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Christopher Duncan: « Architect »

Christopher Duncan est un musicien écossais ayant reçu une éducation classique et, sur Architect, la construction à laquelle il s’attaque est celle de la pop music. Pas n’importe quelle pop music bien sûr pas celle, écervelée , qui vise à vider un peu plus notre manière grise mais plutôt celle qui a pour but d’ouvrir à notre cerveau des moments oùl’esprit est en semi-éveil, à savoir un registre dreampop.

L’album affiche des moments de la plus pure solennité avec des passages choraux sur des titres comme « Say » ou « Silence on Air » qui véhiculent un climat hiverna.

Cela peut sembler anachronique puisque le disque sort cet été mais, là encore, Duncan ne semble pas préoccupé par des méthodes de travail traditionnelles. Il faut l’être pour emprunter des structures musicales qui ont autant à voir avec The Fleet Foxes qu’à Mozart ; fruit sans doute de quelqu’un qui est avant tout un composteur classique ayant étudié au Conservatoire Royal d’Écosse.

Ce qui est son approche, intégrer un travail complexe dans un cadre pop est presque naturel ici et il yparvient de manière on ne peut plus fluide par exemple en entrelaçant ses vocaux de climats folk pastoraux et d’arrangements riches rappelant l’école dreampop façon 4AD. Chaque phrase musicale, chaque bruit de cymbales sont parfaitement placés, comme le sont tous des éléments pourtant aussi disparates que le fado et les arpèges de « Novices », les cordes qui évoquent Howard Shore ou la berceuse folk et jazzy qu’est « I’ll Be Gone By Winter ».

La chanson titre et « He Believes in Miracles » se paie même des incursions dans la psychedelia estivale, ce qui tend à prouver que Duncan est à l’aise dans tout type de répertoire et tout type de saison.

***1/2

20 juillet 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Sondre Lerche: « Please »

On dit de Sondre Lerche qu’il est le secret le mieux gardé de Norvège. Il a, en effet, été bien dissimulé puisque Please n’est ni plus ni moins que le septième album de cet artiste résidant à Brooklyn.

C’est aux environs de 2007que Phantom Punch avait éveillé quelques échos avec une pop rock aux accords plaqués et quelque peu classiques, un langage riche en harmonies souvenir de son éducation musicale, celle d’un guitariste de jazz. On s’était ainsi aperçu que Lerche n’était pas un de ces songwriters larmoyants dont tout le répertoire est un cliché en soi mais plutôt quelqu’un plus enclin à écrire un titre comme « Graceland » que » Bridge Over Troubled Water ».

Depuis, Lerche est parvenu à conserver une certaine réputation, du moins dans son pays natal, mais il était resté un chanteur qui évoluait encore à la périphérie de la renommée, ne perdant rien de sa relative notoriété mais ne justifiant pas non plus cet adage qui dit qu’il faut 10 ans pour devenir, soudain, un artiste à succès.

Cette situation a de quoi frustrer quand on est un chanteur compositeur d’un certain talent mais , en même temps, elle est un signe de stabilité dans une industrie où les bribes éphémères de certaines personnes devenues stars rapidement se dissolvent avec la même célété que leur ascension.

Please sera semblable à ses opus précédents (Heartbeat Radio en 2009 et Sondre Lerche en 2011), un disque plein de pop song inventives et exécutées de manière compétente, ceci à un niveau inhabituel chez lui jusqu’à présent. On ne peut imaginer que quelqu’un se sente dérouté par ce qu’il entendra et s’en détournera de manière définitive. Restera à Lerche de déterminer s’il est un « entertainer » éprouvé ou un artiste désireux de prendre quelques risques.

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24 octobre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Nedelle Torrisi: « Nedelle Torrisi »

Nedelle Torrisi est une de ces artistes qu’il est difficile de cataloguer ; active depuis les années 2000, elle a enregistré avec Xiu Xiu, The Curtains, Sufjan Stevens et Ariel Pink. Après la séparation de Cryptacisze, le duo formé avec Chris Cohen, la voici de retour avec un premier album, éponyme, qui la voit aborder un registre assez familier pour elle : une pop assez théâtrale infectée par une influnece jazzy façon Quiet Storm et une once de R&B contemporain. On retrouve donc des chansons pop au sens actuel du terme, avec une avalanche de synthés et des vocaux baignant dans de la reverb.

L’allié le plus important de Torrisi sur ce disque est Kenny Gilmore, le producteur de Los Angeles (Ariel Pink, Haunted Graffiti) qui joue également la plupart des instruments sur cet enregistrement. Julia Holter et Dev Hynes contribuent également à accompagner la voix de Torrisi entonnant ses chansons d’amour de manière directe au cœur évanescent sur un arrière-fond divers composé de synthés vintage rappelant à la fois le space-rock psychédélique des années 60 et le R&B des nineties, des accords de piano à la façon de Steely Dan et des arpèges de guitares acoustiques flirtant avec la musique baroque.

De cette expérience qui la voit sauter d’un style à l’autre on notera le schéma « dance » de « Double Horizon », la jolie ballade au piano « The Perfect Timing » et la titre phare «Born To Love You » intervenant malheureusement vers la fin de Nedelle Torrisi. Les vocaux vaporeux et oniriques de la chanteuse sont, hélas, peu représentés ici ce qui donne pour résultat un « comeback album » acceptable et, peut-être ?, prometteur

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29 octobre 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Van Dyke Parks: « Songs Cycled »

Bien qu’il ait été depuis longtemps admiré en tant qu’arrangeur et collaborateur – ne serait que par sa place dans la mythologie pop pour son travail sur le fameux Smile des Beach Boys – on peut s’interroger sur le fait que les efforts solo de Van Dyke Parks, tout comme l’immense stock de ses compositions, n’aient pas trouvé une oreille plus grande auprès d’une audience.

Bella Union a ressorti, à cet effet, certaines de ses œuvres ce qui a permis à sa musique excentrique d’acquérir une nouvelle et relativement importante audience et Songs Cycled est même présenté comme une chose rare et précieuse : le premier album solo de Van Dyke Parks depuis 24 ans.

Que ce titre fasse référence à son premier album solo,le chef d’oeuvre qu’a été, en 1968, Song Cycle nous informe néanmoins que la réalité est autrement plus prosaïque. Les quatre titres présentés ici comme étant des originaux ont, en fait, été sortis sous la forme d’une série de vinyles début 21012 sur le label Banastan mais cela devrait permettre de les faire connaître au-delà du cercle restreint des collectionneurs et des fans.

Dans les autres sélections, on trouve des réengistrements d’anciens morceaux et d’autres des réinterprétations de matériel traditionnel (un hymne religieux à la harpe, une « reprise de Saint-Saëns ou un morceau de calypso). Parks a tout sélectionné soigneusement, la plupart mettant en avant ses préoccupations écologiques et politiques, l’ensemble s’agenceant de manière cohérente pour refléter la vison singulière de Parks même si celle-ci peut sembler aventureuse et irréfléchie.

Songs Cycled va donc s’avérer être une rétrospective mais aussi une nouvelle profession de foi qui, comme il l’exprime paradoxalement : « une chose qui fonctionne très bien comme un tout mais dont les éléments sont accrochés séparément »

Il est judicieux de souligner cette unité de sens et d’intention qui fait fi des contrastes, tant les divers contextes n’érodent pas, bien au contraire, la qualité du matériel proposé. Songs Cycled est une « compilation » fluide, engageante et stimulante à écouter.

Dans les réenregistrements, « Hold Back Time » n’obérera certes pas l’original paru sur Orange Crate Car mais l’approche modeste de « The All Golden » au piano et à l’accordéon ne peut que nous séduire par sa façon dont elle s’enfonce dans une élaboration de moins en moins simpliste.

Comme à son habitude sur les albums solo, Van Dyke Parks va nous délivrer une dose généreuse de musique populaire américaine au sens historique. On y percevra des références à la Tin Pan Alley,au Stephen Sondheim ou Georges Gershwin et surtout des réminiscences de son étroite collaboration avec Brian Wilson et il empruntera également et de manière assumée à la musique issue d’autres parties du monde, en particulier sur « The Monkey King et « Wedding in Madagascar ». Au-delà de ce tourisme musical et des traditions auxquelles Parks n’adhère pas totalement, il parvient néanmoins à les nourrir en leur apportant sa propre vision synesthésique.

Bien qu’il soit un musicien professionnel au bon sens du terme et aux thèmes parfois lours, il y a toujours eu, chez Parks, un côté frais ludique permettant de comprendre comment, par exemple, la théâtralité de Sparks a pu s’en inspirer. Le début de « Dreaming of Paris » et d’un « Missin in Mississippi » référençant l’ouragan Katrina opérant un flux et un reflux entre une beauté pleine de langueur et une frivolité paillarde en sont des exemples stylistiques parfaits.

Tout au long de ce Songs Cycled on (re)découvre ainsi qu’il est un des rares musiciens à avoir su expérimenter sur le format de la chanson et à la transformer de manière imprévisible et ouvrant le chemin à ce qui semblent être des possibilités infinies.

Lyriquement, ses textes sont un enchevêtrement complexe de rimes internes, d’allitérations vives et de références imagées mystérieuses. Ce côté facétieux n’a pas convenue à tout le monde (Mike Love lui a vertement dit durant l’enregistrement de Smile de « ne pas toucher à notre foutue (fucking) démarche ») mais il n’y a aucun doute à avoir quant au fait qu’il s’inscrit dans une approche globale et profonde dans laquelle son registre en tant qu’arrangeur et compositeur lui permet de donner vie à ses étranges compositions et à sa vision singulière. Son phrasé confortable apporte, en outre, assurance et délice à ce qui constitue une véritable œuvre. Celle-ci l’éloigne évidemment du simple statut de collaborateur et fait de lui un véritable auteur.

16 mai 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | | 3 commentaires

Willy Mason: « Carry On »

Dès ses débuts, Willy Mason fut comparé à la fois à Bob Dylan et à Johnny Cash, en particulier à un titre « Oxygen » qui, en 20004, eut l’honneur d’échos plus que favorables. Le jeune homme avait alors 19 ans et il avait reçu de la part de ses parents amoureux de folk music une éducation allant dans ce sens. Mais , tout natif de Martha’s Vineyard (endroit « Establishment »-« bobo » de la Côte Est) qu’il soit il s’intéressa également à Nirvana et à Rage Against The Machine (en particulier le message politique de ces derniers).

Il était plus aisé de s’identifier à ces élans de révoltes qu’aux aspects plus anodins musicalement du folk et il commença à composer en ce sens. Le hasard lui fit rencontrer Sean Foley qui travaillait avec Bright Eyes et il partit en tournée avec eux.

Carry On va, à cet égard, porter le même message contre culturel que ses albums précédents mais va bénéficier d’une association surprenante, la production de Dan Carey Hot Chips, Kylie Minogue).

Autre moment d’étonnement, le disque ne va pas pour autant s’égarer des schémas de la musique traditionnelle (blues, folk, country) même i nous avait été promis un album rempli de dub et de reggae. Ce sera donc avant tout sur le travail de mixage que l’influence de Carey va être évidente. L’approche va rester stoïque et sérieuse avec des titres où prime sentiment de lassitude (le blues élégiaque que constitue « What Is This », « Pickup Truck  ou « If It’s The End » avec un climat que n’auraient pas dédaigné Johnny Cash ou Woody Guthrie. Une exception quand même : « I Got Gold » qui se voudra plus enlevé et divertissant.

Le seul titre qui, au fond, verra Mason s’éloigner de son registre sera l’hallucinant « Restless Fugitive », qui met en évidence drum and bass, guitares en réverb et rythmique chaloupée. Cette longue épopée de six minutes rappelle le Blur de Think Tank et montre un des bénéfices de la production de Carey. Celui-ci n’aura d’ailleurs pas son pareil pour distiller, ici et là, touches d’électroniques, boîtes à rythme voire teintes psychédéliques, sur « Painted Glass » par exemple. C’est cet apport discret mais permanent qui donnera cette versatilité si particulière à Carry On.

De la même manière, « Talk Me Down » bénéficiera d’une touche vaguement expérimentale qui rappellera Tom Waits avec ses percussions primales délicieusement contrebalancées par une mélodie rêveuse climat dans lequel Mason semble comme chez lui (l’ensommeillé « Show Me The Way, l’atmosphère en demi-teinte de « Into Tomorrow »).

On le voit, une association qui aurait pu sembler peu orthodoxe donne des résultats plus que concluants. Mason ne rogne en rien sur son univers et Carey lui prodigue un merveilleux cadre sur lequel exprimer sa sensibilité. Carry On st un album introspectif, sombre le plus souvent mais il est merveilleusement mis en valeur par un travail sur le son qui lui donne profondeur, écho et tonalités presque aquatiques parfois. Si on devait apparenter cette œuvre à d’autres, ce serait les émouvantes contributions de Emmylou Harris quand elle a été si fantastiquement mise en valeur par le travail aux manettes de Daniel Lanois. Avec un album tel que celui-ci, Mason risque à nouveau d’être appelé « le nouveau Dylan « ; que Carry On constitue « le nouveau Willy Mason » suffira à notre bonheur !

26 décembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , , , , , | Laisser un commentaire