Joan Of Arc: « Tim Melina Theo Bobby »

9 janvier 2021

Si les années 2000 ont vu Broken Social Scene se constituer en groupe avec un immense réservoir de membres talentueux qui ont souvent été à la tête d’autres groupes, Joan Of Arc est leur homologue des années 1990, partageant les principaux contributeurs avec des groupes comme American Football, Owls et Cap’n Jazz.. Il est donc tout à fait approprié que ce dernier disque ne porte que les prénoms des quatre finalistes : Tim Melina Theo Bobby.

Connus pour leur approche sardonique et lunatique d’un mélange d’émo et d’indie rock, il convient de noter que Tim Kinsella a abandonné ses fonctions de chanteur principal sur les albums de Joan Of Arc il y a seulement deux ans, en 1984, en 2018. À ses côtés, l’artiste multimédia et musicienne Melina Ausikaitis s’est élevée au rang de nouvelle voix tout aussi vitale. Entre les murmures de Tim et les ricanements hypnotiques d’Ausikaitis, Joan Of Ar prend un virage vers lanotiond’urgence pour rendre leur dernier opus viscéral et excitant. 

Dans cette dernière tentative, Joan Of Arc mélange parfaitement des éléments de rock industriel, électronique et traditionnel à la guitare indie avec une écriture de chansons magistrale. Cette palette sonore extrêmement variée permet de garder l’album toujours frais, même après de nombreuses écoutes répétées. Un moment électro-acoustique lent et sombre comme « Creature and Being » peut rapidement céder la place à des instrumentaux grondants et sombrement groovy comme « Land Surveyor » et « The Dawn of Something ». Il y a du courage dans le fait d’arrêter alors que de nombreux autres actes contemporains des années 90 (Hum, fAmerican Football) viennent juste de retrouver leur gloire d’antan, mais Joan Of Arc fait en sorte que tout cela semble facile et essentiel. 

Des « singles » comme « Something Kind » mijotent ainsi juste sous la surface, avec des guitares floues et des refrains de batterie martelants alternant avec les couplets électroniques et percutants d’Ausikaitis, jusqu’à ce que les guitares bouillent enfin en une conclusion enflammée. Ici aussi, les prestations de Kinsella sont variées et dynamiques. Le morceau « Cover Letter Song » » extrait de l’album suivant, utilise des percussions industrielles et des synthétiseurs de basse de forage, ainsi que les descriptions banales, mi-chantées, mi-rapprochées de ses diverses occupations. « J’ai écrit des chansons / j’ai passé la serpillière / j’ai nettoyé les toilettes / et j’ai écrit » (I wrote songs / I mopped floors / I scrubbed toilets / and I wrote), se lamente-t-il, en contradiction avec la déclaration qu’il fait immédiatement : « Je vais être le prochain Tim Kinsella ».

Point fort de l’album, et « closer » de Tim Melina Theo Bobby, « Upside Down Bottomless Pit » utilise la dissonance pour mettre fin à 25 ans d’existence de ce groupe sur une note sombrement drôle et rebutante. Chaque élément de la chanson menace de bouleverser l’ensemble du morceau, car les râpes enfumées de Kinsella parviennent à rassembler les éléments disparates et inquiétants de l’ensemble. 

Si d’autres musiciens recherchent une exécution parfaite du chant du cygne, que ce soit la référence. Des inclusions de bon goût de toutes sortes, des mélodies puissantes et des paroles denses et ironiques font de Tim Melina Theo Bobby une conclusion incontournable pour les fans d’emo du Midwest, de rock électronique et de « songwriting » efficaces.

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Porridge Radio: « Every Bad »

21 décembre 2020

Dana Margolin a raison, son combo, Porridge Radio, est peut-être une des meilleures formations d’aujourd’hui sur le registre qui est le sien.

Porridge Radio ressemble rindubitablement , de par son nom, à un groupeun peu mièvre, mais soyez assurés qu’ils sont tout le contraire. Le groupe a été créé en 2015 après que Dana Margolin ait commencé à travailler sur des chansons et à apprendre la guitare seule dans sa chambre à Brighton. Avec l’ajout de Sam Yardley (batterie), Georgie Stott (clavier) et Maddie Ryall (basse), le groupe est devenu un élément familier du circuit britannique du bricolage. 

En mars, les Canadiens ont secrètement sorti leur nouvel album Every Bad, qui fait suite à leur premier album auto-enregistré de 2016, Rice, Pasta And Other Fillers. Every Bad est un reflet frénétique d’angoisses communes auxquelles une personne d’une vingtaine d’années peut s’identifier, comme le moment où vous réalisez que vous êtes maintenant adulte et que vous n’êtes pas sûr de faire quelque chose correctement.

Margolin n’a pas son pareil en matière de lyrisme quand il est question de communiquer des émotions complexes dans les limites de ses chansons. Sa prestation est enivrante, elle vous fait ressentir chaque saisissement, vous ramène au moment exact où vous avez ressenti cette même chose ainsi appelée « motion. Le premier morceau, « Born Confused », vous emmènera directement à l’intersection de la perte, itinéraire allant du « fuck you » à la joie. La ligne d’ouverture frappante – « Je m’ennuie à mourir, discputons-noue »( I’m bored to death, let’s argue)le met en scène une scène amèrement ironique. À la fin de la chanson, Margolin échange son discours pince-sans-rire contre un gémissement indécis en répétant « Merci de m’avoir quitté/ Merci de me rendre heureuse » (Thank you for leaving me/ Thank you for making me happy). Cela peut sembler peu impressionnant, banal et masturbatoire d’entendre Margolin chante sur la détresse émotionnelle, mais elle passe ainsi maître de déstabiliser un texte avec sa voix et donner à ses paroles un tout nouveau sens.

Every Bad est, en fait, un processus d’apprentissage, tant sur le plan de la composition que sur le plan émotionnel. Porridge Radio s’est propulsé au-delà de ses origines lo-fi, créant un album ambitieux et rugissant qui repousse les limites du langage et du bruit. « Don’t Ask Me Twice » en est le parfait exemple, la chanson commence avec le son brut de la guitare et de la batterie, alors que Margolin commence à craquer ; envoyant l’auditeur s’envoler dans un lieu saint, avec des échos du dernier mantra de Margolin. Au deuxième couplet, elle s’est complètement brisée, alors qu’ils éclatent en une bruyante tempête de grêle, mais ne vous inquiétez pas, il y a un arc-en-ciel à la fin.

Ces morceaux se plient et se brisent et le son fluctue de l’exaltation au désarroi en passant par l’épuisement, comme un exorcisme musical. Un exemple de l’évolution sonore constante se matérialise sur « Lilac » où Margolin chante « Je ne veux pas que nous devenions amers, je veux que nous allions mieux » (“ don’t want us to get bitter, I want us to get better), avant qu’elle ne se transforme en une vague de guitares et de cordes, « Je veux que nous soyons plus aimables avec nous-mêmes et avec les autres » (I want us to be kinder to ourselves and to each other), crie-t-elle alors que la vague sonore s’écrase autour d’elle. Avec un album qui s’attaque à la complexité de la maturation, « Lilac » donne l’idée que nous ne sommes pas si mauvais que ça quand il s’agit de grandir.

Dans un monde qui rend impossible la suppression de la peur existentielle, Every Bad est la conversation que vous pouvez utiliser. Elle vous fera certainement tourner en bourrique lorsque vous vous retrouverez à ce carrefour émotionnel qui vous forcera à accepter la vulnérabilité et à purger la négativité. Puissions-nous tous apprendre à être autonomes, comme sur chacun de ces morceaux.

***1/2


Mourn: « Self Worth »

14 décembre 2020

Une sortie le week-end d’Halloween est logique pour le quatrième album de Mourn, Self Worth. La troupe catalane a laissé derrière elle les idées préconçues sur sa jeunesse, les difficultés avec les maisons de disques et les bonbons. En retour, ils ont amplifié leur voix à des niveaux plus élevés que d’habitude pour mieux faire face aux vrais problèmes : la colère, la peur, le patriarcat, l’inégalité et l’âge adulte. C’est effrayant. Mourn ont surmonté pas mal de difficultés pour en arriver là où ils sont maintenant, stylisés en trois morceaux depuis le départ du batteur Antonio Postius. Trois disques acclamés, et un hall d’expériences plus tard, c’est indéniablement leur propre feu et leur confiance en eux (ainsi qu’une bonne part de la tarte aux talents) qui les ont amenés jusqu’ici. Il est donc logique que non seulement leur dernier disque s’appelle Self-Worth, mais qu’il soit aussi leur meilleur disque à ce jour.

La musicalité à elle seule montre une progression féroce de la mélodie, toujours pleine d’énergie mais avec un peu plus d’expertise et une sensation bien formée. Le disque est d’une grande acuité lyrique et d’une grande richesse vocale, avec un travail de guitare délicieux et une grande fougue. Il y a aussi différents niveaux de post-punk pour garder le disque frais. Prenez Apathy », la seule chanson qui dure plus de quatre minutes : un drame en trois actes qui dénonce avec des paroles les pleurnicheurs, les haineux et les apathiques. Il consacre sa première partie à des riffs de basse très graves, avant d’entrer dans un second acte en deux parties qui nous frappe avec un mur de bruit s’estompant dans un souffle de calme avant un acte final de cris exaspérés de « What’s the next step » et de fureur déformée. Les thèmes similaires du « single » « Men » sont clairs : une chanson frustrée par l’expérience du groupe d’être regardé, traité et traité différemment des hommes en raison de leur non virilité. Pas d’une manière triste, cependant ; il s’agit d’une chanson colérique mais expressionniste, a déclaré le groupe dans une déclaration, qui montre que « ces paroles proviennent d’un état d’esprit sincère et confiant où nous voulons établir notre validité et notre identité et ne pas la laisser se briser » et ceci, en effet, nous pouvons le sentir. Musicalement, « Men » adopte une approche différente de « Apathy » »avec des rythmes plus endiablés et des harmonies plus pop et une liste prête à être chantée de toutes les choses pour lesquelles les hommes sont respectés et traités différemment leurs pensées, leur luxure, leur honte… ».

Les deux premiers « singles » sortis du disque ouvrent l’album et montrent à nouveau différentes nuances de punk. « his Feeling is Disgusting  émerge sur le refrain choral de son titre à côté de doux coups d’accords, agissant comme un moment de blues de feu de camp avant qu’un « it sucks » ne nous fasse tomber dans des lignes de guitare déchiquetées qui se dépiautent sur une déclaration en mode « fuck it ». Il nous encourage à moins nous préoccuper de savoir si nous pouvons nous permettre de faire des choses, à moins nous soucier de l’incertitude du monde, parce que peu importe la peur, l’anxiété, les doutes, cela vaut presque toujours la peine de faire la chose. Le premier « single » « Call You Back » s’inscrit dans cette lignée avec des mélodies contagieuses, des riffs émouvants et des paroles délicates, tout en admettant la difficulté de toucher ceux que nous aimons en raison des luttes internes constantes auxquelles nous pouvons être confrontés, même lorsque tout semble beau et rose.

Comme il l’a été dt, beaucoup d’influences différentes à entendre. Le brillant « I’m in Troubl » » s’arrête et se met à raturer les sens avec toute la puissance du punk old school ; « The Tree » présente des riffs en forme de rock-prog à cheval sur des explosions sonores merveilleusement simples, et l’excellent « Gather, Really » tangue avec des cordes en écho et saute dans et hors de la basse et de la batterie qui s’écrase lourdement. « The Family’s Broke », proche de l’idée de la famille nucléaire, sonne comme un hymne indie classique – une fin émotive à un voyage assez strident. Et Mourn sera à son meilleur dans le quatrième single « Stay There », qui comprend des sauts de basse agressifs, des glissades, des hurlements et un rythme cardiaque rapide et captivant à la batterie. Il nous frappe avec une intensité ssordide digne des années 90, alors que l’amertume et la négativité se déversent sur notre liberté collective. C’est personnel et ouvert, ce qui convient au groupe qui dit que la chanson est écrite sur la fin d’une relation abusive, servant à « leur dire de rester là où ils sont et de ne plus venir nous déranger ».

Cet album est une véritable incarnation de l’esprit punk moderne, s’ouvrir avec une honnête vulnérabilité tout en criant  » »uck it and fuck off » ; Mourn en est le point culminant. Il y a quelque chose de puissant dans ce groupe, un immense pouvoir d’avoir surmonté une telle adversité professionnelle si jeune, et d’avoir tant grandi musicalement et lyriquement en l’espace de six ans, et en dehors de leur langue maternelle ! Ils ont une énorme estime de soi, un équilibre et une capacité à exprimer de manière évocatrice une grande partie de leur bon sens, tout autant que ce qui compte vraiment. Et, qui plus est, leur musique exige pratiquement que vous l’écoutiez.

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bauwaves: « u r everything »

12 décembre 2020

u r everything, le premier disque de bauwaves, un combo issu d’Austin TX, a été écrit à la fin d’un épisode dépressif. Le chanteur Lew Houston a souffert d’une profonde dépression pendant près d’un an en 2016, et c’est au moment où il sortait de ses griffes que l’inspiration a commencé à frapper et lui a donné l’opportunité de composerles chansons qui allaient donner naissance à u r everything.

Cette histoire est importante : une grande partie du disque parle de la dépression et trouve les narrateurs autobiographiques de Houston en mal de connexion. Mais ce n’est pas seulement un sujet d’actualité, c’est un disque qui semble se dégager d’un brouillard dépressif ; les guitares crépitent et s’embrouillent, et le chant de Houston se situe quelque part entre les gémissements du punk indie et le glas de la mort. 

Cependant, plus que les guitares grunge et le chant de Houston, c’est la façon dont tous ses membres jouent ensemble qui est la carte de visite de ce disque : rapide et désordonné, comme si tout cela pouvait s’effondrer à tout moment. Les rythmes ne suivent pas le rythme, mais mettent à l’épreuve la capacité du groupe à redresser le véhicule de vitesse que constitue chaque chanson. Parfois, c’est exaltant, on dirait un reste de rock ‘n’ roll de la fin des années 80 ou du début des années 90 ; ailleurs, comme dans « years later », le groupe semble plus perdu qu’expérimental, comme si les rythmes qui étaient sur le point de s’effondrer s’étaient en fait effondrés pendant l’enregistrement.

Ces contretemps se produisent surtout sur la première face de l’album, car celui-ci est à nouveau chargé de ses meilleurs morceaux, comme si le groupe avait tout enregistré de manière séquentielle, se mettant plus à l’aise pour jammer les uns avec les autres au fur et à mesure. « early morning summer » ajoute un peu de guitare acoustique à l’instrumentation du groupe, ce qui permet de différencier la chanson en tant que single et d’ajouter une variété bien nécessaire à l’album. Mais la chanson ne se limite pas à la sonorité, elle montre Houston au plus vulnérable, sa voix hurlante ruminant des pensées suicidaires. À partir de là, les choses deviennent plus punk et tout aussi déprimées sur « to the floor » et « like sinking », ce qui donne à la deuxième face un élan et une ligne de fond qu’elle n’a pas au premier plan. 

C’est le dernier morceau de l’album, le titre « u r everything », quand tout s’assemble vraiment. Les rythmes tremblants et les guitares surdimensionnées ne sont pas seulement du style, ils sont comme la vie, une métaphore du voyage tumultueux que tout le monde fait. « Sans vous, il n’y a rien » (Without you, there’s nothing), hurle Houston comme si sa vie ne dépendait que de lui ; d’une certaine manière, c’est le cas. u r everything est autant un disque qu’un chemin vers l’acceptation de soi. Au terme de son voyage, Houston a réalisé que la vie vaut la peine d’être vécue et l’a calcifiée en chansons. Cela ne veut pas dire que ce sera facile, mais parfois, ce sont les moments où les choses commencent à s’effondrer qui nous permettent de trouver le plus de sens.

***1/2


Post Louis: « Descender »

11 décembre 2020

Il est agréable de penser à l’art comme un répit du monde du travail, comme une forme d’expression qui vit en dehors de notre besoin de survivre et qui trouve une vérité transcendantale pour le monde. C’est bien, mais ce n’est pas vrai. Après tout, l’art est une autre marchandise et, plus que jamais, les artistes dépendent du travail non artistique pour soutenir leurs efforts de création. 

C’est le cas de Stéphanie Davin, la chanteuse principale de Post Louis. Bien que le groupe ait trouvé un certain crédit indie grâce à une série de singles à succès, une réputation post-rock naissante ne paie pas les factures. « Je suis descendue directement d’un bus de tournée et j’ai traversé les portes à double vitrage d’un énorme immeuble de bureaux pour commencer un nouveau travail », raconte Stephanie Davin.  » »’était un choc. J’ai travaillé pendant des heures interminables dans cet endroit, souvent jusque tard dans la nuit, à calculer des chiffres et à écrire des e-mails au cœur de la machine de l’entreprise ».

C’est dans ces circonstances – répétitives et éprouvantes – que le groupe a fait ses débuts avec un disque, Descender,qui est un album d’épuisement : de travail, d’expression, d’intimité. Sur presque tous les morceaux, Davin finit par s’attarder sur une seule phrase, répétée à n’en plus finir ; sa poésie se rétrécit comme un océan dans une rivière, errant au début jusqu’à ce qu’elle s’enferme dans son mantra. Cette répétition crée un monde musical qui reflète les conditions dans lesquelles il a été créé. Les paroles se répètent jusqu’à ce qu’elles prennent un sens nouveau et inexplicable ; les riffs s’itèrent sur eux-mêmes, jouant un jeu de téléphone jusqu’à ce qu’ils deviennent le reflet de leur passé ; les rythmes font avancer le groupe avec précision jusqu’à ce qu’une pause dans le groove vous désoriente. Tout cela aboutit à un disque aussi cinématographique que musical, un post-rock qui transforme la technique en émotion.

Parfois, comme le grincement d’une trop longue semaine de travail, Descender semble beaucoup trop interminable – son utilisation constante de la répétition combinée à sa durée d’exécution de 50 minutes suffisent à vous épuiser. Pendant ce temps, les transitions brusques entre les pistes vous laissent à bout de souffle. Le plus souvent, cependant, Post Louis utilise la répétition comme un outil permettant d’affiner la puissance des petites variations.

Mais en fin de compte, ce sont les grands écarts de forme qui ressortent le plus, qui restent dans votre esprit comme un souvenir idiosyncrasique d’une semaine autrement quotidienne. Sur « Ghostwriter », un post-rock à l’image de Modest Mouse, Andy Stern reprend le chant principal pour la seule fois de l’album, offrant un compliment profond à Davin, qui brille dans son bref passage comme ornementation sonore. La chanson titre se déploie avec luxure dans son instrumentation foisonnante – le violoncelle et la harpe l’élèvent vers un autre monde tandis que Davin explore l’absence de vie qui vient avec le fait d’être piégé dans le monde du travail. 

Plus que tout, c’est l’œil muet deDescender ; sa tempête qui frappe le plus durement. Au milieu de l’ouragan d’émotions du disque se trouve « Labyrinthitis », un interlude instrumental qui vous téléporte dans un avion de bonheur insouciant. Ses cordes s’écoulent comme la marée, preuve qu’il existe une beauté naturelle, même au milieu d’une vie envahie par l’enthousiasme des entreprises. C’est un moment éphémère, certes, mais c’est un répit bienvenu dans le délire que Post Louis traduit dans Descender. Si le reste de son œuvre – pour le meilleur et pour le pire – témoigne de la difficulté de vivre et de se sentir dans un monde qui vous voit comme un simple travail, ses moments de transcendance sont là pour nous rappeler que la vie est plus que le simple résultat. Et, peut-être que, malgré la lutte pour se maintenir, l’art, après tout, trouve un moyen de le faire.

***1/2


The Cribs: « Night Network »

14 novembre 2020

L’incertitude est un sentiment que l’année 2020 a amplifié. Night Network aussi, le huitième album studio de The Cribs, est né de l’incertitude ; les batailles juridiques et les scissions de gestion ont laissé les frères Jarman sans voie claire pour l’avenir. En fin de compte, sans l’intervention de Dave Grohl et de son espace d’enregistrement, nous n’aurions peut-être pas eu d’album du tout. Et Dieu merci, nous en avons un, car sur Night Network, le trio a trouvé un chemin à travers les ténèbres, a éclaté à travers la chrysalide et en est sorti renaissant. 

L’album ne s’attarde pas trop sur les problèmes du groupe – l’intro « Goodbye » les secoue avec une sérénade harmonieuse dont Brian Wilson serait fier. Contrairement aux précédents albums d’ouverture, avec des morceaux bruyants et tranchants comme « Hey Scenesters » et « Our Bovine Public », « Goodbye » est plutôt un prologue, qui plante le décor, établit l’ambiance avant que le « single » « Running Into You », un morceau de Cribs, ne s’écrase avec aplomb. En déchirant leur propre règlement, The Cribs se libèrent avec le plus grand des sourires – et vous êtes invités à la fête. 

Si leur précédente sortie, 24-7 Rock Star Shit était leur album « grunge », Night Network est leur album « soul ». « Never Thought I’d Feel Again » et « Deep Infatuation » sont deux extraits de ce que le groupe a baptisé « Wakefield Motown », tous deux remplissant le sol d’ornements de confiance inédits. À une époque où le terme « landfill indie » a été transmis à tout un chacun, The Cribs protestent encore contre cette expression par leur simple existence – ils sont les enfants modèles des créatifs qui refusent de stagner.

Night Network voit donc le combo dans sa phase de maturité et de réflexion la plus aboutie, bien qu’il ne soit jamais trop morose ou complaisant. Prenez « Screaming In Suburbia » »par exemple, un examen de la vie d’adulte, associé à un riff méticuleusement conçu et au déchiquetage de leur guitariste Ryan Jarman dont le topisme sur Pavement fleurit partout et toujours autant. The Cribs (berceau) sont toujours les mêmes enfants, mais maintenant le bébé ne veut plus se taire – alors qu’il est encore temps de chanter des chansons d’amour en veste de cuir, le maintien des relations et des responsabilités prend ici tout son sens. Il est difficile de ne pas voir l’hypnotique « Earl and Duke » comme une ode au lien familial durable qu’ils ont créé : (« tu es mon garçon et je suis ton duc » (you are my boy and I’m your duke). Ajoutons également « I Don’t Know Who I Am », avec en tête les guitares shoegaze et le falsetto mélancolique du bassiste Gary, faisant du titre un hurlement profondément vulnérable dans ce vide douloureusement familier de s’accrocher à une identité qui devient de moins en moins stable à mesure que l’on grandit. 

En ce qui concerne Night Network, les mots « magnum » et « opus » viennent à l’esprit. De la pop agitée et contagieuse de « She’s My Style » et du délicieusement nostalgique « The Weather Speaks Your Name », au groupe qui exploite son potentiel cinématographique et pittoresque sur « Siren Sing-Along », le disque est implacablement impressionnant, révélant constamment de nouvelles astuces jusqu’à la fin. Le titre « In the Neon Night » résumera peut-être le tout de manière impeccable. Les accords vifs et sagaces sont imprégnés de l’esprit du Revolver des Beatles, et le chant de Ryan aura la qualité d’urgence et d’optimisme qui convient pour chanter joyeusement ses paroles comme si chaque souffle était le plus vital du monde. 

Night Network commence avec The Cribs qui font doucement signe d’au revoir à leur année de turbulence, et se termine par des cris victorieux de « dégagisme » comme si ladite turbulence n’étant plus qu’un souvenir éphémère. Et comme l’album tombe à un moment où le monde se met à crier « bon débarras » aux mauvais esprits, il n’y a pas de bande sonore plus appropriée à cet état d’esprit que ce Night Network qui, quelque part, a, peut-être, sauvé l’année 2020.

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Moriarty: « The Die Is Cast »

4 novembre 2020

Se brancher sur le tout nouvel album The Die Is Cast, MM. West et Partridge (Moriaty pour vous ete moi) donne à l’auditeur environ 15 secondes d’échauffement avant que la première des nombreuses grosses lignes de guitares ne s’écrase, juste pour nous faire savoir ce à quoi nous devons nous réservoer au cours des 48 prochaines minutes. « LOL » présente un rythme de Liam, semblable un ricanement et à un battement de percussions, soutenu par un chœur somptueusement emphatique et criant « L-O-L ! » , une exhalaison qui fera sourire même les visages les plus endurcis.

Si « LOL », c’est Moriaty qui roule sur la piste d’envo et le « single » « Shake » est le son de leur mise en marche des postcombusteurs, de la force G qui vous arrache le lobe de l’oreille et du groupe qui s’élance à la vitesse d’une fusée dans le ciel. « 24-7 » suit rapidement, continuera à untempo soutenu, comme pour amplifier toute la gloriole viscérale qui le constitue.

Toutefois, Moriaty a développé l’art de se donner un répit et ses membres savent probablement très bien qu’il serait négligent de leur part de nous soumettre aussi tôt. C’est donc précisément ce que l’on retrouve au début du dernier « single » et titre phare « Balls out of the Bath (An Ode to Mary) ».

Ainsi, le« twang » façon Link Wray des années 50 se transforme en un riff de des plus croustillants, un de ces accords plaqués que Jordan West a également construit à partir de ses frets de guitares. D’une certaine manière, la chanson passe à la vitesse supérieure, ne prenant de l’air que pour se glisser dans un grand huit, avant que le sinistre motif de « Jaws » ne vous rappelle où et comment nous sommes censés être ; à savoir perdre votre sang-froid sur le plus grand air que Led Zeppelin n’ait jamais écrit, alors qu’il se remet à vous exploser la tête.

Changement de rythme, « OH! » »s’en va vers le coucher de soleil levant dans le Far West du Devon au point que ce pourrait même être le son de Dire Straits (demandez à votre père) sirotant un whisky au dernier bar ouvert en ville.

Moriatypoursuivra avec « Sonny », une chanson pop rock de 3 minutes qui peut sembler maladroite et apprivoisée entre de mauvaises mains, mais son stéréo comme sorti d’une station « adult-oriented- rock » est le bienvenu (probablement à cause de sa tendance à ressembler à Roger Macguin). Le groupe ne laisse personne s’en tirer aussi facilement, mais lae titre n’oublieea pas d’exploser avant de se terminer.

« Bills » a à peine commencé qu’un autre riff nous frappe au visage. Comme toute la meilleure musique rock, tout s’accélère à mi-chemin. West se met à parler enborbortgmes ponctués de points d’exclamation alors que les guitares gémissent et que la batterie s’écrase autour de lui avec un Matthew Partridge claque les peaux comme si sa vie et celle des autres en dépendait.

L’une des plus grandes critiques formulées à l’encontre de beaucoup des duos guitare/batterie est le manque de lumière et d’ombre dans leur son. Les choses ont tendance à souffrir d’un manque de linéarité qui les rend peu dynamiques mais Moriarty a du dynamisme à revendre avec cette capacité de vous frapper dans la bouche ou de vous caresser la joue avec une plume quand l’humeur le permet. Et à cela, ils sont passs maîtres.

Au moment où The Die Is Cast s’estompe, on nous donne plus d’espace et on nous permet de préparer le meilleur morceau de l’album : « Netflix » est un classique d’u »n departure song » au piano, une chanson que Tobias Jesso Jr aurait sûrement aimé écrire. Elle donne à l’auditeur un soulagement et un câlin pour avoir réussi à passer à travers la folie, malgré le fait que nous ne pouvons rien changer puisque les dés sont déjà jetés (the die are cast). Non pas que Moriaty déciderait de changersoit au cas où…

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Garcia Peoples: « Nightcap At Wits’ End »

4 novembre 2020

La façon dont Garcia Peoples ouvre son nouvel album, Nightcap at Wits’ End, la première impression est qu’on a téléchargé de Motorhead par erreur. La basse est incroyablement lourde et a pratiquement écrasé l’autoradio. Quand on vit avec l’album pendant un certain temps, on sait que ce n’est pas le cas. Nous avons, en effet, un groupe qui fait preuve de subtilité et joue sur une dynamique qui lui est propre.

Malgré un riff de basse tonitruant, « Gliding Through » est une façon appropriée d’ouvrir l’album. Le ton interrogateur des paroles correspond certainement à l’humeur du cauchemar américain actuel, « Comment vas-tu voir la lumière/ Quand tout a mal tourné ? / Fais confiance au rêve qui est dans ton esprit/ Je te promets que tout ira bien » (ow you gonna see the light/ When everything has gone awry?/ Trust the dream that’s in your mind/ I promise you we’ll be alright). Plus facile à dire qu’à faire, mais Garcia Peoples a toujours été capables d’évoquer un peu de magie.

Le tempo lourd qui ferme « Gliding Through » est remplacé par quelque chose qui ressemble plus aux ruisseaux qui coulent doucement sur « Wasted Time », cela ne veut pas dire que la chanson ne devient pas lourde, mais qu’elle n’essaie pas de vous soumettre ; c‘est en fait une grande partie de joie qui émane de ce groupe. L’attaque à trois guitares de Tom Malach et Danny Arakaki a été complétée par le passage de Derek Spaldo à six cordes. Avec Andy Cush à la basse et Pat Gubler aux claviers et autres instruments, ils peuvent se diriger vers la stratosphère en un rien de temps. Une mention spéciale doit, à cet égard, être accordée au batteur Cesar Arakaki tant il est des moments où il est difficile de croire qu’il n’a que deux mains.

Offrant des moments de transcendance, « Painting a Vision That Carries » propose des guitares acoustiques qui sont presque brisées par une explosion électrique aux proportions townshendiennes. La juxtaposition crée une transition intéressante, l’acoustique revenant au premier plan avant de glisser vers l’arrière-plan lorsque l’électrique prend le relais et nous prépare à un rendez-vous avec l’inattendu. Au cours de la seconde moitié de cette sortie, le groupe passe sans problème des jams en direct aux enregistrements en studio qui capturent la foudre dans une bouteille.

L’écurie de guitaristes s’étend sur « Crown of Thought » ; pendant près de six minutes, ils utilisent des riffs de guitare doubles harmonisés, des touches espacées et une approche jazzy de la batterie, tout en faisant avancer la chanson. L’interaction entre les guitares et le clavier est un mélange fascinant.

La maîtrise de plusieurs disciplines sur un même disque montre la polyvalence de ces six joueurs. En créant un album qui fusionne les formats de manière relativement homogène, Garcia Peoples continue de grandir et de prospérer en faisant les choses à sa façon. Nightcap At Wits’ End est un album à découvrir encore et encore. Il y a toujours quelque chose de nouveau qui émerge du mélange. De combien d’albums pouvez-vous dire la même chose ?

***1/2


Sinai Vessel: « Ground Aswim »

3 novembre 2020

Le deuxième album de Sinai Vessel trouve son auteur, Caleb Cordes, en pleine introspection, une réflexion sans relâche sur les choses qui le font vibrer, lui et les autres.

Lorsque Death Cab For Cutie a sorti The Photo Album en 2001, le chanteur Ben Gibbard l’a décrit comme une série d’instantanés qui documentaient les événements qui se déroulaient à l’époque où il écrivait les chansons. Ground Aswim affiche, à bien des égards, une perspective similaire. Caleb Cordes cueille des moments de sa vie, et les présente avec tendresse et élégance sur le genre de rock indé qui semble simple, mais qui est faussement complexe. De « Where Did You Go ? » qui ouvre l’album en douceur, au tonnerrevéhiculé par « All Days Just End », le Nord-Carolinien chante d’une manière qui transmet pléthore d’émotions, mais sans jamais se sentir forcé ou mis en avant – son ton est direct et pourtant touchant.

Cet élément de simplicité et d’émotion se retrouve également dans le travail du producteur Tommy Read. Son toucher est léger (le passage soudain à la guitare et au chant à la fin de Fragile, par exemple, est un choix simple mais inspiré), et la plupart des chansons peuvent être jouées avec peu d’interférences. Il y a un subtil bourdonnement ambiant qui murmure doucement sous les morceaux de Ground Aswim, mais, à part cela, il y a très peu de trucage dans la production, et c’est plutôt la montée et la descente parfaitement mesurée de l’instrumentation du groupe qui crée la dynamique de l’album.

Au cœur de l’album, « Cordes » met à nu tous les éléments de sa personnalité, qu’ils soient négatifs ou positifs. Sur « Shameplant, » qui se flétrit, il brosse un tableau de lui-même qui regarde constamment l’horizon – même face à la personne qu’il aime, il cherche une issue. C’est un texte brutalement honnête qui inonde Cordes d’une lumière crue : « Je t’aime. Sauf pour la partie de moi qui ne l’aime pas » (I love you. Except for the part of me that does not.Mais au fur et à mesure que la chanson progresse, le doute s’installe sur le fait que sa haine de soi est en fait une forme de doute de soi, estimant que « c’est une chose d’agir, et une autre de simplement croire » (t’s one thing to act on, and another to just believe).

Ground Aswim est le genre de disque qu’il est difficile de cerner, non pas parce qu’il est unique, ou révolutionnaire, ou parce qu’il défie le genre, mais parce qu’il est tout simplement très, très bon. De la même manière que Bright Eyes, Empty Country et Phoebe Bridgers ont récemment sorti des disques bourrés de brillantes compositions, Sinai Vessel a créé un disque qui se situe au sommet de la musique alternative, mêlant des éléments de rock complexe, d’émo confessionnel et d’indie subtilement saisissant.

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Black Foxxes: « Black Foxxes »

2 novembre 2020

Les Black Foxxes sortent leur troisième album suite à de nombreux changements personnels et de personnel. Mark Holley a toujours été ouvert et honnête à propos de ses problèmes de santé physique et mentale et cela continue à travers ces neuf chansons – enregistrées rapidement avec une nouvelle section rythmique (le batteur Finn McClean et le bassiste Jack Henley) et la productrice/mixeuse Ade Bushby.

Le disque s’ouvre avec « I Am », un morceau court et tranchant mais tendu qui s’accumule lentement lorsque Holley compare des maisons vides aux planchers qui grincent à son état d’esprit : « Je suis celui qui appelle ton nom, je suis celui qui appelle ton nom, appelle-moi par ton nom, appelle-moi bleu » ; « Je suis seul » (I am the one who calls your name, I am the one who calls your name, call me by your name, call me blue; I am alone). Elle se termine par un fracas de cris et de bruits passionnés qui mènent parfaitement au récent « single » « Badlands ». Avec des riffs trapus et des effets de shoegaze floutés, c’est une chanson qui ressemble à une transe et dans laquelle Mark assume la responsabilité de ses actes :  « Je suis conscient d’avoir fait trop d’erreurs » (’m conscious I have made too many mistakes). Alors que l’outro psychédélique façon War On Drugs-meets-Deerhunter s’intensifie, il répète la question « Pourquoi est-ce si difficile ? » (‘Why is this so hard?) 

« Drug Holiday » rappelle le son du début des années 90 à Seattle, où Holley essaie de se vider l’esprit mais finit par tomber amoureux d’une fille qui joue avec son esprit, tandis que « My Skin », lui, donnera des exemples de différents types de médicaments : « Ma peau est fissurée, je me réveille en sueur » ; « Mon corps tremble, un flot constant de drogues » (My skin is cracked, waking up in sweats’ ‘My body’s shaking, a constant stream of drugs).

« Panic » poursivra cette veine introspective – « Quand je suis faible, donnez-moi un coup de pied au cul, quand je suis faible, les jours se transforment en semaines » (When I’m low, kick me down, when I’m weak, days turn to weeks) – les mots étant prononcés sur un son plus proggy que ce que nous avons entendu auparavant, avec des voix synthétisées. « Swim » s’appuie également sur cette approche plus expérimentale, car Holley donne des conseils dont nous devrions tous nous inspirer : « Vivez comme si vous ne deveniez jamais vieux, dansez comme si on ne vous avait jamais appris. J’aime comment tu vibres quand je te regarde » (Live like you’ll never grow old, dance like you’ve never been taught. I love how you vibrate when I watch).

Nous avons entendu des éléments du Manchester Orchestra dans « Jungle Skies », une chanson aux teintes sombres qui renvoie à des observations antérieures sur le disque : « J’ai pris les mots de ma bouche, un espace vide dans ma maison» ; « A la recherche d’un alibi, ce style de vie mène au suicide. La maison est là où se trouve le cœur  » (Took the words from my mouth, an empty space within my house;‘Searching for an alibi, this lifestyle leads to suicide. Home is where the heart is) et fait référence au fait d’être une « page vide ». Le fracas des percussionsqui ouvre « Pacific » capture ainsi le style brut de ce disque, alors que Holley fait des observations sur la vitesse à laquelle le temps peut s’écouler, tandis que « The Diving Bell », qui se termine, se replonge dans le tourbillon et l’hymne sonore de « Badlands ». Sur une durée de 9 minutes et demie, il ajoute des harmonies, des chants d’appel et de réponse, des riffs bruyants (pensez à Cardiacs ou Oceansize) et des paroles qui donnent la chair de poule sur la façon dont « nous pouvons faire mieux » (we can do better’).

Souvent, lorsqu’un groupe sort un album éponyme dans le cadre de sa carrière, c’est le moment pour lui de faire le point, de changer de son et de se concentrer sur ce qui compte vraiment pour lui. C’est certainement le cas de Black Foxxes, un disque qui montre une fois de plus pourquoi Mark Holley est l’un de nos auteurs de chansons les plus passionnés et les plus francs.

***1/2