Bring Me the Horizon: « amo »

Depuis 15 ans, Bring Me the Horizon s’amusaient à faire évoluer leur style, passant du deathcore au metalcore, intégrant des sonorités symphoniques, se tournant vers l’électronique pour proposer des compositions plus pop, et jouant finalement sur le terrain de l’alternative rock radio-friendly. Cette évolution, on la doit notamment à Jordan Fish, qu’on retrouve sur amo à la production, aux côtés de Oliver Sykes.

Amo s’ouvre sur un « I apologise if you feel something » simbé de nappes électroniques pop et aériennes, vite complétées par des voix modulées à l’extrême. Pour quitter un peu plus sa zone de confort, le groupe va maintenant lorgner du côté de Grimes sur un « nihilist blues », monstre de production électro-alternative à la puissance surréaliste, limite mystique et ranscendentale qui sera couronné sur « why you gotta kick me when i’m down? » Le BMTH d’aujourd’hui est heavy, mais loin du sens standard du thème : ici c’est la production et le rythme qui viennent en découdre avec auditeur, et pas simplement des riffs agressifs tirés d’une guitare accordée deux tonalités en-dessous.

De ces riffs, il en sera s’ailleurs question dans amo. Le single « wonderful life » assurera ce qu’il est censé véhiculer : une efficacité redoutable et « in the dark », vient perfidement s’accrocher à nos oreilles pour ne plus nous lâcher. Dans la même veine, « sugar honey ice & tea », nihiliste au possible, se permetta solos et screamos dans la bagarre alors que « heavy metal », abusera de ces riffs qui tuent pour culminer, comme une décharge jouissive, sur une outro au sequencing hardcore de chez hardcore.

« fresh bruises » s’offrira une expérimentation synthétique, tandis que « medecine », au refrain cadencé, enfoncera le clou d’un virage électro-pop magistralement négocié.

Inutile de préciser que la production de Sykes et Fish est monstrueuse et élève les talents de chaque musicien a des intensités folles, avec une mention toujours très spéciale pour Matt Nichols, batteur décidément fou, et Lee Malia, guitariste implacable. Sur « i don’t know what to say » chaque membre ura d’ailleurs son moment de bravoure tant cette composition titre aux milles influences, se révélera imprévisible dans le grain de folie qui y sera distillé, tel une « jam » malicieusement incontrôlée.

Avec amo, Bring Me the Horizon livrent leur album le plus épanoui, le plus libre et le plus démentiel à ce jour. Exit toutes conventions: la formation de Sheffield amène sa musique où elle l’entend, comme elle l’entend, brassant les influences sans jamais se perdre en chemin. Il y a de tout pour tout le monde sur cet album, et pourtant amo ne perd jamais de vue un évident sens de cohésion, tant d’un point de vue lyrique que musical.On est loin du deathcore de Count Your Blessings ; et on ne s’en porte que mieux.

****1/2

Born Of Osiris: « The Simulation »

Born Of Osiris est un combo très puissant techniquement mais il est également très attaché aux mélodies. Ce groupe a un vécu certain et, pour cette raison, il peut être sujet à des pannes d’inspiration, ou une routine qui réduit la portée de celle-ci surtout quand on considère un registre bien balisé et dans lequel il est aisé de verser dans la complaisance.

: Le groupe a choisi, pour ce cinquième album, de placer un single sur la ligne de départ; « The accursed » est un bon titre dans la mesure où il respecte les canons du genre. De ce point de vue, le morceau en devient si prévisible qu’on n’est pas loin du « pompier ».

« Disconnectome » qui lui fait suite est plus profonf dans le registre deathcore assez sobre alors que « Under the gun », lui, agrémente avec efficacité sa qualité mélodique à à refrain hip-hop et RnB.

S’ensuivra un court interlude (« Recursion ») durant lequel on se retrouve en terrain plus connu alors que « Analogs in a Cell » enchaînera avec un refrain très pop qui passera encore mieux avec des soli velus et des ambiances limites malsaines. « Silence the Echo » est le premier single officiel avec un le refrain assez typé et si homogène qu’il évite de peu le convenu.

Le dernier morceau, « One without the oOher », permettra d’aborder les choses de manière qui se veut plus conclusive en mixant les genres et les ambiances et en faisait se cohabiter heavy metal et rock plus mélodique. On regrettera que cette bonne idée ne se soit pas élargie à tout un album qui va indéniablement plus dans la « simulation » que dans la vivacité discursive.

***

Wheel in the Sky: « Beyond the Pale »

Wheel in the Sky pourrait passer pour l’une de ces énièmes pâles copies d’un rock nostalgique des années 70. Pourtant, avec ce deuxième effort intitulé Beyond The Pale, la formation suédoise révèle l’étonnant foisonnement de la scène scandinave, dès lors qu’il s’agit de faire rougir les lampes d’amplis.

Le combo mélange les genres, dans une rétromania qui n’a que pour seule envie de distiller une énergie rock pure. On devine à l’entrée tonitruante de « Beyond the Pale », des influences larges s’étendant du punk garage le plus alternatif au rock 80’s épique. Une batterie martelant sans cesse, des notes de guitares qui glissent à la vitesse de la lumière, et un chant qui porte jusqu’au fond des salles obscures. La recette est éculée depuis des lustres, mais Wheel in the Sky, la sublime avec énergie et passion.

Il en résulte quelques pépites ultra-addictives, au psychédélisme simple et aux riffs faciles, mais néanmoins entêtants. Difficile de résister au refrain mièvre de « Undead love », à la fureur sautillante de « Burn, Babylon Burn! » ou à ces guitares rageuses qui entament le morceau-pharedu dique, « This Only Girl Dead In The City ». 

L’originalité n’est pas toujours la marque des meilleurs albums. La cohérence et la simplicité comptent parfois plus. Une chose est sûre, Wheel in the Sky sait composer des refrains mémorables mieux que n’importe quel autre groupe c’est déjà un bel accomplissement.

***1/2

Here Lies Man: « You Will Know Nothing »

Malgré une pochette pour le moins douteuse, Here Lies Man est un groupe qui vaut le détour avant tout pour leur son, gras, compact et épais, qui rappelle le Heavy Metal des années 70 dans lequel on aurait injecté des influences africaines. Assez improbable à première vue, mais pourtant l’alchimie fonctionne.

Et ça tourne encore à plein régime sur ce 2e album du groupe conduit par Marcos Garcia de Antibalas (un groupe d’afrobeat originaire de Brooklyn). Sans doute le truc le plus original qu’on puisse entendre en matière de rock indé actuellement.

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High On Fire: « Electric Messiah »

Electric Messiah est le huitième album des Californiens de High On Fire, groupe mené par Matt Pike, dont le surnom, « l’homme qui possède plus de Gibson Les Paul » indique quelle teneur musicale le combo se revendique.

La production est assurée par Kurt Bailou déjà responsable de pas mal de galettes du groupe et elle va s’appuyer sur la recette peu originale mais efficace et éprouvée de riffs empilés les uns sur les autres, de double pédales, de textes emprunts de mysticisme et de ce qui s’avère être le mentor de High On Fire, Lemmy et sa voix graveleuse qui, selon Pike, l’aurait visité dans ses rêves.

L’album met en place ce qu’il promeut ; une bombe de double kicks, de riffs punitifs et un hommage beuglé à un des plus grands de l’histoire du rock. Les lignes de basse en intro semblent même carrément empruntées à celles de Motörhead : « Spewn from the Earth », qui ouvre l’album, est dans cette lignée, de même que « Freebotter », en fin de parcours.

Comme il est de coutume, on ne reprendra pas son souffle sur un album de High On Fire. La guitare de Matt Pike et sa voix de chat de gouttière prennent toute la place. Il y aura quand même quelques moments plus « doom-rock » comme sur « Steps of the Ziggurat/House of Enlil » un gros morceau de près de 10 minutes qui nous ramène dans une dynamique familière avec un mixage de ses deux guitares.

Toujours dans les longs morceaux, « Sanctioned Annihilation » voit Pike explorer des contrées façon Black Sabbath où, de toute évidence, il est en territoire connu.

À d’autres moments, les riffs et les structures des chansons rappelleront les vieux albums de Mastodon, une atmosphère très « sludge » comme avec « Drowning Dog » qui fermera la marche.

En revanche, à près d’une heure de musique, le manque de variation peut devenir lassant. Le groupe excelle dans leur version du métal, mais ne se réinvente pas. Cela étant dit, les fans de la première heure auront droit à leur dose de rock ‘n’ roll viril et crasseux et ils ne seront pas déçus. Il appartiendra alors à chacun de vouloir en faire partie ou pas.

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The Sword: « High Country »

Après quatre albums de metal traditionnel qui exploraient tous schémas qu’avait établis Black Sabbath , The Sword avait clairement d’être aiguisé. Après s’être tourné vers l’éternel enquiquineur Adrian Quesada à le production, le quatuor d’Austin prouve qu’il est autre chose qu’un « headbanger » rétro tel que les disques précédents l’avaient pu laisser croire.

High Country est clairement un album de transitions dans lequel le groupe s’essaie à des genres différents, le prog, la psychedelia ou le folk.

« Unicorn Farm » et « Seriously Mysterious » bruissent se grooves aux synthés et Quesada apporte même des cuivres à un « Early Snow » croustillant.

Les vocaux de J.D. Cronise alternent le gémissement et le registre crooner de manière efficace, preuve que le groupe n’a pas abandonné son registre habituel ; « Ermpty Temples » «  Suffer No Fools » usent à bonne esceint des « power chords » mais The Sword semblent avoir voulu mettre en avant l’idée de mélodie plutôt que le fracas.

Si ces additions ne sont que de surface, elles n’entameront pas une structure qui, elle, an avait bien besoin. »

**1/4

Bullet for My Valentine: « Venom »

Si ce cinquième album de Bullet for My Valentine est révélateur de quelque chose, ce sera que le combo a traversé des épreuves assez douloureuses ces derniers temps. Depuis près de 17 ans, les Gallois s’étaient installés dans une iche assez confortable pour eux ; celle de pourvoyeurs de nu-metal furieux et implacable.

Aujourd’hui le titre Venom semble indiquer que la chose est prise un peu trop au sérieux. Avec des textes faisant allusion à des tables qui tournent sur elles mêmes et à une culpabilité et un sort dont personne ne peut se sentir à l’abri, on ne peut que constater que le groupe n’a pas véritablement changé dans ce qui pouvait générer son irritation à l’origine.

La musique n’est pas non plus exempté de clichés avec des lignes de basses haletantes le disputant aux riffs de guitares frénétiques et aux vocaux de Matt Tuck aboyant comme étranglés.

Bien sûr l’exécution est complexe tout comme l’interaction entre les instruments mais cela n’élimine pas le fait que Venom pourrait être un disque fabriqué par n’importe quel combo de metal en colère.

**

Lamb of God: « VII:Sturm Und Drang »

Les fans de metal se sont demandés comment sonnerait ce quintette de Richmond après que leur chanteur, Randy Blythe, ai passé quelues qtemps dans une prision de la République Tchèque en attendant un procès où il était accusé d’homicide involontaire après avoir poussé un jeune homme de 19 ans à Prague en 2010.

Metalheads Blythe fut acquitté et dans la foulée il sortie un mémoire touchant, Dark Days. Son retour avec Lamb of God fait référence à ces mois passés dans une prison vieille de 123 ans utilisée par les Nazis pour y exercer leurs torures habituelles durant la Deuxième Guerre Mondiale.

Sur « 512 » il gémit « je ne me reconnais plus » alors qu’un de ses guitaristes simule une sirène et il cite également la guerre dans « Anthropoid » inspité par un leader nazi surnommé le Boucher de Prague.

Ailleurs Blythe et sa cohorte s’en prennent aux médias et à leur obsession carnivore pour les désastres, « Engage the Fear Machine », au point que la participation du leader des Deftones, Cheno Moreno sur « Embers » sonne presque domestiquée.

Lamb of God n’ont pas changé, ni en mieux ni en pire suivant le point de vue, ils ont simplement bien retenue la leçon que leur donne la vie.

***1/2

Mirror Queen: « Scaffolds of the Sky »

Mirror Queen sont de vrais sorciers du riff ou plutôt des riffs dans la mesure où ils moissonnent dans les meilleurs champs du rock lourd, de son passé, et parviennent à confectionner un son qui leur est propre, et qui, malgré ses emprunts, est un bel exemple de cohérence/cohésion.

Ils puisent dans le rock progressif, le psyche-rock, le proto-metal ou le hard mais ce qui les distingue de maints autres combos est la façon pleine de souplesse souple avec laquelle ils procèdent. À l’inverse de beaucoup, leur musique n’est pas un étalage de riffs mais elle se met au service de véritables chansons qui vous emmènent quelque part et ne cherchent pas à vous égarer ou vous épater.

Prenons la chanson titre qui ouvre l’album et,débute sur une cadence rappelant Thin Lizzy. Petit à petit,elle  va s’enfoncer dans du folk psychédélique puis, après un interlude prog-rock, se dénouera de là d’où elle est partie, un hard rock qui achèvera la chanson de belle manière.

Mirror Queen cheminent habilement d’un genre à l’autre sans que quelque chose ne puisse donner la sensation d’un moteur en proie à des ratés. « Quarantined » assemble un riff rongé par le fuzz et une embardée mid-tempo qui en fait une véritable pépite de proto-metal. « Vagabondage », lui, va vagabonder encore plus longuement sur le sentier du metal avec des solo qui déchirent au rythme d’un galop qui semble incompressible.

« Strangers In Our Own Time » reviendra à l’approche éclectique avec de doux riffs de psyche et de prog rock et « At The Borderline On The Edge Of Time » délontera que le hard rock peut être heavy mais aussi grisant dans son impétuosité.

À la fin d’un album qui se conclut sur un « Wings Wetted Down » mélancolique rappelant les moments les plus apaisants de King Crimson on se demandera de combien de disques de heavy metal on a vraiment besoin dans sa discothèque. La réponse est peu, et Scaffolds of the Sky en fera indubitablement partie.

****

Perfect Pussy: « Say Yes to Love »

Tout, rigoureusement tout chez Perfect Pussy mérite l’adjectif d’abrasif. La chanteuse Meredith Graves glapit comme si elle subissait ou souhaitait faire subir une agression permanente tout en essayant de prendre le dessus sur des rythmes qui crissent et semblent se tortiller dans tous les sens sans relâche. L’écoute n’est pas aisée mais elle est gratifiante.

Avec des vocaux entachés de distorsion et dégoulinant d’une menace imperturbable, il n’y a aucun moyen de s’affranchir de la poigne que Perfect Pussy exerce sur vous une fois mise en branle. I y a pourtant une émotion indéniable dans le bruit débridé qui jalonne Say Yes To Love, le premier album du combo. Que ce soit sur des hurlements qui semblent parcourir une distance partant de l’Enfer pour infester le ciel ou cette attitude blasée en voulant au monde entier si chère à Sonic Youth, on ne peut pas ne pas sentir en familiarité avec un tel album. Bien que parcouru de poncifs, le disque sonne remarquablement frais et ce sont précisément le fait de s’appuyer sur des références si usitées qui rend Say Yes To Love si surprenant.

Dès le torride « opener » que constitue « Driver », il est évident que les prochaines 25 minutes seront pleines de vitriol et d’un fournaise à faire bouillir le sang au point qu’il risque de provoquer une hémorragie auditive. Dès le début donc et, à partir de ce moment, aucune pause ne nous permettra de se libérer de cette étreinte hormis les rares descentes qui néanmoins restent toujours en vrille ou les crescendos qui, de toutes manières, ne peuvent que nous entraîner là où on ne souhaiterait peut-être pas aller. « Advance Upon the Real » est le parfait exemple de cette approche avec le fuzz comminatoire qui accompagne ses plus de 3 minutes.

Le « closer », « VII », invoquera la vision d’une avalanche qui descend sur nous, décimant tout ce qui précède sur son passage. Le bruit devient alors immense et fracassant comme des coups de bélier sur une porte qui ne demande peut-être qu’à lui céder comme pour appréhender sa beauté ; quand le martèlement vicieux s’arrête, on hésite entre le « enfin » et le « encore » qui peuple le silence. Le prix d’entrée dans l’univers de Perfect Pussy est accessible et en même temps inestimable ; dans tous les cas il vaut la peine de s’en pénétrer.

***1/2