No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Aaron Turner: « Repression’s Blossom »

Aaron Turner est un vieux briscard. Barbe longue, crinière léonine, yeux vifs, l’homme impressionne. Des prodigieuses aventures Isis et SUMAC, jusqu’à Old Man Gloom et Mamiffer, l’Américain est sur tous les fronts expérimentaux. Guitariste émérite, il traite son instrument avec un doigté certain, tout en le malmenant, dans un registre d’avant-garde qui lui va si bien. Repression’s Blossom est son premier album solo. Un disque concis (quatre titres pour vingt-cinq minutes), purement instrumental. Et qui d’emblée s’avère difficile d’écoute. Une forme réduite, puissante, gorgée de stridences, une odyssée noisy violente, mais pas monolithique. Amoureux du bruit, il sait aussi aménager des espaces plus clairs, des accalmies permettant de respirer. Il manie le son (guitare, effets, bandes) avec une grande maîtrise et nous permet des comparaisons avec des personnes telles que Keiji Haino, Daniel Menche ou James Plotkin. «  Fear of Discovery » est le morceau le plus dense, uniquement constitué de larsens, un Metal Machine Music nucléaire du vingt-et-unième siècle. Agressivité contenue sur « The Vanity of Need », qui, malgré ses délires sonores, est porté par quelques nappes et une guitare traitée à la fois flottante et vigoureuse.


Toujours en quête d’un son évocateur, le musicien parvient (presque) à nous apaiser par la suite, avec une sorte d’écoute profonde sur « Attar Datura », piste la plus ambitieuse de l’opus. L’ambiance est cinématique, on se rapproche de l’ambient/drone par moments, un tribut est payé à Pauline Oliveros. Les nappes vont et viennent avant de se heurter à un récif noise, concluant l’effort avec à-propos.
Enfin, « Underlying Nature of
Habitual Dishonesty » reprend là où les choses ont commencé. Vicieux, anarchique, cette longue composition nous attaque, nous incise le cortex, laissant une plaie béante. Beaucoup de talent pour alterner les atmosphères : Turner a une vision claire de son art, lui-même exigeant.

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3 décembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Moor Mother: « Analog Fluids of Sonic Black Holes »

Il y a beaucoup de choses contenues — comme sous un couvercle sur le point d’exploser — dans cet Analog Fluids of Sonic Black Holes, second disque de la poète-militante-musicienne philadelphienne Camae Ayewa. La spoken-wordiste spirituelle et affranchie découd les mythes d’une Amérique bâtie à la sueur du front de ses ancêtres, aidée de textes à forte connotation anticolonialiste, de field-recording, d’un rap stoïque, de spirituals, de collaborations fructueuses et de moments de transe danse rarement vus ailleurs.

Si Analog Fluids maîtrise sa direction avec plus de certitude que Fetish Bones (2016), le penchant studio de l’œuvre d’Ayewa (elle a aussi récemment fait paraître un recueil de poésie) fait pâle figure à côté de son incarnation sur scène. On oserait même dire que ce disque ne sert que de prétexte au travail scénique. Véritable gourou de l’occulte sonore, Moor Mother est un nouveau genre d’artiste. Soniquement, les machines priment, mais l’instrument principal, c’est le charisme.

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24 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Flying Lotus: « Flamagra »

Depuis l’apparition du projet Flying Lotus (2006), Steven Ellison n’a cessé de brouiller les pistes dans un débordement aussi imaginatif que créatif. Souvent renversant, des fois inquiétant, touchant presque à la métaphysique tout en devenant avec les années une mythologie en vase clos, un objet de pop culture (fallait voir le lancement de l’album à Time Square), Flying Lotus séduit autant les vieux de la vielle du hip-hop (école Madlib) que les défricheurs de nouvelles sonorités urbaines. Un pied dans le passé (rappelons que Ellison est le petit neveu d’Alice Coltrane) et un autre en suspension, ne sachant pas choisir entre la marche présent ou futur, Steve Ellison a su créer un véritable univers aux références diverses (soul, funk, jazz, rap, electro, glitch, abstract) copulant aussi farouchement que gentiment pour des mises en orbite auditives frôlant l’expérimentation la plus totale et la perte de repères concis. Si, au début, le nom Flying Lotus a souvent été comparé, comme argument de vente, à celui d’Alice Coltrane et de son psychédélisme, le projet vole dorénavant par la seule présence de Steven Ellison orchestrant multiples invités parsemant ses disques (Thom Yorke, Kendrick Lamar, Thundercat, Kamasi Washington etc..). Si You’re Dead, le précédent, et le plus « cauchemardesque », opus de l’américain traitait de la Mort, du passage vers l’au-delà, des rêves avec ses visions surréalistes et gores renvoyant à un imaginaire graphique japonisant, Flamagra, nouvel album en cinq années (Ellison s’étant lancé entre temps dans l’expérience cinématographique avec le perturbant Kuso), prend ici comme thématique le feu, son entretien (artistique) et à sa représentation (philosophique). Et quoi de mieux pour s’attaquer à ce concept ? David Lynch, ami(e)s cinéphiles !! Il est étonnant de voir ce nouvel album comme une sorte de décalque de Twin Peaks mais passé à la moulinette d’abstract hip-hop, de funk cosmique, d’instrumentaux lo-fi enivrants, de soul fantomatique et de jazz hallucinogène très Sun Ra, c’est à dire pas de notre monde astral. Et j’oublie de mentionner la quantité d’invités allant de Shabazz Palaces à l’inamovible Thundercat et sa voix de velours entre George Clinton et David Lynch.

David Lynch, justement, voit dans le feu un passage vers une autre dimension, une réalité distordue et comme disait l’agent Dale Cooper : « Nous vivons dans un rêve ». Flamagra a tout du rêve, de l’inquiétante étrangeté. Il est distordu, prend des directions inédites, n’hésite pas à laisser l’auditeur en chemin pour qu’il se démerde un peu et navigue de manière aussi fluide que perturbante de style en style avec le pot-pourri mentionné plus haut. S’il est plus facile d’accès et dansant que Until The Quiet Comes ou You’re Dead, le nouvel opus de l’ami Ellison ratisse large, languissant et euphorique à la fois pour un résultat tout de même barré, sans être excessif, et torturé, tout en restant smooth. À la fois plus coordonné et maîtrisé dans sa structure, Flamagra est composé de pas moins de 27 rigoureux morceaux s’imbriquant dans un puzzle en 3D nécessitant nombre d’écoutes pour en découvrir les passages cachés et les détails distillés par le beatmaker au milieu d’un groove iodé entre monde des rêves, Akira, Métal Hurlant et un sentiment de lâcher-prise bien enfumé propre au jazz. Et si cela ne suffisait pas, l’écoute de ce perturbant spoken word de monsieur Lynch himself en milieu d’album donne tout son sens à Flamagra, un objet en mutation, s’amusant des codes, n’ayant aucune crainte de briser les frontières qui nous relie à une « réalité ».

La richesse du macrocosme de Flying Lotus est que celui-ci regorge de pépites et, qu’avec le temps,on se doit apprendre à aimer cette « esthétique » du fragment, de ces courts morceaux, instrumentaux ou pas, de ces miniatures presque qui trouvent leur place accompagnées d’un lever de sourcils admiratif.

Ayant toujours un coup d’avance, Flamagra est dense, inventif. Coincé entre mysticisme et connaissance, Ellison relance une machine à récit, universelle et étrange. À chacun d’emprunter le chemin concocté par ce sorcier de l’ère électronique et d’y trouver sa flamme et de la raviver…

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17 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Jonas Meyer: « Konfusion »

Konfusion est le premier album d’un musicien allemand n’ayant jusqu’alors rien publié. Avec son travail assez fin sur des sonorités issues d’instruments réels (piano, principalement) et d’électroacoustique, Jonas Meyer paraît se situer bien dans la lignée de ce que le label gallois qui l’a signé peut proposer, à savoir une électronique un peu expérimentale, d’apparence assez minimale mais parcourue par de vrais accents mélodiques ou colorés. Avec ses morceaux assez longs (plus de sept minutes de moyenne), l’Allemand peut déployer ses composantes de jolie manière, intégrant par exemple des rythmiques au mitan de « Strömung ».

À ce titre, il appert que, plus on avance dans le disque, plus les pulsations se font présentes, suppléant progressivement le traitement du piano ou du synthé, offrant des propositions plus ouvragées, prenant davantage de corps et de consistance (« Verflechtung »). Les dix premières minutes du disque étaient donc un peu des leurres et l’horizon de Jonas Meyer s’avère beaucoup plus riche qu’imaginé, beaucoup plus dense aussi, avec des éléments parfois quasi-envahissants (les grésillements saturés de « Zwischen »).

Pour boucler la boucle, mais également capitaliser sur ces morceaux, « Sekundenschlaf » clôt, par ses dix minutes, l’album dans une forme plus ascétique (dans sa première moitié) avec jeu sur la luminosité de certaines sonorités, avant d’accueillir des accords de synthé, oscillants et réverbérés.

***1/2

12 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Glenn Branca: « The Third Ascension »

Le monde de la musique a perdu un grand artiste avec la mort du compositeur contemporain Glenn Branca. Avec une formidable carrière qui s’étend de 1980 jusqu’à sa mort en 2018, Branca a exploré et étendu les possibilités de la guitare rock dans un contexte classique à travers diverses symphonies et performances live, mais il est peut-être mieux connu pour son album The Ascension. Faisant office de contrepoint méticuleusement arrangé au chaos irrévérencieux et improvisé du mouvement no wave auquel il était étroitement associé, l’enregistrement marquant a transposé une gamme de musique rock standard légèrement élargie (quatre guitares, guitare basse, batterie) dans l’oreille sans pareil de Branca pour la texture, la progression dynamique et la catharsis. C’est sans conteste l’un des albums de guitare les plus influents jamais sortis. Mais malheureusement pour les auditeurs qui recherchent plus de ce son singulier, il n’y a pas une tonne de matériel disponible ; la leçon n°1 de l’EP 1980 de Branca est fantastique et sert de grand compagnon Ascension, mais à part cela il n’y a que l’Ascension en 2010 : La suite en termes de brillance légendaire du sextuor légendaire, qui pour beaucoup est tombée à plat.

Aujourd’hui, cependant, la sortie posthume de The Third Ascension offre un retour à la forme époustouflant. L’album de six titres, d’une durée de 65 minutes, documente une performance live de l’Ensemble Branca en 2016. Un meilleur titre d’ouverture que « Velvets and Pearls » n’aurait pas pu être choisi ; il démarre avec un groove motocycliste incendiaire qui s’immerge immédiatement. Si tout au long de l’album le jeu de la guitare devient plus élaboré et plus complexe, les musiciens sont ici dans une merveilleuse solidarité tonale, évoquant la propulsion transeuse de « The Spectacular Commodity ». A partir de là, les éléments ne font qu’évoluer : il y a l’envoûtante dissonance de l’expressionnisme allemand, le climax indescriptiblement puissant de « The Smoke », les cacophonies trémolo anxieuses de « Lesson No. 4 »…

Il n’est pas certain qu’il y ait des projets de sorties futures sous le nom de Branca, mais si ce n’est pas le cas, il s’agit d’une déclaration finale parfaite qui ne manquera pas de faire résonner les fans de longue date et de présenter aux nouveaux auditeurs l’œuvre du légendaire compositeur.

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10 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Pan American: « A Son »

Ceux qui sont familiers avec l’œuvre antérieure de Mark Nelson, souvent mieux connu sous son pseudonyme de Pan American ou pour son travail avec Labradford auraient pu s’attendre à au moins une goutte d’électronique sur A Son, son dernier effort ; le neuvième depuis plus de 20 ans.

Peu importe qu’ils ne comprennent pas, ça n’a jamais été le but. Avec Pan American ou Labradford, ou pour Kranky, son label phare, il ne s’agissaitpas de s’en tenir à un genre musical « parfaitement réglé », qu’il soit question d’électronique, de néoclassique ambient ou autre. La problématique était de remettre en question les frontières de la musique, du son, où elle a commencé, et si lle va être infinie.

Ici, sur A Son, il semble que Nelson ait décidé de commencer par le début, de revenir aux sources, afin de pouvoir avoir une meilleure vision de la direction que prennent les choses. Mais revenir aux racines n’est pas la même chose que de revenir aux racines traditionnelles de la musique en tant que telle. C’est, en quelque sorte, un fait que Nelson explore ici de par la simplicité du son, des instruments acoustiques « originaux », de la guitare ou du dulcimer martelé, comme sur le titre d’ouverture avec un nom explicite – « Ivory Joe Hunter, Little Walter ».

En même temps, c’est aussi la vision personnelle de Nelson des racines, la façon dont il a ressenti cette musique lorsqu’il l’a d’abord expérimentée, et ensuite telle qu’elle a filtré à travers les excursions musicales qu’il a traversées, comme par exemple, sur  « Brewthru » » ou excellera « Dark Birds Empty Fields ». Il n’est pas étonnant que Nelson cite comme source d’inspiration pour cet album June Tabor, The Carter Family, Suicide et Jimmy Reed, mais telle quil l’a vue et filtré par sa vision et son imagination.

Ce que nous obtenons sur A Son de Pan American est pastoral, mais en même temps un album émouvant qui, en regardant en arrière, non seulement dégage l’espace pour avancer, mais fait les premiers pas dans une autre direction, i,édite encore mais prégnante et à fleur des ouïes.

***1/2

7 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

L.A. Salami : »Walkabout »

Bienvenue dans la tête de Papalious Stokely. Ce personnage désabusé — un hétéronyme cousu et enfilé il y a longtemps par L.A. Salami lui-même pour se cacher derrière sa fiction — est en effet au cœur de Walkabout, un microalbum sous la forme d’une dissertation en sept parties du subconscient sur la vie, la mort, le temps et la déchéance. Dans une grande ville sans nom de ce monde où la joie est une vraie rareté, Papalious erre, attentif au particulier comme à l’universel.

Comme d’habitude, L.A. Salami frappe fort et bien : ces courtes séquences en spoken word sur une trame expérimentale aux motifs répétés (jazz, blues, rap) forment une poésie noire extrêmement dense, éloquente et perspicace. Divertissante, même. Arriver à traduire ainsi l’absurde et l’amertume de notre époque en un rire jaune, alors qu’on pourrait très bien pleurer, témoigne d’un talent certainement unique.

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2 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Stephen Mallinder: « Um Dada »

Stephen Mallinder était l’un des fondateurs du célèbre groupe de Sheffield, Cabaret Voltaire. Il était au sein du combo qu’il formait pendant un temps avec Richard.H Kirk et Chris Watson le chanteur et bassiste. Fascinés par les dadaïstes des années 1910, le groupe avait emprinté son nom au célèbre café-bar de Zürich qui accueillait la plupart de ces gens aussi talentueux qu’azimuthés. Si les Cabaret Voltaire n’existent plus depuis 1994, Richard Kirk continue de travailler sous cet alias en solo, surtout afin de faire de rares apparitions scéniques. De son côté,Mallinder, aussi nommé « Mal » par la plupart des fans du groupe, a quitté le Royaume-Uni après la dissolution du groupe et s’est installé en Australie.
Là bas, il est devenu docteur et professeur en musicologie. Sa carrière musicale s’est un temps stoppée (il a néanmoins participé à quelques petits projets pendant les années 2000, comme Amateur Night In The Big Top, l’album solo de Shaun Ryder (des Happy Mondays). Il aura fallu attendre 2013 et la formation de Wrangler avec Benge (clavier de John Foxx & The Maths) ainsi que Phil Tunge pour que Mal reprenne sérieusement du service dans la musique. Ce nouveau projet, croisement entre la musique industrielle pure et l’électrofunk des années 80, se concrétise avec la sortie de deux albums, l’excellent L.A Spark en 2014 et le nettement moins bon White Glue en 2016. Un peu plus tard, Wrangler s’associe avec le chanteur John Grant et le projet change de nom, se nommant alors Creep Show. Leur album (unique pour le moment), sorti l’an passé, Mr. Dynamite, poursuivait les expérimentations de Wrangler avec le chant de Grant. Mallinder, n’ayant sorti qu’un seul disque solo il y a déjà bien longtemps (Pow Wow en 1982), se lance dans le même temps dans la confection d’un nouvel opus.
Ce dernier est selon lui une réaction à la vague de nostalgie des musiciens envers le matériel analogique, qu’il pense beaucoup trop intellectualisé. Son nouvel album, presque à la manière des dadaïstes, sera quasiment fait en « composition automatique », laissant les machines s’exprimer d’elles mêmes pour nous faire danser. Nommé Um Dada et produit par Benge, le disque n’est finalement pas tellement différent des productions de Wrangler. Mallinder construit sa musique de la même manière : à partir d’un attirail assez impressionnant de machines analogiques (au hasard, un Roland System 100, un Moog Modulaire, une Linn LM1), il fait s’entremêler basses rondes et hypnotiques sur des rythmiques foutraques. Le tout est augmenté de samples de sa propre voix et d’autres effets si caractéristiques de son créateur, qu’on trouvait déjà dans la musique de Cabaret Voltaire.

L’album lui-même est composé de neufs titres, tous assez similaires dans la production. Cette homogénéité est appréciable, d’autant plus que les morceaux s’enchaînent dans une fluidité parfaite. De l’ouverture sur le funky « Working (You Are) » jusqu’au final avec l’entraînant « Hollow », l’auditeur à tout le temps de dodeliner de la tête en rythme sur les morceaux, tous assez dansants. Mention spéciale à « Satellite » qui évoque furieusement Human League ; des compatriotes originaires eux-aussi de Sheffield; ou bien « Colour » », qui rappelle là non-seulement par le nom mais également par la musique le meilleur des toutes dernières productions de Cabaret Voltaire. Dans le même temps, des titres comme « Robber », ou « Um Dada », renouent avec la veine plus dark de l’ariste. L’album, finalement assez intemporel par sa production, fait à la fois intervenir le meilleur des années 80 et 90 afin d’en apporter une synthèse parfaite, aux accents parfois un peu DIY mais maîtrisée de bout en bout et main de maître par un fin connaisseur du genre.
Permettant aux fans les plus nostalgiques de retrouver la veine la plus dansante de l’univers de Stephen Mallinder, Um Dada reste également l’un des meilleurs disques de musique électronique de l’année 2019. N’apportant cependant rien de bien nouveau à un genre déjà bien fourni, le disque reste tout de même un véritable plaisir à écouter.

***1/2

30 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Portico Quartet: « Memory Streams »

Qu’est-on en droit d’attendre du Portico Quartet ? Dans le monde du jazz (au sens large), lorsqu’un album de Ezra Collective ou de Kamasi Washington sort, il est assez simple de tracer les lignes qui devraient en déterminer l’analyse. D’une manière générale, c’est l’appartenance à une mouvance qui permet très souvent le passage de l’écoute au discours sur cette écoute. Et plus cette mouvance est précise, plus les critères sont simples à appliquer.

Si bien que si vous connaissez un peu leur musique, vous aurez compris que discourir sur le Portico Quartet est une affaire peu commune. Le groupe anglais a toujours fait bande à part, et si des rapprochements sont possibles, par exemple avec GoGo Penguin ou Mammal Hands, on sent bien qu’on n’y est jamais tout à fait. Cette spécificité, Portico la doit bien sûr au hang, l’instrument de percussion qui sous-tend leur identité sonore depuis plus de dix ans, et qui est très peu utilisé dans le jazz – comme dans le reste des musiques actuelles d’ailleurs – étant donné qu’il n’a été inventé qu’en 2000. Mais l’unicité du Portico Quartet, c’est aussi une façon étonnante de naviguer entre les influences, toujours dans la surprise, jamais dans la violence, si bien que chaque album semble à la fois similaire et différent en tous points du précédent.

En 2014, lorsque le percussionniste Nick Mulvey laissait sa place à Keir Vine, on craignait que ce soit toute l’âme du groupe qui en pâtisse, et avec elle la lente transformation de leur musique. On est pourtant en 2019, et Memory Streams est bel et bien l’héritier d’un travail entamé en 2005. Avec Art In The Age of Automation, le quartette avait déjà mis de côté l’aspect acoustique et plus simple de leur musique pour se concentrer sur la construction de climats sonores.

Cet accomplissement de la thématique ambient, qui avait toujours été présente dans leur musique, est alors parfaitement au point : les percussions dansent autour des synthés, des pistes sont presque indiscernables – ce qui n’était jamais le cas sur leurs premiers albums – et le saxophone bénéficie d’un travail bien mesuré d’effets.

Paradoxalement, c’est en insistant sur la notion de flux et d’ambiance que le Portico Quartet a trouvé l’aspect le plus pop de son histoire. Déjà marquant dans le disque précédent – notamment le morceau « Index » – le travail des mélodies s’inspire de plus en plus du post-rock et de la musique de films, si bien qu’on a beaucoup de mal à parler de Memory Streams comme d’un album de jazz. Mais peut-être le Portico Quartet n’a-t-il jamais vraiment mérité de porter ce terme.

Alors, qu’est-on en droit d’attendre du Portico Quartet ? Pas une musique qui cherche une quelconque révolution ; pas un album conceptuel ou une énorme prise de risque. Et on le comprend, tellement la formule fonctionne. Comme un disque de Mogwai, Memory Streams perfectionne un exercice absolument maîtrisé, dont on change le cadre uniquement par peur de l’ennui, et qui étonne à chaque fois du plaisir qu’on y prend.

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20 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Bushman’s Revenge: « Et Hån Mot Overklassen »

Bushman’s Revenge change de structure pour se diriger vers une démarche plas axée sur l’espérimental et plus à-même de satisfaire un auditeur qui ne se limite pas à des trios piano-basse-batterie.

Avec ses guitares, Even Helte Hermansen opère ainsi dans des colorations soit très déliées (« Sly Love With A Midnight Creeper », H »ei Hei Martin Skei »), soit beaucoup plus jazz-rock, à la limite de la faute de goût démonstrative (« Happy Hour For Mr. Sanders, » soutenu par une accélération générale du jeu). En parallèle, la basse rebondie de Rune Nergaard fait son office tandis que Gard Nilssen passe de la batterie au vibraphone.

Quand les trois Norvégiens naviguent vers des rivages psyché, par l’intermédiaire d’un travail à la pédale de l’un ou des roulements de l’autre, ils n’hésitent pas à étirer leur propos au-delà des sept minutes (« A Bottle A Day Keeps The Wolves At Bay », « Greetings To Gisle) », étiage certes conforme aux développements que requiert ce style musical, mais probablement trop important pour ceux qui, comme nous, goûtent peu son aspect ostentatoire et trop chargé. En revanche, sur le caudal « Hei Hei Martin Skei », la progression se fait plus linéaire, partant des divagations de la six-cordes et de la mesure de la section rythmique, pour, peu à peu, intégrer quelques montées de tempo, dans un déploiement plus convaincant.

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19 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire