Basia Bulat: « Tall Tall Shadow »

Heart of My Own en 2010 avait vu Basia Bulat s’extraire des confins du folk par des choeurs et des arrangements à cordes qui n’obéraient pas pour autant sa sensibilité folk. Sur Tall Tall Shadow elle va encore plus loin en y ajoutant une touche d’électronique discrète dans un disque toujours produit par Mark Lawson qui s’était occupé du Suburbs de Arcade Fire et Tim Kingsbury dudit Arcade Fire.

Ce qui émerge alors est un disque un peu plus axé vers la pop où voisinent compositions explorant toujouts la thématique de la perte mais aussi mâtinées d’optimisme. Le tout est lié par la voix de Bulat toujours aussi hallucinante (en particulier ses trémolos et les variations de ses trilles) et dont la profondeur sonique sera mise en valeur par des procédés électro-acoustiques qui ont la qualité de ne pas s’imposer.

Les tonalités seront particulières et presque irréelles,avec une atmosphère souvent étouffée et comme aquatique qui pourrait sortir tout droit de disques travaillés par Daniel Lanois. Cette mesure donne retenue à des tires épiques comme « Tall Tall Shadow » ou les rythmes atypiques en 5/4 de « Five Four » qui nous emmènent presque du côté de Dave Brubeck.

Cet amalgame est engageant et Bulat se permet même le luxe de se lancer dans la ritournelle pop avec « Promise Not To Think About Love ». le reste de TallTall Shadow sera pourtant marqué par une sensibilité qui ne se démobilise pas sur « It Can’t Be You » ou « Wires » et son harmonium. « Paris or Amsterdam » sera comme une « road ballad » sentimentale à l’humeur posée alors que « Never Let Me Go » sera, a contrario, un « torch song » où la voix de Bulat verse dans un pathos dont on ne peut que se sentir proche.

« From Now On » terminera sur une touche gospel qui ne pourra qu’atteindre ceux qui sauront apprécier l’évolution d’une artiste s’éloignant de sa zone de confort.

★★★☆☆

Chelsea Wolfe: « Pain Is Beauty »

Le monde de Chelsea Wolf est fait d’ombre et de lumière, et sa vision ne vacille jamais. Et sa musique pourrait se définir comme une lente valse entre les deux. Le titre de son troisième album, Pain Is Beauty, le résume à merveille et sa pochette en est fascinante. Wolfe semble frissonner en regardant vers la gauche tranchant avec l’allure impérieuse que pourrait lui conférer sa robe rouge. Les lettres sont clinquantes comme pour faire l’éloge de ces deux extrêmes qui sont les les pendants de notre nature, selon ses mots l’étrangeté et la façon dans la mythologie et nos ancêtres ont façonné notre personnalité.

Le disque ne cesse d’ailleurs jamais de muter, allant vers une direction puis vers un autre et atteignant souvent des proportions épiques. Chealsea Wolfe a souvent mis à profit son sens unique de metal folk et cette fois-ci elle rend encore plus indistinct le drone qui le caractérisait au point de fiser parfois le nihilisme. Il y a un sentiment de désespérance qui suinte en effet au travers de ces synthés en spirales et ce cette sensation de destin funeste qui s’enroule autour des titres, « Kngs » par exemple. « The Waves Have Come » reprend cette image de dénouement inéluctable avec un piano dramatique qui nous emmène en un voyage au cœur d’une âme dont l’environnement serait détruit par un désastre naturel ayant détruit le monde matériel.

Les plages bâties sur l’electro, « The Warden » par exemple, sonnent comme des chuchotements à la beauté glaçante étayés par des arrangements grandioses. « Sick » sera comme une pérégrination au sein de l’obscurité avec une ligne de basse en arpèges et des cordes tendues comme un arc sur lesquelles Wolfe peut délivrer ses vocaux les plus intenses et habités.

IL faudra oublier toute cohérence ici, si ce n’est constance d’une vision. Musdicalement le disque a abandonné sa teinture dépouillée pour virer vers un folk noir plus industriel. S’assemblent ainsi facilement ces notions obscurcies par l’inspiration de Wolfe et son intelligence à les mettre en place. Pain Is Beauty est un album atemporel, non pas simplement d’un point de vue sonique, mais parce qu’il secoue notre conception que nous pouvons avoir d’un monde qui se voudrait tranquillisant. La dissonance et les guitares entrechoquées en sont le prolongement naturel : en heurtant volontairement notre confort d’écoute elle défie celui qui s’abandonne dans le confort de la réassurance, Pain Is Beauty nous rapelle ainsi inlassablement que la Douleur est aussi source de Beauté. Plus qu’un disque de noise-rock claustrophobe, nous sommes confrontés à un opus où les tourments sont générateurs de ce quiil y a de plus poignant dans l’esprit humain, et peut-être aussi de plus pur dans sa noirceur immaculée.

Dent May: « Warm Blanket »

Dent May est un groupe du Mississippi dont la musique se résume à une musique pop harmonieuse et aérée fortement influencée par les Beach Boys. Ce troisième opus, enregistré dans une maison victorienne hantée selon certains dires, n’en garde pourtant aucune trace tant la production semble avoir voulu supprimer toute empreinte boueuse. On a droit, au contraire à une nouvelle collection de pop rock agréable et bien policé apportant cette chaleur cosy que le titre veut lui conférer.

Maid cette temprétaure agréable et nuancée par des couleurs musicales assez variées allant de la pop baroque et flamboyante des années 60 (« Born Too Late », mercie The Zombies, ou « Corner Piece ») à des compositions ensoleillées inspirées par Brian Wiklson (« Yazoo » ou « It Takes A Long Time »). Warm Blanket propose également des titres « crossover » hérités des 70s et de la psychedelia comme « Do I Cross Your Mind » ou tout simplement du bon petit country rock (« Summer is Gone ». Warm Dent couronnera le toute avec suffisamment de nappes de synthés, et d’allégresse new wave pour faire bonne mesure et agrémenter un disque qui ne veut, à aucun moment, faire mentir la couverture chaude qu’il propose.

Tout ceci n’est pas un nouveau tterritoire pour Dent May (voir :https://rock-decibels.org/2013/01/03/dent-may-do-things/) et l’on retrouve ici le même sens de densité pop et kaléidoscopique, mais une minime progression se fait jour. Warm Blanket est plus étoffé et qui choisit de se construire avec finesse sur ce fétichisme nommé « la res pop » sans s’éloigner de sa formule. Le pas n’est certes pas énorme mais on aurait tort de leur reprocher de ne pas réparer une chose qui n’a pas été cassée. Sur « Let Them Talk » Dent May nous soufflent ne pas se soucier de toutes ces pensées qui les ont assiégées entre deux gestations. Peut-être est-ce de l’arrogance, peut-être est-ce simplement preuve qu’il est bon de se conforter avec chose dans laquelle on excelle.

★★★½☆

The 1975: « The 1975 »

Quand le premier album, éponyme, de The 1975 atteignit la première place des charts une semaine après sa sortie anglaise beaucoup de têtes se tournèrent vers ce quartet d’autant qu’il précédait la nouvel opus de Nine Inch Nails. Il faut dire que pour l’ado anglophile d’aujourd’hui ces seize plages de pop songs provocatrices représente un aperçu idéal de ce que la musique pouvait produire en certaines périodes.The 1975 est le résultat de nombreuses années de travail et de 4 Eps. Musicalement le groupe va sonner comme un mix de post britpop comme The Arctic Monkeys (production de leur ingénieur Mike Cossey) et de new wave classique façon Talking Heads. Autre influence, moins audible, une fascination pour les musiques de teenage films de John Hughes en particulier dans la deuxième partie du disque « Heart Out » par exemple) Plus atypique seront les rééfrence à Eno dans les morceaux « ambient » comme les particulièrement puissants « The 1975 », « An Encounter » et « 12 » qui ne durent pourtant que 90 secondes.

Le groupe est néanmoins à son meilleur quand il reste sur le registre de la pop song, « Settle Down » et « Girls » et qu’il évite les pièges de compositions gorgées de synthés (ou de vocaux apprêtés) comme «  The City » ou « M.O.N.E.Y. ». « Sex » est un hymne radio-friendly qui ne pourra que cartonner sur les ondes mais le plus surprenant, et intéressant, viendra du morceau final : « Is There Sombody Who Can Watch You ? » une ballade au piano sage et modeste qui ne peut que faire prévoir une imminente maturité.

Au-delà de la chronologie cyclique qui traverse régulièrement la musique pop, la naïveté semble sur cette partie de moins en moins de mise et laisse préfigurer une carrière qui pourrait aisément s’éloigner de tout revivalisme plus ou moins affiché.

★★★☆☆

Anna Calvi: « One Breath »

Pour une artiste dont la musique a été qualifiée de grandiose, le style défini comme passionné et qui est selon Brian Eno ou Nick Cave, «  la nouvelle PJ Harvey  », la pression qui entoure la sortie d’un deuxième album peut être prometteuse tout comme le fait de s’imbiber dans un processus de régénération une fois le moment adéquat venu.

Des vocaux vigoureux, des solos de guitares de virtuoses et des climats orchestraux tendus étaient les principaux ingrédients qui ont rendu son album envoûtant et son interprétation synonyme de passion, de profondeur et d’atmosphères proches d’un film noir. Ses reprises de Piaf et de Beyoncé flirtaient avec le pathos ce qui, par moments, rendaient presque insupportable la fièvre de ce premier album.

One Breath, plutôt que de se vouloir cohésif va s’avérer une tentative d’exercer sa prédisposition à jongler entre l’intensité et des nuances inexplorées. Le défi en est plus grand car il implique une autre dynamique.

Ce nouveau disque se présentera alors comme une accumulation de sensations toujours issues des tripes et ça n’est sans doute pas une coïncidence si One Breath produit par John Congleton, a eu une période de gestation moins longue que le précédent.

Le titre d’ouverture, « Suddenly », vise à acclimater la fan à ce qu’est la quintessence du style Anna Calvi : un début avec une guitare timide et des choeurs distants qui vont peu à peu accumuler de la tension pour éclater en une cascade de vocaux et de percussions en plein essor. Le « single », « Eliza » sera une galopade entre les vocaux sinueux des chorus et un rythme de batterie résolu qui pourrait être vu comme un rappel des invocations qui accompagnaient « Desire ».La première réelle surprise se trouvera dans l’electro-ppo agité « Piece By Piece » que Calvi a d’ailleurs défini comme une de ses nouvelles et meilleures expérimentations. Les cordes de guitares y sont pincées fortement et la voix de Calvi sonne à la fois douce et détendue mais en même temps dans une expectative anxieuse ponctuée qu’elle est par une boîte à rythmes répétitive et prenant le dessus sur les divers procédés électriques bruitistes. On sent ici un effort à exprimer ce sens de la perte et de la fragmentation qui l’habite mais, au lieu de jouer sur la puissance, elle recherche une théâtralité plus frappante et souple. Plus que le maniérisme hard rock de « Tristan » qui évoquera PJ Harvey ou l’entraînant chorus de « Carry Me Over », c’est l’humeur dépouillée de « Bleed Into Me » avec ses percussions au rythme alangui et ses choeurs profondément emprunts de mélancolie qui laissera la trace la plus prégnante. Il en sera de même avec l’atmosphère enfumée du cinématographique « Sing To Me » un hommage à Maria Callas et au pouvoir évocateur que peut véhiculer la voix humaine.

Dans ces instances, Calvi parvient à créer un son plus épais et pesant que dans le passé mais celui-ci semble procurer à celui qui l’écoute plus d’espace, comme si c’est à ce dernier qu’appartenait de se frayer son propre passage et de moins risquer d’être enfermé dans la claustrophobie.

C’est quand elle se repose un peu trop sur la distorsion que la subtilité disparaît et que les choses se gâtent. « Love of My LIfe » semble se dissimuler derrière ce procédé ainsi que de la reverb pour camoufler ce qui est le titre le plus pop du disque. Malgré sa volonté de sonner de façon tranchante, le résultat est quelque peu terne comparé au reste des compositions. Au fond c’est quand l’anxiété et l’agressivité sont le moins explicites et le plus démêlés que Calvi montre son meilleur profil comme le montre l’impérieuse chanson-titre où Calvie murmure sur un clavier monotone et une guitare dépouillée. Un crescendo de batterie emplit alors la deuxième partie mais, au lieu de se lancer dans un climat épique et explosif, nous avons droit à de sublimes orchestrations à cordes aériennes qui libèrent de toute la tension qui a été accumulée.

One Breath bénéficie de sa variété et de son avidité à expérimenter. Celle-ci est proposée avec goût et subtilité ; c’est en cela que les accords qui y sont gravés résonnent avec le plus de profondeur.

Ghost Waves: « Ages »

Il est presque irréel de penser au nombre de groupes de guitar pop venus de Nouvelle Zélande ces dernières décennies. Le plus étonnant est, en outre, la façon dont le « Dunedin Sound » a propéré dans le monde.

Ghost Waves sont dans la tradition du label Flying Nun et il n’est pas malaisé d’entendre chez eux cette école : Ages tourne en effet comme une machine à remonter le temps qui se serait arrêtée à l’époque des sixties libératrices et du rock psychédélique brumeux qui en était issu.Les dix morceaux qui composent ce disque en sont le reflet mais ce quartet de Auckland sait aussi faire preuve d’une certaine identité ; une oreille affutée quand il s’agit de trouver le bon timing et la mélodie adéquate.

Cela se manifeste dans les morceaux les plus joyeux et entrainants mais aussi dans ces moments où sensation est donnée que vous flottez dans l’espace. Même ces titre sont d’ailleurs propulsifs ; « Mountain » et l’instrumental « Arkestra » se reposent fermement sur des lines de basses qui bondissent et des guitares qui ne ménagent pas les effets sonore. Les titres plus pop comme »Bootlegs »ou « Country Rider » ont leurs passages où les guitares ne se privent pas dentrer dans des facéties « free form ».

L’intérêt ; en agissant de cette manière, est que, quel que soit le registre choisi, on n’a jamais l’impression que les musiciens se perdent dans leurs arrangements ou font œuvre de complaisance.

Rien n’est laissé au hasard, les titres les plus pop sont en sandwich entre les passages où la guitare s’affole et, à cet égard, « I Don’t Mind » sera le morceau phare de Ages avec un riff qui ne pourra que se loger dans nos mémoires. Notons également, sur un autre versant, la jam ensoleillée constituée par « Here She Comes » tout droit sorti du Paisley Underground et concluons que, une fois débarrassés de certains trucs qui chargent parfois l’ensemble, Ghost Waves savent exactement où ils vont, et ce dès ce premier album.

★★★☆☆

Jonathan Rado: « Law and Order »

Law and Order, le premier album solo de Jonathan Rado a pris corps durant une petite pause qu’il s’est accordé avec Foxygen, le duo qu’il a formé avec Sam France. L’approche est, ici, plus calme et dépouillé, avec des titres qui sonnent souvent comme des ébauches et ceci même si la guitariste a conservé une bonne partie de ses idiosyncrasies instrumentales.

Seul le titre d’ouverture, « Seven Horses » conserve une esthétique néo-psychédélique « slacker » qui nous est familière, mais le reste du disque témoigne avant tout d’une chose : il n’est pas certain que Rado se trouve à l’aise dans un territoire où il est le seul à opérer. Il y a, par exemple, quelque chose d’inexplicable à finir son disque sur un « Pot of Gold » artifice synth pop dont le verbiage n’a aucune relation avec ce qui précède. « Would You Always Be At Home ? » est, au contraire, une belle instance de la manière dont Rado parvient à insuffler douce romance à son jeu de six cordes dans une inspiration qui n’est pas sans faire écho à Edward Sharpe and The Magnetic Zeros. Le chorus à reprendre en choeur tout comme les cuivres ne font d’ailleurs qu’enfoncer le clou à cette argumentation.

Le disque est indubitablement inégal, parfois même laborieux, maias il a ses moments charismatiques et, dans l’ensemble, parvient à se blottir confortablement dans une oreille connaissant déjà ses précédents travaux. Le morceau-titre est un instrumebtal dynamique dans lequel la ligne de guitare déploie sa fuzz de façon ravissante et le limoneux « I Wood » s’insèrerait parfaitement dans une compîlation qui regrouperait Ty Seagall et The Black Lips.

Au fond, Law and Order est un disque ambitieux qui ne méritait pas de l’être. Trop d’idées saugrenues le couturent puis s’effilochent empêchant à l’artiste de signer quelque chose ayant une véritable identité. On en apprend plus sur Rado que sur sa musique, quelque part ce déluge d’excentricités agit, à l’image de la pochette, comme un masque plutôt qu’un catalyseur. On ne peut pas être plus paradoxal, quand c’est d’un album solo qu’il s’agit.

★★★☆☆

Goldfrapp: « Tales of Us »

Le nouvel album de ce duo glam pop marque un changement radical par rapport à leur marque habituelle de disco « stadium rock » vers une direction plus, titre aidant, intime et un son plus cinématographique. Tales of Us est en effet un assemblage assez séduisant de dix titres, composant des études de caractères basées sur le film noir, des livres et des textes de chansons. L’atmosphère y est pesante mais légère en termes de paillettes, le tout amalgamé de manière exquise rappelant à la fois Jacques Brel, Bon Iver et Leonard Cohen. Sur ce sixième disque, Goldfrapp sonnent de façon plus douce et retene, laissant le monde de la pop glamour loin derrière eux.

Le contraste est évident avec leur dernière production, Head First en 2010, qui était ouvertement construit sur le mode commercial de tubes electropop. La comparaison avec Lady Gaga était peu flatteuse, aussi Alison Goldfrapp s’est empressée de déclarer en quoi son dernier opus ne la satisfaisait pas et blâmant pour cela la pression de son label (à l’époque EMI) et une production hâtive car celle concluait le dernier disque de leur contrat.

Ici, Tales of Us est dominé par des guitares acoustiques, des arrangements à cordes dépouillés et des vocaux voilés et haletants. Chaque plage est le portrait poétique d’un personnage fictif et l’ensemble évoque immanquablement une humeur pastorale. Un seul titre, « Thea » fera référence à leur passé electropop alors que le reste des compositions se ra constitué de ballades ombrées comme « Clay » qui relate la romance maudite de deux soldats gays en temps de guerre. « Simone » semblera inspiré par Kate Bush et narrera l’histoire d’une femme trouvant son amant au lit avec sa fille ; tout un univers aux antipodes de leur pop ludique d’avant. Il est assez plaisant d’entendre Alison Gollfrapp sonner de manière aussi expressive et en même temps détendue, ce qui procure un contrepoint appréciable par rapport au mysticisme sombre de sa thématique.

Voici un opus qui est la parfaite bande-son d’une période qui est marquée par ces climats automnaux et gris qui sembleraient ne jamais s’éteindre au point qu’on hésiterait pas à s’y plonger.

★★★½☆

Nine Inch Nails: « Hesitation Marks »

Trent Reznor revient à grandes enjambées avec toujours cette attitude musicale pleine d’emphase et de panache. Son hiatus a, comme souvent, duré peu de temps, il est de retour dans son cheminement (auto?)-destructeur et peuplé de bruits industriels. La question est alors  : que peut)il apporter après près de 25 ans de carrière ?

DansHesitation Marks on retrouve la même énergie impérieuse, avec un packaging qui semble être un patchwork musical, le tout axé vers une vérité toujours semblable à ce qu’elle était mais qui, en évitant la rage et l’angoisse habituelles en faveur de déclarations plus rationnelle, sonne, de ce fait, plus résolue, finale et comme insubmersible.

La tonalité générale est celle d’une marche assurée et consistante, mécanique et presque electro mais, à mieux l’écouter on peut y percevoir une pulsation plus organique et trompeusement primitive.

« Copy of A » semble reprendre là où « The Slip » s’était arrêté il y a cinq ans, avec une procession sombre et immaculée, conduite par le synthétiseur et véhiculant le doute et l’interrogation sur soi. C’est le premier indice indiquant que l’album va abandonner l’assaut sensoriel typique.

Le poison, s’insinuera, comme un goutte à goutte perfide tout au long des 14 plages. Plus on avancera, plus Reznor va satisfaire ses pulsions dormantes, ré-introduisant le funk de « Pretty Hate Machine » sur « All Time Low », le climat de « Year Zero » dans « Satellite » dans une superbe déconstruction du pop-punk. « Running » atteindra un paroxisme de paranoïa disco black sur un dance floor qu’on imaginerait peuplé de marionnettes. Une écoute intense trouvera nouvelles richesses dans le grincement des guitares, des lignes de basses bouillonnantes et les tapisseries orchestrales qui apportent couches sur couches de sons qui ne se répètent jamais.

Que dire de plus si ce n’est que, désormais, le paysage qui nous est proposé est nu et désertifié. Avec des balises imposantes qui jalonnent un chemin sinueux. Hesitation Marks dément en fait son titre dans la mesure où, s’appuytant moins sur les chocs soniques, il nous offre un dépouillement proche de l’ascétisme et par conséquent d’une véracité. L’ensemble peut se comparer à une vision panoramique lente comme un spectacle qui s’offre peu à peu sous nos yeux, dont l’excitation sera progressive et impitoyable, Nine Inch Nails a passé tant d’années à pratiquer le montage, le copier coller qu’il semblerait qu’ici Reznor était parvenu à coudre son propre Frankenstein, un Frankenstein lumineux et qu’il maîtriserait tant en nous laissant comprendre qu’il n’est jamais loin de pouvoir le déchaîner et de le faire sortir des archives dans lequel il l’a rangé.

Neko Case: « The Worse Things Get, the Harder I Fight, the Harder I Fight, the More I Love You »

The Worse Things Get, the Harder I Fight, the Harder I Fight, the More I Love You est le 6° album de Neko Case et il intervient après plusieurs décès dans sa proche famille et une dépression importante. Il n’est guère étonnant qu’il aborde des sujets intimes comme le colère contenue mais, comme à son habitude, la chanteuse sait le faire avec un zest d’humour. Elle a pourtant abandonné son penchant pour une caractérisation faite de personnages fictifs pour entrer dans des détails personnels de manière déchirante. « Wild Creatures » la voit ainsi déclarer qu’elle est « un animal » tout en souhaitant « de pas être elle-même » et sur « Where Did I Leave That Fire » elle s’interroge sur son indebntité féminine et filiale le post trauma émergeant ainsi comme le thème principal de l’album.

La voix de Case conserve son alto agressif, en particulier sur le « single » « Man » qui sonne comme un manifeste pop-punk et un hymne à la non conformité mais elle est capable aussi de verser instantanément dans le pathos de « From Nowhere » avec ses arrangements délabrés. Escortée par une jolie cohorte de musiciens, M. Ward, Jim James, des memnres de Calexico et son double vocal Kelly Hogan, l’artiste orne son country noir de reflets ragtime (« Ragtime ») , de folk pop dees annaes 70 (sa reprise du « Afraid » de Nico) ou tout simplement du registre a cappella sur « Nearly Modnight in Honolulu ».

Album où priment la confession et l’esseulement, le disque atteint son rythme de croisière sur ces moments où les références se font obliques et hantantes (par exemple la perte sur « Wild Creatures ») ceci par des jeux d’atmosphères subtils comme les harmonies de cathédrale sur « Bracing For Sunday » ou le piano impressionniste et les bruits de sonar sr « Where Did I Leave That Fire ».

Même si elle flirte avec le mélodramatique, Case ne devient jamais complaisante (« City Swans »), au fond le titre de l’album reflète bien ce qui est presque une profession de foi joliment ciselée : plus les choses sont dures, plus Neko Case se renforce, mais plus elle y parvient, plus elle a besoin de soutien affectif. N’est-ce pas une déclaration dans laquelle chacun de nous pourrait se retrouver ?

★★★½☆