Lonely Parade: « The Pits »

Lonely Parade est un trio  mêlant post-punk et rock alternatif lumineux. Leur nouvel opus, The Pits, se compose de dix titres aussi bien acidulés que furieux, servis par un duo vocal frénétique (Augusta Veno et Charlotte Dempsey) qui s’efforce de véhiculer la part d’angoisse que constitue ce passage à l’âge adulte sous forme de textes baignantdans le sarcasme.

De « Weekends » à « I’m So Tired » en passant par « Bored », « New Roomate » ou encore « Not Nice », Lonely Parade fait paraître ses inquiétudes et s’emploie à redéfinir un nouveau sens à la vie.

Sans surprise cela se fera au travers de riffs endiablés et d’une section rythmique qui se veut implacable. Citons enfin ces moments acérés que constituent « Night Cruise », « My Death » sans oublier « Index Finger » pour faire de ce The Pits un album et de allant droit au but et de Lonely Parade un combo plus qu’honorable.

***

Sauna Youth: « Deaths »

Deaths est le dernier album d’une trilogie réalisée par Sauna Youth, un ensemble londonien dont l’éthique musicale est l’auto-suffisance et le minimalisme.

Ce titre arrive à point nommé pour spécifier qu’ici, le combo évoque la ou les fins de quelque chose. Soniquement c’est un album percutant et économe de ses moyens, comme si ce qui panait autour du groupe était un sentiment où priment les notions d’échéance et d’urgence.

Sauna Youth œuvre dons dans le réalisme post-punk, un laconisme qui, et c’est un bon point, lui permet de ne pas tomber dans le didactisme et le prêche. Si messages politiques il y a, ils sont si sous-entendus qu’ils sont à peine tangible et le groupe a bien raison d’oeuvrer plutôt dans le mode frénétique (« Percentages »), le pogo inconséquent (« Unreal City ») ou tout ce qui peut être évocateur de pénibilité.

Deaths n’est pas pour autant album hédoniste ; « No Personal Space » est une excursion expérimentale toute spartiate et deux compositions récitées, « Swerve » et « The Patio » tout comme un chorus aérien mettant fin à l’album nous rappelleront que Sauna Youth ne prennent pas encore congé de nous.

***

Idles: « Joy As An Act Of Resistance »

C’est un genre qui se prête à beaucoup d’imitations, la plupart insipides et monotones ; voilà pourquoi Idles est comme un rayon d’espoir plutôt tapageur si on le compare aux nombreux épigones du post-punk atteint de sinistrose façon Joy Division.
Après un Brutalism au titre absurde, voire ridicule, noter combo de Bristol est de retour avec une appellation symptomatique :Joy As An Act Of Resistance.
Les rythmes de ses douze morceaux sont changeants, semblables à des montagnes russes, alors que les accroches vocales se font si immédiates et gratifiantes qu’il nous faudrait de nombreuses écoutes pour capter les substances et nuances de chacune des compositions.
Les percussions sont doublées dans le mix, donnant une amplitude encore plus étendu à la frappe de Jon Beavis et, en matière de production, l’influence de Steve Albini ne cessera de se faire, ici, sentir.
Les textes amplifient une dramaturgie, celle où la confusion justifie une forme de cynisme et d’éloge de la duplicité sous couvert d’humour, excuse qui ne sonne pas toujours à bon escient. Les références culturelles du chanteur Joe Talbot permettent heureusement à Idles de se distinguer de cette armada de groupes pleins de morgue et de morve. Être capable de faire allusion au Brexit et à Pavement sans faire fuir est même signe d’un certaine créativité. Ne reste qu’à espérer que ces montagnes russes ne soient pas non plus emblématiques d’une carrière qui pourrait se conjuguer sur le mode erratique.
***

Bodega: « Endless Scroll »

Puisqu’on attend des artistes qu’ils et elles réfléchissent sur l’époque, difficile de rester placide devant ce vigoureux Endless Scroll (« défilement infini de l’écran »), premier album en règle du quintette Bodega. Le rock est toujours plus poignant lorsqu’il provoque l’introspection, pas vrai ? En ce sens, la description incisive et tranchante (autant dans le texte que dans la composition) d’un mode de vie prisonnier du cyberespace qu’offrent les Brooklynois tape en plein dans le mille.

On pige du côté des Parquet Courts « (How Did This Happen », « Can’t Knock the Hustle »), des Fall, de Pylon (« Gyrate »), de la krautrock, des Wire et, discrètement, des Smiths — pour le léger apitoiement — (Name Escape). Quelle fraîcheur de voir des punks sortis des écoles d’art qui ne se prennent pas au sérieux, mais qui mettent le doigt (en appuyant fort) sur les tics autodestructeurs de la génération Instagram !  » La meilleure critique est l’autocritique « , clament d’ailleurs avec une douce insolence les membres de Bodega.

****

Soft Moon: « Homicide »

Il faut entendre, Luis Vasquez, leader de Soft Moon couvrir l’ « opener » de Homicide le quatrième opus du combo sur un « I’Can’t control myself » palpitant et jalonnant « Burn », le dit titre, pour saisir instantanément l’immédiateté d’un album conjugué sur fond de cette musique industrielle vectrice d’une unique émotion, le désespoir.

Nous avons droit, ici, à un gros plan assumé de tout ce que le post-punk associé à un univers gothique que n’aurait pas renié The Cure ; tout y figure de la pochette symbolique et abstraite aux textes où Vasquez aborde continuellement une seule thématique, celle d’un enfance violentée, dominée par un père détesté mais dont on déplore l’absence.

S’il y ajoute le récit de son addiction à la cocaïne et la culpabilité qui le harcèle à laisser ces sentiments prendre le dessus sur lui, on aura droit à un disque empli de présences telles celles de Trent Reznor, lui aussi adepte de l’auto flagellation.

La poésie et le mélodrame cohabitent à en devenir étouffants (« Helle is where I’ill go to live » ou « How can you love someone like me ? ») et on plongera ainsi sans équivoque dans le linceul d’une tonalité de type Pornography de Cure.

Une fois passée la frontière de la suffocation, on accueillera l’appel d’air que pourront constituer quelques bribes du plaisir amer que chacun peut tirer à se lamenter sur son sort. Rien de remarquable ici à moins qu’on apprécie de se murer dans une chambre close avec p

Peter Perrett: « How The West Was Won »

En 1978, Peter Perrett introduisit ses débuts avec cette phrase : « Je flirte toujours avec la mort. » Près de 40 ans plus tard, depuis la séparation des Only Ones le chanteur nous déclare : « Mais je ne suis pas mort, du moins pas encore. »

Entre ces deux proclamations, Perret a eu le temps de passer au travers de désillusions et addictions, le tout constellé d’élans mystiques et d’effondrements crépusculaires.

La dégradation est toujours là mais elle est ici comme jugulée, aguerrie qu’elle est par des choses comme l’humour, l’intérêt pour choses autres que son égo (allusions à la politique américaine par exemple), des références musicales comme Dylan (plutôt que Lou Reed à qui il était comparé auparavant) et une utilisation de la slide qui va au-delà des archétypes de la mouvance post-punk.

Cette immédiateté et cet esprit se retrouvent tout au long d’un album, tout comme cette plongée dans l’intimité qu’il nous révèle sans fards en exposant son amour des femmes qui sont autant de muses (Zena, de Troika, par exemple).

À 65 ans, Perrett exsude confiance et sûreté de ses choix, sentiment d’accomplissement (aidé qu’il est par ses fils), un regard en arrière qui n’a rien de blasé ni de complaisant mais, au contraire, des vocaux toujours aussi fermes et une production qui crépite.

How The West Was Won est conduit par des titres comme « An Epic Story » et « C. Voyeurgeur », un truc qui nous fait espérer que la mort demeure toujours une source de flirt pour son imaginaire.

***1/2

Protomartyr: « The Agent Intellect »

Protomartyr écrit des morceaux post-punk d’une manière telle que ceux-ci sonnent non seulement crédibles mais vécus. On ressent à l’écoute de The Agent Intellect, que beuacoup de réflexion et d’implication ont présidé à sa réalisation., tant au niveau des textes qu’en ce qui concerne l’interprétation.

L’impression générale est que rien n’y est négligé y compris dans les multiples plages émotives qui sont ainsi distillées et qui témoignent des efforts du groupe à communiquer sa hargne. S’y ajoute le fait que le chanteur Casey vient de perdre son père, on comprendra que se trouve ici une cumulation de verdeur à laquelle one ne peut qu’être sensible tant elle n’est pas feinte.

Sur « The Devil In His Youth » on l’entend ainsi se confronter au mauvais sort ou à l »inanité des choses (« Pontiac 87 ») et, par moments,  évoquer les mânes de Ian Cutris.

Le monde est regardé sans qu’il détourne le regard ; c’est une qualité de cet album de parvenir à construire une confrontation sans tomber dans le nihilisme.

**1/2

Ought: « Sun Coming Down »

Jeune combo post-punk de Montréal, Ought réunit économie, immédiateté et passion pour concocter un son qui ne peut que nous toucher viscéralement. Les textes de Tim Darcy sont très observateurs et ils ajoutent à Sun Coming Down un climat musical trompeur malgré sa simplicité.

La description qu’il nous fait alors d’une vie stéréotypée si courante chez les classes moyennes est alors stéréotypée mais c’est précisément cette utilisation qui nous la rend si parlante. Darcy demeure, en effet, fasciné par le langage et le sens des mots et la perspective qu’il adopte est souvent sèche et teintée d’incrédulité.

« Beautiful Blue Sky », sa litanie et son usage de la suspension fera indubitablement penser à Sonic Youth et la litanie qui la ponctue fera dudit Sun Coming Down un exemple du parfait équilibre entre recherche formelle et disque de singer songwriter.

***

Public Image Ltd: « What the World Needs Now »

On peut très bien considérer que le monde n’a plus besoin d’un nouvel album de Public Image Ltd. Cela n’est qu’en rapport avec l’image qu’on a de John Lydon, une image dont il est seul responsable. Ce personnage querelleur et acariâtre suscite facilement l’antagonisme et il n’y a aucunq raison pour que cela se modifie après 40 ans.

Ce dixième opus n’est, malheureusement, rien de plus qu »un détail avec un Lydon toujours aussi agressif et sardonique caractéristique qui n’est pas sauvée par sa faconde et son astuce.

Sur « Bettie Page » et « Double Trouble » il se heurte aux maux de la société par le biais de la caricature ls plus outrée et de son phrasé toujours aussi proche de l’éructation.

Soniquement le résultat est sombre et moribond ; « C’est La Vie » est une marche funéraire post-punk d’une pauvreté navrante et seul un rythme quelque peu enjoué (« The One ») nous offre un bref aperçu sur un homme qui aurait pu se contenter d’être heureux de ce qu’il est.

John Lydon est aussi judicieux qu’il croit l’être, le problème est qu’il ne sait pas où cette pertinence se situe.

**

Publicist UK: « Forgive Yourself »

On peut ne pas se tromper en mentionnant ce qu’un album comme Forgive Yourself a de sombre dès son ouverture avec un « Cowards » qui ouvre le disque sur un chorus aigu et punky et une incontestable « vibe » de dark new wave.

La nostalgie des 80’s et de Ian Curtis est la colonne vertébrale du disque avec ses bruqqyes changements de tempo ou les vocaux à moitié murmurés de « Blood Relative » ou « Canary », tous deux véhiculant une ambiance endeuillée et onirique à la fois.

Des rares moments de lumière surgiront des ombres de l’album pour apporter aux tonalités mélancoliques un peu de réconfort mais celui-ci est toujours fragile à l’exemple de de « Telegraphing » mélancolique propre aux 80’s.

Parfois le combo se veut plus Wire que Duran Duran avec des instrumentaux étranges (« Levitate The Pantagon », « You Are The Stars ») mais ce serait en jouant sur cet alliage où le romantique perce parfois leur rock gohique que le combo pourrait devenir une exemple phare de post-punk.

**1/2