Steven Mackey: « Time Release »

8 juin 2020

Chaque composition de l’album Time Release de Steven Mackey démontre sa capacité à intégrer des textures et des gestes orchestraux variés et imaginatifs dans un récit cohérent. La musique de Mackey comporte des éléments néo-romantiques, comprenant une expression mélodique gestuelle et des formes dialectiques.  Il utilise largement la tonalité étendue avec le chromatisme. Cependant, il y a de fréquentes interjections non diatoniques et polytonales qui rappellent vaguement la musique de Charles Ives, ainsi que des sections texturales au contenu de hauteur désorientant. Mackey utilise notamment ces sonorités tonales étendues sans avoir l’air banal ou cinématographique.  L’orchestration bien équilibrée et magistrale de la musique de Mackey est tout aussi magistrale dans l’interprétation de l’œuvre par le Boston Modern Orchestra Project.

Les polyrythmies gestuelles et les modulations métriques momentanées dans la pièce Time Release de Mackey créent un sentiment de morphing temporel, qui reflète peut-être le titre de l’album.  Dans « Time Release : I. Stately – Short/Long », les percussions jouent plus qu’un rôle d’orgueilleux, avec des blocs de bois, divers instruments de percussion terreux et des cymbales suspendues créant un groove texturé et un dialogue rythmique.  C’est l’un des points forts de l’album : un groove de percussions raffiné, orné de notes rafraîchissantes issues du marimba, progresse sur des gestes de cordes qui se balancent et se déplacent. Plus tard dans lae titre, les solos de marimba sont accompagnés d’une mélodie contrapuntique pour cordes.  Cette combinaison instrumentale unique revient continuellement tout au long de Time Release et ajoute de la légèreté à la pièce.  Au fur et à mesure du déroulement de Time Release, différents instruments tels que la clarinette et le cor se voient attribuer une autonomie solistique.  Le marimba continue à s’engager dans un dialogue fascinant avec l’orchestre et les différentes forces solistes tout au long de la composition.

Un autre point fort de l’album est  « Urban Ocean » de Mackey, dans laquelle des moments colorés suspendus (le début de la pièce, par exemple) sont incorporés dans le récit de la pièce.  Il s’agit de moments timbraux et harmoniques intéressants – qui ressemblent vaguement à une musique spectrale – dans lesquels Mackey forme des présentations acoustiques uniques en combinant les différentes forces symphoniques.  D’autres morceaux de Time Release sont reconnaissables à leurs mélodies expressives et mélodieuses, ainsi qu’à leur tonalité et à leur atmosphère changeantes et transitoires.  

Bien que Mackey soit connu pour incorporer des éléments de musique rock dans ses compositions, cet album ne reflète que partiellement cet aspect de son travail.  L’album comporte cependant quelques sections qui évoquent le rock ainsi que d’autres genres musicaux : l’utilisation répandue de la clave, un motif rythmique afro-cubain (« Turn The Key »), ainsi qu’un solo de percussion énergique et imprégné de rock (« Time Release : II. Playful Turbulence – Slow/Fast »), montrent l’intérêt de Mackey pour des styles musicaux qui sont généralement intouchés dans la musique classique contemporaine.

***1/2


Pouya Pour-Amin: « Prison Episodes »

10 juillet 2019

Collaborateur aux cotés de Sara Bigdeli Shamloo et Nima Aghiani ( 9T Antiope) au sein de la formation Migrain Sq., l’artiste multi-instrumentiste iranien Pouya Pour-Amin nous met face à l’horreur de la prison, avec ses moments de trouble, de torture, de douleur, d’espoir et de cassure.

Prison Episodes est une plongée viscérale dans un monde qui parait inimaginable pour ceux qui n’ont pas vécu l’incarcération, monde à part où tout semble se dérober sous nos pieds, avec ses quatre murs pour toute forme de compagnie.

Pouya Pour-Amin met en musique l’impensable, comblant le vide par des litanies à l’intériorité pleine d’humanité, l’écho n’étant que le son du souffle que l’on attend de l’autre, source de communication et d’interaction. Les sept titres résonnent sur des débris de chair enroulés dans un amas de pierre, avec ses instants suspendus et ses spasmes emplis de tragédie et de peur, de douleur infectieuse et de beauté menaçante.

Les instruments déversent dans le vide des mélodies cherchant à éveiller ce quelque chose qui échapperait à la folie des hommes, monde tragique aux destinées prises entre les maillons de forces obscures. Prison Episodes ne sombre jamais dans le cliché, flirtant avec l’abstraction et la poésie, la méditation et le divin. Sublime.

***1/2