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Helena Hauff: « Qualm »

En Anglais, « qualm » signfie « scrupule » ; il y a donc une certaine logique à ce que Helena Haufff retourne au minimalisme dépouillé qui était sa marque de fabrique comme si elle voulait faire table rase de son flirt avec les mélodies pop qui encadraient son Have You Been There, Have You Seen It en 2017.

Au vu de sa renommée grandissante il lui aurait été facile de se réconcilier avec ses fans en creusant un peu plus le sillon d’une electronica plus accessible mais l’artiste a opté, au contraire, pour une direction plus austère et granuleuse faite d’improvisations enregistrées en mode analogique inspirées du catalogue Bunker Records. Le résultat est est goûtu et agréable.

Qualm est également étayé par un sens étonnant de britannicité : des morceaux comme « Barrow Boot Boys », « Fag Butts In the Fire Bucket » et « It Was All Fields Around Here When I Was a Kid » font allusion à une des obsessions de Hauff, l’humour anglais, tropisme lié à ses nombreuses visites à Leicester, une ville qu’elle décrit ironiquement comme « la plus ennuyeuse du Royaume-Uni ». Comme certains titres le soulignent, les images se veulent évocatrices de friches industrielles (« The Smell of Suds and Steel ») enrichies par des synthés mélancoliques (« Entropy Created You and Me ») ou de refrains teintés par le malheur qui semble avoir été engendré par le Brexit.

Qualm est un album dystopique ; Hauff s’y semble plus à l’aise que d’autres, peut-être parce que son itinéraire est également moins linéaire et pré-établi.

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6 août 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Ásgeir Einarsson: « Afterglow »

Ásgeir Einarsson est un chanteur venu d’Islande que son premier album avait placé dans le mouvance post-folk à la Bon Iver. Afterglow le voit bénéficier de la collaboration de John Grant et s’éloigner de ce registre avec une approche pleine de sensualité où se mêlent pop orchestrée et electronica fantomatique.

D’interprète timide et compassé, Einarsson s’est transformé en artiste plus audacieux avec des vocaux plus cosmiques et des arrangements fait de beats aiguisés

En son début de carrière, Einarsson expliquait que, issu d’un village reculé, il n’y avait rien d’autre à faire que de la musique.

Maintenant que l’on estime qu’1/4 de la population islandaise possède son disque, on accueillera sans réticence fourmillement éthéré (« Unbound »), sursaut pour s’échapper du sommeil émollient (« Stardust ») et onirisme fiévreux de « Fennir Yfir’ »,moment incontournable  où la glaciation est faite des carillons d’un piano et de cette grandeur orchestrée qui évite le pompeux  et distille le confort.

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21 mai 2017 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Hiiragi Fukuda: « Seacide »

Hiiragi Fukuda est une artiste expérimentale de Tokyo dont Seacide est le troisième album. Sorti à l’origine sur cassette en 2014 le voilà sous forme numérique ce qui peut toput aussi bien convenir à une musicienne dont le mode d’expression est faite de rythmes minimalistes.

Avec pour seuls instruments un synthétiseur, une guitare, une pédale à effets et un micro Fukuda produite des structures répétitives qui, peu à peu, font comme se fondre de manière sanguinolente et nous font vivre d’étranges cérémonies

L’artiste est une compositrice et interprète patiente ; et tout concourt à ce que son flux sonique s’incruste en nous tant les séquences de notes sont limitées et, par conséquent, plus âpres au point d’être à la limite de nos oreilles.

La formule est simple, du feedback mais toujours harmonique, une variation rapide du diapason semblable à ce que les musiciens de krautock du début cherchaient en matière de transcendance. Tout est réduit à sa plus simple expression et c’est à partir de cela que nous pouvons nous ouvrir à un potentiel ; celui-ci sera dans le plus simple appareil et c’est notre imaginaire qui oeuvrera à sa construction.

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13 avril 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Ben Frost: « AURORA

Ben Frost est un musicien australien basé en Islande dont ma musique électronique se veut minimaliste et ce cinquième album, AURORA, comme le suggère son titre offre un son qui semble flotter dans l’air et véhiculer une lueur brillante.

Le début, « Nolan », possède des couches de synthétiseurs qui sont comme des ciseaux tranchant le sompteux chœur symphonique qui verra son apogée dans les pulsation de ce que serait un riff Eurodance qui aurait été artistiquement greffé.

On trouve des compositions minutieusement arrangées, comme uen musique de chambre qui serait plongée dans l’obscurité et dont l’électronique serait viscérale avec, ici et là, des emprunts à la musique des Balkans comme pour souligner son étrangeté.

C’est à mi-parcours, sur le titre « Venter », que celle-ci s’amplifie, produite une robe de synthés flexibles magnifique et des percussions doubles furieuses révélant une musique complexe bien que bâtie sur une accroche si simple que le minimalisme revendiqué se pare alors d’une sauvagerie inquiétante.

AURORA a pour genèse une visite dans un Congo dévasté par la guerre ce qui donne à ce reportage sonore un aspect brut dont, malgré la pochette, les tonalités seraient plutôt rougies. Ainsi, « Diphenyl Oxalat » de réfère à une luminescence issue de flambeaux et les plages les plus rythmées sont submergés d’échos qu’on imaginerait venus de nightclubs d’où rien de festif ne sourdrait. Le travail sur la saturation est alors exemplaire, vision de détresse nocturne, que rien ne semble pouvoir atténuer.

Même la grâce cadencée de « No Sorrowing » ne procure qu’une infime échappée ; elle se rapproche plus de ce que produisent les musiciens islandais dans leur approche plus glaciale. Ici Frost a simplement voulu transformer celle-ci en fournaise ; ses machines délivrent alors un bruit charnel et, quelque part, couturé d’un soupçon d’humanisme.

***1/2

26 mai 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Sumie: « Sumie »

« Minimal » n’est pas un mot qui rend justice à Sumie, cette chanteuse basée à Gothenburg et dont il s’agit ici du premier album. Bien que catégorisée comme offrant du « alt-folk minimaliste » la sœur de Yukimi, vocaliste de Red Dragon) elle se détache de cette mouvance par le fait que son point fort ce sont les mélodies. Conjuguées à sa voix, il y a peu de choses qui prennent la prééminence sur Sumie. « Hunting Pace » dont la cadence lente en est un parfait exemple : mélodie simple et bien construite qui semble cheminer sans que rien ne bouche son horizon et des textes qui sont le plus souvent récités que chantés, apportant cette évidence de tranquillité et de sérénité qui accompagne sa voix douce.

Cet album éponyme fonctionne très bien en tant qu’ensemble, las compositions s’insérant confortablement les unes aux autres. Il est, par contre, difficile de ne pas prendre en compte leurs similarités, chose liée partiellement à une instrumentation dépouillée avec les seules structures vocales apportant une, toute relative, densité.

Heureusement, Sumie ne dure pas suffisamment longtemps pour qu’on se lasse de cette familiarité. Avec dix compositions et un disque qui n’excède pas les 34 minutes, le disque est une excellente introduction à l’univers de la chanteuse suédoise. Quand des instruments additionnels sont ajoutés, comme sur « Speed Into », on remarque qu’ils sont capables d’ajouter quelque chose de plus « ambient » à cette guitare acoustique omniprésente. L’un dans l’autre, si impression se produit sur celui qui l’écoute, cela ne se fera que graduellement. I n’est pas certain pourtant que l’auditeur en ait la ténacité et la patience.

★★½☆☆

3 décembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

London Grammar: « If You Wait »

If You Wait le premier album de English Grammar débute sur le « single » qui a créé tout le « hype » autour du groupe, « Hey Now ». C’est un témoignage de la démarche du combo basée sur l’austérité instrumentale. Citons par exemple, l’utilisation des silences à l’image d’un groupe comme The xx et des compositions qui cultivent une délicate toile ne comprenant rien de plus que quelques clefs d’accords, une guitare et les vocaux en soprano indistincts de Hannah Reid. Le trio londonien capture ainsi la fragilité émotive de la jeunesse plutôt que de se complaire dans une nuance indistincte de gris.

Cette approche de la mélancolie n’est pas nouvelle ; « Metal & Dust » doit par exemple beaucoup au « Unfinished Sympathy » de Massive Attack et beaucoup n’hésiteront pas à décréter que Hannah Reid est la nouvelle Sia Furler la chanteuse de pop/chill australienne. London Grammar délivre pourtant ses vérités avec la sincérité de ceux qui ont bataillé dur qu’il est difficile de les soupçonner d’apathie. « Sighs » est un exercice délicat dans lequel le crescendo de Reid ne masque pas l’émotion tout comme « Flickers » parvient à élaborer une atmosphère intimiste malgré une utilisation minimaliste d’une simple percussion accompagnant une voix a cappella.

Le trio parvient également à revisiter le « Nightcall » de Kavinsky en apportant à cette composition glaçante un climat dans lequel la respiration se fait chaude, décharnée et presque saignante prenant le pas sur le « chill » électronique de l’original.

Il y a dans cette volonté de recréation encore hésitante une forme de beauté qui émeut; il n’est que d’entendre la tentative de perfection qui entoure les chorus déchirants de « Wasting My Young Years » pour s’en convaincre. Au travers des ces relatives imperfections on ne peut que se dire que le groupe n’est pas loin de maîtriser la syntaxe de l’inspiration.

★★★☆☆

 

30 octobre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire