Mary Hopkin: « Another Road »

18 septembre 2020

Mary Hopkin a été l’une des premières artistes à signer avec les Beatles sur leur label Apple et, en 1968, elle a connu un succès monstre avec « Those Were The Days » et elle a eu beaucoup d’autres hits ; à cet égard, chacune de ses sorties est un petit événement à célébrer ne serait-ce que parce que ses albums sont rares.

Sept ans se sont écoulés depuis son dernier opus, Painting By Numbers en 2013, ce qui fait que ses mélodies, sa voix, sa musicalité, ses harmonieset ses parole ont manqué à beaucoup dans paysage musical.

Entretemps, elle a chanté sur le récent album de Ralph McTell, Hill Of Beans, ainsi qu’ avec sa fille, Jessica Lee Morgan, sur son dernier album, Forthright. Another Road a été, pour ces raisons, mais il pourrait bien êtreun des ses meilleurs.

Ce disque est, en quelque sorte, une affaire de famille. Hopkin a écrit, produit et enregistré l’album dans son home studio, mais elle a bénéficié de l’aide de sa fille, Jessica Lee Morgan, qui est une artiste talentueuse à part entière, et du partenaire de Morgan, Christian Thomas. Ils avaient aidé Hopkin à apprendre à enregistrer elle-même, mais l’ont aidée à distance en lui fournissant une basse, une guitare, un saxophone, un piano et, à l’occasion, des voix. Thomas a également mixé l’ensemble de l’album, sur lequel Hopkin avait un contrôle total.

L’album a ses racines dans la musique folklorique, mais ce n’est pas entièrement le folk qui le vend à découvert. Hopkin crée de la musique comme aucun autre artiste. Elle écrit des mélodies qui visent à vous arracher le cœur et son utilisation des chœurs améliore chaque chanson. On peut voir, ou plutôt entendre, pourquoi des artistes comme Kate Bush la citent comme une influence. Hopkin apporte de la beauté à ce monde, même lorsqu’elle fait de la politique et qu’elle chante l’horrible état des choses aux États-Unis. Elle ne juge pas, elle ne prêche pas, mais elle réfléchit.

L’album s’ouvre sur la chanson titre, « Another Road », dont la première ligne, « Construisons une autre route, découpons la campagne Nous avons les solutions à tous nos problèmes, Gagner beaucoup d’argent en même temps » (Let’s build another road, carve up the countryside. We got the solutions to all our problems, Make lots of money at the same time) est une déclaration audacieuse pour ouvrir l’album. Hopkin a de l’espoir, mais elle est aussi très consciente du monde et elle n’hésite pas à être honnête.

Another Road est plein de chansons personnelles, d’histoires et de déclarations politiques. 10 chapitres et 10 aperçus du monde de Hopkin. Tout cela sur des chansons magnifiques, mélodiques et parfaitement enregistrées. Et n’oublions pas cette voix. Hopkin a une sonorité phénoménale dans le cheminement qu’elle opère vers une nouvelle route.

***1/2


Roddy Frame: « Seven Dials »

14 mai 2014

Roddy Frame est un illustre membre de l’aristocratie rock écossaise depuis les années héroïques où il était en charge de Aztec Camera et de son répertoire qui allait du son le plus cristallin à des tonalités plus encombrées ou à des ramifications vers le jazz.

Sa carrière solo a été plus cohérente à ce niveau et il est parvenu à maintenir une certaine aura malgré peu de productions discographique et grâce à des concerts incendiaires. En effet cet album n’est le 4° depuis 2006 et il s’inscrit, principalement, dans une démarche qui est celle du changement.

Les titres parlent de voyages, de départs, d’arrivées, de transitions et de mouvements. Comme d’habitude chez lui ce sont des chansons d’amour mais nous sommes ici confrontés à ses suites plutôt qu’à son déroulement, ou l’approche plutôt que le dénouement.

Pour cela il fallait beaucoup de nuances et d’émotions et Seven Dials est un disque merveilleusement plein de ces moments où les sous-entendus sont table de loi.

Ceux qui sont amateurs de pop chatoyante trouveront de quoi les ravir avec « Postcard », un moment exotique de « blue eyed soul » avec une ligne de guitare en perpétuelle ascension tout comme avec le « single » ensoleillé qu’est un « Forty Days Of Rain » qui ne fait que démentir son titre par son refrain rédempteur et son phrasé vocal parfaitement ajusté.

La vois du chanteur demeure parfaitement en place et équilibrée, riche et foisonnante tout en traduisant à merveille le climat de perte, de résignation ou d’espoir qui est parfois véhiculé (« Rear View Mirror ») L’affliction sera encore mieux traduite sur le minimalisme de « English Garden » ou de la chanson titre.

On a souvent reproché à Frame de se cantonner dans le statut d’observateur détaché, sur Seven Dials c’est une toute autre affaire. Les émotions sont présentes, sans fard, et donnent à l’auditeur la sensation que l’artiste a changé. Qu’il ait fallu attendre 8 ans pour arriver à cette constatation ne pourra que le réjouir, et nous avec !

***1/2


Rod Stewart: « Time »

27 mai 2013

Il y a belle lurette que la crédibilité « rock » de Rod Stewart a disparu. Entre « jet set » et albums de reprises qui peinaient à émuler les brillantes tentatives de Bryan Ferry dans le registre « crooner » celui qui fut une des plus belles voix de la musique populaire anglaise n’était plus attendu par personne.

Time voit pourtant , semble-t-il, le vocaliste retrouver sa muse puisqu‘il agit du premier album intégralement composé par Stewart depuis 20 ans.

Comme pour ce type de retour et, contrairement à celui de David Bowie, celui-ci ne laisse qu’une impression mitigée. Sans doute est-ce un tribut laissé par ses dernières manifestations, les compositions les plus intéressantes seront les plus lentes et les plus introspectives : « Brignton Beach » et ses guitares acoustiques et le country-jazz façon Ray Charles de « Pictures In A Frame ».

Autres bons moments, certains « rockers » qui parviennent à fonctionner : « Live the Life » rappellera « Maggie May » grâce à son violon, « Finest Woman » les Faces avec ses arrangements de cuivres punchy ou le « single » « It’s Over ».

Moins concluantes seront les productions où les synthés vont s’emparer de l’affaire, tout particulièrement un « Sexual Religion » dont le titre en soi devrait nous faire fuir.

En même temps peut-on reprocher à Stewart cette gouaillerie de mauvais goût qui l’a toujours caractérisé ? Soyons juste satisfait que le temps n’ai pas eu prise sur la voix et que celle-ci pourrait encore se mettre au service de compositions qui tiendraient la route.

★★☆☆☆