Nick Storring: « My Magic Dreams Have Lost Their Spell »

Nick Storring se déverse dans sa musique. Au sens littéral, ses compositions sont réalisées en superposant son propre jeu d’une pléthore d’instruments ; au sens figuré, sa musique est imprégnée d’un sentiment d’introspection et d’intimité. Son travail est profondément personnel, et cette intériorité se reflète sur l’auditeur lorsqu’il apprécie les œuvres soigneusement élaborées de Storring. On se perd dans ces sons.

My Magic Dreams Have Lost Their Spell est le premier effort de l’artiste à être scellé sur de la cire, et il est clair qu’il a choisi sa musique la plus aboutie pour être réalisée au format vinyle. Ces pistes ont été composées, enregistrées et assemblées sur une période de quatre ans, durant laquelle le compositeur a minutieusement utilisé une multitude d’instruments acoustiques et électromécaniques avec un minimum d’interférences de l’électronique.

Chaque pièce est comme une pysanka ukrainienne, une œuvre d’art ornée de motifs en batik, créée par la superposition répétée d’éléments de conception. C’est ce qu’on appelle les « marées qui défont l’identité » (Tides That Defeat Identity).

Un court motif de piano est emporté par un nuage de percussions jusqu’à ce que le violoncelle de Storring, son instrument principal, soit pris d’assaut au milieu d’une mer de cornes. Il y a tellement d’éléments subtils en jeu que l’attention de l’auditeur est constamment sollicitée, comme un papillon monarque dans un champ d’asclépiades.

Storring a dédié cet album à la chanteuse de soul Roberta Flack, mais l’hommage est plus sentimental que sonore. Le compositeur évoque « l’émotion profonde et la musicalité consommée de Flack en tant que chanteuse » ( rofound emotion and consummate musicality as a vocalist) et « son brillant esprit de conservateu » (brilliant curatorial mind) ainsi que son « air d’intimité et de contemplation » (air of intimacy and contemplation ). Il a brillamment capturé tous ces éléments tout en conservant sa propre vision singulière pour créer un monde onirique qui est unique et engageant.

***1/2

Lumen Drones: « Umbra »

Le violon Hardanger est un instrument qui n’a pas seulement une valeur musicale, sa valeur historique est peut-être encore plus grande. C’est pourquoi c’est un honneur extraordinaire pour les musiciens norvégiens de pouvoir en jouer. L’un de ces violonistes est Nils Økland. Et avec son groupe Lumen Drones, il sort ici son nouvel opus Umbra.

Le combo est composé du guitariste Per Steinar Lie et du batteur Ørjen Haaland. Il n’y a donc pas de vocalistes dans ce trio. Le jazz expérimental était déjà impressionnant sur leur premier album il y a cinq an, Umbra montre que le trio est toujours extrêmement bien accordé. Là où le violon est central, le guitariste Per Steinar Lie est capable de poser, comme base, les bonnes notes subtiles de la progression des accords. Cela donne au batteur suffisamment d’espace pour jouer et marquer son territoire. « Glor » montre ainsi qu’un percussionniste n’a pas seulement besoin d’indiquer le rythme et que, c’est comme s’il était, bel exemple d’interaction, le complément mais aussi l’adversaire du violon.

Les neuf compositions d’Umbra montrent que Lumen Drones n’aborde pas sa musique de manière monotone. « Drones » » qui, avec ses six minutes, est l’un des morceaux les plus longs de ce joueur de disque, parvient presque à se balancer de façon sombre, tandis que « Umbra » semble danser de façon frivole entre deux chutes de gouttes. Avalanche en la mineur » met la musique sous un jour presque menaçant. Dès le premier décompte, il est clair qu’il se passe quelque chose. L’auditeur ne s’en empare pas, mais il en sera fasciné. C’est du Lumen Drones au sommet.

L’expérience s’est poursuivie, une expérience dans laquelle l’auditeur est complètement enveloppé. Avec Lumen Drones, les voix ne sont pas nécessaires pour retenir l’attention de l’auditeur ; le jeu instrumental entre les musiciens fait en sorte que l’ensemble mérite d’avoir un instrument aussi emblématique en son cœur.

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Jochen Tiberius Koch: « Astoria »

Astoria est le deuxième album concept en autant d’années de Jochen Tiberius Koch, dont le dernier album était une réflexion sur Walden et le nouveau sujet en est l’hôtel Astoria, autrefois un joyau de l’architecture et de l’hospitalité de Leipzig. Tout en retraçant l’histoire de l’hôtel, Koch le transforme en une parabole historique et sociale, se terminant sur une note d’incertitude qui reflète l’époque actuelle.

L’album est mi-vocal et mi-instrumental, mais comme beaucoup de paroles sont en allemand, il faudra des notes de pochette ou un traducteur pour en comprendre la nuance. L’ouverture parlée ouvre la scène avecun refrain leitmotiv : « si les murs pouvaient parler », présentant l’hôtel comme le personnage principal. Ensuite, le récit progresse à travers la destruction de l’hôtel par les raids aériens en 1943 jusqu’à la reconstruction d’après-guerre, l’utilisation par le gouvernement, la privatisation et enfin la désaffectation.

Il y a un léger décalage entre le ton de la musique, qui tend vers la beauté, et les mots, qui sont las du monde et mélancoliques. Même dans le premier morceau, le piano joue une mélodie édifiante, soutenue par des cordes de soutien. En revanche, » »Uplifting Monument » commence à la manière d’une marche, dans un contexte militariste, rappelant Wagner. « Uplifting » peut signifier « soulever » ou « construire » plutôt que « stimuler l’esprit ». La fierté d’une nation s’affiche, comme en témoigne la finale de « Sunrising ».

Quand apparaît la langue anglaise : « suitcase, suitcase, the elevator goes up and down, opens and closes », on grimpe un peu ~ bien que ce soit annoncé comme « indie pop / electronica / modern composition ». Le chant se dissipe rapidement, révélant une piste rythmée qui n’avait pas besoin d’une exposition aussi simple. L’instrumentation de Koch est sa force, bien que l’on s’imagine des aspirations théâtrales, voire des rêves de Top 40 (« The Ballare », qui comprend des chants doux et des cloches de traîneau, et le mémorable Epilog »).

Comme album se voulant accessible, c’est avant tout un disque très inhabituel. Ironiquement, la musique semble en dire plus lorsque les chanteurs ~ aussi merveilleux qu’ils soient ~ font un pas en arrière pour laisser couler la mélancolie. « The Lobby Boys » recrée un sentiment d’émerveillement et d’hospitalité sans un seul mot. Le décalage électronique est une agréable surprise, une collision de cultures. La Schmalkalden Philharmony (dirigée par Knut Masur) est en pleine forme, bien que l’on puisse sentir la main de Koch dans les ajouts modernes. « 33/45 » se dirige dans une direction encore plus électronique, en suivant le son d’une sirène de raid aérien et les mots « les murs se brisent ». Nous nous souvenons d’autres murs qui ont été brisés, les plus évidents étant le mur de Pink Floyd et le mur de Berlin. Le morceau se termine par un mot parlé et une horloge, une combinaison à la fois familière et théâtrale.

Une fois de plus, alors que nous pensons à trop de mots, nous arrivons à la pièce maîtresse de l’album, « After the War ». Le titre semble un peu trop optimiste pour son sujet, mais la combinaison de tambours et de cuivres en direct provoque un climat triomphal inattendu. À partir de ce moment, l’album aborde l’ère moderne avec un mélange d’inquiétude et de résignation. Aujourd’hui, l’hôtel est inutilisé. Il a vu tant de choses, il a tant à offrir. L’instrumental « Declin » » reflète parfaitement son titre, ouvrant la voie au magnifique « Lost Place ». Près de vingt minutes s’écoulent avant que le dernier chanteur n’apparaisse.

« C’est parce qu’on ne supporte pas peut-être » chante Fraullein Laura, mais une traduction plus précise pourrait être « incertitudes ». Le monde se fragmente à nouveau ; la beauté est ignorée ; l’avenir n’est pas clair. L’Astoria a traversé une de ces périodes ; survivra-t-elle à une autre, ou deviendra-t-elle une parabole que les gens ne tentent plus de déchiffrer ? Questions qui, au-dela de la parabole, s’adressent à nous tous.

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Helen Money: « Atomic »

Depuis la sortie de Arriving Angels en 2013, Helen Money – surnom de la musicienne et compositrice Alison Chesley – n’a cessé de sculpter les bords des éléments les plus bruyants et les plus flous de ses recherches en matière de son, et elle a, peu à peu, produit des formes toujours plus sculptées. Elle devient toujours bruyante, et parfois très lourd et la gamme affective de sa musique reste plus triste que délicieuse.

Ses précédents disques étaient probablement plus attirants pour les fans de metal que pour les amateurs de musique de chambre, ce qui est un exploit assez impressionnant pour une violoncelliste. Ceci dit, ce nouvel album de Money, Atomic, pourrait lui valoir un public beaucoup plus large, allant des adeptes de l’avant-garde du métal aux amateurs de musique classique, et au-delà. On peut certainement l’espérer d’autant que cette musique-là est véritablement excellente.

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 Shell Of A Shell: « Away Team »

Ce sont des albums comme celui-ci qui nous posent la question : « à quoi sert la musique, de toute façon ? » A son niveau le plus élémentaire, le plus primaire, la musique fait appel aux tripes. Elle n’est ni subtile ni sophistiquée – on peut danser au son d’un seul tambour sans y penser du tout. C’est votre instinct, c’est une sorte de réaction préhistorique et tribale à un bruit rythmique. Les batteurs et les bassistes le savent. Ce qu’ils font passe par le noyau, pas par les oreilles. C’est pourquoi le rock n roll fonctionne. C’est pourquoi tous les groupes ont une poignée de produits de remplissage dans leur répertoire.

Au-dessus de ce niveau de base s’élève la pyramide de la musique. Plus on monte, plus elle devient anguleuse et réfléchie. Plus vous vous approchez du sommet, moins vous avez de chances de danser. Dans les 25 % du haut, on trouve l’improvisation jazz, les solitaires aigris avec des oscillateurs, les pièces orchestrales atonales, l’ésotérisme de type Zappa/Beefheart et enfin le « 4’33 » »de John Cage (qui, si vous ne le savez pas, est le son d’un certain nombre de musiciens qui ne font aboslument rien sur une durée de quatre minutes et demie).

Quelque part dans les 11 % supérieurs de cette pyramide se trouve lShell Of A Shell , combo de Nashville, dont le premier album est un rock délibérément et résolument obtus. Il serait impossible de publier une critique de Away Team sans citer le communiqué de presse, qui déclare qu’il s’agit d’un « disque très personnel, construit sur des sentiments internes de doute, de culpabilité, de réflexion et de dépression inébranlable ». C’est une écoute stimulante, c’est sûr, qui taquine avec quelques passages musicalement éloquents et beaux qui se dissolvent dans le chaos et le désordre. Si vous aimez la certitude, le cliché et la prévisibilité, vous n’apprécierez pas cela. L’album est très fermement ancré dans la même partie ésotérique ou espérimentale où Radiohead a campé quand ils ont finalement perdu la tête.

Et pourtant… il sonne brillant. Il est complaisant et surchargé de mélodies et de passion pour être écouté. Il se pourrait bien que ce soit un morceau à combustion lente. Il pourrait bien être l’enregistrement le plus agréable jamais réalisé. Il se peut que ce ne soit pas le cas. Je n’en ai aucune idée. C’est pour vous si vous aimez les défis et que vous n’aimez pas danser, bien que je l’on ne peut s’empêcher de penser que si Stephen Hawking avait eu une disco interne dans son esprit, c’est probablement à cela que cela aurait ressemblé.

Shell of a Shell va se mettre sur certains radars avec ce « debut album » : Away Team est l’une des rares sorties où la musique est si forte qu’elle se fraye un chemin sous les projecteurs, même si le nom de l’artiste n’est pas très connu. Animé à la fois par un bel indie-rock et une instrumentation agressive et impulsive, c’est un album débordant de virages à l’aveugle qui maintiennent les auditeurs sur le bord de leur siège. Shell of a Shell ne perd pas de temps à tout mettre en jeu, et Away Team donne immédiatement l’impression que notre combo est un groupe d’indie-rock en plein essor.

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Lee Ranaldo and Raül Refree: « Names of North End Women »

En 40 ans et à travers son travail avec Sonic Youth, Glenn Branca, William Hooker et d’autres, Lee Ranaldo a montré qu’il est capable de faire bouger les choses à la guitare. Sur Names of North End Women, le musicien de New York montre qu’il est également capable de faire quelque chose de plus aventureux que « n’importe quoi ». Conçu à l’origine comme son prochain album solo, Ranaldo est entré en studio avec le producteur/musicien espagnol Raül Refree derrière les platines (qui a produit les deux derniers albums de Ranaldo). Les huit titres qui en résultent ont tellement transformé l’art de Ranaldo que la contribution de Raül Refree devait être reconnue.

Le LP du duo prend des chemins détournés à chaque tournant, alors que Ranaldo expérimente avec le chant parlé rythmique (« Alice, Etc. »), les vibrations internationales (« Humps (Espriu Mix) »), l’ambiance et les percussions éparses (« Names of North End Women »), l’électronique et l’Auto-Tune (« The Art of Losing »), et le chant le plus sincère jamais venu de la scène noise rock (« At the Forks »).

Mélangeant un picking acoustique songeur, des synthés à la volée et des rythmes à peine perceptibles, Raül Refree permet à Lee Ranaldo de retrouver un son audacieux, sans peur et carrément expérimental sur Names of North End Women.

***1/2

Katie Gately: « Loom »

L’amour qu’a Katie Gately pour le travail sur le son resplendit  plus que jamais sur son nouvel album, Loom. Cette magnifique collection a été enregistrée pendant une période de profonde tristesse et de deuil pour Gately, au moment où sa mère a été diagnostiquée comme atteinte d’un cancer et immédiatement après son décès.

Elle fait preuve ici d’un immense talent dans sa capacité à traduire une douleur indicible en collages sonores dynamiques et superposés. Des enregistrements en direct d’un tremblement de terre sont tissés tout au long de l’album, emblématiques de la façon dont la Terre se déplace lorsqu’on vit une perte aussi profonde. Un sentiment de pesanteur envahit l’album, avec des tambours martelés et des impulsions électroniques créant un sentiment de menace – voire de menace imminente.

Pourtant, malgré toute cette terreur et cette douleur, la sensibilité pop mélodique dont Gately a fait preuve pour la première fois sur son précédent LP, Color, demeure. Le point fort de l’album « Bracer » (le préféré de sa mère) est un voyage musical de dix minutes, passant d’une menace sinistre et baratineuse (« Beast gonna take your light away / Beast gonna hunt your home / Beast gonna rip at the slight fray ») à une avant-pop mélodique, presque dansante. La voix rêveuse de Gately est plus présente ici que dans ses précédents travaux, et elle est particulièrement impressionnante dans le trio de chants choraux tristes qui encadrent le disque, « Ritual », « Rite » et « Rest ».

Avec cet album, Gately s’est efforcée de  capturer l’étrange nature pointue de ce genre de malheur imminent, mais aussi d’inclure quelques couleurs absurdes, et le résultat est un mélange tourbillonnant d’atmosphère sinistre, d’émotion dévastatrice et d’abstraction sonore brillante. C’est sa meilleure œuvre à ce jour.

***1/2

SQÜRL: « Some Music for Robby Müller »

Lorsque la plupart des gens pensent à une musique qu’ils pourraient qualifier d’expérimentale, leur esprit se tourne naturellement vers le chaos. Des genres comme le free jazz et le « noise-rock »viennent facilement à l’esprit, mais l’expérimentation ne concerne pas seulement la palette des sons utilisés, mais plutôt la manière dont ces sons sont déployés. Au dire de tous, SQÜRL opère dans un domaine assez standard de sons utilisés, mais avec Some Music for Robby Müller, ils déploient leurs guitares de manière inattendue pour créer un paysage sonore émotionnellement poignant.

Après avoir travaillé dans le domaine des musiques de films sur quelques projets, SQÜRL a appris quelques astuces en matière de manipulation émotionnelle par la musique. Cette expérience est évidente sur chacun des morceaux de cet album, et elle constitue un puissant support pour le film documentaire Living the Light – Robby Müller réalisé par Claire Pijman.

Contrairement à d’autres musiques de film, Some Music for Robby Müller est en fait un disque à part entière. « In A Lonely Place » est particulièrement émouvant et vous pouvez pratiquement vous imaginer dans une scène de votre propre imagination. De tous les morceaux du disque, c’est celui qui est le plus dangereux, mais cela ne veut pas dire que c’est le seul morceau qui vaille la peine d’être joué.

« Magic Hour » est un morceau particulièrement beau, à la hauteur de son nom, qui dépeint une soirée en or dans un champ d’herbe. Les guitares acoustiques réverbérantes et les maillets scintillants permettent un joyeux voyage textural.

Malgré sa durée d’exécution limitée, ce disque laisse une impression durable. Il est parfait pour une variété de scénarios, mais peut finir par se prêter au mieux à la méditation et à l’introspection intentionnelle. Avec Some Music for Robby Müller, SQÜRL a créé un disque magistral qui est suffisamment libre pour laisser l’esprit vagabonder mais qui joue avec suffisamment d’intentionnalité pour vous orienter dans la bonne direction. C’est une bande sonore exceptionnelle qui va bien au-delà de l’image qu’elle représente et qui mérite d’être saluée en tant que telle.

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Maria w Horn: « Epistasis »

Quelques notes de piano s’égrènent doucement, lentement… Un rythme qui n’en est pas un, une forme minimale qui nous saisit pour ne plus partir… La Suédoise Maria w Horn avait fait sensation l’an dernier avec son premier opus, Kontrapoetik ; elle récidive ici avec Epistasis, un disque tout en délicatesse, pour lequel elle est accompagnée de guitaristes électriques, d’organistes, de violonistes, d’une altiste et de violoncellistes.
La particularité de l’art de la musicienne est de piocher ses influences au sein d’un répertoire varié (black metal, drone, musique minimaliste, musique électroacoustique…), tout en réussissant à les digérer afin d’arriver à un résultat d’une grande intensité. Ces quatre morceaux sont marqués par la volonté d’expérimenter sur le son, en utilisant l’acoustique et l’électronique. Le piano prédomine sur les deux « 
Interlocked Cycles », distillant des mélodies répétitives et mélancoliques, dans le but de trouver une forme d’idéal dans une contemplation statique. « Epistasis » est un morceau nimbé d’un sentiment de tristesse tenace, porté par la gravité de l’orgue et les dissonances de guitare.

On reconnaîtra d’ailleurs certains motifs cérémoniels de sa compatriote Anna von Hausswolff. « Konvektion » est le titre le plus long et avant-gardiste de l’album, proposant une forme microtonale qui évolue subtilement et de façon hypnotique. Un chemin sonore tout en retenue, incitant à la transe, reprenant les enseignements d’un certain courant minimaliste. L’ombre du compositeur Arvo Pärt plane dans la recherche harmonique, de même que celles de Phill Niblock et Pauline Oliveros pour l’aspect dépouillé, lorsqu’une seule note exprime un ensemble d’émotions, invitant l’auditeur à s’immerger profondément dans la musique pour en découvrir l’infinie beauté.

Epistasis doit s’écouter dans la pénombre afin de parvenir à une pleine introspection. Réfléchir au temps qui passe, avec évidemment le risque de tomber dans la nostalgie, mais aussi d’être plus présent à soi. Une œuvre solennelle, absolument magnifique !

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