Lrrr: « Whose News ? »

Skyler Lloyd est membre du groupe Tundrastrooper et il présente ici son side-project, Lrrr, et son premier album intitulé Whose News ?. Pas de sludge-rock mais des courtes compositions indie folk psychédéliques telles que « not even u » en guise d’introduction mais également « ez pollen », « no matter the forcefield » et « sumac ».

Avec ces sonorités lo-fi qui possèdent son lot de charmes, Lrrr ne privilégie que le calme et la tranquillité avec ces courtes ballades qui se veulent touchantes. De « fog » à « beams » en passant par « sure », Whose News ? arrivera à émouvoir son auditoire grâce à la sincérité se dégageant de ces plages. À contre-emploi ? Peut-être, en tout cas ces nouvelles-là ne sont pas à négliger.

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Duster: « Duster »

Les légendes du slowcore de San Jose, Duster, reviennent au bercail avec leur nouvel album éponyme, le premier du groupe depuis près de deux décennies. Bien que cela fasse 19 ans que Duster a sorti son deuxième et dernier album, Contemporary Movement, on a, à bien des égards, l’impression que la musique n’a jamais cessé. Les membres, les multi-instrumentistes Clay Parton et Canaan Dove Amber, et le batteur Jason Albertini, sont restés en contact au fil des ans et ont continué à travailler ensemble à différents titres. Albertini a formé l’Helvetia après la dissolution de Duster, où il a fréquemment collaboré avec Amber. Leurs six premières sorties ont été réalisées par le label The Static Cult de Parton. C’était un groupe très soudé.

Plus tard, Albertini a été le bassiste de Built to Spill, un autre groupe de rock des années 90, où il a rempli la section rythmique avec Steve Gere après le départ de Brett Nelson et Scott Plouf. À la fin de leur séjour à Built to Spill, Gere a rejoint Duster en tant que batteur de tournée pour leurs réunions, tandis qu’Albertini prenait en charge la basse.

Lorsque le groupe a annoncé qu’il allait « enregistrer un peu » sur instagram en 2018, les fans ont été enchantés par les photos de leur équipement d’époque. Duster était de retour et leur charme organique et lofi était sans compromis. Cependant, dans une interview, Parton a averti les fans que la sortie prochaine du groupe pourrait ne pas plaire à tout le monde.

Il est vrai que le nouvel album éponyme de Duster n’a pas l’énergie inégalable de leur premier LP Stratosphere, ni la réputation lourde et mythique de leur production classique, sauvée de deux décennies d’obscurité silencieuses. Mais l’album éponyme de Duster trouve sans effort sa place dans la discographie désormais légendaire du groupe.

Enregistré en direct dans le garage de Patron, l’album sonne presque comme s’il s’agissait d’une capsule temporelle sauvée de 2001. Il a certainement toutes les caractéristiques d’un album classique de Duster : le chant est bas dans le mixage, chaque note de basse est tonitruante et délibérée, les chansons sont toujours ouvertes et vagues même quand elles sont directes, et une épaisse couche de fuzz imprègne l’album. On en vient, en fait, à penser que jamais Duster n’a été aussi flou.

Cet élément atteint son paroxysme pendant les feedbacks arrosés de « Damaged » et « Go Back ». Entre les deux, il y a le magnifique et brumeux « Letting Go », l’un des deux titres que le groupe a partagé avant sa sortie. Parmi les autres points forts de l’album, citons le sombre et entraînant « Ghost World », le chaleureux et délicat « Hoya Paranoia » et le spacieux « Copernicus Crater », que le groupe a sorti à Halloween.

Ne vous y trompez pas, il y a une progressio marquée de ces 12 pistes qui vont au-delà du flou. Duster est le disque le plus ambitieux du groupe sur le plan sonore à ce jour et ils ont appris plus que quelques tours en leur temps à part.

Parton a récemment décrit le groupecomme pratiquant de la « musique expérimentale dépressive », ce qui est probablement une description plus précise du groupe à ce stade que celle de « slowcore ». Duster a retouvé son public en 2019, cedernier l’a retrouvé aussi et leur album éponyme montre que le groupe a encore beaucoup d’atouts dans les mains.

***1/2

Hovvdy: « Heavy Lifter »

Dès les premières secondes du troisième album de Hovvdy, Heavy Lifter, le groupe fait clairement comprendre à l’auditeur qu’il va vivre une expérience nostalgique et mélancolique. Les accords qui soutiennent l’ouverture de « 1999 » semblent lourds, penchés sur un territoire mineur, nous laissant la sensation d’un coup de poing asséné aux tripes. C’est une façon de commencer un album an nous poussant vers le bas mais elle ne nous dispensepas de moments plus heureux. D’ailleurs, le morceau suivant, « Mr. Lee », va immédiatement nous y guider comme pour nous faire croire que l’entame n’était qu’un mauvais rêve et qu’il était nécessaire de s’en extiprer.

Dans Heavy Lifter, il y a une forte insistance la notion d’examiner votre environnement, comme sur « Cathedral », qui se concentre sur l’onbservation, celle d’étudier comment on entre dans le culte d’un autre. Il est peut-être plus facile de s’immerger dans les profondeurs de la tête d’autrui, plutôt que de vivre dans la sienne propre. Les textes insistent sur l’envie de s’échapper vers un santuaire privé et de s’exiler vers une cathédrale pour goûter à l’émerveillement dans l’espoir de trouver un espace vacant permanent qui lui soit propre.

Hovvdy excelle dans les ballades lentes et mélancoliques, atterrissant constamment quelque part entre Elliott Smith et The Microphones. Leurs chansons reflètent fortement les résultats post-hoegaze, optant pour un ton plus triste et morne sur des morceaux comme « Feel Tall ». Les moments de joie sur Heavy Lifter portent aussi une pincée de sarcasme, se moquant presque de l’idée de faire une musique strictement joyeuse. Mais les chansons sont vectrices de bonnes intentions – « TellmeI’masinger » est une charmante ode au clavier-jouet de Fisher-Price où on qu’ête une constante envie d’approbation humaine.

Étant donné que tant de choses dans Heavy Lifter sont lourdes et évoquent les parcelles les plus difficiles de la vie, il ne sera pas surprenant que les deux fondateurs du groupe, Charlie Martin et Will Taylor, viennent du Texas, un état assez grand pour qu’on sy sente comme dans sa propre planète, ce qui peut créer son propre sentiment d’isolement. La vision de Martin et Taylor se mélange sur ce disque, créant des moments où ils se sentent en sécurité dans un espace vaste et sans fin. Leurs chansons apportent ainsi un réconfort contre la peur, et une occasion de réfléchir et de se tourner vers l’intérieur, de se concentrer sur la lumière.

***1/2

Fun Fun Funeral: « Everything Is OK »

Le premier album de de duo franco-britannique composé de Dean Spacer et Clément Sbaffe est à l’image de son patronyme, entre amusement (fun) et deuil (funeral). Le tandem est intrigant également par sa musique, évanesente et pleine de faux-fuyants sinueux comme le seraient les circonvolutions du cerveau ou, parfois, du coeur.

Le disque a été bricolé en semi retraite dans une petite chapelle de la Manche, lieu isolé permettant de se transformer en bulle de créativité débridée, entre moyens limités, lo-fi, et tâtonnements.

Les voix hauts-perchées et la guitare folk en sont la structure, squelettique comme elle se doit de l’être. Autour de celle-ci, boîtes à rythmes, synthés, instruments jouets et autres objets détournés de leur usage premier constituernont une instrumentation hasardeuse.

Le résultat est déroutante et cristallise à la fois frustration et intérêt. Peut-être est-ce sur ce dédale qu’il conviendra de se repérer puis se guider sans être, toutefois, certain d’y accéder.
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Howe Gelb: « Gathered »

Nul ne peut nier que Howe Gelb continue de tracer son bonhomme de chemin sereinement. On avait laissé l’auteur-compositeur-interprète originaire de Tucson avec son Future Standards il y a deux années de cela. Le vétéran n’a pas pour autant dit son dernier mot car voici venir son successeur intitulé Gathered.

Avec quinze nouvelles compositions à la clé, Howe Gelb continue d’incarner son rôle de crooner à la perfection. Gathered trace une route plutôt sereine avec des titres folk-rock lo-fi teintés de rétro comme « On The Fence » qui ouvre le bal mais également « Anna » et « Flyin’ On The Rails » où il suffit de fermer les yeux et de se laisser emporter par ces douces ritournelles.

Bien entendu, Howe Gelb n’est pas tout seul sur cette virée musicale. On peut retrouver M. Ward sur « A Thousand Kisses Deep » ou bien encore Anna Karina de La Nouvelle Vague sur le tendre « Not The End Of The World ». Avec sa voix rugueuse et savamment chuchotée, le musicien nous emporte avec ces morceaux d’une douceur extrême comme « All You Need To Know » et « The Park At Dark ». Résolument abouti et homogène, ce nouveau voyage musical intitulé qui se clôture avec le lancinant « Storyteller » durant six bonnes minutes et « Steadfast » saura trouver un public comme à son habitude comme est habituel le talent musical de Howe Gelb.

***1/2

Leopardo: « Is It An Easy Life ? »

Le premier album du combo suisse répondant au nom de Leopardo se nommait Di Caprio et il pratiquait une garage-pop lo-fi légèrement teintée de spychedlisme. It An Easy Life ? Poursuit, soniquement, dans la même veine avec, un petit plus qui lui donne un faux air d’album concept.

Le combo, ici, s’aventure dans ces terrains musicaux absolument jouissifs et colorés avec, entre autres, l’introduction psychédélique aussi bien doucereuse que rugueuse mais également « Modern Love » et « Fear » flirtant avec le DIY.

À travers ces neuf nouvelles compositions, Leopardo ldonne voix à ses angoisses existentielles et ses turbulences romantiques que ce soit sur les incursions krautrock de « Holiday of Love » avec un petit soupçon digne de Kurt Vile ou encore sur les allures indie pop harmonieuses de « I Wanna Tame You ». Le combo suisse fait également parler son imagination avec la ballade lancinante de plus de six minutes nommée « Happiness » tout comme sur la conclusive « Chinese Army ». Sur ce second album et ses influences garage-pop digne des années soixante, Leopardo perfectionne avec brio son style.

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(Sandy) Alex G: « House Of Sugar »

(Sandy) Alex G est devenu une référence de l’indie rock de cette décennie. On l’avait laissé avec son exceellent album Rocket paru en 2017 qui lui a permis d’acquérir une plus que certaine notoriété. Le collaborateur de Frank Ocean revient tenter nous envoûter une fois de plus avec son neuvième opus, House of Sugar.

Nous sommes ici longés dans un conte de fées à l’écoute d’une introduction déconcertante, « Walk Away » qui, à partir d’une mélodie dissonante, Alex Giannascoli nous hypnotisepar sa formulation incantatoire. De quoi démarrer cet album en trombe avec le bucolique « Hope » qui est remarquable pour sa mélodie céleste ainsi que le pur « Southern Sky » avec sa mélodie au piano et le côté freak de « Gretel » mettant en avant le mal-être adolescent de son auteur.

Très vite, (Sandy) Alex G ira diversifier sa palette musicale et cela s’entendra à travers des moments instrumentaux quelque peu expérimentaux : « Project 2 » qui sonne comme une démo inachevée ou encore « Bad Man ». Les accents électroniques prennent alors le dessus sur« Taking » et « Near » avant que la voix ultra-trafiquée  du musicien de Philadelphie ne s’impose sur « Sugar ». Suite à ce détour quelque peu incongru, on revient à des compositions plus contemplatives rappelant la grâce d’Elliot Smith avec, par exemple, « In My Arms » et l’attachant « Crime » mettant au premier plan la plume personnelle et inventive de notre hôte.

Après une conclusion live nommée « SugarHouse » et son solo de saxophone attachant, (Sandy) Alex G continue de nous fasciner avec ses contes surréalistes et de repousser les limites de la bedroom-pop/indie folk. House of Sugar est un autre manifeste du talent incommensurable de l’éternel collaborateur de Frank Ocean et on ne peut que souhaiter qu’il décide de ne pas s’arrêter en si bon chemin.

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Lina Tullgren: « Free Cell »

À la fin de l’année 2017, une jeune prétendante venue du Maine en Nouvelle-Angleterre répondant au nom de Lina Tullgren avait fait ses premières preuves avec son premier album, Won. Depuis, elle est parvenue arrive tant bien que mal à s’immiscer dans le cercle de l’indie rock féminin. .Deux ans plus tard, elle décide de redoubler d’ambition avec son « sophomore album », Free Cell.

Afin de mieux se démarquer, Lina Tullgren a employé les grands moyens. À l’écoute de Free Cell, tout laisse à penser qu’elle a décidé d’emprunter la voie de la sagesse. C’est avec des arrangements baroques et romanesques menés aux cordes et aux cuivres qu’elle surprendra à l’écoute de perles telles que l’introduction mettant directement dans l’ambiance ou bien encore « Golden Babyland » et l’entêtant « Saiddone ».

Hormis les élans plus électriques de « 110717 » rappelant son premier album, Lina Tullgren impressionne par son ouverture d’esprit. Après un accident de voiture qui a failli lui coûter la vie, la musicienne semble avoir eu une révélation. C’est à l’écoute de tendres ballades comme « Bad At Parties », « Wow, Lucky » et autres « Soft Again » que l’on plonge dans son univers bien particulier. Et on n’est jamais au bout de nos surprises que ce soit sur les deux parties de « Soft Glove » ou sur la sublime conclusion nommée « Piano » car elle a réussi à se réinventer afin de fasciner un peu plus. Chose dont beaucoup pourraient prendre de la graine.

***1/2

Brisa Roché: « Low Fidelity

Le précédent opus de Brisa Roché, Father, était sson album le plus intime et le plus dépouillé. Le choix de la simplicité semble lui avoir plu, puisqu’elle revient aujourd’hui avec un disque intitulé Low Fidelity, titre on ne peut plus judicieux tant car il sonne si il avait été fait à la maison.

Sans prétention mais inspiré, l’Américaine dévoile une collection de chansons charmantes, poétiques et volontairement imparfaites pour mettre en avant ce qui lui tient le plus à cœur : un art du songwriting qui se veut le plus authentique possible.

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Bass Drum Of Death: « Just Business »

Cela faisait quatre ans que l’on était sans nouvelles d’un des groupes les plus charismatiques de cette décennie: Bass Drum Of Death. La formation menée par le John Barrett avait fait forte impression avec Rip This puis a disparu de la circulation pour revenir aujourd’hui avec un nouvel opus intitulé, de faon sgnificative, Just Business.

Deux changements dont à noter au niveau de Bass Drum Of Death ; le combo a changé de label et lle one-man band s’éloigne des contrées garage-rock psychédéliques dignes de Thee Oh Oh Sees et Ty Segall pour un son plus catchy et plus accessible. Il semblerait qu’il ait beaucoup écouté The Buzzcocks car l’influence se fait (trop) ressentir sur « Third Coast Dreaming » en guise d’introduction mais encore « Diamond In The Rough », « Heavy » qui frôle le gospel et « I Don’t Wanna Know » bien plus pop.

Inspiré par la Big Apple, Bass Drum Of Death dit adieu à son passé qui fut passionnant pour un son plus quelconque. Il perd ainsi un peu de son inventivité qui avait fait son originalité sur « Odds Are Good » et « I Love You (I Think) » et il lrs remplace par des résurgences plus heavy de son passé avec « Falling Up » il frôle même parfois la pastiche avec « I Thought I Told You ». Entre un avant et son autre après, le présent de Bass Drum Of Death s’annonce  comme tout sauf du business as usual.

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