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Logos: « Imperial Flood »

James Parker alias Logos, fait partie de ces artistes, dont on admire le travail, dont chaque sortie est attendue avec impatience et ce, malgré, son relatif insuccès.

Six ans pour se sont écoulés depuis la sortie son premier album Cold Mission. Six ans durant lesquels l’artiste a collaboré aux cotés de Mundance et Shapednoise formant le trio The Sprawl, avec qui il a fondé le label Different Circles et sorti divers projets.

La musique de Logos, elle, est à part. De par sa faculté à faire communier noirceur post-apocalyptique et légèreté immaculée, composant des ambiances pour films de science-fiction. Imperial Flood sort des catégories, flirtant avec l’experimental, l’ambient, le grime »t l’industriel, les rythmiques spartiates viennent, ici, à point nommé pour relancer l’album à des moments clés ou marteler les silences en suspension.

Minimal de par son approche, Imperial Flood recèle des richesses sonores cachées dans le travail de spatialisation et le développement narratif, créant des volutes à la beauté hypnotique, desquelles il est difficile d’échapper. ***1/2

18 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Ratchet Orchestra: « Coco Swirl »

Composé par le contrebassiste et chef-d’orchestre Nicolas Caloia, Coco Swirl mélange les forces de l’avant-garde pour offrir un instantané de la musique contemporaine, où free jazz et expérimentale rentrent en collision pour donner naissance à un cosmos délirant.

Les instrumentistes présents, ont la place de donner libre-court à des salves d’improvisation, conférant à Coco Swirl un goût d’expérience auditive à la croisée des genres, faisant se percuter cuivres, cordes, xylophones, piano électrique et rythmiques sur des murs du son aux avancées mélodiques en mode hors-cadre.

L’autre grande force de Ratchet Orchestra, est de conjuguer les pistes et de donner à chacun un espace qui lui est propre, capable de s’isoler ou d’appuyer musicalement le reste de l’ensemble, permettant à la narration de gagner en énergie et en densité.

La richesse de Coco Swirl réside dans son approche très accessible pour un néophyte curieux, tout en développant une écriture pointue à la recherche musicale intense, qui sait puiser intelligemment dans le passé pour catapulter le tout dans un rétro-futurisme en constant mouvement. Très fortement recommandé.

***1/2

 

 

15 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Anni Hogan: « Lost In Blue »

Anni Hogan (Marc & The Mambas, The Willing Sinners, La Magia) fait parler les autres sur Lost In Blue. Le nouvel album, produit par Dave Ball (Soft Cell) et Riccardo Mulhall, prend la forme d’une déloicate bande sonore spleen jazz collectionneuse de voix. Quelques exemples, spectaculaires : Lydia Lunch, Wolfgang Flür, l’ex-Bad Seeds/Gun Club Kid Congo Powers, mais aussi et encore Gavin Friday (Virgin Prunes). Un recueil posé et couleur ébène, de sentiment et de ressentis. Collection de choses que les volutes orchestrées retiennent, aussi fines et peu démonstratives que dosées en émotions.

La performance de Lydia Lunch, sur « Blue Contempt », se remarque. Lydia est ici en ce terrain de jeu qu’elle connaît bien : un cabaret noir dont la tonalité type la nouvelle œuvre d’Hogan. Chaque invité(e) est à sa place.
Se dire aussi que l’invitation ne se limite pas à la performance vocale pour les personnes sus-citées comme pour les autres. Lorsqu’elles prennent la main au chant, c’est aussi sur la substance textuelle. Une part de négativité nourrit alors le disque, tout en donnant le sentiment d’être acceptée, assumée. Désir d’éloignement et rituels de l’habitude pour Lunch, et lorsque la maitresse des lieux, Anni Hogan, reprend la main, c’est pour le souvenir de la personne absente (« Thunderstuck », en mémoire à Jo Cox MP).

Il y a Lydia Lunch, et il y a les autres, pas moins remarquables. John Fiddler par exemple. Lui délivre une troublante performance et tout en souffle sur le titre éponyme : le chanteur y maintient le sujet de la perte, récurrent dans le disque. Ce sentiment que tout s’effrite, s’effondre petit à petit autour de nous au fur et à mesure que le temps passe. Inexorable délitement égréné par une gorge désenchantée.

Les instrumentations étalent de subtiles colorations, produites avec soin et fruits d’un travail en trio incarné par Anni (orgue, melodica, claviers) et ses producteurs : Dave Ball (basse, synthétiseurs) et Mulhall (claviers, programmation, contrebasse). Et il y a du monde derrière, c’est de l’orfèvrerie. Les détails complémentaires et ornementations sont posés par une presque dizaines de musiciens complémentaires (viole, guitare, violon, saxophone, entre autres + basse fretless signée – rien que ça – Derek Forbes).

Jazz en filigrane, suintements cuivrés : Lost in Blue est un travail posé, minutieux. Si tensions se révèlent, leur installation ne se fait pas dans un dessein d’explosion. Pour autant, certains moments contiennent leur part anxiogène. Parmi eux, ce « Angels Of Romance » que Gavin Friday imprègne d’une vibration intime et à laquelle la réverbération donne ponctuellement effet d’envol. L’album se termine par un spleen éponyme aux relents bluesy, et l’un des morceaux les plus réellement « chantés » de l’ensemble – et au risque de nous répéter : John Fiddler, là-dessus, est remarquable.

De l’écoute, au final, se retient la délicatesse de forme d’un ensemble traversé par quelques moments d’effroi. Ondule dans Lost in Blue une vibration d’existence qui passe par l’affrontement des peurs et du vide. Les autres aident Anni à construire ce puzzle perpétuant quelque chose d’elle-même. Une réalité complexe et intime. « I am the sum of all my parts », dit-elle à propos d’elle-même, en guise de biographie. Un beau disque et pas seulement dans sa forme physique, réellement superbe. Cette dernière a été assumée par un label auquel, au regard notamment de cette nouvelle référence, on ne pourra plus simplement rapporter l’étiquette d’une spécialisation industrielle, noise ou neofolk. Cold Spring sort des musiques certes expérimentales, mais surtout existentielles.

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6 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

American Pleasure Club: « fucking bliss »

Le prolifique et infatigable Sam Ray, tête pensante de American Pleasure Club nous arrose d’un fucking bliss alors qu’on venait à peine de digérer son album A Whole Fucking Lifetime Of This . Ce nouveau projet du natif du Maryland, eb dépit de son titre enjoleur, n’est pas pour autant un chemin de roses.

Déjà sur Teen Suicide (son projet précédent) et pour l’album suivant, il avait le chic pour passer du coq à l’âne brutalement. Pour fucking bliss, Sam Ray tente de rectifier le tir en nous offrant un disque purement cohérent, expérimental, très sombre à la limite du glauque.

Enregistré bien avant de tirer sa révérence avec Teen Suicide entre 2014 et 2015, American Pleasure Club se rapproche de ce qu’il a pu faire avec un autre artiste du Maryland, Ricky Eat Acid, mais en plus noisy et industriel et là où aucune pointe de lumière ne se faufile. Bien entendu, il fait parler de son mal-être le plus extrême à travers des morceaux riches en distorsions comme la montée en puissance de « the miserable vision » et « what kind of love ? ».

La voix de Sam Ray est quasi-inaudible et trafiquée par ces bruits venus d’ailleurs qui donnent cette sensation d’inconfort avec les oppressants « ban this book » (qui s’avère être un morceau jumeau de « Beauty » de Teen Suicide) mais aussi « let it go out » ou les un peu plus décontractés « hello grace » et « it’s everything to me ». Ayant parfois recours aux hurlements rauques et saturés ou à l’Auto-Tune sur « dragged around the lawn », il est clair que l’on ne peut se sentir que mal à l’aise à l’écoute de ce fucking bliss. Inutile de chercher ici morceaux indie rock plus accessibles ou ballades lo-fi mélancoliques en son déroulé on n’y trouvera que chaos et noirceur, même si on a le coeur bien accroché.

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4 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Bartellow San Ground San: « Amanogawa »

C’est à un voyage multiculturel auquel nous invite le producteur japonais DJ Ground alias Bartellow San Ground San, où les polyrythmies font vibrer les sens, appuyées par des basses aux rondeurs accueillantes.

Amanogawa invite le downtempo à danser sur des sonorités organiques, créant un dancefloor de jungle à la flore verdoyante où le bruit des branches qui se touchent, se font l’écho de frontières effacées entre le ciel et la terre.

Mélangeant Japon traditionnel et Afrique fantasmée, Bartellow San Ground San conjugue les pistes à l’envie, invitant l’auditeur à se contorsionner langoureusement sur des parterres d’effluves relaxantes, enrobées d’ondes positives au groove contorsionniste. Moelleux à souhait.

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4 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Henrik Munkeby Nørstebø/Daniel Lercher/Julie Rokseth: « Off The Coast »

Le duo Henrik Munkeby Nørstebø et Daniel Lercher, s’est adjoint les services de la harpiste Julie Rokseth pour un Off The Coast plein à craquer d’infra basses enveloppantes, de field recordings évocateurs et de dépaysements sonores affolants.

Les quatre titres font souffler l’air dans des tubes thoraciques aux battements oniriques. Ici l’organique et l’électronique fusionnent en sous-sol, préparant un breuvage auditif qui fait appel aux sensations champêtres que l’on éprouve à la sortie d’un long séjour urbain.

Les stridences vrillent les neurones, perturbant et parasitant notre navigation dans l’espace, nous aidant ainsi à mieux nous focaliser sur ce qui circule autour de nous, de manière imperceptible. Off The Coast nous plonge dans un état de concentration extrême, regard intérieur vers des instants de transversalité éparpillés. Palpitant.

***1/2

3 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Synaesthesis: « Another Point of View: Lithuanian Art Music »

La Lituanie n’en finit plus de révéler de jeunes artistes, qu’ils soient compositeurs ou musiciens, à l’image de l’ensemble de musique contemporaine Synaesthesis, formé par le chef d’orchestre Karolis Variakis et le compositeur Dominykas Digimas, entourés d’une pléiade de musiciens, partageant avec eux le goût pour la musique contemporaine sous toutes ses coutures.

Avec leur premier album Another Point Of View: Lithuanian Art Music, Synaesthesis marque les esprits par sa capacité à s’approprier les oeuvres de jeunes compositeurs lituaniens tels que Dominykas Digimas, Andrius Arutiunian, Julius Aglinskas, Rita Mačiliūnaitė, ainsi que celles de plus anciens comme Ramūnas Motiekaitis, Rytis Mažulis et Ričardas Kabelis, et en offrir un lecture minimale intense, où les silences ont leur espace.

Synaesthesis s’inscrit dans les formations de musique contemporaine qui comptent, combinant pour chaque titre les musiciens les plus adéquats, de manière à frapper nos oreilles sans ornements. Un opus qui livre une partie des capacités d’un groupe qui devrait continuer à faire parler de lui dans les sphères appropriées. Très fortement recommandé.

***1/2

25 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Matmos: « Plastic Anniversary »

Couple sur scène comme à la ville, Martin Schmidt et Drew Daniel forment Matmos depuis plus de deux décennies, explorant à coups de performances et de concepts les possibilités de transformer tout et n’importe quoi en musique.

Avec Plastic Anniversary, le propos est de faire sonner tout objet composé de la matière énoncée dans le titre, du bouclier anti-émeute de la police en passant par les couvercles de poubelles, les bouteilles, etc.

L’aire de jeu est vaste et Matmos sait en exploiter les possibilités, offrant un concentré de titres plutôt rythmiques qui laissent échapper entre les sons percussifs, quelques litanies étranges et flottantes.

Plastic Anniversary résonne comme le reflet de notre société aujourd’hui débordant de tribalité urbaine, avec son énergie dévorante et ses dérives de sur-consommation, engendrant une accumulation de matières polluantes et d’effacement existentielle, asphyxiant le monde sous des couches de pétrole modifié, pour le plus grand plaisir du duo américain, qui sait y puiser la matière première pour ce nouveau projet à l’engagement politique fort.

***1/2

20 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Martijn Comes: « Interrogation Of The Crystalline Sublime »

Martijn Comes est un artiste néerlandais né en 1979, diplômé notamment en composition pour film au Conservatoire d’Amsterdam en 2010. Ses productions sont éditées par des labels tels que Clinical Archives ou IO Sound avant d’arriver chez Moving Furniture Records et de collaborer avec les artistes du label néerlandais.

C’est le format de Interrogation Of The Crystalline Sublime qui a d’abord retenu notre attention. Ce double album est composé d’un premier volet écrit et interprété par Martijn Comes, une pièce unique, un drone puissant et mouvant d’une durée de 1h précise. L’originalité provient du second CD, composé de 8 remixes, alors que ce genre musical ne nous semble pas a priori le plus adapté à la relecture. C’est en tout cas suffisamment rare pour être noté.
Bien que Martijn Comes soit l’artiste principal de cette production, nous passerons rapidement sur son unique pièce, tout simplement envoûtante. Un démarrage timide qui semble formé par un mélange de drone et de nappes, un son étouffé, retenu, qui prend progressivement son envol, en particulier avec l’arrivée de souffles au bout de 5-6mn. Les éléments fusionnent petit à petit, les souffles vont et viennent, tandis que les tonalités oscillent imperceptiblement, formant une ambient minimale mais habitée.

Les remixes quant à eux sont bien sûr contraints par le temps et s’étalent en moyenne sur 6 à 7mn avec, et c’est ce que l’on appréciera aussi, une variété de ton en fonction des partis pris par chacun des protagonistes. D’un côté, on trouve des artistes qui restent fidèles au genre, comme par exemple Scant Intone qui ouvre la marche avec un son très clair, limpide, faisant abstraction des souffles de la version originale. On aura plaisir à retrouver ici Mitchell Akiyama qui reste sur des drones d’abord timides, puis malmenés en jouant sur des variations de niveau sonore ou incorporant, un peu à la manière de Haarvöl, sifflements stridents et textures bruitistes. On remarque chez ces artistes une tendance à introduire la pièce dans un style qui leur est cher, pour intégrer progressivement les drones de Martijn Comes. Giulio Aldinucci et Orphax n’échappent pas à cette approche que l’on pourrait qualifier de facile, même si le résultat reste au final tout à fait pertinent, que ce soit par l’adjonction de craquements de vinyles ou de bruitages d’insectes.
Dans les versions les plus surprenantes, on notera d’abord le travail de Zeno van den Broek qui prend le parti de transformer les drones de Martijn Comes entre raclements granuleux et textures fracturées. Plus classique dans son style, mais avec là encore une approche atypique, Alberto Boccardi semble avoir samplé les drones d’origine pour les balancer sous forme de tonalités abruptes, de claquements fracturés d’un son très « laptop ». Un tout autre style enfin avec l’Espagnol Juan Antonio Nieto qui se sert des drones de Martijn Comes pour habiller ses improvisations électroacoustiques.

On l’ara compris, on a affaire à une production surprenante de part sa richesse, mais cohérente de part le choix des artistes ici impliqués.

***1/2

19 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Daniel Blumberg and Hebronix: « Liv »

Quatre ans avant Minus (2018), à l’époque de son pseudonyme Hebronix, Daniel Blumberg avait enregistré en trois jours un album resté depuis inédit. Liv, l’inattendu tout juste révélé, commence comme un orage : grands coups de guitare électrique et spasmes filandreux de violon, avec un intense bruit de fond où s’introduit parfois un harmonica. À un certain moment de ce début d’apocalypse, Daniel Blumberg chante ou fredonne paisiblement, comme si de rien n’était — le contraste est fascinant.

Peu à peu, le calme chassera la tempête avec Digital, faisant de la rencontre entre guitare, violon et contrebasse, les trois maîtres des collisions de cet album graveleux, un bel oeil d’ouragan. Si une sensibilité pointe sur « Off and On » et « Life Support », le pic de colère de la menaçante « Caught » (17 minutes) est certainement le paroxysme de l’album. Avec ces mélodies atypiques et acharnées, qu’on dirait raclées dans ses viscères, le musicien britannique montre encore une fois qu’il sait tirer une incroyable puissance de ses pertes de sens.

***1/2

16 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire