Fist Of Facts: « Fugitive Vesco »

Ce petit bijou est sorti en 88 des caves sombres du Lower East Side new-yorkais, projet protéiforme qui a suivi la fin de Liquid Liquid, groupe phare de la no-wave des années 1980. Fugitive Vesco, l’album, est aussi élusif et énigmatique que le visuel qui coiffe sa pochette : il a certes une forte notion de contraste entre les différents éléments constituants, avec, en première ligne, les percussions colorées et fluides.

Dans cette optique, la parenté avec Can la krautrock et Fela Kuti est palpable. Mais on parlait de contraste : la voix de fausset chargée d’invectives de Salvatore Principato, à la tête du projet, surplombe une instrumentation parfois cassante, cérébrale (on reste bien dans le genre post-punk), mais aussi donc un groove langoureux, un jazz amoureux et lumineux.

***1/2

Holygram: « Modern Cults »

Le monde du post punk et du shoegaze vit un renouveau depuis quelques années, ce n’est un secret pour personne. Alors qu’un groupe noir charbon aux mélodies glaçantes comme Holygram puisse débarquer subitement de son Allemagne natale n’a rien d’étrange. Sauf que son origine géographique n’est pas neutre. En effet les Allemands sont assez friands de genres cousins : la dark wave et le rock gothique. Et Holygram, s’en défendrait-il bec et ongles, leur doit également beaucoup. Et ça, pour moi, ça fait la différence. Parce que ce son de guitare et de basse échappés de Pornography est saisissant. Parce que, aussi, ce chant clair noyé d’écho est comme une berceuse .Parce que, encore, ce côté sobrement noisy et cette brume perpétuelle a quelque chose d’ensorceleur. Et parce que,enfin, ces gars-là savent écrire de bonnes chansons.

La recette est vieille, certes ,mais elle n’a rien d’éculé. Une fois la cauchemardesque intro « Into the void » passée, on entre dans le vif du sujet avec une « Modern cults » d’anthologie, que l’on croirait sortie d’un This Burning Effigy. Rien de moderne oui, mais pourquoi bouder le plaisir d’une réécoute puisqu’elle n’est pas redite ? Modern Cults n’a rien d’irréprochable c’est certain, mais ses quelques bons titres sont suffisants pour chatouiller nos oreilles de manière non négligeable.

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The Shifters: « Have a cunning Plan »

Le post-punk, vaste étiquette fourre-tout remise au goût du jour et qui écrase tout sur son passage. Bien dommage puisque la coldwave, la new wave, le style pirate, le pop-punk, le post-glam maniaient d’autres lueurs, sans doute plus précises.

Voici donc un autre disque post-punk en ces temps de revival. The Shifters viennent de Melbourne en Australie et ils jouent des morceaux courts, des vrais formats radio à l’ancienne, à l’instrumentation simple et efficace. Guitare, basse, batterie, clavier et voix tissent des mélodies sans préliminaires, ajustées au plus près du corps du morceau (« Work/Life, Gym etc »).

Une sorte de Elastica cousiné avec Gang Of Four ou Wire (« John Doe’s Colleague ») ou encore The Violent Femmes pour ce léger souffle d’air vivifiant semi-acoustique sur « Straight Lines ».

Ces squelettes de morceaux qui tournent en captation transistor n’inventent pas l’eau chaude, évidemment, et ils surfent complètement dans l’allégeance à une époque (le son de la batterie sur « Medieval Kicks ! » par exemple) où la rage avait déjà cédé la place à un bricolage faussement joyeux (un peu dans l’esprit Magazine aussi sur le titre le plus long, « Andrew Bolt »).

Pourtant, The Shifters, par leurs harmoniques nuancées, par leurs rythmiques aigrelettes et leur vivacité d’esprit (« Boer Hymn ») réussissent à mettre le pied dans la porte. Ils font mouche et prennent le levier de vitesse de la machine à remonter le temps (« How long ? »). On en revient donc à ce qui était énoncé au début ; quel est ce genre diversifié et intemporel ? Du post-punk, tout simplement !

***1/2

Lusts: « Call Of The Void »

Le premiers opus de Lusts se nommait Illuminations, trois ans plus tard arrive un Call Of The Void dont, étape du deuxième album oblige, on se demande dans quel sens il nous éclairera.

Formé par deux frère (Andrew et James Stone) cet « appel du vide » est illustrateur de la thématique qui le compose. L’air du temps est à la fragilité, la santé mentale ou la nostalgie nihiliste, la palette sonore sera protéiforme, allant de Tame Impala à New Order.

Plutôt campé dans les années 80, le climat général sera résolument post-punk avec des vocaux réduits à l’essentiel, comme détachés, et des instrumentaux qui se taillent la part du lion.

« Promise To Be Good » sera une introduction exemplaire tout comme le « single » « Lost Highway » et cette voix féminine enclavée renforçant un aspect cinématographique venu d’un environnement aliénant. Sur « Lost And Found », le duo ralentit le tempo pour offrir une balade pop-romantique, un apaisant moment d’intimité et de calme.

Le résultat est mitigé, les orchestrations synthétiques alourdissent le propos et occultent les tonalités sombres qui gagneraient à se faire plus prégnantes : si Illuminations fa été un galop d’essai, sa traduction demeure ici un peu clairsemée.

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Lonely Parade: « The Pits »

Lonely Parade est un trio  mêlant post-punk et rock alternatif lumineux. Leur nouvel opus, The Pits, se compose de dix titres aussi bien acidulés que furieux, servis par un duo vocal frénétique (Augusta Veno et Charlotte Dempsey) qui s’efforce de véhiculer la part d’angoisse que constitue ce passage à l’âge adulte sous forme de textes baignantdans le sarcasme.

De « Weekends » à « I’m So Tired » en passant par « Bored », « New Roomate » ou encore « Not Nice », Lonely Parade fait paraître ses inquiétudes et s’emploie à redéfinir un nouveau sens à la vie.

Sans surprise cela se fera au travers de riffs endiablés et d’une section rythmique qui se veut implacable. Citons enfin ces moments acérés que constituent « Night Cruise », « My Death » sans oublier « Index Finger » pour faire de ce The Pits un album et de allant droit au but et de Lonely Parade un combo plus qu’honorable.

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Sauna Youth: « Deaths »

Deaths est le dernier album d’une trilogie réalisée par Sauna Youth, un ensemble londonien dont l’éthique musicale est l’auto-suffisance et le minimalisme.

Ce titre arrive à point nommé pour spécifier qu’ici, le combo évoque la ou les fins de quelque chose. Soniquement c’est un album percutant et économe de ses moyens, comme si ce qui panait autour du groupe était un sentiment où priment les notions d’échéance et d’urgence.

Sauna Youth œuvre dons dans le réalisme post-punk, un laconisme qui, et c’est un bon point, lui permet de ne pas tomber dans le didactisme et le prêche. Si messages politiques il y a, ils sont si sous-entendus qu’ils sont à peine tangible et le groupe a bien raison d’oeuvrer plutôt dans le mode frénétique (« Percentages »), le pogo inconséquent (« Unreal City ») ou tout ce qui peut être évocateur de pénibilité.

Deaths n’est pas pour autant album hédoniste ; « No Personal Space » est une excursion expérimentale toute spartiate et deux compositions récitées, « Swerve » et « The Patio » tout comme un chorus aérien mettant fin à l’album nous rappelleront que Sauna Youth ne prennent pas encore congé de nous.

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Idles: « Joy As An Act Of Resistance »

C’est un genre qui se prête à beaucoup d’imitations, la plupart insipides et monotones ; voilà pourquoi Idles est comme un rayon d’espoir plutôt tapageur si on le compare aux nombreux épigones du post-punk atteint de sinistrose façon Joy Division.
Après un Brutalism au titre absurde, voire ridicule, noter combo de Bristol est de retour avec une appellation symptomatique :Joy As An Act Of Resistance.
Les rythmes de ses douze morceaux sont changeants, semblables à des montagnes russes, alors que les accroches vocales se font si immédiates et gratifiantes qu’il nous faudrait de nombreuses écoutes pour capter les substances et nuances de chacune des compositions.
Les percussions sont doublées dans le mix, donnant une amplitude encore plus étendu à la frappe de Jon Beavis et, en matière de production, l’influence de Steve Albini ne cessera de se faire, ici, sentir.
Les textes amplifient une dramaturgie, celle où la confusion justifie une forme de cynisme et d’éloge de la duplicité sous couvert d’humour, excuse qui ne sonne pas toujours à bon escient. Les références culturelles du chanteur Joe Talbot permettent heureusement à Idles de se distinguer de cette armada de groupes pleins de morgue et de morve. Être capable de faire allusion au Brexit et à Pavement sans faire fuir est même signe d’un certaine créativité. Ne reste qu’à espérer que ces montagnes russes ne soient pas non plus emblématiques d’une carrière qui pourrait se conjuguer sur le mode erratique.
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Bodega: « Endless Scroll »

Puisqu’on attend des artistes qu’ils et elles réfléchissent sur l’époque, difficile de rester placide devant ce vigoureux Endless Scroll (« défilement infini de l’écran »), premier album en règle du quintette Bodega. Le rock est toujours plus poignant lorsqu’il provoque l’introspection, pas vrai ? En ce sens, la description incisive et tranchante (autant dans le texte que dans la composition) d’un mode de vie prisonnier du cyberespace qu’offrent les Brooklynois tape en plein dans le mille.

On pige du côté des Parquet Courts « (How Did This Happen », « Can’t Knock the Hustle »), des Fall, de Pylon (« Gyrate »), de la krautrock, des Wire et, discrètement, des Smiths — pour le léger apitoiement — (Name Escape). Quelle fraîcheur de voir des punks sortis des écoles d’art qui ne se prennent pas au sérieux, mais qui mettent le doigt (en appuyant fort) sur les tics autodestructeurs de la génération Instagram !  » La meilleure critique est l’autocritique « , clament d’ailleurs avec une douce insolence les membres de Bodega.

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Soft Moon: « Homicide »

Il faut entendre, Luis Vasquez, leader de Soft Moon couvrir l’ « opener » de Homicide le quatrième opus du combo sur un « I’Can’t control myself » palpitant et jalonnant « Burn », le dit titre, pour saisir instantanément l’immédiateté d’un album conjugué sur fond de cette musique industrielle vectrice d’une unique émotion, le désespoir.

Nous avons droit, ici, à un gros plan assumé de tout ce que le post-punk associé à un univers gothique que n’aurait pas renié The Cure ; tout y figure de la pochette symbolique et abstraite aux textes où Vasquez aborde continuellement une seule thématique, celle d’un enfance violentée, dominée par un père détesté mais dont on déplore l’absence.

S’il y ajoute le récit de son addiction à la cocaïne et la culpabilité qui le harcèle à laisser ces sentiments prendre le dessus sur lui, on aura droit à un disque empli de présences telles celles de Trent Reznor, lui aussi adepte de l’auto flagellation.

La poésie et le mélodrame cohabitent à en devenir étouffants (« Helle is where I’ill go to live » ou « How can you love someone like me ? ») et on plongera ainsi sans équivoque dans le linceul d’une tonalité de type Pornography de Cure.

Une fois passée la frontière de la suffocation, on accueillera l’appel d’air que pourront constituer quelques bribes du plaisir amer que chacun peut tirer à se lamenter sur son sort. Rien de remarquable ici à moins qu’on apprécie de se murer dans une chambre close avec p

Peter Perrett: « How The West Was Won »

En 1978, Peter Perrett introduisit ses débuts avec cette phrase : « Je flirte toujours avec la mort. » Près de 40 ans plus tard, depuis la séparation des Only Ones le chanteur nous déclare : « Mais je ne suis pas mort, du moins pas encore. »

Entre ces deux proclamations, Perret a eu le temps de passer au travers de désillusions et addictions, le tout constellé d’élans mystiques et d’effondrements crépusculaires.

La dégradation est toujours là mais elle est ici comme jugulée, aguerrie qu’elle est par des choses comme l’humour, l’intérêt pour choses autres que son égo (allusions à la politique américaine par exemple), des références musicales comme Dylan (plutôt que Lou Reed à qui il était comparé auparavant) et une utilisation de la slide qui va au-delà des archétypes de la mouvance post-punk.

Cette immédiateté et cet esprit se retrouvent tout au long d’un album, tout comme cette plongée dans l’intimité qu’il nous révèle sans fards en exposant son amour des femmes qui sont autant de muses (Zena, de Troika, par exemple).

À 65 ans, Perrett exsude confiance et sûreté de ses choix, sentiment d’accomplissement (aidé qu’il est par ses fils), un regard en arrière qui n’a rien de blasé ni de complaisant mais, au contraire, des vocaux toujours aussi fermes et une production qui crépite.

How The West Was Won est conduit par des titres comme « An Epic Story » et « C. Voyeurgeur », un truc qui nous fait espérer que la mort demeure toujours une source de flirt pour son imaginaire.

***1/2