Elephant Stone: « Hollow »

Mené par Rishi Dhir, Elephant Stone a toujours joui d’une réputation enviable auprès d’une certaine confrérie de musiciens oeuvrant dans le rock psychédélique. En tournée, la formation a fait la première partie des Black Angels, Brian Jonestown Massacre, ou autres.

Après un premier album (The Seven Seas) et un album éponyme détenant une signature mélodique fortement inspiré des Stone Roses – disque paru en 2013 –, Elephant Stone s’est ensuite affairé à se doter d’une véritable identité sonore. En 2014 paraissait The Three Poisons ; un disque mieux réalisé et qui laissait présager le meilleur pour les Montréalais avant que le virage pop synthétique proposé sur Ship of Fools (2016) ne nous laisse sur notre faim.

Dhir et ses acolytes reviennent avec un nouvel album intitulé Hollow, un opus entièrement enregistré au studio Sacred Sound (studio appartenant à Dhir) et réalisé par le leader lui-même. Cette approche a sensiblement modifié la dynamique créative du groupe, surtout avec un « patron » qui assume encore plus ses choix !

Cette fois-ci, Elephant Stone retourne à un rock psychédélique plus traditionnel (sans verser dans une esthétique lo-fi) et propulse sa musique dans un espace interstellaire plus léchée. Les ambitions de ce Hollow sont on ne peut plus claires : « Il s’agit d’un album concept simple […] Il y a beaucoup de gens qui essaient de trouver une solution. Ils cherchent du sens, quelque chose en quoi croire… Nous voulons tous la même chose, mais nous essayons de l’atteindre de manière différente. C’est dans cet état d’esprit que nous avons écrit et enregistré Hollow », explique Dhir.

Hollow raconte l’histoire des innombrables dettes écologiques survenues après la destruction de la planète Terre par l’humanité. L’élite responsable de ce désastre climatique découvre alors une « nouvelle Terre » dotée de la même espérance de vie que celle que cette même élite vient d’anéantir par des décisions irresponsables. Et ça donne un album ambitieux, dystopique, aux accents aussi rock (« House on Fire ») que pop (« The Clampdown »). Une création qui n’atteint pas toujours la cible, mais qui a le mérite d’être animée par un réel désir de passer un message.

Divisé en deux parties distinctes, le premier segment, intitulé The Beginning, débute avec l’accrocheuse « Hollow World » et se termine avec « We Cry for Harmonia », une excellente chanson pop psychédélique. On offre également un coup de chapeau bien senti à l’intervention du sitar dans « Land of Dead »; l’instrument de prédilection de Dhir. Le deuxième segment, titrée simplement The Ending, s’amorce avec « Harmonia », prélude  d’un « Nouveau Monde », et se conclut avec l’aérienne « A Way Home ».

Évidemment, Hollow prend tout son sens si on l’écoute du début à la fin sans interruption. Même si un certain éclectisme stylistique caractérise cette nouvelle parution (pop, rock, psychédélisme, space-rock, synthpop, etc.), Elephant Stone demeure intelligible grâce à ce concept d’album simple, mais qui parle au plus grand nombre.

Sans être un disque d’exception, Hollow mérite qu’on y retourne plus d’une fois. C’est probablement le meilleur effort de la formation et ce n’est pas étranger au fait que Rishi Dhir assume pleinement le rôle de réalisateur et il permet à Elephant Stone de se positionner confortablement entre ce que crée Tame Impala et The Brian Jonestown Massacre.

***1/2

Moonlight Bloom: “Release”

Ce trio psycho-rock basé à Denver, sort ici son nouvel album, American Impressionism. Le son celui d’un rock psychédélique agréablement varié et texturé, présent sur l’ensemble du dique. On aura droit à des compositions hypnotiques comme « Cloud Temple » et « Old Oak » ainsi qu’à des joyaux plus rauques àl’image de « Firestorm » et « Release ». Ce dernier est particulièrement impressionnant : une aventure fluide à base de guitare qui donne un aperçu de l’expansion ultérieure, avec ,une minute plus tard, une introduction de voix obsédantes et de lignes de guitare épaisses et réverbérantes.

La six cordes demeurera rugissante et assemblera à distance une texture qui se consumera à la fin du morceau, avec une distorsion étouffante qui ajoute à la suavité.Selon le groupe, ce morceau-titre parle de la façon dont la musique elle-même incarne une énergie féminine divine qui peut être séduisante et enchanteresse. L’album dans son intégraalité n’est pas loin de s’y conformer.

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Jonas Munk & Nicklas Sørensen: « Always Already Here »

Collaborant déjà avec des musiciens pour des résultats plus ou moins réussis (Billow Observatory ou ses sorties avec Ulrich Schnauss), Jonas Munk poursuit ses échanges, avec un nouveau duo, mené avec le guitariste danois Nicklas Sørensen. Dans la lignée de ses instrumentaux écrits sous le nom de Manual ou trouvables sur les disques des projets précités, il s’agit de croiser guitares et synthés, sur de longues distances (quatre morceaux sur cinq atteignent ou dépassent les sept minutes) et dans un registre entre krautrock, influences psychés et touches ambient.

Mêlant improvisations et variations plus écrites, les titres d’Always Already Here jouent assurément sur la répétition des mêmes formes et thèmes musicaux, au sein de chacun des morceaux. Pas très loin de certains partis pris minimalistes ou de la musique sérielle, les pistes des Danois confrontent assez habilement tapis itératif et divagations mélodiques (la fin de « Shift »), ces dernières pouvant, dans la vraie tradition psyché, friser avec des consonances venant du sous-continent indien (« Magnetic »).

À certains moments, toutefois, cette approche psyché prend trop le pas sur le reste, à l’image de Patterns, au thème trop marqué (comme si les guitares étaient jouées en tapping) et au caractère métallico-aérien trop poussé. De l’autre côté du spectre (ou presque), « Here » et « Tide » se font presque trop languides, le premier avec des guitares quasi-baveuses, tandis que le second manque peut-être un peu de corps ou de consistance. Au total, les travaux des Danois ne sont pas négligeables, constituant d’intéressants exercices de style, mais ils ne convainquent donc pas pleinement.

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King Buffalo: « Longing to Be the Mountain

Avec son nouveau disque,King Buffalo su éviter les pièges du deuxième effort, en n’apportant que de légères bonifications à son psych rock, nimbé de prog et de stoner.

Longing to Be the Mountain est un album aussi concis et expansif, que dynamique et introspectif à la fois. Pour le dire clairement, il est le meilleur disque que pouvait livrer le trio de Rochester, NY après le convaincant Orion (2016).

On reconnaît rapidement les compositions du groupe, la recette ne changeant évidemment pas. De longs crescendos mélodiques qui aboutissent sur d’épaisses couches de guitares et de basse. La formule se répète d’un titre à l’autre, mais sans jamais devenir monotone, le groupe conservant toujours une carte dans sa manche pour nous emmener vers d’autres strates.

Sur Longing to Be the Mountain, l’ajout d’ambiances, de pistes de guitares acoustiques, de séquences programmées et de claviers donne juste ce qu’il faut de nouveautés au son de King Buffalo pour le faire progresser et pour captiver les mamateurs qui ont usé à la corde leur copie de Orion.

Une tournée intensive avec Elde et All Them Witches respectivement, deux poids lourds de la scène psych rock et stoner, a nettement contribué à cette assurance nouvelle du groupe, tant sur scène que sur disque. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence qu’un des membres d’All Them Witches est l’architecte de Longing to be the Mountain. Qui de mieux pour faire ressortir sur disque les forces d’un groupe que quelqu’un avec qui on a partagé la scène pendant plusieurs semaines aux États-Unis et au Canada ?

Peu de groupes parviennent à produire un psych rock aussi équilibré entre les atmosphères, les mélodies et le côté plus terreux des guitares propres au stoner. Mais même dans ses moments les plus pesants, King Buffalo demeure un groupe dont le son est en suspens, destiné au ciel et aux étoiles.

L’expansif et le cérébral dans les pièces de Longing to Be the Mountain réside dans les effets de répétition, l’usage minutieux des pédales de délais, la voix monocorde mais douce de Sean McVay et la structure linéaire, mais toujours ascendante des compositions.

Dès les premières notes de « Morning Song » qui sont un petit clin d’oeil à « Shine On Your Crazy Diamond » de vous savez qui, à la finale complètement psychédélique de » Eye of the Storm », en passant par la chanson titre, meilleur morceau ici, Longing to Be the Mountain est un album précis, relativement court et efficace. Il est aussi un pari réussi brillamment par le trio.

***1/2

Color You: « The Grand Trine »

Color You est un quatuor californien se psych rock et ce nouvel album arbore fièrement l’étiquette musicale à laquelle il se réfère. Bien que la référence soit ostensible, il n’est pas question ici de nous entraîner dans des longues odyssées où l’influence des stupéfiants serait un passage obligé.

En effet, malgré la couverture du disque qui illustrerait sans qu’on y trouve à redire, un van hippie, la musique est plus dégraissée et aigue et se penche sur un versant plus rock façon Nirvana ou The Pixies.

Le combo n’a pas peur d’explorer les extrêmes du genre en les opposant sciemment et si des morceaux comme « Empty » et « Lady In Blue » sont ampoulés comme des hymnes font montre d’effervescence et de vivacité.

Les harmonies vocales sont ainsi éthérées et débridées mais sonnent tout autant comme une incursion dans le surf rock (« Shine Through », « In Tune ») où les Red Hot Chili Peppers auraient apposé leur paraphe.

On trouvera de la « reverb » dans « Same Old Story » où le combo montre sa capacité à maîtriser cette manière concentrée et dépouillée d’évoluer dans le rock indie. Si The Grand Trine ne se montre pas pétri de cohésion, il est le portrait sensible et affuté d’un groupe en train de forger sa propre voie.

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The Telescopes: « Hidden Fields »

Sous leurs divers accoutrements, le brouhaha créé par ces vétérans du psyche rock que sont The Telescopes a constamment inspiré des troupes de shoegazers avides de dissonance abrasive et mélodique. Son leader, Stepehn Lawrie, ne sait sans doute pas scruter jusqu’à quelle profondeur l’allégeance à sa musique peut aller. Son huitième album, Hidden Fields, le suggère ce qui n’est pas une mauvaise chose car il nous consume encore plus qu’il ne nous incendie Chacun des titres a une pulsations dont les structures sont trompeuses et dont les contours fuzzy ont comme des riptides effleurant les pieds des nageurs imprudents.

« You Don’t Know The Way » est comme un prodigieux essaim de lignes de basse, les vocaux de Lawrie nous emmènent dans une lassitude poreuse alors que « Absence » s’entortille dans une fugue qui rappelle étrangement Spiritualized. Des nadelettes de mélodies jalonnen l’album avant que la pièce de résistance, un « closer » de 15 minutes « The Living Things » cumule lueurs brillantes et groove insubmersible.

On n’aurait aucune raison de déplorer qu’il dure plus longtemps tant cet album est de cette complexité qui nous bouscule comme il est si bon de l’être.

***1/2

The Smoking Trees: « TST »

La plupart des combos « psyche rosk » contemporains suivent deux voies. L’un est celle, frénétique et spacey et l’autre semble ne pas vouloir aller plus loin qu’une simple resucée de Tame Impala faite d’une esthétique paresseuse et désinvolte.

Avec un de ses membres nommés Sir Psy on aurait pu penser que The Smoking Trees penchaient plutôt vers la première option mais ils se siteuent de manière assez confortable au milieu avec un cocktail de soft rpck West Coast façon Byrds et des nappes ambient à la BJM qui occupent, dirons-nous, l’approche structurelle de leurs compositions.

TST sonne véritablement californien : les chansons étincellent et brillent comme si les rayons du soleil les baignaient sous des teintes déformées par sa réflexion sur nos perceptions. La plupart des titres sont mid-tempo ce qui sied bien à cette ambiance de défonce douce et tranquille.

La couverture de l’album est d’ailleurs fort indicative de ce « trip » vers lequel on souhaite nous emmener ; il est infiniment agréable et relativement exemplaire d’une Californie à laquelle on ne peut que rêver.

***1/2

White Hills: « Walks For Motorists »

Le 8° album studio d’un groupe psyche-rock peu ou prou underground n’augure, en général, rien de bon. Walks for Motorists va pourtant surprendre en sonnant ludique, engageant et, surtout, ne se prenant pas au sérieux. Si on considère que le combo a aiguisé ses dents depuis une décennie sur les riffs implacable su space-rock façon Hawkwind, ce disque est étonnamment dépouillé.

White Hills semblent plus intéressés ici à produire des grooves vigoureux plutôt qu’a délivrer un message ou une persona spécifiques et ils incorporent pour cela instrumentation et styles disparates sans idées préconçues.

Résultat des courses : des titres qui vous font opiner de la tête et qui, malgré leurs structures cycliques et répétitives d’une palette somme tout limitée, vpont laisse dans l’expectative du morceau suivant. Ce pourra être un simulacre du Stooges des débuts mais aussi des boîtes à rythmes façon Kraftwerk l’aboutissement sera suffisamment capricieux pour qu’on succombe à la tentation du « fun », surtout venant d’un groupe dont on attendait tout sauf ça.

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Faith Healer: « Cosmic Troubles

Cosmic Troubles est le deuxième album solo de Jessica Jalbert et le premier sous son nouveau pseudonyme, Faith Healer. Le titre du disque est tout à fait approprié à ce qu’on y trouve ; du garage rock qui se mêle d’influences plus fraiches héritées du psyche-rock des 70’s. « Acid », « Again » et « Until The World Lets Me Go » en sont des exemples flagrants mais ce qui distinguera ces chansons d’être purement des redites sera le choix de les accompagner de textes traitant des relations humains, de la vie après la mort d’une manière presque caustique et cosmique donc.

L’art de la composition de Jalbert évoquera donc la fin des 60’s et le début des 70’s d’autant que le production édifie un espace sonique assez étourdissant. Le disque est censé être écouté au travers de casques et on comprend le pourquoi de cette intention. « Canonized » démarre de manière lente mais nous consumera peu à peu jusqu’à exploser dans un kaléidoscope de tonalités étayés par des guitares en fuzz et des vocaux rêveurs qu’il est dificile en général de concilier.

Cosmic Troubles nous étonnera sans qu’on s’y attende ; il est rare de trouver des réinventions musicales aussi soudaines et dramatiques que cela.

***1/2

Wand: « Golem »

Ce groupe rock de Los Angeles continue de tranquillement influencer la scène psyche-rock contemporaine avec Golem, son deuxième album. Wand va satisfaire ainsi l’appétit de ceux qui apprécient les paysages « heavy » et inspirés par le psychédélisme tout comme des riffs de guitares garage épais dont le cœur mélodique est basé sur l’énergie. Depuis leur « debut album», Ganglion Reef en 2014, il semble même que le combo ait très aisément bonifié son approche.

Cette formule combine des éléments de shoegaze, de psyche et de desert rock enrichie d’une « esthétique » metal très crasseuse et d’une production cinglante. Les titres mortifères et expérimentations sont ici contrebalancées par une prise de son sèche mise en œuvre par l’ingénieur du son de Sacramento Chris Woodhouse. Le son de Wand va rappeler Kyuss ou Ty Seagall par la façon assez fraîche qu’il tente de revitaliser la psychedelia en évitant toute nostalgie surannée qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui.

Avec des titres comme le « single » «S elf Hypnosis in 3 Days »et « Floating Head » Golem capture à merveille l’attitude garage basée sur la guitare de Wand tout comme l’empreinte rythmique des vocaux de Cory Hanon. Seul « Meleted Rope » adoptera une connotation plus douce et mélancolique voisine du Pink Floyd par son utilisation de la guitare acoustique qui va suggérer une que le groupe ne se sent pas étranger à des compositions plus émotionnelles.

Ce sera pourtant sans fausse honte que l’album privilégiera le volume tout en évitant de tomber dans la morosité grâce à des dynamiques sans cesse en mouvement et des textes hallucinés. Vers la fin du disque, le groupe s’orientera vers une démarche plus « desert rock » avec des morceaux comme « Planet Golem » ou « The Drift », paysages soniques qui rappelleront The Melvins et Dark Side of the Moon.

Golem va ainsi synthétiser influences metal et psychédeéliques combinant fuzz et et rythmes moteurs mais saura aussi montrer une sensibilité sous-jacente en termes de mélodie et de production ; bref une éclaircie dans la myriade de combos qui revendiquent l’étiquette psyche-rock.

***1/2