The Federal Empire: « Road Through Hell »

Le premier album de ce duo de Los Angeles The Federal Empire, Road Through Hell, est une collection décontractée d’airs indés d’inspiration country qui a été écrite à l’origine il y a cinq ans.

Après une demi-décennie de préparation, l’album n’aurait pas pu tomber à un meilleur moment, le monde ayant désespérément besoin d’un peu d’endorphine pour sortir sa musique.

Road Through Hell est un album qui est certainement sûr de lui The Federal Empire se produit avec la confiance et la sophistication que l’on peut attendre d’un groupe qui a passé des années à perfectionner son art. Certains titres du précédent EP I Never Liked Your Friends, sorti l’année dernière, se retrouvent ici aussi, comme le très ironique « American Dream », qui reprend le ton du célèbre tube de Nickelback « Rockstar » et l’intègre dans un récit plus large.

Pour l’essentiel, l’instrumentation et le contenu lyrique sont typiques d’un disque alt-country. Il n’y a rien d’étonnamment différent qui distingue le son des autres artistes d’un style similaire. L’album a sans aucun doute une bonne résistance, mais il risque de sonner trop pareil par moments. Beaucoup de refrains sont presque identiques, en particulier dans les trois premiers morceaux, avec la même construction et le même rythme de clap.

Bien que les chansons soient agréables et leurs vibrations contagieuses, il peut devenir fatigant de passer autant de temps sans changer de rythme. Cela dit, l’album se décompose un peu plus loin avec des pépites de tendresse, comme « Good Man » et « Gasoline », qui présentent un côté alternatif au duo. Cela rachète quelque peu la question, bien que la juxtaposition brutale des vibrations insouciantes des morceaux environnants diminue la sincérité, donnant l’impression qu’ils sont coincés là pour servir ce but.

Le tandem est nettement plus à l’aise lorsqu’il interprète des chansons plus optimistes, et on ne peut pas dire que sa force réside dans des morceaux tels que « Bad Habits », un des points forts de l’album. Cependant, des moments tels que l’ambient atmosphérique de « The Way That I Do » et la pause climatique instrumentale du titre de l’album (et du morceau de clôture) nous donnent un aperçu des domaines que leur son pourrait atteindre. En s’appuyant davantage sur leur son et en osant explorer davantage ces bribes d’expérimentation, The Federal Empire pourrait faire quelque chose de vraiment mémorable à l’avenir.

Road Through Hell est un flacon de soleil, qui nous permet de passer l’été à l’intérieur alors que nous sommes tous coincés. C’est un voyage infectieux et édifiant qui, sans aucun doute, comblera des lacunes, unifiant les fans de différents genres qui cherchent un élan de positivité en ces temps incertains.

***1/2

Eerie Gaits: « Holopaw »

Yolk in the Fur de Wild Pink est l’un des joyaux les plus sous-estimés de 2018, avec un son somptueux et très texturé à la croisée du shoegaze, de l’emo et du rock. Le compositeur du groupe, John Ross, a entre-temps dirigé son propre projet instrumental solo intitulé Eerie Gaits. Avec ce projet, il a essentiellement pris de la musique country, l’a mise dans une capsule et l’a envoyée dans l’éther pour la regarder exploser, une approche similaire à l’americana moderne telle qu’elle est pratiquée par William Tyler.

Depuis les débuts extrêmement aboutis de ce projet, Bridge Music, Eerie Gaits a pris plusieurs directions différentes pour poursuivre son exploration. Holopaw n’a aucune obligation de format ou de genre, avec un choix d’instruments et de sonorités entreprenant qui couvre toute la gamme de la musique post-rock, folk, ambiante et cinématographique, avec même un peu de reggae et de synth-pop. 

Le morceau d’ouverture « What’s Eating You » est construit sur une guitare électrique réverbérée et croustillante, un rythme groovy et des tonnes d’atmosphère ; on peut presque imaginer Sigur Rós réinterprétant une chanson de Police. C’est l’un des quelques titres de l’album qui permettent d’imaginer facilement la douce voix de Ross chantant avec lui, ce qui, soit dit en passant, rend un peu curieux de savoir pourquoi ce ne sont pas des chansons de Wild Pink. Les magnifiques « Out in the Tall Grass » et « The Lure Follows the Line » canalisent les styles à la Brian Eno d’artistes comme Hammock et Eluvium. « The Rainbow Trout and the Wicker Creel » est une chanson bizarre qui n’est qu’un cheveu de la version karaoké de la plus ringarde des chansons de Glee.

A la fin d’un album si vivant, « 99, 100 » clôt les choses avec une tournure presque cruelle ; c’est sombre et inquiétant (et, on pourrait dire, sinistre), comme quelque chose qui sort d’Arrival ou un épisode particulièrement inquiétant de Black Mirror. Jusqu’à présent, Holopaw vous aura fait penser à des bords de lacs sereins, à des montagnes enneigées, à de vastes champs de tournesols et à des couchers de soleil aux nuances profondes – et puis soudain, le sol disparaît sous vos pieds et vous vous retrouvez désespérément perdu dans la noirceur labyrinthique et sans fin du Navidson Record. Comment cela est-il arrivé ?

C’est une expérience artistique, et comme pour beaucoup d’autres expériences, les résultats sont fascinants, gratifiants et imparfaits. Les idées de Ross sont intéressantes, aventureuses et souvent magnifiques, mais certaines sont trop divergentes pour former un tout unifié. Donnez à ces idées plus de possibilités de se développer, éliminez celles qui s’éloignent trop du ton de l’œuvre plus vaste, et Eerie Gaits pourrait être quelque chose qui n’est pas seulement unique, mais aussi résolu et même transcendant.

***1/2

Jonathan Wilson: « Dixie Blur »

Jonathan Wilson est un musicien multi-instrumentaliste, surtout connu pour ses travaux de producteur et de musicien de studio. Travaillant avec des artistes comme Roger Waters et Father John Misty, Wilson s’est révélé être un musicien formidable et son travail en solo a été fortement stimulé par ses habitudes de travail où il s’est toujours montré très investi. Outre son approche instrumentale, Wilson est crédité d’avoir revitalisé la scène musicale mourante de Laurel Canyon grâce àses méthodes de production, ainsi qu’aux différentes jam-sessions qu’il a organisées avec les différents musiciens des environs de Los Angeles. Sur son septième disque, Dixie Blur, les fans de tous les genres devraient s’attendre à un album solide, ses premières œuvres en deux ans.

Dixie Blur est , en effet,un maillage de genres qui s’inscrivent tous autour d’un seul et même axe : son éducation en Caroline du Nord. Le fait de cotoyer différents artistes excentriques et de les associer aux sonorités blues du sud de la Caroline du Nord s’avère fructueux, car il permet à Wilson de présenter un album fluide et facile à écouter, avec de nombreux détails mineurs pour les auditeurs musiciens. Le premier morceau, « Just For Love », semble avoir été écrit par Roger Waters. Wilson utilise une instrumentation progressive et un chant de réverbération intelligent qui évoque les tons et les émotions que Waters utilise dans son propre travail solo. C’est logique, car Wilson a remplacé David Gilmour pour le chant principal et le chant rythmique des chansons de Pink Floyd interprétées lors de la dernière tournée de Waters.

L’ensemble du disque donne cette impression d’être un album de country progressif mais où le prog-rock semble avoir une influence massive sur le son. Alors que, par le passé, Wilson s’est concentré sur les sons psychédéliques ceux-ci quelque peu éliminés sont, en même temps, réverbérés pour mener sa musique vers une direction plus calme. Le morceau « ’69 Corvette » semble à première vue être une chanson country qui pourrait raconter les mêmes sujets, mais il s’avère être une rumination sur la maison et le confort, avec une instrumentation apaisantealors que « Oh Girl »» est une ballade au piano sur l’amour, avec une guitare slide qui rappellera les compositions du Steve Miller Band.

L’album devient alors familierau fil de l’écoute at l’instrumentation est généralement la même tout comme une structure des compositions qui ne dévie pas vraiment. Certaines parties deviennent un peu lentes sans un élément de percussion plus lourd, renforçant la sensation que cela pourrait être un album country de Roger Waters. Dixie Blur montre toutefois un sens clair de la musique et est très loin de l’album country normal de tous les jours. Avec son climat dans l’ensemble plaisant et apaisant avec un son natif mais teinté dans un sryle progressif, Jonathan Wilson fait un travail fantastique en mélangeant les genres qui lui sont familiers, ainsi qu’en utilisant les influences des personnes avec lesquelles il a travaillé.

***1/2

The Lone Bellow: « Half Moon Light »

The Lone Bellow sont de retour avec leur premier album depuis 2017, Half Moon Light. En quinze titres le dique est rempli de la signature habitelle du combo, l’Americana « goodness ». En effet, ce qui va immédiatement apparaître, ce seront les harmonies vocales de Zach Williams, Kanene Donehey Pipkin, et Brian Elmquist. Ces harmonies sont tout simplement merveilleues, en particulier sur « Wash it Clean ». Plusieurs membres se relaient également sur les plages tout au long de l’album, ce qui permet de garder une approche fraîche. 

Mélodiquement, la musique est porteuse d’espoir dans de nombreux titres,comme « Good Times » et « Count on Me » et le groupe utilisera sur toute la durée du dique une instrumentation variée, notamment des guitares et un piano. The Lone Bellow joue d’ailleurs beaucoup avec l’hamonie mélodique, offrant un rayon diversifié de chansons plus up tempo comme « Count on Me » ou d’autres titres un peu plus lents dans leur approche (« Enemies »). En bref, Half Moon Light offrira ce qu’il y a de mieux aux accros de l’Americana/alt-country. 

***

Hovvdy: « Heavy Lifter »

Dès les premières secondes du troisième album de Hovvdy, Heavy Lifter, le groupe fait clairement comprendre à l’auditeur qu’il va vivre une expérience nostalgique et mélancolique. Les accords qui soutiennent l’ouverture de « 1999 » semblent lourds, penchés sur un territoire mineur, nous laissant la sensation d’un coup de poing asséné aux tripes. C’est une façon de commencer un album an nous poussant vers le bas mais elle ne nous dispensepas de moments plus heureux. D’ailleurs, le morceau suivant, « Mr. Lee », va immédiatement nous y guider comme pour nous faire croire que l’entame n’était qu’un mauvais rêve et qu’il était nécessaire de s’en extiprer.

Dans Heavy Lifter, il y a une forte insistance la notion d’examiner votre environnement, comme sur « Cathedral », qui se concentre sur l’onbservation, celle d’étudier comment on entre dans le culte d’un autre. Il est peut-être plus facile de s’immerger dans les profondeurs de la tête d’autrui, plutôt que de vivre dans la sienne propre. Les textes insistent sur l’envie de s’échapper vers un santuaire privé et de s’exiler vers une cathédrale pour goûter à l’émerveillement dans l’espoir de trouver un espace vacant permanent qui lui soit propre.

Hovvdy excelle dans les ballades lentes et mélancoliques, atterrissant constamment quelque part entre Elliott Smith et The Microphones. Leurs chansons reflètent fortement les résultats post-hoegaze, optant pour un ton plus triste et morne sur des morceaux comme « Feel Tall ». Les moments de joie sur Heavy Lifter portent aussi une pincée de sarcasme, se moquant presque de l’idée de faire une musique strictement joyeuse. Mais les chansons sont vectrices de bonnes intentions – « TellmeI’masinger » est une charmante ode au clavier-jouet de Fisher-Price où on qu’ête une constante envie d’approbation humaine.

Étant donné que tant de choses dans Heavy Lifter sont lourdes et évoquent les parcelles les plus difficiles de la vie, il ne sera pas surprenant que les deux fondateurs du groupe, Charlie Martin et Will Taylor, viennent du Texas, un état assez grand pour qu’on sy sente comme dans sa propre planète, ce qui peut créer son propre sentiment d’isolement. La vision de Martin et Taylor se mélange sur ce disque, créant des moments où ils se sentent en sécurité dans un espace vaste et sans fin. Leurs chansons apportent ainsi un réconfort contre la peur, et une occasion de réfléchir et de se tourner vers l’intérieur, de se concentrer sur la lumière.

***1/2

The Berries: « Berryland »

Il n’y a même pas un an, The Berries avaient publié leur album nommé Start All Over Again. Le projet musical mené par le natif de Seattle Matt Berry avait pris un nouveau départ avec son nouveau groupe qui flirte avec les sonorités 60’s et alt-country. Les voici de retour avec leur successeur nommé Berryland.

Cette fois-ci, The Berries élargit un peu plus sa palette musicale en empruntant des sonorités plus garage comme l’attestent des titres tels e l’introduction nommée « Makes Me Sick » mais également « Fruit » et « Passing Scene ». Entre les textes faisant l’écart entre optimisme et fatalisme de Matt Berry et les arrangements audacieux des compositions à l’image du plus mélancolique «  Lowest Form Of Life » et « D.Y.W.I.B. », il n’y a qu’un pas.

Tour à tour noisy et mélodique, Berryland est un album qui fourmille de bonnes idées. Il n’y a qu’à juger les morceaux comme « Along The Water » et « Pedestal » pour se rendre compte que The Berries possède le sens de la mélodie. S’achevant sur un « Heavy Rain » des plus glorieux, The Berries continuent sur une lancée qui fait d’eux un des groupes incontournables du moment.

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Orville Peck: « Pony »

Beaucoup iront prendre un malin plaisir à le surnommer le MF DOOM de la scène alternative country tout simplement parce qu’il avance visage masqué. Et pourtant Orville Peck est bien au-delà de tout cela car le mystérieux musicien originaire du Nevada a décidé de se révéler à nous avec son premier album intitulé Pony.

Derrière son chapeau de cowboy et de son masque en cuir, Orville Peck reste avant tout un musicien qui possède un sacré caractère. Inspiré par les grands actes de ce courant musical comme Townes Van Zandt, Merle Haggard ou encore Willie Nelson, il se démarque par son originalité à travers des morceaux bien aventureux à l’image du titre d’ouverture nommé « Dead of Night » qui, comme son nom l’indique, fascine par ses ambiances nocturnes.

Petit à petit, le mystère est levé face à l’univers d’Orville Peck qui se dévoile de plus en plus. Avec des ritournelles country originales bien enlevées tels que « Turn To Run » et « Winds Change » ou encore des plus ténébreux « Buffalo Run » aux guitares savamment distordues, le bonhomme du Nevada revendique la culture queer à laquelle il a baigné. Entre moments spacieuses avec « Queen of the Rodeo » et « Hope to Die » et d’autres plus solennels avec la ballade lo-fi nommée « Kansas (Remembers Me Now) » ou encore « Nothing Fades Like The Light », tout laisse à penser le Far West peut nous réserver de bonnes surprises de taille. Et c’est sans compter sur le talent venu d’ailleurs du cowboy masqué.

***1/2

 

Jake Xerxes Fussell: « Out Of Sight »

En l’espace de deux albums, Jake Xerxes Fussell trace son bonhomme de chemin tranquillement et de son côté. Après avoir collaboré avec d’autres pointures de son genre comme Nathan Bowle, le guitariste de Durham présente donc son successeur nommé Out of Sight.

Une fois de plus, Jale Xerxes Fussell nous y embarque dans un nouveau voyage riche en émotions. Marchant toujours sur les allées country-folk aux fausses allures de vintage qui ont fait sa renommée, le musicien s’est entouré de la crème de la crème, à savoir Nathan Bowle qui lui renvoie la pareille mais également Casey Toll, Nathan Gollub et de Libby Rodenbough et James Anthony Wallace pour un résultat plus que collaboratif.

Résultat des courses, on retrouve le travail collectif à travers des compositions alt-country/indie folk envoûtantes comme « The River St. Johns » qui ouvre le bal mais également « Oh Captains » et « Jubilee » qui défient la notion du temps. On a l’impression de plonger dans des vieux libres poussiéreux du siècle dernier lorsque l’on écoute d’autres perles que sont l’instrumental nommé « Three Ravens » ou bien même « Winnsboro Cotton Milli Blues » et « 16-20 » tandis que la pièce maîtresse de 7 minutes intitulée « The Rainbow Willow » viendra sublimer le tableau un peu plus.

Une fois de plus, Jake Xerxes Fussell sublime un peu plus son art à travers un opus qui possède des faux airs de suranné. Ce nouvel album s’inscrit dans la lignée de la discographie d’un guitariste montrant qu’il possède encore de la réserve. Encore du bel ouvragede sa part.

***1/2

Lambchop: « This (is what I wanted to tell you) »

Ce groupe alt-country de Nashville formé par le désormais culte Kurt Wagner avait entrepris un virage radical mais incroyablement audacieux en 2016 avec un Flotus qui lui a valu toutes les louanges et c’est dans cette optique-là qu’ils poursuivent leur évolution sur leur treizième opus, This (is what I wanted to tell you) paru 25 ans après leur tout premier disque.

Alliant country alternative avec des influences plus modernes, Lambchop continue de nous toucher avec son art. On retrouve donc la voix auto-tunée de Kurt Wagner ainsi que les grooves sophistiqués et les synthés modulaires sous un nouveau jour à travers des morceaux romantiques et inventifs comme « The new isn’t so you anymore » en guise d’introduction mais aussi « Crosswords, or what this says about you » et le plus touchant « The lasting last of you ».

En plein milieu de ces morceaux contemplatifs avec l’expertise de Matthew McCanaughan (Bon Iver, Hiss Golden Messenger) comme « The air is heavy and I should be listening to you » et « The December-ish you » résonnent tout de même quelques moments on ne peut plus enlevés comme le plus rythmé « Everything for you ». Pour le reste, Lambchop a l’air de se complaire dans ce virage musical où l’organique et le synthétique ne font plus qu’un afin de créer un genre de folk 2.0 où les sonorités electronica et alternative soul arrivent à s’immerger afin de mieux nous toucher comme il se doit. Des réinventions musicales de ce genre, on prend acte du message et  applaudit bien évidemment.

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Doug Paisley: « Starter Home »

Le songwriter Doug Paisley n’a pas inventé la poudre, en revanche on ne pourra décemment pas lui retirer certaines qualités qui, aujourd’hui, suffisent amplement au plaisir d’une certaine écoute. Il possède, en effet, un art avéré de mettre en boite des compositions soigneusement arrangées selon les us et coutumes inhérentes à son style de musique o, également, un réel savoir-faire à composer de solides et chaleureuses mélodies. Paisley connait ses gammes et maîtrise à merveille les codes du genre. Starter Home quatrième LP du musicien canadien est une collection homogène de compositions country-folk, toutes, il faut le dire de bonne facture. L’opus regorge de riches arrangements mais aussi de subtiles arpèges de guitares lovés dans des compositions acoustiques et sa musique crépite comme du petit bois se consumant dans un feu de cheminée accueillant et bienvenu.

L’artiste canadien est à la croisée de différents styles : Paisley ne baigne pas dans la country alternative ou alt-country (americana), ses compositions ne sont pas profondément habitées – autrement dit sa country-folk n’est pas dépressive (il tourne avec Will Oldham mais il ne fait pas du Palace Brother), à l’exception peut-être de sa collaboration sur le single « Until I Find You » (avec Bonnie « Prince » Billy), ces chansons lorgnent subtilement vers la pop avec un fort penchant pour la folk et sa country n’est pas rock. E, bref, il a son style bien à lui avec voix attachante au timbre éraillé et fatigué, calé entre le ténor et la basse, et covenant parfaitement parfaitement à son registre.

D’emblée, toute se veut cool et paisible avec un « Starter Home » la voix de Paisley est accompagnée par la pedal steel guitar de Michael Eckert et la basse de Ben Whiteley. Le temps semble s’y figer, comme pour ne laisser place qu’à la musique.

Les 8 compositions suivantes (à diverses degrés) resteront figées sur cet écrin dépouillé et folk, baignant dans un nuage de mélancolie. Le plus bel exemple en sera le poignant « Drinking with a Friend », une belle réussite intimiste magnifiée par la guitare à résonateur de Don Rooke et l’orgue de Chuck Erlichman.

Paisley aime, en outre, partager le chant avec les artistes canadiennes, notamment Leslie Feist en 2010 et Margaret O’Hara en 2014. Il se dote aujourd’hui d’harmonies vocales sur les trois derniers morceaux avec l’interprète canadienne Jennifer Castle. « Waiting” » sera ainsi un beau moment de communion intimiste magnifié par un violon et un piano, tout le contraire de l’entraînante et excitante conclusion « Shadows » que l’on pourra presque qualifier d’anomalie par rapport à la tendance générale. Ce sera pourtant la conclusion idéale d’un n album sui saura nous perturber doucement tou en nus laissant adhérer à un idiome familier et, au bout du compte, confortant.

***1/2