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Jonas Meyer: « Konfusion »

Konfusion est le premier album d’un musicien allemand n’ayant jusqu’alors rien publié. Avec son travail assez fin sur des sonorités issues d’instruments réels (piano, principalement) et d’électroacoustique, Jonas Meyer paraît se situer bien dans la lignée de ce que le label gallois qui l’a signé peut proposer, à savoir une électronique un peu expérimentale, d’apparence assez minimale mais parcourue par de vrais accents mélodiques ou colorés. Avec ses morceaux assez longs (plus de sept minutes de moyenne), l’Allemand peut déployer ses composantes de jolie manière, intégrant par exemple des rythmiques au mitan de « Strömung ».

À ce titre, il appert que, plus on avance dans le disque, plus les pulsations se font présentes, suppléant progressivement le traitement du piano ou du synthé, offrant des propositions plus ouvragées, prenant davantage de corps et de consistance (« Verflechtung »). Les dix premières minutes du disque étaient donc un peu des leurres et l’horizon de Jonas Meyer s’avère beaucoup plus riche qu’imaginé, beaucoup plus dense aussi, avec des éléments parfois quasi-envahissants (les grésillements saturés de « Zwischen »).

Pour boucler la boucle, mais également capitaliser sur ces morceaux, « Sekundenschlaf » clôt, par ses dix minutes, l’album dans une forme plus ascétique (dans sa première moitié) avec jeu sur la luminosité de certaines sonorités, avant d’accueillir des accords de synthé, oscillants et réverbérés.

***1/2

12 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Marcus Fischer: « On Falling »

Les compositions de Marcus Fischer sont de celles qui se dérobent à la compréhension pour mieux irriguer les sens. Le natif de l’Oregon peaufine ainsi depuis une dizaine d’années un ambient magnifiquement minimaliste et a déjà livré une poignée d’albums de haute volée.

Une certaine poésie abstraite se dégage des environnements sonores créés par Fischer, dans ce qu’ils donnent à entendre bien sûr mais aussi dans leur process, soit une exécution particulière. Il y a dans tous ces bidouillages savants une maîtrise quasi totale des éléments. Quasi totale car, au-delà de sa capacité à reconnecter brillamment ces derniers entre eux, à les faire apparaître, transiter puis disparaître dans une danse d’électrons fascinante, l’Américain laisse finalement beaucoup de place à l’improvisation donc aux incidents et à des imprévus accidentels remodelant sans cesse mais imperceptiblement sa musique évanescente.

 

On Falling était initialement une cassette seulement disponible lors de la dernière tournée de Marcus Fischer. L’album se divise en deux parties : la première présente quatre nouvelles pièces travaillées en studio tandis que la seconde offre une captation live soit une composition hautement immersive de 30 minutes livrée d’un bloc (« On April 29th »). Cependant il est difficile de distinguer une réelle différence entre ces deux parties n’en faisant qu’une puisque les performances improvisées et méditatives de l’Américain reste fidèles à elles-même, dans son studio autant que devant une audience. On Falling se frotte à sa manière au style cosmique (« While Sleeping ») mais dans une forme plus introvertie, élaborant des loops de guitares hypnotiques en vue de les noyer dans des nappes synthétiques profondes et étendues faisant perdre toutes notions du temps. Essentiel.

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1 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Suumhow: « Secuund »

Une grosse année après leur excellent Crash_Reports, les Belges de Suumhow reviennent déjà, avec un nouveau long-format publié, conformément à leur premier effort, en digital, CD et MiniDisc (plus une très belle version en vinyle bleu). Musicalement, on reprend ici les mêmes ingrédients que l’an passé, avec une electronica mélodique marquée par des pulsations assez appuyées et volontiers grésillantes. Sous ce jour, le morceau d’ouverture (« Muuscl, » assez bien nommé) fait un peu office de fausse piste, en accentuant volontairement ses rythmiques, quitte à bousculer l’auditeur qui aurait pu s’attendre à des formes moins soutenues.

Ce positionnement s’atténue toutefois au fil des morceaux, les Bruxellois intégrant davantage d’éléments mélodiques (ligne chromatique, accords et nappes) et refrénant légèrement leurs à-coups, pour conduire jusqu’à « West Bend », plage plus courte et arythmique.

Reprenant le fil d’un album très bien construit, « Bora Bora » va déployer une rythmique et une coloration certes très référencées, mais diablement bien exécutée. Par la suite, ce sera dans des climats d’electronica tout à fait pertinents qu’évoluera Suumhow, avec une préférence pour un schéma dans lequel les soixante ou quatre-vingt premières secondes sont dévolues à la mise en place des éléments mélodiques, avant l’entrée de rythmiques plus franches, à la belle saturation grésillante.

Se concluant avec les huit minutes et trente-cinq secondes de « Nachta », Secuund confirmera aisément les très bonnes impressions perçues précédemment renforcera l’envie d’en entendre encore plus et de profiter de leurs réjouissantes compositions.

***1/2

1 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Meemo Comma: « Sleepmoss »

Ambiance sinistre, évocatrice, inspirée de l’automne et de l’hiver, à la fois isolante et belle. Sleepmoss, le deuxième album de Lara Rix-Martin sous le nom de Meemo Comma, arrive délibérément au cœur de l’automne. L’artiste de Brighton, qui dirige également le label expérimental Objects Limited, affirme que le disque s’inspire de la descente de l’hémisphère Nord en hiver et, surtout, de la façon dont ces mois d’obscurité affectent son état de conscience. Ce n’est pas la première fois que Rix-Martin explore les espaces liminaux. L’EP Cyclizine de 2016 (sous le nom de Lux E Tenebris) a été réalisé en réponse à la prise de médicaments contre l’hyperémèse, ou nausées matinales extrêmes, pendant la grossesse, tandis que le LP Ghost On The Stairs de 2017 évoquait l’expérience modifiée de l’artiste dans le traitement des troubles auditifs. Ces cadres conceptuels, aussi abstraits soient-ils, contribuent peut-être à l’étrangeté stylistique de la musique de Rix-Martin. Sleepmoss, à travers la planète Mu, est aussi étrange et onirique que tout ce qu’elle a jamais fait.

Mêlant nature et saisons, Rix-Martin réalise un album d’ambiance luxuriant, régnant dans ses précédentes expériences de jeu de pieds en faveur de quelque chose de plus classique. Il y a des violons romantiques (« Sleepmoss »), des roulements de tambour orageux (« Meadhead ») et des bois flottants (« Murmur »), souvent associés à des échantillons de vent, de pluie et d’appeaux. Bien que cela donne une atmosphère douce et mystique, la caractéristique distinctive de Sleepmoss est le sentiment sinistre qui se cache en dessous.

Chaque plage a tendance à se décomposer au fil du temps, comme des artefacts laissés de côté dans les éléments, en commençant par une qualité de soufflage ou de lueur, puis en finissant par être discordants et obsédants. La conception sonore, aussi, a un sens de l’ironie. Aussi apaisant que cela puisse paraître, il y a généralement quelque chose d’inquiétant dans les cris d’animaux fantômes de « Night Rain », les bourdonnements d’acouphène de « Amethyst Deceiver alors que « Windross », avec sa distorsion boueuse, sonne comme un chœur d’anges noyés dans une tourbière.

Ces ambiances et ces textures font de Sleepmoss Rix-Martin le disque le plus évocateur à ce jour. Son boisé éthéré est facile à évoquer, tout comme son sentiment de s’installer dans l’obscurité de l’hiver. Elle peut être à la fois isolante et belle. Alors que cet album est un développement prometteur de la part d’un producteur dont les disques passés ont chassé des idées difficiles et abstraites, Sleepmoss ne parvient pas à livrer une certaine fraîcheur vocale. En prélude à cet album, Rix-Martin a sorti un mix FACT, où une poignée de ses titres, nouveaux et anciens, côtoyaient des contemporains comme Puce Mary, Caterina Barbieri et l’artiste Objects Limited RUI HO. La musique de ces femmes constitue le point culminant stylistique et émotionnel du mélange. Les productions de Rix-Martin semblaient moins lourdes, se contentant d’ombrager les espaces intermédiaires. Pourtant, ils sont essentiels pour faire flotter la vision plus large de l’artiste, l’univers sombre et onirique de Sleepmoss évoque aussi.

***1/2

30 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Tourist: « Wild »

En 2016, Tourist avait publié un premier album répondant au nom de U qui l’avait, peu ou prou, révélé. Dès lors, le producteur londonien a su imposer son style qui s’est renforcé trois ans plus tard avec son successeur paru en tout début d’année. Huit mois plus tard, il compte récidiver avec son troisième opus intitulé Wild.

Partagé entre Caribou, Jon Hopkins et Com Truise au niveau des influences, ce nouvel album de Tourist ne laissera personne indifférent. En dix superbes compositions, son électro cérébrale et rêveuse ira creuser un peu plus le sillon que ce soit sur la splendide introduction nommée « And So, You Were! » aussi bien glitch que céleste mais également les allures dancefloor de « Elixir », « Fiction » et « Still Life ».

Sachant contraster le côté terre-à-terre et le côté céleste de sa musique, Tourist réussit à nous emporter. Et c’est par le biais des synthés tantôt vaporeux tantôt agressifs sur des beats entêtants comme « Kin » et la conclusion élégiaque nommée « Together At The Centre Of Creation » où la frontière entre deep house et synthpop est parfaitement respectée. Le producteur signe son disque le plus cohérent de sa discographie jusque là.

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26 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Neuro… No Neuro: « Scans »

Publiant deux albums en format digital sur deux mois successifs (un premier fin août et celui-ci, fin septembre), Neuro… No Neuro nous laissait craindre une répétition ou la sortie d’offres un peu paresseuses. Si on a fait l’impasse sur The Edges Are All Wrong, premier long-format de l’Américain, aux sonorités un peu trop vintage ou appuyées, Scans mérite qu’on s’y arrête davantage, pour constater qu’on tient là une découverte intéressante, comme Audiobulb est capable de nous en offrir régulièrement

Composé à partir des émotions ou états mentaux dans lesquels Kirk Markarian se trouvait au moment des IRM et autres examens qu’il a connus pendant le traitement d’une tumeur, l’album ne verse toutefois ni dans l’utilisation trop massive de sonorités métalliques ou de petits bleeps façon électrocardiogramme, ni dans la mise en place d’effets tire-larmes ptopre à nous apitoyer. À la place, et nonobstant des intitulés tournant clairement autour du sujet médical, nous sommes face à quatorze morceaux assez brefs (très souvent en-deçà des trois minutes), développant une electronica mélodique plutôt fine, à base de mélodies joliment ouvragées et de quelques rythmiques agréables.

Des perturbations (entre jeux d’eau et grésillements, consonances plus robotiques et bleeps plus acérés) peuvent s’introduire (« Radiation Treatment », « Positivity », « Contrast Dye) » ou bien, à l’autre bout du spectre, des morceaux arythmiques, opérant majoritairement sur la résonance des suites de montées chromatiques (« Haze – Hallucinations »). Voici donc bien, avec Neuro… No Neuro une nouvelle tête trouvée par Audiobulb, un label décidément fort recommandable.

***1/2

26 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Kraak & Smaak: « Pleasure Centre »

Cela fait plus de quinze ans que Kraak & Smaak est présent sur la scène même si il n’a pas la reconnaissance de ses pairs. On avait laissé le trio néerlandais avec un cinquième album bien rafraîchissant nommé Juicy Fruit déal pour cet été-là. De l’eau a coulé sous les ponts mais cela n’empêche pas pour le groupe de prolonger sa démarche musicale avec Pleasure Centre.

Avec ces quinze nouveaux titres, Kraak & Smaak ira mettre de l’eau dans son vin. Son funk électronique parsemé de downbeat prendra des rayons de soleil en posant ses valises sur la Côte Ouest des Etats-Unis selon leurs dires. Très vite, la saison estivale ne semble pas lointaine à l’écoute des morceaux ensoleillés comme l’introduction ou encore »In Plain Sight » conviant un certain IVAR (que l’on retrouvera plus tard sur la conclusion bien soulful nommée « Naked »).

Que l’on danse sur le percussif « Say The Word » avec Nic Hanson ou sur le funky « 24HR Fling » en compagnie de Wolfgang Vanbrun ou que l’on plane sur les sons de « Don’t Want This To Be Over » avec Satchmode ou du magnifique « Sommeron » conviant la coréenne imagi, Kraak & Smaak arrive à toucher sur sa cible. Il y en a pour tous les goûts sur ce Pleasure Centre que ce soit pop psychédélique (« Twilight » avec Izo FitzRoy et « Same Blood » avec le groupe The Palms), soul (« Sweet Time », « Out In The Daylight ») et électro-funk (« Guilty Discomforts », « I Think »), le trio hollandais nous offre un autre cocktail musical diversifié qui fait parti de ces disques qui jouent les prolongations aux heures festives.

***1/2

21 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Carla dal Forno: « Look Up Sharp »

Carla dal Forno avait publié, en 2016, un premier album intitulé You Know What It’s Like. Cela lui a permis de, peu à peu, s’mposer parmi les nouveaux noms de la scène électronique féminine auprès de Kelly Lee Owens et de Kaitlyn Aurelia Smith. Il laura, à ce propos, fallu attendre trois ans pour que la musicienne multi-instrumentiste australienne basée à Londres revienne avec son successeur Look Up Sharp.

Carla dal Fornoa toujours sucomment nous captiver avec son mélange de coldwave et d’electronica nuageuse et labyrinthique. Ce Look Up Sharp ne dérogera pas à la règle avec des titres chantés totalement hypnotiques à l’image de « No Trace » à la ligne de basse musclée qui ouvre le bal mais également du vaporeux « So Much Better » qui n’en finit pas d’étonner dans ce qu’elle formule sans regret à son ex. La voix de l’Australienne a de quoi rappeler celle de la regrettée Trish Keenan réussissant à créer un véritable contraste avec ses sonorités froides et mécaniques comme « I’m Conscious » aux allures trip-hop et « Don’t Follow Me » avec ses textures vocales formant une chorale éthérée.

Si son interprétation nous laisse sans voix, on peut en dire autant de ces morceaux instrumentaux comme « Hype Sleep » et « Leaving For Japan » sans oublier les influences folk de « Heart of Hearts ». La boss du label Kallista Records arrive à adoucir les textures musicales inquiétantes de « Took A Long Time » par exemple ou sur « Creep Out Of Bed » avant de finir sur les sonorités trip-hop des plus troublantes sur « Push On ». Donc il n’y a aucune raison de passer à côté de ce second disque résolument irrésistible où Carla dal Forno sait insurger pas mal de styles musicaux pour en faire une fusion irrésistible.

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20 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Kaiser Quartett: « Kaiser Quartett »

Il y a du Chilly Gonzales dans cet album ! Pas étonnant quand on sait que le Kaiser Quartett a partagé, dès 2011 la scène avec le pianiste canadien.

Comme lui, le quartet allemand va chercher ses inspirations dans le répertoire rock, électro, voire hip hop, proposant des relectures étonnantes de titres signés Daft Punk, Georgio Moroder loin des standards habituels du classique. Un exercice de style réussi pour un opus plaisant à entendre.

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10 octobre 2019 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Mára: « Here Behold Your Own »

Musicienne officiant sous son nom propre au sein de nombreux projets et disques, Faith Coloccia a développé, depuis 2015, un travail personnel sous le nom de Mára, pour des sorties publiées sur SIGE, le label qu’elle gère avec son mari, Aaron Turner. Après une première cassette, elle passe au format vinyle pour ce Here Behold Your Own qui nous permet de découvrir l’électronique expérimentale de l’États-Unienne. Utilisant parfois sa voix, cette dernière la pose quasiment à nu, tout juste soutenue par de l’écho, pour chanter des mélodies tristes et belles (proches des berceuses pour enfants) qu’elle reprend ensuite à l’orgue. Plus loin, c’est une guitare agrémentée d’une forme de distorsion ouatée qui sera en première ligne.

Avec des orchestrations assez minimalistes, donc, Mára fait plutôt le choix de se concentrer sur l’atmosphère mise en place, sur la forme d’envoûtement que peut générer la conjonction de ses vocalises et des plages musicales, ou sur la profondeur des accords et notes convoqués. Quelques petites perturbations (mini-traitements, bruissements divers, souffles rauques, grésillements et petites saturations) sont ajoutées à ces matériaux, mais rien de trop troublant non plus, rien qui ne mette l’auditeur à distance.

La publication en vinyle permet à Faith Coloccia de diviser son album en deux grands mouvements : « A New Young Birth » et « Sangre De Cristo ». Si cette répartition est logique, on sera moins convaincu par la découpe en, respectivement, huit et six segments, dispositif qui morcelle l’écoute là où on aurait apprécié un étalement dans la durée, d’autant plus que les deux faces du disque se font suffisamment distinctes puisque, globalement, la seconde connaît davantage de passages parsemés de saturations que la première, à la coloration plus claire. Donnant l’impression de venir de très loin, comme trouvées au fond d’un grenier ou remontées de plusieurs décennies, les compositions de Mára possèdent assurément un charme, un peu hanté, mais véritable.

***1/2

10 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire