eulberg: « Mannigfaltig »

L’alliance de la nature et de la science, ce n’est pas nouveau. L’influence prégnante de la nature comme inspiration musicale non plus. Et dans la musique électronique… c’est loin d’être une révolution. Mais là où Dominik Eulberg se distingue, c’est dans son approche. Musicalement, on ne va pas se mentir, ça ne s’entend pas vraiment, mais Eulberg est à la fois musicien, biologiste et écologiste ; il conjugue donc, au moins par l’esprit, tous les éléments de façon beaucoup plus logique. Entre techno et electronica, le style répétitif, riche en ambiances et en superpositions de lignes mélodiques se déploie sur douze titres plutôt longs mais bien construits.

Il faut dire que cet album, largement attendu puisqu’il débarque plus de huit ans après le précédent, est sacrément armé pour combattre l’errance ; en effet, avec ces 87 minutes au compteur, on va passer un moment à se perdre dans ses méandres. D’autant plus que, tout aussi homogène qu’il soit, cet opus est assez riche pour qu’on s’abstienne de passer son tour.

Bien sûr, il faudra être sensible au genre, mais si vous tenez la distance sur « Eintagsfliege », nul doute qu’il en sera de même pour les autres titres. Pour le reste, n peut se permettre un gros coup de cœur pour « Neutöter » et ses basses acides, mais ça n’est qu’une suggestion. En tout cas, la musique du bonhomme, qu’elle tutoie les cieux ou se complaise dans une mélancolie feutrée, est toujours aussi agréable à l’oreille.

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14 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Jumpel: « Cabogato »

Alors qu’il s’agit de son cinquième album, ce n’est que la première fois que ces pages s’attardent sur Jumpel est adepte d’une electronica assez fine et minimale, introduisant des notes de clavier, l’Allemand tisse sur son cinquième album ne quinzaine de titres tout à fait plaisants, dans une veine assez évocatrice. De fait, Joachim Dürbeck indique s’être inspiré du parc naturel Cabo de Gata, situé au sud-est de l’Espagne, près d’Almeria, pour composer cet album disponible uniquement en téléchargement.

Fine et minimale, donc, son electronica se constitue de petits éléments, parfois un peu acérés et pointus, à la limite du larsen mais aussi légers et non agressifs pour les rythmiques majoritairement convoquées (« Noon »). Cette délicatesse et la précision de ces interventions se doublent d’un joli savoir-faire quand il s’agit de mettre en place des formes syncopées, avec mini-breaks et relances (« Moon Phase ») ou bien, dans un autre registre, quand la ligne mélodique se fait cotonneuse (« 3 Miles Away »). Dans cette continuité, le toucher du piano de « You » se trouve enrobé d’une forme de ouate tout à fait caressante.

Sur la globalité du long-format, Jumpel n’évite cependant pas l’écueil du décoratif, à l’image de Sticking Day, ses pulsations basiques, son atmosphère « lounge » et ses mélodies ornementales. On goûtera nettement plus son incursion vers une electronica-dub dans le caudal et long (plus de huit minutes) « Behind The Shore », manière de sortir un peu de sa zone de confort et de laisser l’auditeur avec une bonne impression d’ensemble.

***1/2

13 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Jake Muir: « Acclimation »

Jake Muir est un jeune artiste de Seattle, encore peu connu mais déjà repéré par quelques labels comme Dragon’s Eye Recordings qui sort son premier album sous son propre nom. En effet en 2016 Jake Muir sortait un autre disque sous le nom de Monads. Un magnifique album ambient intitulé Muara que l’on peut écouter sur son compte Bandcamp.

Jake Muir compose à partir de sons divers, allant d’extraits de vinyles aux ondes radios en passant par les field recordings qu’il capte à travers le monde et manipule à l’extrême. Si l’Américain a encore peu fait parler de lui, il a appris aux côtés de Chris Watson, une référence en matière de field recordings.
Cet album est composé de deux plages d’un durée précise de 20mn. On commence par « Cold Seeps « et ses petits bruitages mi-aquatiques, mi-métalliques, comme si des gouttes d’eau tombaient sur une grille. De longues sonorités au second plan se placent entre le souffle et l’oscillation d’un objet métallique au gré du vent. Ces sonorités ambiantes s’élèvent, prennent le dessus pour former un drone mouvant, tantôt hanté par une multitude de bruitages, grelots, tantôt épuré à l’extrême et lorgnant vers une ambient minimale.
A son apogée, « Cold Seeps « se pare de puissantes tonalités vibrionnantes avant de retrouver le calme, pour finir sur une ambient plus feutrée, d’abord douce et minimale et finalement minérale voire rocailleuse.

De façon assez prévisible, le second volet nous apparaîtra comme une variation du premier. Aucun lien direct entre les deux pièces, mais les sonorités de même nature, subissant le même type de traitement, produisent logiquement une musique similaire, tout aussi abstraite, rendant l’ensemble assez interchangeable. On retrouve donc sur ce « Black Smokers » des drones couverts de grésillements, croisés à de graves résonances métalliques, une évolution et un empilement de strates qui nous mènent vers une ambient minimale et ondulante, mais aussi de nombreux bruitages métalliques, comme des improvisations à base de manipulation d’objets ou encore les mouvements d’un mobile au gré du vent, des écoulements d’eaux, et à plusieurs reprises l’impression d’entendre des chœurs, un peu d’humanité au sein d’une très belle musique, organique, mais globalement plutôt froide voire sombre.

Une très belle découverte, mais une musique plutôt abstraite et donc expérimentale, faisant montre d’une évolution par rapport à un premier album d’une ambient où boucles et mélodies formaient autant de points d’accroche.

***1/2

13 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Antwood: « Delphi »

Delphi est le troisième album d’Antwood (anciennement Margaret Antwood), alias du Canadien Tristan Douglas. Remarqué depuis ses débuts par des magazines prestigieux tels que Vogue ou The Wire, l’artiste propose une musique électronique aventureuse. On nage ici dans des eaux expérimentales et déroutantes, où l’intimiste côtoie l’extravagant, l’archaïque le moderne.
Douglas a été épaulé par sa compagne Olivia Dreisinger, et ils ont développé ensemble le personnage d’une jeune fille prénommée Delphi. Ainsi, la vie de l’adolescente n’est sans doute pas un long fleuve tranquille. Le cortège des émotions l’assaille face à notre monde contemporain de plus en plus déstabilisant, sombre, malsain. On sent poindre la nostalgie de l’enfance, un âge d’or fantasmé faisant écho à l’image de la Grèce antique et à son oracle de Delphes. Cette volonté de retrouer ses origines est prégnante sur « First Delphic Hymn (to Apollo) », titre mystique de musique grecque ancienne ; la mythologie est suggérée.

Notons que les morceaux calmes donnent la pleine saveur à cet opus chamarré, mais inégal par bien des aspects. Si l’intro nous réjouit avec son synthé mystérieux et sa ritournelle onirique que l’on entendra ailleurs, l’ambiance est gâchée dès « Club Dread », tout en agressivité electro, une dance démoniaque, violente, tendue. Cette débauche est malheureusement répétée et altère le propos musical. Néanmoins, le portrait de cette créature est complet, ce qui implique errements chaotiques (« Delphi », « Portal »), douceur élégiaque (« A Hostile Message», « Delphi’s Song », « Ecstatic Dance »), mais aussi dimension spirituelle (cf. l’exotique « Castalian Fountain » ».
Une disparité forte s’exprime donc tout au long de ces treize plages au niveau stylistique. Des éléments classiques parsèment cette œuvre, qui s’opposent à un son club, virant parfois au trip-hop (« Queasy ») et au hip-hop (« Cave Moth »). Souvent sombre, parfois lumineux (« Healing Labyrinth »), Delphi est un disque complexe, qui nécessitera sans doute plusieurs écoutes avant qu’on se l’approprie pleinement.

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12 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Baltra: « Ted »

 

Dans le rayon des nouveaux talents électroniques, on peut également citer Michael Baltra. Le DJ/producteur new-yorkais fait parti des découvertes qui sont prêts à faire un grand bruit grâce à son univers musical house lo-fi aux côtés de DJ Seinfeld résolument attachant. On en veut pour preuve son tout premier album intitulé Ted.

Attachant tout simplement parce que Baltra a décidé de puiser son inspiration à travers sa vie personnelle. Le nom Ted lui paraît familier car il s’agit du nom de son père décédé durant la conception de ce premier opus qui lui permet de faire un deuil en musique. Voici donc quinze morceaux aussi bien rythmés que délicieusement mélancoliques à la croisée de la house lo-fi, ambient et sonorités jazz comme les immersifs « Flashback » qui ouvre le bal mais également « Supreme », « Bankrolls » ou encore « This Is The Last Time, I Promise » où le new-yorkais ouvre les portes de son jardin secret.

Ted comprend un hommage des plus touchants sur le « Ted’s Interlude » qui compte un sample d’un des morceaux de son défunt père. On voit donc Baltra arpenter différents chemins avec plus ou moins de succès avec le jazz sur « Rue des Sablons », la vaportrap sur « In The Mist Of Lovers Past » ou encore la drum’n’bass sur le dispensable « How Does It Work ? ». Mais la plupart du temps, le DJ new-yorkais réussit à nous envoûter que ce soit sur la sublime collaboration avec la DJ coréenne park hye jin sur la house old-school « Ahead Of Time » ou sur des influences dignes de Burial avec « Study Of You ». Ce qui donne un premier album authentique et gentiment bouleversant qui ira propulser le producteur au rang des talents prometteurs du moment.

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9 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Michael Cutting: « Stills »

Le bruit par lequel est introduit Stills de Michael Cutting est un son immédiatement reconnaissable pour la plupart des gens qui ont plus d’un certain âge ou qui aiment jouer avec des équipements audiovisuels plus vieux qu’eux : c’est le son d’un bouton en métal ou en plastique de la taille d’un doigt appuyé et qui engage mécaniquement une sorte de processus de lecture. Dans ce cas, à en juger par les images de l’album et aussi par la façon dont il sonne, le bouton appartient probablement à un lecteur de cassette modifié, un projecteur ou un autre appareil de lecture de bandes ou de films à roulette et autres pièces mobiles. Cutting est la moitié de Kinder Meccano (l’autre moitié étant Vitalija Glovackyte), et l’intérêt pour le bricolage, l’électronique modifiée et adaptée déborde de ce projet dans son travail solo. Stills est plus ciblé, cependant, impliquant surtout des manipulations de lecture de bandes.

Ce cliquetis est suivi d’un silence, puis de doux sons tourbillonnants, sonnant dans le timbre, bouclant, s’entrechoquant rythmiquement et s’entrechoquant l’un sur l’autre. C’est un mélange à la fois étrange et familier, apaisant et anxogène à la fois. Les accords syncopés de la plagesuivante, presque jazzy et presque syncopés, roulent pour s’arrêter, puis recommencent, rejoints par des sons durs et tranchants. Le rythme s’essouffle ensuite pendant un moment, avec des tonalités hautes doucement hurlantes sur des accords chauds et ambigus, avant qu’une chute de basse n’entraîne des rythmes de guitare frémissants. Cette légère teinte jazzy reviendra plus tard dans l’album, cette fois dans de longues notes étouffées de ce qui ressemble à des trompettes sourdes, des carillons silencieux avec un bourdonnement, un bip et un crépitement de chantier.

L’utilisation de la mélodie par Cutting – plaintive, désinvolte, parfois décalée – convient parfaitement à la nature de ses «  instruments «  sur bande, avec leurs défauts inhérents, leurs incertitudes et leurs moyens de production sonore. C’est presque comme s’il cherchait à donner une voix aux personnalités d’appareils comme les vieux magnétophones et les projecteurs de bobines, ou du moins à y projeter un certain personnage. Prenons l’exemple de la mélodie rapide et enjouée sur le morceau « Ardoise », qui finit par s’estomper, trébucher et finalement faire place à des accords lents et légèrement tristes : avec un peu d’imagination, on entend les sautes d’humeur d’un enfant enjoué dans un univers robotique. Stills est plein de ces contrastes attrayants de mélodie, d’harmonie et de rythme, rendus d’autant plus fascinants par la manière dont ils incorporent la nature matérielle des machines et des processus qui les produisent. L’album se terminera, comme attendu voire espéré, là où il a commencé, avec le cliquetis d’un bouton.

***1/2

27 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Markus Mehr: « Dyschronia »

L’Allemand Markus Mehr publie ici son 7ème album studio sur toujours la même structure australienne. Il y affirme un style sans concessions puisque cette nouvelle production est certainement la plus expérimentale qu’il ait pu sortir.

Markus Mehr joue avec les contrastes. Il est capable d’aligner sur un même titre des ambiances poétiques et des textures bruitistes, des atmosphères changeantes et surprenantes, pas faciles à suivre et qui peuvent facilement rebuter. L’auditeur est tout de suite mis dans le bain sur « Dyschronia 1 » avec son quasi silence en guise d’ouverture, ses envolées de cordes probablement samplées d’un disque de musique classique, puis sa basse nasillarde qui finit par tout emporter avec son lot de cassures, déchirures, improvisations métalliques et chuintements divers. Tellement déconcertant que s’il s’agissait d’un live on pourrait penser que l’ordinateur de l’artiste est en train de bugger. Pourtant ici tout est normal puisqu’un peu plus tard ce sont des chœurs religieux qui font leur apparition, accompagnés de cordes éraillées…

Si on parvient à passer le cap du premier titre, on pourra continuer et apprécier les subtiles incursions mélodiques dans des amas de textures et glitchs noisy. Boucles d’orgues virevoltants et chant d’opéra croisent ainsi grésillements et claquements rythmiques de machines sur le très abstrait « Dyschronia 2 », une ambient piratée par des samples vocaux et cliquetis perdus sur « Dyschronia 3 », ou encore des pulsations rythmiques et drones nasillards sur « Dyschronia 5 ».

C’est peut-être bien sur « Dyschronia 6 » que les contrastes sont les plus violents, avec ces samples de chœurs religieux déchirés par des textures crépitantes et granuleuses, tandis que le dernier titre fait une synthèse des éléments croisés jusque là.
Si on peut faire l’impasse sur « Dyschronia 4 », c’est qu’il se distingue de part sa réussite que l’on attribue à un équilibre mieux maîtrisé entre le bruit et une mélodie qui parvient par moment à s’imposer. Les éléments se frôlent, flirtent, prennent le dessus chacun leur tour, les textures grésillantes se font menaçantes alors que les mélodies de guitare, bien que cabossées, offrent de superbes moments de répit.

Dyschronia est donc un album difficile auquel on aura un peu de mal à accrocher, surtout lorsqu’on le met au regard des précédents albums de l’Allemand. Les amateurs de productions plus expérimentales, abstraites, aux tendances bruitistes pourrant, quant à eux, y trouver néanmoins leur compte.

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24 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Loscil : « Equivalents »

Après avoir lancé Monument Builders, Scott Morgan, l’homme derrière le projet Loscil, est de retour avec Equilavents un opus où les textures abstraites et riches foisonnent dans ce projet d’électro/ambient expérimental et les huit compositions deviennent un ancrage solide à nos vies frénétiques.

Ce qui frappe d’abord: tous les morceaux sont nommés « Equivalent », et sont suivis d’un chiffre aléatoire. On ne peut faire plus mystique et dépouillé. La pochette représentant un ciel gris sied d’ailleurs parfaitement à l’ambiance sonore de l’album. Des pièces entre 3 et 8 minutes, qui s’étirent presque nonchalamment. On se sent aspiré par le vide, appelé vers l’infini. Le piano velouté dans « Equivalent 3 » évoque la tranquillité de la nuit qui se prolonge. Les vagues sur « Equivalent 2 « auraient pu constituer totalement un cliché, mais c’est au contraire pertinent. Le fondu bien placé à la fin de l’album nous ramène presque brutalement à la réalité…

Le titre de l’album est inspiré d’une série de photographies du début du 20e siècle d’Alfred Stieglitz, qui peuvent être considérées comme les premières photos véritablement abstraites de l’histoire. Elles représentent les « équivalents de moments philosophiques ou d’états émotionnels », et Scott Morgan s’en est inspiré dans son processus créatif.

On peut rapidement dénoter l’influence de Marconi Union, groupe phare de l’ambiant expérimental et on y ressent beaucoup de similarités, surtout par rapport à l’album A lost connection. Par ailleurs, on pourrait également avancer que si Bonobo avait l’esprit plus contemplatif, il aurait pu créer ce genre d’album, que Loscil lance à la face d’un monde qui carbure à la vitesse.

Si les espaces sonores peuvent se ressembler d’un titre à l’autre, il suffira de quelques écoutes pour dénoter quelques petits éléments différents. En fait, l’ensemble crée un « drone » continu, propice à créer une sorte de bulle, une zone ouateuse où on se sent protégé. Un paysage sonore composé de sons graves, comme un vent chaud et lourd. Ce bruit continu et bourdonnant évoque un vaisseau spatial, pourvu des parois certes grises, mais qui permettent de voir des choses grandioses comme la naissance des supernovas ou la destruction d’empires. Nous voilà emmurés dans un espace-temps vaguement mécanique, où l’absence de pulsations est parfois sidérante mais quil améliore l’expérience de la contemplation et offre une thérapie sonore qui met en transe par l’absence totale de rythmes. Un papier peint onirique très foncé et opaque dans lequel on ne peut que se glisser.

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23 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Asfast: « Peace In Drifts »

Asfast est le projet musical de Leon Leder qui sortait là son premier album sur un label après 2 auto-productions dans lesquelles l’acoustique tenait une place importante tout en posant les bases de son travail, avec une électronique brute et marquée par ses fractures rythmiques, allant même jusqu’à nous rappeler le travail de Venetian Snares sur WYSIWYG. Avec l’album de Wealth qui sortait un peu plus tôt, le label Ventil nous offre un fort bel aperçu d’un catalogue a priori très cohérent.

Peace in Drifts s’ouvre sur une courte introduction plutôt abstraite, mystérieuse, combinant boucle d’une d’une sirène nasillarde, bribes de percussions et chuintements rythmiques. Un ensemble vif, d’une puissance retenue, qui se déploie progressivement sur « Draft » avec l’adjonction d’une mélodique entêtante. Ce 3ème album est celui de la maturité : fini l’imitation de ses aînés, ici Asfast prend des risques et expérimente avec réussite. C’est à la fois concassé et contrasté mais il tient sa mélodie qu’il dose avec justesse.
Une approche que l’on retrouve sur « Poser », d’abord très épuré avant de dévoiler avec subtilité et classe ses atours mélodiques, et « Drag », bien que plus apaisé avec ses longs louvoiements habités. Toujours dans le calme, mais avec une certaine noirceur, on notera les longs glissements et les bribes mélodiques élancées de « Bump Cut » ou les nappes et infrabasses d’un « Err Err » qui fait office d’interlude glacé.

S’ils sont tout aussi apaisés, « Well » et « Air »s se distinguent par leur épure mélodique. Simplement des errances métallisées et lumineuses pour le premier, et une mélodie franche de cloches pour le second qui laisse une place importante aux silences.
On gardera le gros morceau pour la fin avec deux titres à la fois mélodiques et explosifs, véritable marque de fabrique de Asfast. Il combine ici des mélodies joliment dessinées à des éléments électroniques brutes et secs. Les rapides tintements de « Drift » sont entêtants et prennent tout leur sens quand ils se retrouvent face à ces cassures et textures bruitistes. Les sonorités utilisées sur « Peacepie » sont plus classiques d’une laptop music, mais le résultat est tout aussi convainquant alors que les textures bruitistes, déchirures et hachures viennent froisser cette superbe mélodie.

Sur cet album, Leon Leder assume pleinement l’usage de l’électronique, et le fait avec une maîtrise qui ne peut que nous conquérir.

***1/2

22 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Lena Andersson: « Söder Mälarstrand »

Lena Andersson est un personnage de fiction créé par Kyoka une artiste japonaise et Eomac, pricteur irlandais. S’étant rencontrés à Stockholm au sudio EMS, il décidèrent très vite de travailler ensamble sur le système audio Buchla dudit studio.

Par la suite, ils se sont mis à travailler sur de nouvelles sources sonores instrumentales au studio Etopia basé à Saragosse.
Pendant ces improvisations une base de travail marquée par le principe de suestions/réponses a été établi entre les deux artistes, chacaun s’appuyant sur ses propres ressources et se nourissant du talent de l’autre.

L’approche expérimentale de Kyoka est libre et elle contraste habilement avec les montages habiles de Eomac, ces réflections non conventionnelles devenant la force motrice du tandem. Kyoka se délecte de « field recordins » une arabesque de fragments vocaux viennent perurber les apports rythmiques charpentés de Eomac comme sur « Das Tier » par exemple. « 39 Years Later » ou « Mystic » s’épanouissent sur une texture vive qui aura été condensée sur la console de mixage de manière à amplifier ls dramaturgie du moment évoqué.

L’immédiateté de cette collaboration sera à la base d’une synergie des techniques de production de chacun des artistes ; une stratégie sans faille à laquelle ne manque ni la liberté créative absolue ni la conscience professionnelle de la fonction musicale.

Söder Mälarstrand capture ainsi la collaboration intuitive entre les deux producteurs au travers de leur dialogue et de leurs origines géographiques, le titre de l’album étant un hommage de ce Stockholm qui aura réuni les musiciens.

***1/2

16 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire