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Morgonrode: « Morgonrode »

La formation norvégienne Morgonrode développe un univers qui puise dans son héritage culturel, pour l’entrainer vers un ailleurs suspendu, qui voit la folk, le jazz et la musique traditionnelle flirter avec le temps, où voix en lévitation, violons, contrebasse, percussions et nyckelharpa, happent l’auditeur vers un ailleurs singulier, aux atmosphères rares et précieuses.

Le monde de Morgonrode touche de plein fouet l’auditeur de par son immédiateté musicale. Pas besoin d’en comprendre les mots pour se sentir soulever par ces mélodies virevoltantes, jouant avec des anges bercés par le souffle de cordes ancestrales et la magie de rythmiques raffinées.

Le quintet nous transporte titre après titre dans la succursale d’un Eden caché, dissimulant un trésor à la beauté éblouissante, gardiens d’une musique céleste aux bordures dorées et dotée d’un puissant pouvoir envoutant. Majestueux.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

bvdub: « Heartless »

Heartless (impitoyable, sans coeur). Cet adjectif est tout sauf celui qui pourrait caractériser la musique de Brock Van Wey. Le terme est plutôt utilisé par bvdub comme manifestation du contexte politique et social dans lequel le monde moderne est plongé. Comme échappatoire au monde violent dans lequel nous vivons, Brock Van Wey choisit de se réfugier dans sa musique pour manifester ses émotions.
L’Américain, récemment retourné vivre aux Etats Unis, délivre aujourd’hui un de ses meilleurs albums. Heartless est un disque long, dans lequel chaque titre comme toujours chez bvdub se construit sa propre histoire, son propre sens.

Le piano est beaucoup plus présent que sur les précédentes réalisations de l’artiste, même s’il ne vient jamais s’imposer mais se fond plutôt dans l’ensemble des couches sonores profondes de bvdub.
Heartless est le 29ème album de l’artiste sous son alias bvdub etil fait partie des ces rares artistes prolifiques encore capable de se réinventer.

***1/2

10 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Ellicist : »Point Defects »

Comme souvent, lorsque deux musiciens actifs par ailleurs (au sein de groupes, ou en solo) se retrouvent pour constituer une nouvelle formation, c’est le label qui héberge leurs autres projets qui publie la résultante de cette rencontre. C’est ainsi qu’Ellicist voit son premier album sorti par le label berlinois, attentif aux carrières parallèles de deux intervenants familiers de cette structure : Florian Zimmer fut membre de Lali Puna aux débuts du groupe avant de rejoindre notamment Saroos, pendant que Thomas Chousos, sous le nom de Tadklimp, multiplie les participations aux albums de Fenster, Slow Steve ou Rayon.

Avec de tels héritages, on imaginait plutôt un disque de pop, légèrement matinée d’électro. Surprise, donc, à l’écoute de Point Defects car il s’agit, en vérité, d’une proposition électronique minimaliste, avec souffles, touches de synthé impressionnistes, accords pastels, perturbations des bribes mélodiques et mini-cut-ups.

Au-delà de l’étonnement de trouver un tel registre sur Morr Music, qui renoue là avec des sonorités que le label pouvait accueillir dans ses premières années, au début du siècle, on est en mesure de goûter les huit morceaux d’un album limité à vingt-sept minutes. On tient d’ailleurs ici une limite de ce premier effort, probablement trop bref dans son ensemble, et livrant des titres pas suffisamment longs.

Restent néanmoins l’intérêt de la découverte et la capacité d’Ellicist à se renouveler, y compris sur cette petite demi-heure. En témoigne, par exemple, les accointances quasi-dub des rythmiques d’ « Ihnen Steg » ou les percussions semblant être frappées à la main de « Ponds & Graves ». Plus généralement, on gardera en mémoire une approche non ostentatoire, marquée par une forme de délicatesse dans le toucher, qui pourrait peut-être gagner à se bousculer un peu mais qui séduit malgré tout.

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30 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Paula Temple: « Edge Of Everything »

Depuis plus de deux décennies, Paula Temple enflamme les dancefloors de la planète avec ses sets furieusement rentre dedans, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle sort son premier album, Edge Of Everything.

Pas de doute, la rage est toujours là, avec ses kicks techno dévastateurs et ses synthés agressifs, bâtissant des atmosphères sombres débordant de matière organique corrosive, entrecoupées de plages ambient, histoire de se pauser et de prendre du recul.

L’artiste nous livre un album en forme de manifeste politique, musique engagée jusqu’au bout des ongles avec des titres qui en disent long sur ses motivations, conçus avec une simplicité de sons qui force le respect.

Paula Temple ne sort pas un disque pour faire de la figuration, mais pour frapper fort et faire danser nos neurones sur des rythmiques binaires qui donnent le tournis, nous faire ouvrir les yeux et les oreilles avant la dernière décharge qui menace notre humanité, à l’image du trou noir central de la pochette. Très fortement recommandé.

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29 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Signalstoerung: « uu »

Membre du collectif artistique Adventurous Music, Signalstoerung connu aussi sous le nom de Hendekagon, est un artiste pluridisciplinaire dont le nouvel album uu, se dit inspiré d’éléments chimiques radioactifs à la durée de vie fugace et à la puissance énorme.

Signalstoerun compose une musique aux mélodies légères et virevoltantes, appuyées par des rythmiques qui combinent intensité atmosphérique et densité palpable, qui traduisent assez bien certaines réactions chimiques, avec leurs courses folles et leurs instants de flottement.

Les titres aux allures  downtempo, ne sont pas sans évoquer parfois des ambiances dubstep alenties, délestées de leur coté urbain, enrobées d’une certaine forme de douceur. On signalera aussi, le phénoménal travail sur le son, avec ses couches diluées en arrière fond qui donnent une impression d’expérience fantomatique volontairement incontrôlée. Un album tout en minimalisme subtil et en contrastes rigoureusement équilibrés. Superbe.

***1/2

29 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Andres Tesselmeyer: « Textures »

Membre du trio Hotel Neon, Andrew Tasselmeyer s’échappe en solo, le temps d’un Surface Textures en forme de mappemonde auditive, composé à coups de field recordings, captés lors de divers voyages en Asie.

Si les lieux d’où sont issus les enregistrements ne sont pas indiqués, ils suscitent tous un sentiment de nostalgie et de bercement serein, voyage à dos de nuage au dessus de contrées enrobées de senteurs lointaines et de douces énergies.

Andrew Tasselmeyer assemble les sons pour inventer une nouvelle façon de voir le monde, effaçant les frontières et annihilant les notions d’identité, éradiquant la laideur en surface pour développer la profondeur de choses enfouies dans l’âme humaine. 

Surfaces Textures est un album aux atmosphères en équilibre, où les nappes caressent la croute terrestre, déplaçant les murmures sur des tapis de couleurs fragiles. Envoutant.

***1/2

28 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Kinbrae: « Landforms »

Les frères jumeaux Andrew et Michael Truscott  forment Kimlbrae, mêlant instrumentation classique, production électronique et field recordings. Avec leur deuxième album Landforms, ils puisent leur inspiration de la rivière Tay en Écosse et de ses rives, au fil du temps et des saisons.

Il n’est jamais aisé de chercher à mettre en musique une géographie donnée, pouvant limiter l’auditeur dans l’appréhension de la musique proposée. Pourtant  Kimbrae relève le pari avec brio, nous entrainant dans les remous et les courants de Tay, plongeant au dessus de montagnes et de vallées en bordure, dépassant le cadre des frontières pour embrasser une universalité poétique, touchant les sens profonds de l’auditeur pour réveiller en lui une cartographie intérieure.

Landforms évite les écueils d’un néo-classicisme abscons, ouvrant en grand les portes de l’imagination, flirtant avec l’espace et le temps, mariant mélancolie mémorielle et sursauts présents, spirales climatiques et ambient tortueux sur lesquels souffle une bise d’instruments à vent, touchés par la grâce et l’élégance.

***1/2

27 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

GRÓA: « Í Glimmerheimi »

Ce trio islandais nous livre ici un deuxième album, Í Glimmerheimi, après un premier opus qui laissait entrevoir un fort beau potentiel.Comptant parmi les fers de lance du collectif Post-Dreifing, qui rassemble des artistes de la scène locale de tous bords et dont le but est à la fois de proposer des concerts mais également de l’entraide dans la production des titres, GRÓA, malgré une moyenne d’âge inférieure à 18 ans, est un groupe qui écume les scènes de Reykjavík, soulevant la ferveur certaine d’un public très vite acquis à lsa cause.

Alos que la production de leur « debut album » avait esmblé un peu trop léchée, le successeur va séduire par une entame post-punk qui ne sera pas sans rappeler les prestations « live » du combo.

Comme en témoigne le titre d’ouverture, « Fullkomið », l’ossature de cet Í Glimmerheimi repose essentiellement sur une alliance basse/batterie, menée respectivement par Friða et Hrafnhildur (qui assurent également les backing vocals). C’est efficace, précis et immédiat, mais pour autant non dénué de nuances qui en feraient rougir plus d’un, « María » en sera, à cet égard, la meilleure démonstration avec un clavier n’intervenant qu’à partir de la deuxième moitié.

D’ailleurs, de l’entame au final, le ton sera donné et on sera aspiré par cette base rythmique dont la pression ne se relâche à aucun instant, et ne s’interdisant pas quelques incartades aux accents syncopés et funky (« Of Lítil ») ou dansants (« Prinsessudans »).

Le reste, à savoir le chant, le clavier et la guitare, est assuré par Karolína qui délaisse quelque peu sa six-cordes ici, pourtant instrument central du premier opus. Côté chant, il est à la fois nonchalant et puissant quand cela s’avère nécessaire, en témoigne notamment un « Tralalalala », rappelant quelque peu peu, dans son énergie, le mouvement riot grrrl.
C’est en revanche du côté de l’instrumentation que l’évolution est la plus notable. Alors que la guitare était largement prédominante sur l’album éponyme, il faut attendre
le quatrième morceau, « Of Lítil », avant qu’elle ne fasse son apparition. D’ailleurs, au même titre que le clavier, utilisé tant en son « piano » qu’en son « synthé » » l’intervention de cet instrument se fait par touches subtiles et délicates, ne prenant que rarement (et jamais pour longtemps) le devant de la scène. Cette alternance marquera la volonté du groupe de ne pas s’enfermer dans un carcan punk / rock avec les codes que cela implique, signe d’une certaine maturité et curiosité. « Jetpackstelpan » illustrera ainsi plutôt bien cette nouvelle palette du group) : un riff au piano en début et fin, une ligne basse/batterie qui monte en puissance au fur et à mesure du morceau et délicatement soulignée d’une nappe de synthé, pour accompagner un chant totalement décomplexé.

Oscillant entre insouciance et insolence, GRÓA fait figure de valeur montante à suivre attentivement et Í Glimmerheimi pourra pouvant facilement incarner l’héritage de cette scène islandaise émergente, et ceci, pourquoi pas au-delà dans les années à venir.

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25 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Mick Sussman: « The Rosenberg Algorithmic Music Generator: Selected Works, Vol. 2 »

La création de logiciels musicaux est l’occasion de repousser les limites de la créativité en informatique et de mesurer l’apport de l’intelligence artificielle, via certaines oeuvres, à l’image de Proto, le nouvel album de Holly Herndon.

Pour Mick Sussman, l’élaboration du logiciel The Rosenberg Algorithmic Music Generator pose la question de savoir qui est le créateur, lorsqu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour déclencher la création de titres composés par sa machine.

Mélange de chaos et de rythmes décalés, de mélodies frénétiques qui n’ont rien à envier à un Aphex Twin, ce Selected Works, Vol.2 est l’occasion de mesurer la distance qui nous sépare de machines nourries par nos émotions, et capables de régurgiter un monde singulier qui est le reflet de leur lente mais inexorable mutation. Intriguant.

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24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Nova Materia: « It Comes »

Membres de feu Pánico, la française Caroline Chaspoul et le chilien Eduardo Henriquez n’ont pas baissé les bras après la dissolution du groupe, choisissant de continuer la route ensemble et de faire parler les machines au contact de pierres et de tubes en acier.

It Comes leur premier album, paru en septembre 2018, est l’occasion de faire danser les corps et de laisser respirer les consciences, de conjuguer matières organiques et composés électroniques, de mixer l’eau et le feu, le calme et la tempête.

Nova Materia est expert en l’art de faire sonner roches et tuyaux métalliques, pourchassant un futur qui fait plus rêver grand monde, tant les technologies sont omniprésentes. Le retour à des instruments naturels, analogie de ce que être l’image du shaman, colle à leur univers fait de transe et de loops entêtants, de recherches sonores et de combinaisons authentiques, délivrant des titres aux atmosphères tournoyantes qui ne sont pas sans évoquer Einstürzende Neubauten partageant l’espace aux cotés de Wolfgang Press, Throbbing Gristle ou Wire. À ranger entre organique ou tellurique et électronique ou expérimental.

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23 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire