No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Seth Nehil: « Skew / Flume »

Seth Nehil ne se repose pas confortablement sur ses lauriers et ses succès passés ; de ceux de Gang of Four qui ont quitté Austin vers vers 1998 ( Michael Northam, John Grzinich, Olivia Block et Nehil) c’est ce dernier qui a le plus progressé et s’est montré le plus aventureux même si ses anciens comparses ne sont pas resté inactifs. Cesrécents disques portent les influences d’artistes ayant oeuvré dans les théâtres d’avant-garde.

La musique est ainsi hautementfragementée hachée, alant de drones cinématographiques à des « field recordings » en perpétuelle mutation. On à l’impression d’une musique créée dans les arrière-cours d’une machine à sampler et certainement pas de quelque chose qui aurait été conçu dans un club ou au travers d’une boîte à rythmes.

Ceux-ci sont hachés et répétitifs, les voix bégayées et l’électronica a ce bourdonnement particulier dont il est difficile d’identifier la source. Rien à voir avec la production de Esplendor Geometrico même si on pourrait se dire que ce dernier aurait pu sonner de cette manière tant les aupoudrages bryitistes se ressemblent. Sur « Veer » on entendra un vieille réminiscence de musique concrète accompagné de ce qui semble être un copier/coller de sonorités ; un condensé emblématique de l’approche radicale qui le caractérise.

***1/2

18 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Owle Are Not: « Radio Tree »

Après avoir été le représentant d’un rock électronique singulier et un tantinet expérimental à travers Isnot en 2016, les Polonais de Owle Are Not sont allés exploiter une autre forme d’art, histoire de désorienter son public. Il y a de quoi l’êtr car Radio Tree est le fruit de six mois de recherches en ethnomusicologie au Malawi et en Tanzanie par son leader Piotr Dang. D’ailleurs, ce dernier a profité de l’occasion pour produire le nouveau disque de Tonga Boys, une figure de la musique malawienne. On assiste donc à une réalisation sous forme de transmission radio combinant musique africaine, programmations électroniques à la fois sophistiquées et dépouillées, et autres fantaisies liées à ses recherches, comme ces travaux de saccades façon techno que l’on se prend en pleine face dès l’introduction du disque.

Ce quatrième album est un vrai travail collaboratif, 4 des 6 titres ont été composés avec des chanteurs de l’Afrique de l’Est et l’ambiance qui s’en dégage nous fait l’effet d’une musique d’un autre temps qu’on aurait jamais eu l’occasion de découvrir avant. On reste donc bouche bée face à des choses qu’on ne maîtrise pas totalement, comme des sessions d’improvisation en direct à la radio sur lesquelles on tomberait par hasard.

***1/2

14 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Mats Eilertsen: « Reveries & Revelations »

Contrebassiste de renom au CV bien garni dans la sphère jazz norvégienne, Mats Eilertsen s’éloigne ici de sa zone de confort en s’aventurant dans l’écriture d’une œuvre différente, dans le fond comme dans la forme. Rien ne préfigurait d’ailleurs un tel revirement à l’écoute de la plupart de ses précédents efforts, en solo comme en trio. En effet Reveries & Revelations tranche clairement avec le reste de sa discographie fraîche de seulement dix ans. Mieux : il fait basculer sa musique vers des formes abstraites difficilement identifiables tout en l’ouvrant à un intimisme à fleur de peau donnant à l’ensemble une intensité nouvelle, viscérale et plutôt remarquable.

Le musicien fait ici littéralement corps avec son instrument, cette contrebasse que l’on entend ici grincer (« Tundra »), vibrer, gronder. Celui-ci s’est comme d’habitude adjoint les services de figures majeures de la scène norvégienne pour parfaire son tableau, ainsi retrouve t-on le guitariste Geir Sundstøl (« Nightride », « Hardanger ») ou le trompettiste Arve Henriksen (« Supersilent ») sur la magnifique crtcvonclusive « Appreciate ». En donnant une impulsion quasi incantatoire voire obsessionnelle (« Endless) » à ses nouvelles compositions, Mats Eilertsen ouvre son jazz à un champ des possibles qui attise notre curiosité pour l’avenir. Nous nous contenterons pour l’instant de ces quelques percées nocturnes à la beauté saisissante et crépusculaire.

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9 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Masaki Batoh: « Nowhere »

Masaki Batoh est devenu une valeur sûre de la scène indie folk expérimentle japonaise. Le guitariste ex-membre du groupe Ghost a su se renouveler et possède à son actif deux albums solo et deux albums en collaboration avec Helena Espvall qui valent le détour. Cette année, il revient avec son successeur intitulé Nowhere.

Pour ce troisième disque solo, Masaki Batoh continue de faire parler son talent en s’appuyant sur le thème de l’après. Et ,pour ce faire, le guitariste nous emmène dans un univers parallèle où les influences drone de l’Est, ambient japonais et blues se font ressentir sur l’introduction qui plante le décor mais également « Tower Of The Silence » qui suit et le blues old-school de « Devil Got Me » sans oublier la pop psychédélique ensoleillée du bien nommé « Sundown ».

Sur Nowhere, Masaki Batoh transporte sa voix et ses talents musicaux dans les quatre coins du globe. On navigue tantôt dans les terres sud-américaines sur « Gaucho No Sora » avec sa guitare surf, tantôt sur les contrées nord-américaines avec la folk appalache « Dum Spiro Spero » mettant le banjo au premier plan et ce, bien avant qu’il ne délivre sa véritable pièce de résistance de 16 minutes : avec l’instrumental planant « Boi-Taull ». Un nouvel album qui permettra de renforcer le talent hors normes du guitariste de l’ex-membre de Ghost.

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6 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Humble Bee & Offthesky: « All Other Voices Gone, Only Yours Remains »

Après avoir sévi sur un remarqué Illuminate, Offthesky (Jason Corder) a décidé de s’associer avec le musicien The Humble Bee (Craig Tattersall), pour converser artistiquement avec la photographe Nieves Mingueza et offrir à son travail une proposition sonique qui se veut proche de la théorie de l’art total.

Soniquement nous sommes ici confrontés à une musicalité pleine de la mélancolie des souvenirs effacés, de grésillements boisés et d’instruments de facture classiques passé sous le prisme d’expérimentations émotionnelles à la beauté poreuse.

Les ajduvants en sont divers ; violoncelle, piano, flûte, guitare, saxophone, synthétiseurs et arrangements électroniques,le tout présenté sur un fond sur d’mages en noir et blanc, qui seraient, en outre, passées par un filtre déformant.

L’idée-phare est celle d’un temps cherchant à traverser les images de la photographe espagnole, étincelles tournoyantes s’embrasant de toute leurs forces pour aller conquérir un espace commun à la frontière de la fiction et du réel, de l’archive et de la création.

All Other Voices Gone, Only Yours Remains est dans son ensemble, un travail de chirurgien, déchirures et collages, de sensations floutes et trompeuses et de pérégrinations abîmées dans l’espace, de perceptions soniques et mémorielles distordues. La renaissance des sensations viendra de l’ombre ; le spectacle sera totaL

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3 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

November: « 2nd »

Le premier album du super-duo Simon Jones (And Also The Trees) et Bernard Trontin (The Young Gods) paru en 2007 nous avait semblé relativement radical, âpre… et au final, hermétique. Aussi l’annonce de la sortie il y a déjà plusieurs semaines du second album de November n’avait guère déclenché d’euphorie.

Les projets respectifs et principaux des deux exilés suisses (l’un étant anglais, l’autre français), à Genève précisément, font pourtant partie des groupes majeurs de la scène indépendante. Mais la rencontre amicale et musicale des deux hommes avait débouché sur un projet qui, dans ses premiers exposés, nous faisait rester sur la réserve.
L’affection particulière que nous portions à ces deux fantastiques musiciens imposait cependant l’écoute de ce nouvel album, sobrement intitulé
2nd, et la curiosité prenant le relai… surprise totale. Dès les premières notes, la musique happe. Passé ce léger effet de sidération, l’enthousiasme s’empare de nous, de manière d’autant plus forte que nous ne l’attendions pas. Le duo a placé la barre haut. La musique témoigne toujours de certains aspects minimalistes, mais le projet va bien au delà et ne peut se résumer à cette approche.

Ce second album invite à un voyage sensoriel, cinématographique, comme un tableau impressionniste nous emporterait vers une destination inconnue mais familière. Les titres sont variés et accrocheurs, dans une optique spoken-word saisissante, jamais lassante.

De très belles orchestrations viennent colorer les morceaux (à noter l’utilisation du Hang sur « East Wind » »ou des cordes sur « The Foehn and the Fountain ») et la finesse des arrangements, acoustiques ou électroniques (le dernier morceau « End of the Line »), permettent d’asseoir des climats d’une belle diversité. Et la poésie déclamée par Simon Jones colle parfaitement à l’environnement sonore proposé : des atmosphères apaisantes, intrigantes (l’excellent « Run with the Deer ») mais aussi une belle tension (« Midnight Rain » et son final trouble).

Il nous apparaît clairement que de façon plus assumée qu’auparavant le duo se soit nourri de sa double filiation. Entendre par là que des textures propres à And Also The Trees et The Young Gods sont plus facilement identifiables, sans apparaître comme emprunts artificiels. Les deux hommes, issus de ces deux univers très marqués du point de vue sonore, sont parvenus à les endosser. Sans revendication outrancière mais également sans volonté d’affranchissement de principe.

***1/2

2 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Fibonacci: « Forever »

Fibonacci pratique un mélange de genres quelque peu atypique dans la mesure où on passe aussi bien de l’ambient (voire dark ambient), à une bedroom pop cotonneuse, proche de la vaporwave comme si elle était réssucitée d’entre les morts, pour finir par d’anxiogène plage de drones.


Ce mélange avec son coté fourre tout est loin de déplaire tant il trouve sa place et se mélange parfaitement dans un ensemble cohérent de rêveries lucides et cette puissance évocatrice qu’a la musique à nous faire voyager hors du temps.

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2 août 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , , | Laisser un commentaire

Erlend Apneseth Trio: « Salika, Molika »

Après Det Andre Rommet puis Åra, ce troisième album reprend le fil de la discographie du trio violon Hardanger-guitare-batterie, pour une sortie qui, d’ailleurs, n’est pas vraiment celle d’un trio puisque l’accordéoniste Frode Haltli se trouve invité sur l’intégralité du disque. Une nouvelle fois, on constate donc que les activistes de la scène jazz expérimentale norvégienne vont et viennent d’un projet à l’autre, étant tantôt invités, tantôt au centre des publications.

Bien qu’ayant utilisé le terme « jazz », on se trouve ici plutôt en face d’un free-folk expérimental, allant puiser quelques sources dans des registres traditionnels, comme le suggèrent les participations vocales (spoken word ou chant) d’Harald Takle (allitérations et onomatopées sur « Takle »), Karen Hatleberg et Audun Takle, le jeu de cithare de Stephan Meidell et les percussions sèches manipulées par Øyvind Hegg-Lunde.


C’est même un style presque « folklorique » que les quatre Norvégiens poursuivent sur « Cirkus » avec son pizzicati de violon typique, et le caractère un peu mécanique, proche de la musique tzigane, de sa mélodie.

Dans ce contexte, il est évident que l’accordéon de Frode Haltli n’a aucun mal à se greffer aux compositions de ses comparses, à l’image du dialogue ouvert avec le violon Hardanger sur « Kirkegangar ». L’interaction se fait donc très pertinente tout au long de la grosse demi-heure de ce disque qui prouve, à nouveau, que cette formation, menée par Erlend Apneseth déploie une impressionnante capacité d’adaptation et d’évolution dans des répertoires variés.

***1/2

31 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Pere Ubu: « The Long Goodbye »

Formé en 1975 à Cleveland, Ohio, la formation « art-rock » expérimentale Pere Ubu roule sa bosse, pratiquement sans interruption, depuis toutes ses années. Mené par David Thomas, aujourd’hui âgé de 66 ans, le groupe s’est toujours démarqué par sa méthode de travail qui fonde ses assises sur le refus obstiné du succès populaire.

Au cours des dernières années, Pere Ubu a fait paraître Lady from Shanghai (2013), le bruyant et dérangeant Carnival of Souls (2014) et 20 Years in a Mountain Missile Silo (2017), disque racontant l’histoire fictive d’un groupe rock qui a été enfermé dans un hangar pendant deux décennies et qui revisite le monde extérieur, qui, lui, s’est complètement transformé pendant cette séquestration forcée.

Pour ce nouvel album, intitulé The Long Goodbye, Thomas s’est immergé dans la musique pop radiophonique. En plus de s’inspirer directement d’un roman de l’écrivain de littérature policière, Raymond Chandler, titré lui aussi The Long Goodbye, l’artiste propose une réflexion incisive sur l’incapacité des humains à faire la différence entre la réalité et la fiction.

Évidemment, la « pop » proposée par Pere Ubu, filtrée et malaxée par l’imagination de Thomas, donne des résultats situés à des années-lumière de la musique que l’on entend sur la vaste majorité des radios de la bande FM.  Dès la première pièce, « What I Heard on the Pop Radio », Thomas déverse son fiel en qualifiant ce qu’il a entendu d’ « emotional garbage » et de « baby voiced gangsta dreamboat ».

De plus, Thomas adopte une posture de prédicateur apocalyptique et condamne vigoureusement le subtil virage « post-humain » qu’emprunte actuellement l’humanité. La « vision post-humaine » trouve son inspiration dans la philosophie, la science-fiction, l’art contemporain et imagine l’être humain dans un autre état physique et intellectuel; une redéfinition complète de l’Homme, tel qu’on le connaît, et qui a un lien manifeste avec la révolution technologique en cours.

Musicalement, Pere Ubu s’amuse à triturer l’approche consensuelle de la pop mercantiliste avec l’aide de synthés et de boîtes à rythmes « cheap ». Et ça donne un mélange qui flirte avec l’industriel (« Flicking Cigarettes at the Sun »), le psychédélisme enfantin (« The World (As We « Can Know It) »), l’électro-jazz inspiré de l’œuvre de Angelo Badalamenti (« Fortunate Son », Marlowe) et la musique expérimentale à la Scott Walker (« The Road Ahead »).

Des rumeurs ont circulé indiquant que The Long Goodbye serait le dernier disque de Pere Ubu. Si c’était le cas, cet éventuel chant du cygne est une réussite absolue : le meilleur album parmi les parutions récentes du groupe. David Thomas est sans contredit l’un des plus importants artistes états-uniens de la musique dite « alternative ».

Si vous aimez des groupes comme Liars et Xiu Xiu ou un artiste singulier comme Scott Walker, vous serez conquis par The Long Goodbye. Du grand art !

****1/2

28 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire