High Sunn: « Our Perception »

L’époque étant aux pseudonymes, celui de High Sunn s’applique à Justin Cheromiah, artiste mais également one-man band dont Our Perception est le deuxième album. Plutôt qu’artiste on devrait employer le terme jeune homme puisque l’ex-lycéen Cheromiah est à peine sorti de l’adolescence.

Il ne change d’ailleurs pas ses habitudes en racontant son quotidien de jeune oisif, une existence faite de petites péripéties n tous genres avec « Need For Your Comfort », « Emotional Matters » mais également « True ». C’est en restant dans sa zone de confort que High Sunn arrive à nous captiver avec sa bedroom-pop lo-fi et une sensibilité qui fait souvent mouche comme sur « On The Floor », « Just Remember » ainsi que « Stay With Me ».

En glissant, sur ces derniers titres, quelques petites notules acidulées il passe tout doucement à quelque chose de plus affirmé et à une remise en question dont on peut espérer qu’elle se poursuivra en terme d’apprentissage et d’accès à la maturité.

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Papercuts: « Parallel Universe Blues »

Après quatre ans de silence durant lesquels il s’est davantage concentré sur son métier de producteur aux côtés de Beach House, Luna, Cass McCombs ou encore Vetiver, Jason Quever est de retour avec Papercuts. Depuis la parution d’un premier album en 2004 (Mockingbird), le songwriter américain aujourd’hui basé à Los Angeles est le seul membre permanent de ce projet « indie » un peu touche-à-tout. Jusque-là, la pop de Quever a pu être pastorale, baroque (notamment sur Fading Parade) ou folk… On y retrouve en tout cas toujours ce côté lo-fi, cette touche 60’s, ce talent inné pour la mélodie et ce timbre de voix mélancolique. Parfois, il s’agirait presque d’un chuchotement.

Nous voici en 2018, quatre ans après un magnifique Life Among The Savages qui faisait la part belle à l’expression des cordes.

Avec Parallel Universe Blues, Papercuts nous transporte ailleurs, sur un territoire plus vaporeux. Exit le côté « chamber pop » qui lui allait aussi à merveille, et place à un décor shoegaze. Une pop-folk-noise qui permet au discret Jason Quever de se dissimuler encore davantage derrière ses compositions. Sans pour autant tout noyer dans la reverb. Bien au contraire…

Des titres « Laughing Man », « How To Quit Smoking » et « Kathleen Says » sont sans conteste parmi les meilleurs que Quever a pu proposer jusque-là ; on y retrouve le talent mélodique à la Belle And Sebastian, la production noisy des Jesus And Mary Chain ou l’esprit du Velvet Undergroud.

Parallel Universe Blues est relativement court mais il est crucial d’autant que, ayant pu pour première fois enregistrer chez lui, le créativité de l’artiste semble être le prélude de moments encore plus prometteurs.

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Yowler: « Black Dog In My Path »

Sous ce patronyme étrange, se cache Maryn Jones une artiste qui avait déjà officié avec All Dogs et Saintseneca. Ce projet solo en est à deuxième album et ce Black Dog In My Path s’est trouvé une niche entre bedroom-pop et lo-fi.

Le tout est assez raffiné, mélange de lucidité et de nostalgie ; regard sur un passé servi par une plume acérée. Disque intimiste ; « Angel » mais également « Sorrow », « Awkward » et le larmoyant « No » nous plongent en effet dans la psychologie de la chanteuse.

Les tempos sont ceux de ces ballades qui peuvent vous faire fendre l’armure tant leur veine introspective peut -être un crève-coeur, mais tamisées par les sonorités agressives et grunge de « Where Is My Light ? » ou encore les cuivres sur « Holidays Reprise », Maryn Jones parvient à condenser un univers qui, tout propre qu’il lui soit, n’est pas totalement replié comme une huitre.

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The Goon Sax: « We’re Not Talking »

Quand James Harrison, Louis Forster et Riley Jones sortirent leur « debut album », Up to Anything’ » en 2016, ils étaient encore lycéens et avaient 17 ans.

C’était un bon petit disque, de « lo-fi » indie punk explorant des thèmes tels que la vulnérabilité des teenagers et leurs sentiments d’insécurité en s’efforçant de ne pas donner trop naïfs.

We’re Not Talking voit nos Australiens prendre en compte une certaine maturité et décider de qui ils sont véritablement. « She Know » en est un exemple révélateur avec son lot d’énergie frénétique, de rythmes accrocheurs et de mélodies captivantes.

Ici, The Young Marble Giants rencontrent Human League avec  l’apport déterminant de Riley Jones. « Sleep EZ », « Til the End », « We Can’t Win » et « Losing Myself » valent bien plus que la conjonction des trois membres de Goon Sax, y compris celle de Louis Foster, le fils de Robert Foster des mythiques Go-Betwwens.

Riley assure les vocaux principaux sur « Strange Light » merveilleux hymne à l’honnêteté et à l’espoir de trouver rédemption au travers des échecs, effort symptomatique d’accès à un âge plus adulte où la déprime existentielle est tamisée par une prise en compte de sa singularité plus sereine et affirmée.

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Big Thief: « Capacity »

La ligne de guitare mélancolique qui introduit ce deuxième opus du combo installe immédiatement la trame lo-fi que Big Thief veut faire naître dans Capacity. On y ajoute des notules tendres et lyriques pour un résultat qui vise à nous hanter.
Cette obsession a sa source dans ces émotions qui ont pour noms douleur amoureuse et ferveur des saisissements.
Un titre comme « Mythical Beauty » ou la chanson titre ajoutent ainsi souffrance et accalmie comme signes de rédemption avec guitares en distorsion et vocaux qui s’approfondissent la notion de chagrin.

Il ne restera alors qu’à laisser les mélodies flotter en apesanteur pour se libérer de cette tension sous-jacente et de ces traumas.

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David Vassalotti: « Broken Rope »

David Vassalotti est surtout connu comme guitariste de Merchandise. Broken Rope, en ce sens, n’est pas qu’un album solo pas parce que l’artiste y fait tout mais parce qu’il ne sonne jamais comme un travail qu’aurait pu commette un groupe.

Qui d’autre que quelqu’un bossant en individuel aurait pu passer du lo-fi à des inclinaisons littéraires ou alterner le douceâtre intime avec le noisy incompréhensible ?

Il faut être libre de ses actes pour ouvrir un album avec un titre aussi bizarroïde que « The Trouble With Being Born » greffé d’electronica, de saxophone et de guitares en dissonance s’engouffrant dans un « Lady Day Redux » où le souvenir de Morrissey émerge.

On ne doit pas chercher direction mais plutôt ici volonté d’affirmer le « non sens » pour alterner des figures historiques tragiques (« Ines de Castro »), du folklore russe sont on revendique qu’il soit cryptique.

Broken Rope peut être déroutant par ses improvisations et ses bruits mécanistes ; c’est dans cette dialectique qu’il est un ouvrage fascinant.

***1/2

Low: « Ones and Sixes »

Low sont maîtres quand il s’agit de transformer le vide en vague grondante et des orchestrations qui vous emmènent dans un maelström de bruit musical et mental. Ils sont à la fois intenses et vecteurs de joie ; c’est à nouveau le cas sur leur nouvel opus, une exhibition déglinguée de pop souterraine. Malgré son instrumentation relativement minimaliste, chaque morceau comprend en effet des craquements ou autres bruissements et soupirs, une sistortion qui égratigne nos sens et qui reste an nous de façon familière.

Cela fait vingt-deux ans que Alan Sparhawk et son épouse Mimi Parker ont fondé leur combo et ils chantent toujours avec ces harmonies pour lesquelles n’existe qu’un seul adjectif : impeccables.

Les voix se rencontrent et se connectent d’un façon qui ne peut que vous hanter et leur phrasé rythme des mots qui sonnent comme des vers poétiques (« Careful, Measured, Tortured, Stable »e est un titre qui pourrait résumer l’album).

L’impact est étrange et il nous interpelle un peu comme un vaste paysage qui s’ouvre sous nos yeux pour nous invite patiemment à le pénétrer et l’explorer. La nature synthétisée de l’album nous le rend difficile le catégoriser ; il évoque un appel vers une autre ère qu’il est impossible de situer en une époque.

On pourrait presque parler de cet Inconscient Collectif, ces moments culturels qui quémandent notre attention tant ils son remplis de cette émotion qui n’attend qu’une simple brèche pour, subtilement, pourfendre notre armure, exploser et, une fois l’acmé atteint, se tapit dans ses soubresauts avant que de renouer avec une toute nouvelle liberté. Une phrase se figera alors dans notre cerveau : «  Everything works within reason » (« Sanish Translation ») ; là encore la formule est on ne peut mieux « providentielle ».

Marc DeMarco: « Another One »

Comment un vocaliste aussi laid-back peut-il avoir un tel impact émotionnel ? Comment un musicien n’utilisant que des sons vintage eut-il sonner si frais ? Comment, enfin un compositeur peut-il déclencher tant de sensations avec simplement huit chansons ? C’est ainsi que réside l’attrait exercé par Marc DeMarco sur Another One.

En surface tout semble facile et dénué d’efforts mais il suffit d’y réfléchir un instant pour constater que le disque est bien plus fourni qu’il n’y paraît. Des vocaus en falsetto se mélangent à une basse sexy, des jams se font lentes et langoureuses, des orchestrations semblent émaner de « Strawberry Fields Forever » et se combiner sans accrocs avec des six cordes qui s’emberlificotent et des orgues façons 70’s s’harmonisent avec des climats dépouillés et paresseux et un son de guitare hérité des 80’s.
Le mix est délibérément faux pour nous déstabiliser un peu plus ; bref on est dans l’antre d’un alchimiste expérimental qui, après Salad Days, a décidé d’apporter luxuriance et embellissement. Le résultat est patent, Another One n’est ni resucée ni tâtonnement.
***1/2

Iron And Wine & Ben Bridwell: « Sing Into My Mouth »

Sign Into My Mouth c’est comme une discussion de deux vieux copains. Sauf que les copains sont des musiciens se connaissant et s’appréciant (Sam Beam de Iron & Wine et Ben Bridwell de Band of Horses) et que, plutôt que de refaire le monde ils refont la musique puisque cet album est un disque de covers et que, à l’instar des conversations qui peuvent tourner autour de tous les sujets, les artistes repris (Pete Seeger, Sade, Spiritualized, Talking Heads, etc.) sont de tous les horizons.

Le climat y est détendu et convivial, sur fond de bières !à l’image des deux bouteilles qui figurent sur la pochette) et, si le choix est surprenant, l’enregistrement, lui, ne l’est pas.

Les sons qui dominent sont la steel guitar, le piano ; un country-rock mâtiné de lo-fi du plus bel effet. On sent que les esprits des deux potes sont en phase et que la volonté de nous livrer un album sympathique et sans prétention est un stimulant assez puissant pour que les interprétations ne souffrent aucun heurt.

Sign Into My Mouth est peut-être un album dans lequel les deux compères se font plaisir, mais on sent que, si on souhaitait les rejoindre au coin d’un bar, on y serait cordialement convié. Santé !

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Froth: « Bleak »

Depuis sa formation à Los Angeles, ce quatuor a généré pas mal d’attention avec leur fusion de lo-fi et de garage rock. Bleak est leur deuxième opus et ses neuf plages restent fidèles à un certain son « west coast » : mélodique et rais avec des riffs profonds qui sont parfaits pour accompagner une virée sur une highway déserte.

Un des morceaux phares sera « Nothing Baby » une lamentation en combustion lente qui semble annoncer, de par son tempo, la perte à venir d’un partenaire amoureux avec des tonalités sombres qui rappelleront The Jesus and Mary Chain. Le solo de guitare situé à la fin est mélodique et forme une transition adaptée aux rythmes plus enlevés qui suivront.

Le combo n’excelle pas uniquement dans les compositions rapides, le « closer », « Sleep Alone » est centré sur une tonalité acoustique et une recherche mélodique nuancée par un arrangement minimaliste et des vocaux en mode crooner.

Foth a créé un certain buzz autour de lui ; il capture à merveille la vibe estivale qui semble imprégner LA en permanence et, s’évitant le piège de le surproduction, il fait de Bleak un album essentiel du côté de Echo Park.

***1/2