IDLES: « Ultra Mono »

Joe Talbot va devoir prendre du temps sur le dernier album du groupe, Ultra Mono, pour viser ses détracteurs. Avec quelques références à des paroles classées et en faisant fi de ceux qui l’ont accusé de faire des slogans, on peut se demander pourquoi il y a eu tant d’agitation au départ. En travaillant sur ses propres problèmes, Joe Talbot, le leader d’IDLES, a fait preuve d’une positivité à toute épreuve que tout le monde ferait bien de soutenir. Ici, Talbot ajoute à sa liste de plaintes le consentement sexuel et l’escroquerie au prix des médicaments sur ordonnance. Se plaindre de la politique de bon sens d’IDLES, c’est un peu comme s’aligner contre des chatons et des arcs-en-ciel.

Et pour dissiper un autre point de discorde au pays des griefs mineurs, s’il y avait la moindre crainte de voir le groupe se ramollir de Brutalism à Joy As An Act of Resistance, le premier morceau s’en débarrasse habilement. En guise de déclaration d’intention, « War » est le morceau d’ouverture le plus efficace et le plus percutant que vous entendrez probablement cette année. Le travail de guitare de Mark Bowen, ici et tout au long de l’album, est au premier plan. Sur « War », les guitares sont tordues et torturées comme le soufflet de Talbot sur les victimes de « waaaaaaaaarrrrrrrrr !!!!!! » C’est une guerre contre la guerre comme le disait subtilement Jeff Tweedy de Wilco, mais, sur Ultra Mono, c’est un appel clair aux armes et un message à tous ceux qui doutaient de la sincérité du groupe.

C’est toujours une joie de découvrir des albums où le groupe n’a pas sorti ses meilleurs titres au début du processus de sortie. « War », ainsi que le duo de Jehnny Beth (Savages), « Ne Touche Pas Moi », se tiennent debout sur un album globalement très solide. Traduit par « ne me touchez pas », Talbot et Beth nous livrent un hymne particulièrement féroce, « gardez vos mains pour vous » (keep your hands to yourself) ). Pour un groupe qui donne le meilleur de lui-mêmes en live, vous pouvez imaginer la quatrième rupture de sonique métamorphosée ainsi par Talbot : « C’est mon espace de danse. C’est votre espace de danse » (This is my dance space. This is your dance space) suivie de rappels répétés au consentement », cela ramènera un véritable regain d’énergie en milieu d’album.

Musicalement plus varié que les précédents, « Grounds » jette dans le mix des synthés dégradés à la Gary Numan, tandis que « Kill Them With Kindness » a une fausse façade qui laisse place à une pédale plus ouvertement espacée, rappelant les premiers Wire. Mais la subtilité est toujours aussi rare, de la frustration pure et simple d’« Anxiety » au coup de feu direct de Talbot à la presse musicale sur « The Lover ». Il n’y a pas de griefs ici, car les IDLES nous livrent leur album le plus cohérent à ce jour, avec une poignée de leurs diamants les plus bruts qui brillent à travers. Le fait qu’Ultra Mono n’ait pas de « single » devrait convenir parfaitement à leurs fans sur le terrain.

***1/2

The Psychedelic Furs: « Made Of Rain »

Avec leur premier album depuis trente ans, ces influenceurs post-punk que sont The Psychedelic Furs reviennent avec l’obligatoire, mais différente, même offre.Des albums acclamés par la critique, des « singles » classiques, le split, la reformation. Un tarif standard pour un groupe qui est resté dans le jeu sous une forme ou une autre depuis la fin des années 70.

Après le retour de 2000, ils sont restés un groupe actif sur scène, ce qui est une chose. La nouvelle musique en est une autre et le fait d’appuyer sur lecture ou de lâcher l’aiguille sur ces nouvelles fourrures psychédéliques apporte une combinaison d’inquiétude et de plaisir.

Tout commence par une ambiance de bruits sourds et denses et Richard Butler se décharge d’un monologue qui implique des vols de corbeaux, des cœurs d’insectes et des jours de douleur inutile. Déclarant qu’il est le garçon qui a inventé le rock and roll sur la première piste du même titre, c’est un appel aux armes revigorant au milieu d’une bande sonore tonitruante.

Onze autres titres sont remplis de psychédélisme post-punk punchy ou de n’importe quelle étiquette que vous voulez attacher au contenu. Bien sûr, il ne s’agit pas de les catégoriser, mais il suffit de dire que Made Of Rain est plutôt, peut-être de façon surprenante, audacieux et grandiose.

Le tribal « You’ll Be Mine » en est un des premiers points forts ; « Ne soyez pas surpris quand tous vos rêves s’évanouissent / tout le trafic rouille / tous vos jours sont des jours d’hier » (Don’t be surprised when all your dreams all fade away / all the traffic runs to rust / all your days are yesterdays).Un hymne au temps qui passe, une voix vaguement déconnectée et neutre, des nappes de synthétiseurs et des lignes de guitare discordantes peuvent avoir un lien ténu avec le « passé ». Et, sans contesattion aucune, c’est émouvant.

La question de savoir si elle est meilleure ou non est à débattre, mais avec « Wrong Train », la première face de ce qui pourrait être votre copie vinyle est aussi forte que tout ce que vous entendrez en 2020 et les craintes sont apaisées.

Une luxuriance à la manière d’un faucon et un air général d’opulence et de majesté – « This’ll Never Be Like Love, » la boîte à musique de « Tiny Hands » et « Turn Your Back On Me » – font en sorte que la seconde moitié mène sur des chemins plus frais. Cependant, la présence du saxophone Mars Williams contribue à certains des moments musicaux les plus significatifs du disque.

Oui, on parle avec enthousiasme d’un retour à la forme et d’une chance de mettre en pause la pensée qu’ils ont laissé Pretty In Pink comme sommet de leur héritage. Peu importe qui, quoi, quand, où, pourquoi, Made Of Rain est un album de classe. Ceux qui avaient perdu le contact, en particulier, saliveront et tous ceux qui se cachent en marge se demanderont d’où cela vient.

Cette idée que tout vient à point pour qui sait attendre refaitt soudain surface. Est-ce un second souffle pour le combo ? Butler boys et lsont groupe ont livré ici un digne chant du cygne. Il ne serait pas étonnant que le Royal Albert Hall les appelle.

***1/2

Fontaines D.C.: « A Hero’s Death »

En l’espace de quatorze mois, Fontaines D.C. est passé de spectacle génial offrant sueur et décibels au Good Mixer à la Brixton Academy, qui a fait salle comble. L’ascension explosive du groupe vers le sommet a été puissante, instantanée et mouvementée, et un parcours si nourri par l’action semblait toujours destiné à influencer ce qui a suivi.

Réagissant au défi de se soutenir autant que l’expression individuelle, A Hero’s Death représente la réaction du groupe à l’intensité de la vie sur la route et à la gestion des attentes des autres.

Le premier titre, « Dogrel » fait écho à l’énergie de leurs premiers concerts et décrit Dublin. Transportant l’auditeur vers des lieux et des sites spécifiques, l’inclusion de points de référence locaux a formé un reportage poétique de leur ville natale, tandis que l’utilisation de commentaires critiques a abordé des sujets comme le capitalisme et le consumérisme à travers les paroles.

Grossier et dépouillé, le second LP marque une sortie saisissante du style d’écriture plus léger et plus extériorisé qui est maintenant échangé contre une forme d’expression d’angoisse intériorisée. Impressionnistes mais convaincantes, les chansons sont introspectives et font preuve d’ingéniosité et de profondeur lyrique.

Plongeant dans la psyché du groupe, la séduisante chanson d’ouverture « I Don’t Belong » s’attaque à l’isolement et laisse fusionner des rythmes persistants. Parfaite initiation, elle souligne le thème général. L’amour est la chose principale » se situe dans la même veine, son intensité hypnotique et ses percussions distinctes se mêlent à la parole.

Des lignes de basse euphoniques et de subtiles tonalités de guitare se mêlent sur « Televised Mind » tandis que des sonorités surréalistes prennent le dessus sur « A Lucid Dream », un morceau de force volcanique. Le sentiment de « You Said » offre un instant de séduction avant que ne commencent les images nostalgiques et idéalisées et les lignes de guitare de Johnny Marr qui ressemblent à celles de « Oh Such A Spring ».

Avec une énergie qui rappelle celle de « Hurricane Laughte » » et de « Boys In the Better Land », la chanson-titre offrira un moment vibrant, où se mêlent des notes de sarcasme. Mais « You need not be / Born wealthy / If you care / You’re the heir » est un extrait tiré de « Living In America », où l’ambiance change au fur et à mesure que la tristesse industrielle de type Suicide s’attarde et crée de puissantes sonorités.

Ailleurs, le moment mélodique façon Beach Boys sur « I Was Not Born » offre une sorte de contraste. « Je ne suis pas né dans ce monde pour obéir aux ordres d’un autre homme » (I was not born/into this world/to do another man’s bidding), insiste le frontman Grian Chatten avant que l’ambiance brumeuse et feutrée de « Sunn » » ne devienne agréablement désorientante.

Subversif, anticonformiste et mélodieux, ce disque a les qualités d’un album de rock and roll classique. La décision d’adopter une approche radicale ne fonctionne que pour quelques-uns, la possession des munitions nécessaires pour maîtriser un tel défi n’est pas pour tout le monde. Fontaines D.C. l’ont, et il semble qu’ils ne font qu’effleurer la surface de ce qui est encore à venir…

***1/2

Asylums: « Genetic Cabaret »

Un peu plus de deux ans après le succès de leur dernier album, Alien Human Emotions, le suivi d’Asylums se poursuit au son caractéristique du groupe Art Punk. Mais, contrairement à de nombreux groupes à l’heure actuelle, Asylums est bien conscient de la pire pandémie de l’histoire de l’humanité et ne maudit pas la malchance de la date de sortie. Genetic Cabaret est à cet égard, l’album de ces jours cloisonnés.

En ouvrant avec « Catalogue Kids », un allegro rapide au tempo simultané de la guitare et de la batterie, nous avons droit à un morceau nerveux, énergique, mais pas chaotique. Dominé par le combo guitare/batterie susmentionné, l’harmonie et l’arrangement sont optimistes et en contraste direct avec les paroles qui sont… bien pas fâchées. Plus exaspéré dans le monde moderne, espérant que les gens l’abandonneront, métaphoriquement du moins.

La presque colère est un thème de plusieurs morceaux. « Platitudes » est un morceau plus froid que « Catalogu » avec son arrangement et son harmonie tout en mentionnant le même tempo. Mais elle porte une sensation passive-agressive, une angoisse suburbaine refoulée à son son qui correspond aux paroles.

Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont sacrifié l’ancrage de la basse profonde qui lui donnerait un son plus chaud. Au lieu de cela, il s’appuie sur un son aérien, qui vous oblige à vous concentrer sur la guitare, la batterie et les paroles.

Genetic Cabaret est un cri de ralliement contre la médiocrité et le conformisme du monde actuel. Des titres comme « Clean Money », avec un arrangement et un tempo plus rapide et plus agressif, se mélangent à la colère du droit lyrique. C’est un puissant coup de défi contre la banalité et la mesquinerie du monde moderne même si ça n’est pas un plan particulièrement original.

Ne vous méprenez pas. La musique est excellente, et les paroles ne sont pas la haine de soi de la classe moyenne qui en est venue à dominer beaucoup de musique punk. Mais il lui manque un caractère brutal qui la relie directement à la vie des auditeurs. Bien qu’elle soit ancrée dans l’air du temps et qu’elle aborde des questions telles que la responsabilité des médias, le mercantilisme et l’apathie politique, c’est quelque chose que nous avons déjà entendu à différentes époques. Cela n’enlève rien à l’album dans son ensemble. Un album qui est superbement mixé et arrangé. Mais il n’a pas le mordant qui aurait pu le faire passer à un autre niveau. S’il montrait comment ces choses affectent l’auditeur, plutôt que de se rallier simplement contre elles, son impact lui aurait laissé un sentiment plus profond.

En l’état actuel des choses, c’est un bon album, avec de bonnes chansons, qui vaut bien votre temps. Et s’il était allé un peu plus loin dans son message, il aurait pu être un grand album.

***1/2

Protomartyr : « Ultimate Success Today»

Les post-punkers de Detroit que sont Protomartyr ont, jusqu’à présent, été sur une pente ascendante tout au long de leur carrière. Dès leurs modestes débuts, No Passion, All Technique, le quatuor a immédiatement montré qu’il n’allait pas être un simple groupe indie ou punk ordinaire. En 2017, l’apogée créatif du groupe jusqu’à présent a été atteint avec le monumental Relatives in Descent, un disque qui a brillamment capturé la rage collective et blessé chaque individu frustré de l’année précédente.

Le quatrième album du groupe a également été leur offre la plus ambitieuse à ce jour, repoussant les limites de ce que leurs pièges post-punk leur permettaient auparavant et trouvant ainsi un certain succès crossover. Sur le papier, Relatives in Descent est un disque difficile à suivre, mais heureusement (ou pas), la plupart des problèmes sociaux de 2017 qui en découlent ont doublé dans le temps. C’est pourquoi, dans Ultimate Success Today, le frontman Joe Casey concentre son style de beat-poet sur une précision extrême, déplorant le déclin continu de sa ville, de son état et de son pays.

Sur le plan musical, Ultimate Success Today fait preuve d’une plus grande souplesse, puisque Greg Ahee (guitares), Alex Leonard (batterie) et Scott Davidson (basse) adoptent une approche plus subtile et réfléchie. Plutôt que d’être aussi rapides que les premiers travaux du groupe, les chansons sont ici laissées à l’air libre et se construisent davantage, en prenant des tournures surprenantes, ce qui est très satisfaisant. Le jeu de basse de Davidson est ici la véritable star du spectacle, écrivant des lignes de basse expressives et marchantes sur des morceaux tels que le façon Half Waif sur « June 21 » ou le terrible « Michigan Hammers ».    

La principale technique employée pour donner à ce disque la place qu’il mérite est l’utilisation d’instruments à vent et à cordes qui donnent un sentiment d’appréhension persistante. Un grondement couvant sous-tend le disque, culminant à la déchirante proximité de « Worm in Heaven », l’effort le plus évocateur de Protomartyr à ce jour, prouvant parfois que qui peut le moins peut, par moments, pouvoir le plus.

****

Kate NV: « Room for the Moon »

La production de l’artiste moscovite Kate Shilonosova est très expressive. Membre du Scratch Orchestra de Moscou et du groupe post-punk Glintshake, collaboratrice d’Angel Deradoorian et de Kate NV, entre autres projets, Kate Shilonosova s’intéresse avant tout aux nuances de la pop et aux possibilités des synthétiseurs. NV s’est toujours comparée à un vaisseau dans le processus de création musicale dont elle fait partie, simplement un corps utilisé par une force musicale plus importante. Cette suggestion de non-intervention sous-représente le détail de sa production, mais elle agit comme une sorte de modestie et permet de libérer son écriture, en évitant un peu la responsabilité pour voir une expression plus large à travers. Le plus révélateur, c’est qu’elle expose sa méthode sensuelle de faire de la musique.

Binasu, le premier album solo de NV sorti sur le label Orange Milk Records de Keith Ranklin, était une pépite urbaine imprégnée de pop, avec une production brillante et des mouvements imprégnés de disco. Для = For, sorti en 2018 sur RVNG Intl., ressemblait à une expérience perdue de Nuno Canavarro avec des motifs minimaux tessellés et des percussions acoustiques sensuelles. Contrairement aux chansons pop de Binasu, NV s’est éloignée du chant sur Для = For, s’appuyant plutôt sur la voix de Buchla. Les deux albums sonnent un peu comme deux continents séparés sur la même planète avec quelques générations de dérive et de ramifications généalogiques entre eux. Loin d’être apparentés, ils sont tous deux transportables, vibrants et bouillonnants de touches personnelles.

Le troisième effort solo de NV, Room for the Moon, puise davantage dans les fantasmes mélodiques de Binasu et prolonge les atmosphères respiratoires de Для = For. NV revient également au chant, cette fois-ci devant un groupe complet, et la proximité de ce cadre peut se prêter à débloquer la curiosité de NV à un autre niveau. Contrairement aux chants déliés qu’elle livre pour « Glintshake », la nature mélodique de NV est ici légère et livrée avec une légère appréhension qui permet une navigation subtile dans les grooves pop. Les comparaisons avec Ann Steel et Lizzy Mercier Descloux sont faciles, une voix stoïque, simple et dynamique, mais ses affections ont une toute autre tapisserie d’inflexions.

Réparti par parties, Room for the Moon semble avoir trop d’ingrédients pour obtenir un son consolidé. NV chante en japonais, en anglais et en russe, hachant chaque langue à travers des grilles minimales d’avant pop sur un casting de synthétiseurs analogiques et une basse réservée mais efficace. La gamme de styles et d’images fait allusion aux programmes télévisés russes pour enfants et aux anime japonais, en exploitant aussi bien les idées folkloriques que les histoires pop. Il y a aussi des nuances de psychédélisme et des atmosphères du « quart monde ». NV ne fait pas fondre ou ne mélange pas tout cela au point de voler les expressions fantômes de chacun et de courir avec elles. Toute une série d’influences sont apparentes à pratiquement n’importe quel moment de l’album, mais on n’a jamais l’impression que c’est un effort fastidieux fait de parties séparées collées ensemble. Room from the Moon est impliqué et fluide, c’est le travail d’une artiste qui canalise des parties plus grandes qu’elle.

***1/2

Lithics: « Tower of Age »

« Hands », un des « singles » du troisième album des Lithics, commence par des rafales de basse agiles, une trame de batterie stagnante. La section rythmique, composée de Bob Desaulniers à la basse et de Wiley Hickson à la batterie, met en place une structure qui ressemble à une chanson, même s’il manque quelques lattes. Deux guitares, jouées respectivement par la chanteuse Aubrey Hornor et Mason Crumley, skitter au sommet de cette fondation en cris antiques, ont pour fonction de perturber, de choquer, de briser le déroulement régulier de cette chanson. « Hornor » déballe une éclaboussure froide de noms et de consonnes, moins un récit parlé-chanté, plus une autre forme de percussion.  « Tu te promènes, tu parles, tu marches avec moi, les mains sur le côté » (You take a walk, you talk walk with me, hands to the side), chante-t-elle, sur un ton vidé de son sens et de ses sentiments. La chanson est un jouet à enrouler qui a perdu son équilibre, ses parties se déplaçant selon des motifs minimalistes étranges et imbriqués. Par intervalles, un grand accord de guitare retentissant, une ruée de tambours sur les cymbales introduisent densité, dissonance et saturation, mais le corps principal de la chanson résonne comme un code Morse envoyant des signaux qui ne peuvent pas être déchiffrés.

Le littéral s’inscrit dans une tradition bien établie de punk sans souffle et décalé, empruntant les rythmes irréguliers de Kleenex/Liliput, la dansce mécanique brute de « Fire Engine »s, le funk apocalyptique du « Android « de Pere Ubu. Des moments de quasi-correction ponctuent ce disque. Hornor chante un peu dans « Mice in the Night » et « An Island » plutôt que de se contenter de prononcer les paroles. Mais il ne faut pas se fier au mélodisme. Il est traversé par des rafales de guitare discordantes, brisées par des tambours de polisseur de rock.  La basse gronde en jeu, faisant bouger même les morceaux les plus austères dans une sorte de danse saccadée, mais même ces soubresauts d’hédonisme projettent des ombres angoissantes. Vous ne pouvez pas vous sentir à l’aise avec cette musique, quelle que soit la façon dont vous la tournez.

Lithics expérimente des thèmes étendus dans Tower of Age. « The Symptom » » d’une durée d’un peu moins de six minutes, est presque deux fois plus longue que n’importe quelle coupure des Surfaces d’accouplement de 2018. Cette durée plus longue permet au groupe de trouver le bourdon dans son jitter, les éclaboussures sauvages de bruit de guitare scintillant sur un hochement de tête, fredonnant le calme. La voix de Hornor, s’entrecroisant dans des nappes de mots abstraits, devient une pulsation apaisante et hypnotique, une voie à travers la violence et la confusion. D’autre part, la brièveté s’arrête aussi ; « Snake Tattoo » »lance des blips de guitare désaccordés à intervalles irréguliers alors que Hornor répète la phrase titre à plusieurs reprises. Il est troublant et abstrait et difficile à saisir, malgré sa très courte durée

Tower of Age n’est pas radicalement différent de Mating Surfaces, mais il semble à la fois plus aiguisé et plus souple, comme si les musiciens de Lithics étaient devenus si précis et si habiles dans leur forme d’art rasoir qu’ils pouvaient se permettre de prendre des risques. Il y a beaucoup de post-punk, mais très peu de choses aussi bonnes que ça.

***

XTR HUMAN: « Interior »

Après avoir débuté comme groupe post-punk, XTR HUMAN s’étend un peu plus loin vers la Dreampop, la Cold Wave et la Shoegaze sur leur nouvel album Interior. Tous les ingrédients musicaux qui, en principe, vont bien ensemble, mais quand on les mélange, il faut faire attention à l’équilibre et à une certaine qualité. XTR HUMAN a acquis une certaine expérience au cours des huit dernières années et ne peut donc pas se permettre de faire des erreurs.

Retour aux années 80 donc, mais avec style. L’introduction « With A Smile », qui sort de la mise en page avec légèreté, illustre l’approche de base du groupe. Des guitares qui glissent dans le moelleux et une base sonore amplifiée par des synthés – dansables mais sombres – maintiennent le facteur pop aussi petit que nécessaire. Le chant stable de Johannes Stabel assure le niveau et ne nous rappelle pas rarement les grands. Il n’y a que dans le chatoyant « On Miracles » quelque peu lugubre, que l’on aurait souhaité plus de drame, dans le sens d’un Tom Smith des Editors. Mais la faction instrumentale donne tout à cet égard, ce qui donne aussi à cette chanson une certaine classe.

Au fond, vous pouvez attester que le choc des arcs mélodiques de la morosité, de la froideur et de l’espoir fonctionne très bien comme contraste. XTR HUMAN n’interprète la pop qu’avec son côté accrocheur et ne fait aucun compromis en termes de niveau. Même si les paroles semblent être réduites à l’essentiel, le corset musical soutient avec la profondeur nécessaire. L’utilisation un peu plus importante des synthés, qui donne à XTR HUMAN une touche de charme des années 80, est toujours faite de manière ciblée et jamais à bon marché (« Dream », « Hearst », « Giants »).

La beauté est morte en effet, et Interior de XTR HUMAN est extrèmement bien dentelé. La basse dominante dans « New Dawn », qui oblige les auditeurs à danser, et le chœur qui se déverse, qui se dirige ensuite avec véhémence vers un final. « Mask Of Faith », qui suit, utilise la même dynamique avec succès, les guitares se découplent complètement entre les deux et semblent s’aérer une fois. Et « Giants » réveille le souvenir du grand XTC, en raison de son concept alambiqué et de son imprévisibilité. XTR HUMAN n’a vraiment rien à voir avec le charabia gothique mené par UffzUffz, le ton mélancolique seul l’empêche.

XTR HUMAN s’oriente certainement sur des groupes connus et malheureusement majoritairement silencieux du mariage du son. Cependant, en raison de la nécessaire contribution personnelle, le groupe ne sonne pas comme un hommage bien fait, mais comme des musiciens qui ressentent réellement le son. Pour s’en tenir au titre de l’album, la maison est a essuya une entrée frauduleuse, mais le design intérieur, lui, est intime et singulier.

***1/2

Then Comes Silence: « Machine »

Ce quatuor suédois post-punk, cold/dark wave, est de retour avec Machine, justifiant ainsi son titre d’un des groupes les plus actifs et les plus connus de Suède. IL s’agit ici de son cinquième album, après l’éponyme Then Comes Silence (2012), II (2013), Nyctophilian (2015) et Blood (2017). Tablant sur une atmosphère construite autour du côté sombre de la musique depuis 2012, Then Comes Silence joue avec les sons et les mots vecteurs de chagrin, de mort et de péchés. Des éléments et des arrangements post-punk qui rebondissent entre le rock gothique, la dark wave et la pop psychédélique.

Machine en est à nouveau le reflet. Plus de rock, plus de mort, plus d’obsessions malsaines pour tout ce qui est sombre et sinistre. Mixé par la légende Stefan Glaumann (Rammstein, Deathstars, Killing Joke), Then Comes Silence a, probablement, créé ici son album le plus complet et le plus compact.

Machine commence par un riff post-punk froid, celui de « We Lose The Nigh » ». Des riffs mélodiques influencés par la vague sombre des premières années du Clan Of Xymox. « Devil » est dans l’ombre du Bauhaus; riffs de death rock dans l’intro pour créer une ambiance batcave. Le fait d’emprunter des chemins plus alternatifs au cours de cette chanson en fait une exploration des plus intéressante. 

« Dark End » » empruntera des chemins plus mélodiques et émotionnels, en conservant le son compact des deux guitares et les lignes de basse puissante alors que « I Gave You Everything » renouera avec les styles sombres de Daniel Ash et David J adaptés aux formes post-punk modernes.

« Ritual » est peut-être l’un des meilleurs moments de Machine dans la mesure où il génère une tension indie sombre d’un côté et les riffs de guitare rock gothique de l’autre, le tout servant à accompagner la performance émotionnelle du chant délivré par l’incroyable voix de Karolina Engdahl parfaitement assortie à celle d’Alex Svenson. 

« Apocalypse Flare » représentera le côté post-punk original du quatuor tandis que « W.O.O.O.U » commence avec un riff gothique évident qui donne du sens au début du gothique rock des années 80 avec le tempo et le leu des guitares. 

« Glass » est un autre des points forts du dique. Une basse et une batterie puissantes tandis que les guitares donnent cette vitesse à l’atmosphère, tandis qu’Alex Svenson sonne le plus occulte possible grâce à une ligne vocale presque murmurante. « Kill It » est une ballade rock sombre à bas tempo avec une forte mélodie et Machine s’éteindra avec « Cuts Inside » qui reprendra tous les éléments que l’on retrouve dans l’album.

Machine est une forte collection de chansons post-punk mais il posssède aussi beaucoup d’autres éléments musicaux dans ses onze titres. Des élément « batcave et deathrock à certains moments, le dark indie, la pop à d’autres et bien sûr toute la vague et l’atmosphère froide et sombre, enrichie de moments gothiques exceptionnels.

***1/2

Fearing: « Shadow »

Shadow et le premier album de Fearing, groupe post-punk/darkwave d’Oakland, en Californie, combo qui a aussi sorti deux précédents EP, A Life of None, et Black Sand en 2017 et 2018 respectivement. Le groupe combine des mélodies sombres, des synthés et une atmosphère pour créer un disque ténébreux, parfois très énergique et infectieux, et globalement agréable à écouter. En écoutant Fearing, des groupes tels que Sisters of Mercy du passé et Soft Kill du présent viennent à l’esprit. Le vocaliste James Rogers est un chanteur à la réverbération et à la distorsion qui résonne sinistrement sous la panoplie d’instruments que le groupe utilise, tout comme la bande démo de ses projets parallèles pour The Dissonant et, en son ensemble, Shadow est une suite de morceaux accrocheurs et d’ondes sombres qui ne manqueront pas de divertir.

Le morceau « Intro » crée ainsi une atmosphère effrayante avec moultes formes de sons ambiants qui débouchent sur « Catacombs », l’une des chansons les plus accrocheuses de l’album. L’utilisation d’un groove profond de basse et de batterie, mélangé à une ambiance post-punk/dark/cold wave caractéristique, est le moyen idéal d’apporter de l’énergie. C’est rapide et complexe, et une fois que le chant commence, c’est là que le disque prend sa varie ampleur. « Picture Perfect » démarre, quant à lui, lentement, puis les guitares éclatent dans un style shoegaze qui ouvre le morceau et change parfois de tonalité et d’intensité, passant de la dorce et l’abrasion à la douceur. « Still Working Hard » utilise un rythme similaire, mais ce qui ressort, c’est le jeu de batterie de Mike Fenton, qui solidifie et donne l’épine dorsale dont le morceau a besoin pour avancer. « Sherbert » est mélodique, comme « Catacombs », mais en mode plus joyeux et plus fluide, comme une chanson qui pourrait être jouée dans un club de danse. Il est intense et ferme la face A de l’album d’une manière puissante.

La face B commence avec « The Push », un morceau qui utilise de vastes tonalités sombres et des paysages sonores à la fois étranges et mystérieux. Les guitares font écho et créent quelque chose de spécial. Elles sont associées à la piste vocale. « Good Talks », qui a également servi de premier « single » de l’album, est sombre mais aussi optimiste et voit le groupe joue sur les forces de chacun pour créer un morceau véritablement grandiose. « Trail of Grief » est très différent des autres titres précédents ; le ton y est plus proche de celui de certains morceaux plus optimistes et nerveux, mais une octave plus haut. Le groupe fonctionne à plein régime, les guitares retentissent au sommet d’une section rythmique qui apporte l’énergie et une piste vocale sinistre. « Glow » poursuivra cette tendance à la hausse avec un morceau plus pop de rêve. Il conserve le son de Fearing mais ajoute des sonorités plus vives qui sont agréables à l’oreille et se fondent bien avec le reste du groupe avec, en particuleir un très beau travail à la guitare et au synthé. « Nothing New » est le morceau le plus proche et se concentre sur la création d’une atmosphère globalement sombre. L’utilisation de la voix et des synthés permet de terminer le morceau avec un lent déclin. 

Le premier album de Fearing est un must pour les fans de ce genre. Le groupe est capable de capturer une ambiance que la plupart des groupes aimeraient pouvoir, et ils le font parfaitement. De l’ouverture à la fin, chaque chanson est plus addictive que la précédente. Ce que fait Fearing, c’est créer une atmosphère qui aspire l’auditeur, et chaque chanson se fond sans effort dans l’autre. Elles combinent tellement d’éléments différents comme le post punk/dark & cold wave et le shoegazing qu’il y a vraiment quelque chose pour tout le monde sur ce « debut album »

***1/2