Cloak: « The Burning Dawn »

Le métal est souvent à son meilleur quand la mise en scène est à son maximum. Cet apparat et cette présence peuvent prendre différentes formes, que ce soit dans les opéras de heavy metal du King Diamond, dans la crudité de Converge ou dans les bacchanales de Watain. Il y a même quelque chose à dire sur lcette volonté d’aller à contre-courant ches certains des groups de black metal les plus lo-fi et antisociaux, mais le métal ne serait pas là où il est sans l’énergie brute des débuts de Metallica, le cuir et les motos de Judas Priest ou le magnétisme pur d’Iron Maiden. Si on veut que le metal est excitant, on a besoin de ce type d’agumentation pour, a minima, des concerts dont les gens sauront se souvenir.

C’est, en fin de compte, ce que Cloak se propose de faire. Coupé d’un tissu similaire à celui de groupes comme le désormais disparu In Solitude et le toujours plus impressionnant Tribulationce combo d’Atlanta a laissé une forte impression avec son premier album To Venomous Depths, un disque autant imprégné de black metal vintage que de célébration du heavy metal vintage. Ils se décrivent eux-mêmes comme un groupe de black metal, mais leur définition du terme est aussi bien Venom ou Hellhammer que Mayhem ou Emperor. Ils embrassent les ténèbres et suivent leur muse satanique là où elle les mène, et cette finalité est souvent un lieu de pure virulence et violence axées sur les riffs ; de « Notre but, s’il en est un, est de « ramener l’esprit du rock ‘n’ roll dans le metal » comme l’a déclaré le chanteur/guitariste de Cloak, Scott Taysom.

The Burning Dawn, le deuxième album du groupe, le fait brillance. Dès le premier coup de batterie du « single » « Tempter’s Call », Cloak a apparemment perfectionné l’art du rock ‘n’ roll noirci par la cendre. Il est propulsé autant par l’obscurité et la menace que par une sorte de pavane glamour, le groupe se délectant à l’idée de faire sonner l’enfer comme la fête non-stop, on soupçonnait tous qu’il en serait ainsi. Au moment où le combo porte le morceau vers sa seconde moitié, pleine de moments plus légers et de solos de guitare,on se retrouve sans équivoque plus dans le rock ‘n’ roll que dans le black metal, et Cloak sait opérer cette transition sans problème.

Comme The Burning Dawn soit à la fois plus raffiné que son prédécesseur et montre un effort à rendre ses points forts plus accessibles, il se présente comme un opus encore plus ambitieux dans son ensemble. Les chansons sont plus serrées, plus directes et, en général, plus courtes, ce qui rend chaque dose beaucoup plus puissante. L’instrumental « The Fire, The Faith, The Void » voit le groupe embrasser la morosité gothique avec des passages plus discrets de guitare de chœur chatoyante,élément que « On Poisoned Ground » reprend et et délivre avec plus d’intensité brûlante et de dramaturgie demeurant toutefois lissée. Le glissement de médiator et l’éruption qui ouvrent « Into the Storm » pourraient d’abord suggérer une descente dans les tendances les plus poignantes et extrêmes du groupe, mais ce qu’ils livrent à la place est l’une de leurs chansons les plus hymniques, avec un refrain rugissant qui est censé leur être vociféré de manière aussi aussi épique que sur « Where the Horrors Thrive ».

Il semble que ce soit plus qu’une simple coïncidence que le deuxième album de Cloak arrive la semaine précédant Halloween, sa palette sonore étant composée de rouges sinistre et de noirs inquiétants, et de la moindre lueur orange. C’est autant un acte de réjouissance et d’hédonisme qu’une véritable horreur, comme on pourrait aussi dire d’un maître comme John Carpenter (ou Mercyful Fate), et bien que le groupe se délecte de la morosité, il n’y a aucun doute qu’ils s’amusent à le faire et, quand c’est aussi agréable à écouter que ne l’est cet album, qui pourrait, au fond, nous en tenir rigueur ?!

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Haunt: « Mind Freeze »

La musique rock n’est plus en odeur de sainteté ces temps-ci. Vu d’un certain point de vue, c’est le domaine des anciens incurables, c’est un genre qui n’a pas eu la latitude ou la volonté d’évoluer ou de s’étendre. Vu d’un autre point de vue, il est devenu largement indiscernable de la pop, un terme tout aussi nébuleux sans définition claire en soi. L’examen des albums de rock les plus vendus de la décennie présente une mosaïque compliquée de vérités ; le rock est soit mort quand tes parents avaient l’âge de l’auditeur lambda d’aujourd’hui, soit il n’est tout simplement plus intéressant et n’apporte plus rien. Ni l’un ni l’autre de ces deux constats ne donne beaucoup d’espoir quant à la durabilité d’une musique basée sur la guitare et qui semble ne prendre plus aucun risqueS Après plusieurs décennies de partage de fichiers, d’infractions aux règles et d’habitudes d’écoute déterminées par autre chose que les dollars du marketing, ce beau chaos a finalement été ramené à l’ordre grâce à une malesté nommée l’Algorithme.

Voilà des réalités qui donnent à réfléchir et qui peuvent nous permettre d’être reconnaissants pour le heavy metal. Le métal, à certains égards, a repris le relais là où le rock a échoué ; on peut même soutenir que le métal est le nouveau rock, si ce n’est dans le courant dominant, du moins dans ses efforts pour faire avancer la musique à la guitare. La montée de groupes tels que Ghost et Mastodon suggère qu’il y a toujours un appétit sain pour les dieux de la foudre en devenir parmi un public plus large, mais même en dessous de ce seuil, il y a eu quelques disques exceptionnels de groupes tels que Baroness, Kvelertak et Spirit Adrift, des groupes dont les préoccupations sont moins de faire de la musique  « extrême », que de prouver que l’écriture de chansons solides comme le rock et l’accessibilité ne sont pas seulement les bienvenus dans la musique heavy, mais des éléments importants et même cruciaux. Un combo comme Haunt de Fresno, en Californie, pourrait très bien devenir l’un de ces représentants. Bien qu’ils soient encore trop frais pour les auditeurs, ils ont commencé une série prolifique qui n’est pas encore terminée, publiant trois excellents albums en seulement deux ans, chacun étant un équilibre rafraîchissant de mélodies, de riffs, de lourdeur et d’accroches qui fait un clin d’œil à leurs héros des années 80 comme à la prochaine frontière du métal.

Mind Freeze arrive moins d’un an après le dernier album du groupe, If Icarus Could Fly, un autre ensemble de hédonisme heavy metal à deux faces. Si c’était simplement l’exemple d’un autre excellent album d’un groupe qui se déplace à un clip implacable, ce serait louable sans plus. Cependant, dès les premières secondes de « Light the Beacon », Haunt révèle qu’ils ne sont pas seulement prolifiques, mais qu’ils évoluent aussi à un rythme accéléré. Les synthés d’ouverture de la chanson suggèrent que Haunt a emballé la progression de huit ans de Judas Priest de Stained Class à Turbo en seulement deux, bien que cela soit, toutefois, un peu trompeur et réducteur. Ici, les synthés sont des accents plutôt qu’un point focal, la composition elle-même comprenant des rythmes galopants, des solos de guitare héroïques et un refrain planant. Mais lHaunt trouve aussi de nouvelles façons d’ajouter autre chose à un élément déjà terrassant, même si c’estuniquement par des mesures subtiles et progressives.

Sur la base chanson après chanson, Mind Freeze contient certaines des facettes les plusredoutables du groupe. H »earts on Fire » est un jeu de flipper speed-metal, trois minutes d’élan vers l’avant et de dynamique start-stop. La chanson titre met les synthés en avant, ajoutant des traces de grandeur prog-rock à des compositions classiques de heavy metal, tandis que « Divide and Conquer » est tout en une majesté qui serait emblématique d’une interprétation façon « air guitar ». Ce n’est qu’à partir de « Saviours of Man » »que les synthés sont mis en avant et que l’accent est mis sur la brillance étincelante, offrant une interaction chatoyante avec les riffs de guitare aérienne du groupe.

Haunt a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’atteindre le statut de vedettes de stade comme Ghost, mais ce n’est pas faute de coups de maqquzou, d’ailleurs, de véritables percuteurs. Même si Haunt ait puisé dans une esthétique vintage avec son style de heavy metal, il a aussi capturé ce qui faisait autrefois le plaisir de la musique rock : l’énergie, l’intensité, l’entrain et la pure montée d’adrénaline. Mind Freeze est du bon métal, et c’est du bon rock, et cela suffit à nous redonner de l’espoir.

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Have A Nice Life: « Sea of Worry »

De l’ambitieuse et obsédante mélancolie de Deathconsciousness à la ferveur dépressive de The Unnatural World, Have a Nice Life ont passé une grande partie de leur temps à concevoir des albums conçus pour refléter une véritable vision du monde plongée dans l’obscurité, ou peut-être submergée dans le nihilisme. Ces albums sont aussi philosophiques que cohérents avec les expériences de vie et les influences du chanteur Dan Barrett et du guitariste Tim Macuga. L’aspect le plus intéressant du troisième album du groupe, Sea of Worry, est qu’il montre une croissance et une maturité tout aussi étonnantes et profondes.

Sea of Worry est une nouvelle aventure pour le combo. Maintenant élargi à un ensemble complet, le dynamisme et le son inhérents au groupe ont atteint des sommets sans précédents. Sea of Worry est ainsi divisé en deux moitiés, qui fonctionnent chacune de manière distincte. A travers cette dichotomie, nous voyons que si les deux parties caressent avec lyrisme les limites d’un oubli existentiel, elles opèrent sous deux formes esthétiques différentes. C’est effectivement le présent qui rencontre le passé, réalisé dans un effort beaucoup plus rigoureux. En tant qu’album, les deux faces, les deux moitiés évitent les spirales parfois sans directions de leurs précédents LPs mais opèrent au contraire avec une fixation et un calme qui véhiculent la maturation et la planification.

La première moitié commence par le morceau-titre, qui s’appuie fortement sur le post-punk avec des sons de guitare flous et une basse pulsante qui momifie le morceau dans des tranchées souterraines d’un noir abyssal. Son refrain est, une fois de plus, un testament dans sa brutale honnêteté ; le message est sombre, la potentialité de fonctionner dans une apocalypse environnementale dystopique et corporatiste est quelque chose que nous vivons déjà, nous choisissons simplement de ne pas l’accepter. Cette chanson est optimiste, mais ne soyez pas dupes, il y a une masse de brutalité lyrique sous la surface.

Poursuivant les explorations de sarabande gothique, les aspirations pop de « Dracula Bell » » bénéficient des guitares articulées de Macuga. C’est la deuxième partie du morceau qui devrait dissiper toute idée de rupture avec les sonorités antérieures du groupe. Après une pause, une ligne de basse si macabre que l’on a l’impression que son manche est raclé sur le béton, tandis que la batterie explose en fragments sur un fond de pianos déchiquetés. La voix appelle le morceau dans une masse décadente de bruit apocalyptique. « Science Beat » agit comme un merveilleux nettoyeur pour une palais de velours, tout en maintenant l’élan de l’album. Magnifiquement harmonique, contemplatif et riche, il y a une superposition veloutée à sa production qui flotte dans l’espace éthéré, se terminant avec le morceau vocal qui se déploie dans la répétition sans fin d’une des lignes les plus obsédantes et les plus belles de la carrière de HANL et sa référence à une main invisible qui guide un coeur en errance.

La première « mi-temps » se termine de façon surprenante avec « Trespassers W », une véritable mine d’or pop. C’est aussi l’un des plus anciens titres de HANL, issu de démos d’antan. Ses guitares hurlantes à retardement et ses structures percussives simplistes se dévoilent et se déroulent à merveille, mais sa deuxième partie s’intensifie, jouant davantage sur le volume et la tonalité. C’est déroutant, mais c’est finalement une façon appropriée de terminer la première moitié.

La deuxième moitié s’ouvre sur « Everything We Forget » et son changement de tonalité ne pourrait pas être plus abrupt. Ascendant, cosmique et hors de portée, c’est un paysage sonore si bdérangeant que son harmonie de base congruente ressemble à celle d’un chant grégorien, un chœur de bourdons qui percolent le long des accents de notes profondes du clavier. Sa beauté est égale à son anxiété et à sa concentration sur l’avenir. Le présage de « Lords of Tresserhorn » est un joyau brillant, un morceau rempli d’angoisse et de peur, revenant au point de départ du « Cropsey » de The Unnatural World, portant une répétition similaire qui se construit en une belle harmonie de structures sonores s’effondrant les unes sur les autres. Il y a d’immenses stries de grosses caisses et d’instruments numériques mutés et titanesques, accordés dans une conscience spectrale. C’est beau et pur même s’il y manque la menace inhérente de « Cropsey ». C’est aussi pourquoi il est finalement plus terrifiant.

Sea of Worry se termine par l’un des titres les plus puissants de toute la discographie du groupe : « Destinos » » une épigraphe tentaculaire de 14 minutes, et une thèse du groupe actuel. Curieusement, c’est un autre morceau retravaillé. La chanson commence avec un échantillon d’un gospel extrême, fou et limite incohérent, donc quand la guitare de Macuga arrive, c’est comme un murmure d’ange, un sauveur de la folie qui enferme l’auditeur. C’est aussi profondément apocalyptique, dû bien plus à la marque d’angoisse contemplative de Deathconsciousness, mais, comme tous les morceaux émouvants de Sea of Worry, infiniment plus raffinés et nuancés. C’est une série d’hymnes si corrosifs qu’ils semblent frêles, mais dont la sonorité est incroyablement robuste. C’est dans cet espace de processions chaudes, imprégnées de réverbération, que Have a Nice a Life incarne un nouveau son puissant.

Sea of Worry est thématiquement centré sur la vulnérabilité, reconnaissant que la stabilité est intrinsèquement liée à la vulnérabilité comme ancre. Cette maturation et cette acceptation sont souvent dépourvues de grâce, et tout ce à quoi nous espérons arriver ou comprendre est fugace. Ce qui est attendu peut être et sera enlevé, vaincu, transformé en éther. Rien n’est garanti, et c’est avec ce mantra et ce fardeau dans nos cœurs qu’il y a un minimum de solidarité en nous. Car la douleur que nous habitons et que nous réconcilions, que nous respirons et que nous essayons de serrer entre nos poings est partagée. Nous ne sommes pas seuls dans cette mer ensemble. Mais là où elle nous mène, c’est une toute autre histoire.

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Wheel: « Moving Backwards »

D’aucuns attendent le prochain album de Tool, d’autres pourront patienter avec Wheel, combo islandais et qui, en tant que substitution, œuvre dans le métal progressif avec une forte influence du combo mené par Maynard James Keenan.

Interprété par un Anglais et trois Finlandais, Mocving Backwards opère à grands reforts de plages étirées et lacinantes, de guitares oppressantes, d’une basse lourde, de batterie renforcée de percussions et de vocaus charghés en émotions, plaintes ou hurlements.

Après 2 EPs en 2017 et 2018, les 7 titres de Moving Backwards vont nous emmener dans cette atmopshère à la fois sombre et enivrante, poétique et torturée. Et les 3 titres qui flirtent chacun les 10 minutes (le superbe « Wheel »), prendront le temps de nous travailler. On pourrait presue crier au plagiat ou à la copie mais Wheel le fait terriblement bien, qu’on en oublie le style qu’a créé Tool. Wheel le représentera très bien d’autant que cette recréation est parfaitement inspirée et, par conséquent, hautement inspirante.

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The Ghost Next Door: « A Feast for the Sixth Sense »

Quatuor basé à Berkeley en California,The Ghost Next Door compte parmi ses membres des musicos au pays du métal, du grunge, du heavy rock et d’un tas d’autres genres du même acabit et c’est évidemment dans ce domaine-là que nos gaillards s’amusent, ne se fixant aucune limite et piochant dans tout ce qu’ils aiment pour ce festin auditif. Si ton prend une série de mesures au hasard sur cet opus, on peut donc se retrouver avec une intro tortueuse à la Tool (celle de « Doubt »), un refrain grungy (celui de « Deadworl »), un pont prog (« LCD ») et une outro power rock (« American Nightmare »), l’ambiance est celle des années 90, celles du rock alternatif par excellence où le métal et le rock se confondaient avec bonheur.

Si la musique ne suffisait pas, le combo insite sur l’influence que peut avoir le septième art (« Event Horizon », « American nightmare », « Deadworld » ne sont pas des titres choisis au hasard on s’en doute. L‘histoire est également présente, (« I Am Become Death » bénéficie de la participation involontaire d’Oppenheimer) mais elle ne va pas pas jusqu’à reprendre Michael Jackson « « Behind the mask »).

A Feast for the Sixth Sense fleurera donc bon la nostalgie d’une époque tout en sonnant actuel ; une bonne fournée pour un groupe qui n’en demande pas tant en matière de festin.

***1/2

The Budos Band: « The Budos Band V »

The Budos Band est un combo plutôt atypique puisqu’il mixe avec bonheur jazz rock fiévreux et hard rock à la Black Sabbath. Sur ce cinquième opus, on est loin de sentir le vent tourner ; on pourrait même dire qu’il continue de plus belle d’aller dans le même sens.

C’est une approche très personnelle, assez intrépide pour qui n’est pas ouvert d’esprit (les deux univers qui cohabitent ici sont en effet assez éloignés), mais qui tient un truc unique et inédit, et s’y tient.

Les cuivres sont fous, libres, hurlants, les riffs sont classiques et efficaces, groovant avec sobriété. Le batteur est assez discret dans le mix mais a vraiment un toucher magique. Les titres ne traînent jamais en longueur, pourtant les ambiances sont volontiers changeantes au sein des trois ou quatre minutes qui les composent. Le côté psychédélique et heavy / doom est encore renforcé ici, et on ne s’en plaindra pas. La bizarre impression de se retrouver plongé dans une dimension parallèle où Tony Iommi serait né à Harlem plutôt qu’à Birmingham, on s’y fait vite, et on ne peut bientôt plus se passer d’un V qui passe si vite qu’il donne envie de remettre le couvert.

***1/2

The Devil And The Almighty Blues: « Tre »

Quand il s’agit de musique, la Norvège est un des pays les plus prolifiques pour ce qui est de donner des groupes de qualités. Originaire d’Oslo, The Devil And The Almighty Blues est le symbole parfait de cette scène norvégienne ne se donnant aucune limite et mélangeant des styles de tout horizons.

Le quintette propose en effet une musique teintée de blues, rock mais également de stoner/doom du plus bel effet. Après deux albums fort remarquable, les Scandinaves remettent le couvert avec leur troisième opus intitulé Tre.

L’entrée en matière est idéale pour indiquer à l’auditeur où il met les pieds. « Salt The Earth » propose pendant plus de douze minutes tout ce qui fait la richesse de la musique du combo. Un rythme lent mais un son fuzzy et une tension permanente qui font que l’on ne décroche pas du titre. La basse ronflante répond avec justesse aux deux guitares et à la rythmique de batterie efficace distillée par Kenneth Simonsen. La voix bluesy de Arnt O. Andersen n’est pas en reste et se marie avec brio aux compostions du groupe.

Le quintette revendique clairement dans son patronyme une inspiration issue du delta blues et cela se ressent évidemment dans ses créations. « No Man’s Land » affichera des solos déjantés, le tout bercé par une rythmique solide ou encore « One For Sorrow »” résumeront toute l’expertise de la formation à composer des mélodies aux multiples facettes.

La voix s’efface parfois intelligemment pour laisser toute la place aux instruments de s’exprimer et cela va contribuer à créer des ambiances hypnotiques et envoûtantes. Le final de « Time Ruins Everything » résumera cette pensée et deviendra le terrain de jeu idéal des musiciens avec notamment des parties de guitares de toute beauté.

Seulement six titres composent l’album mais le format des chansons étant long (la majorité des morceaux dépassent les sept minutes), l’écoute assurera une très grande richesse sonique. Écouté en prenant en compte le contexte particulier de Tre sera un adjuvant qui permettra de déceler toutes les ficelles qui composent les différents formats offerts par la musique de ces Norvégiens.

***1/2

Tyr: « Hel »

Huitième album pour Tyr, chantres du heavy metal à tendance viking folk originaires des îles Feroé. La volonté du groupe, est de casser les frontières stylistiques (intra metal, s’entend). Il est vrai que, si, à l’entame de « Gates of Hell » on s’attend à voir débouler les vocalises de Klaus Meine, on changera vite d’avis avec l’arrivée du chant rugueux de Heri Joensen qui alternera avec un phrasé plus typiquement heav).

Tyr continue sur sa lancée, très orientée guitares, entre heavy et thrash, le tout servant de support à des textes vikings, et des titres épiques et ponctués de soli inspirés. Un titre comme « All Heroes Fall » est à cet égard, assez édifiant, véritable vitrine du talent de l’intégralité des musiciens, du chanteur, et une présentaation de compositions imparable set mémorables.

Par contre, les éléments folk sont plus que discrets (un chant en finnois sur deux titres), et, hormis les choeurs guerriers, c’est plus de la tournure que de l’orchestration.

Les amateurs de groupes de folk metal pur risqueront donc et ce à juste titre, de se montrer tatillons mais personne, en revanche, ne discutera la qualité des morceaux. Et si à l’entrée on a franchement peur de l’indigestion (une heure et neuf minutes de musique, quand même), au final ça passe très bien, même pour quelqu’un qui n’écoute du heavy metal qu’à doses homéopathiques.

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In Flames: « I, the Mask »

In Flames est un combo qui semble bien loin de son illustre passé et du succès des premiers albums. Les Suédois ont enchaîné des disques sans saveur à l’image de Battles sorti en 2016. En assumant totalement ce virage pop/électro qui tranchait avec le death metal mélodique de ses débuts, In Flames donnait l’impression de pas vouloir faire machine arrière et ce n’est pas I, the Mask qui changera la préhension que l’on peut avoir d’eux.

L’ensemble n’est pas, pour autant, lisse et dénué de qualités. « Voices », qui ouvre le disque, utilise le coté électro qui est souvent l’objet de reproches mais il débouche sur un riff épais et un rythme très lourd. C’est surtout la voix de Anders Fridén qui fait bonne impression avec une hargne que l’on avait pas ressenti depuis longtemps. Cette introduction est de bonne augure pour la suite.

D’autres compositions vont en ce sens et donnent la sensation que les Suédois ont retrouvé un peu de la créativité qui leur faisait grandement défaut dans les essais précédents. « I Am Above » avec ses parties de guitares bien senties et la prestation vocale de son chanteur en est l’exemple le plus saisissant. Le rôle de Björn Gelotte derrière son manche est moins timide que dans d’autres productions et permet de donner une épaisseur non négligeable aux morceaux.

Pourtant, les Scandinaves retombent parfois dans leur travers en délivrant des compositions qui atténuent cette bonne impression de départ. Que ce soit « Follow Me » et son air trop convenu ou encore « (This Is Our) House » avec son intro scandée et son refrain prévisible, In Flames se la joue trop facile et peine à susciter notre engouement.

I, the Mask ne parviendra à convaincre que par intermittence. Quelques riffs bien sentis de Björn Gelotte ou des lignes de chants d’Anders Fridén peuvent attirer l’attention mais malheureusement, en grattant un peu, il on retombera inévitablement dans cette fadeur stylistique qui colle aux basques des Suédois.

**1/2

Bring Me the Horizon: « amo »

Depuis 15 ans, Bring Me the Horizon s’amusaient à faire évoluer leur style, passant du deathcore au metalcore, intégrant des sonorités symphoniques, se tournant vers l’électronique pour proposer des compositions plus pop, et jouant finalement sur le terrain de l’alternative rock radio-friendly. Cette évolution, on la doit notamment à Jordan Fish, qu’on retrouve sur amo à la production, aux côtés de Oliver Sykes.

Amo s’ouvre sur un « I apologise if you feel something » simbé de nappes électroniques pop et aériennes, vite complétées par des voix modulées à l’extrême. Pour quitter un peu plus sa zone de confort, le groupe va maintenant lorgner du côté de Grimes sur un « nihilist blues », monstre de production électro-alternative à la puissance surréaliste, limite mystique et ranscendentale qui sera couronné sur « why you gotta kick me when i’m down? » Le BMTH d’aujourd’hui est heavy, mais loin du sens standard du thème : ici c’est la production et le rythme qui viennent en découdre avec auditeur, et pas simplement des riffs agressifs tirés d’une guitare accordée deux tonalités en-dessous.

De ces riffs, il en sera s’ailleurs question dans amo. Le single « wonderful life » assurera ce qu’il est censé véhiculer : une efficacité redoutable et « in the dark », vient perfidement s’accrocher à nos oreilles pour ne plus nous lâcher. Dans la même veine, « sugar honey ice & tea », nihiliste au possible, se permetta solos et screamos dans la bagarre alors que « heavy metal », abusera de ces riffs qui tuent pour culminer, comme une décharge jouissive, sur une outro au sequencing hardcore de chez hardcore.

« fresh bruises » s’offrira une expérimentation synthétique, tandis que « medecine », au refrain cadencé, enfoncera le clou d’un virage électro-pop magistralement négocié.

Inutile de préciser que la production de Sykes et Fish est monstrueuse et élève les talents de chaque musicien a des intensités folles, avec une mention toujours très spéciale pour Matt Nichols, batteur décidément fou, et Lee Malia, guitariste implacable. Sur « i don’t know what to say » chaque membre ura d’ailleurs son moment de bravoure tant cette composition titre aux milles influences, se révélera imprévisible dans le grain de folie qui y sera distillé, tel une « jam » malicieusement incontrôlée.

Avec amo, Bring Me the Horizon livrent leur album le plus épanoui, le plus libre et le plus démentiel à ce jour. Exit toutes conventions: la formation de Sheffield amène sa musique où elle l’entend, comme elle l’entend, brassant les influences sans jamais se perdre en chemin. Il y a de tout pour tout le monde sur cet album, et pourtant amo ne perd jamais de vue un évident sens de cohésion, tant d’un point de vue lyrique que musical.On est loin du deathcore de Count Your Blessings ; et on ne s’en porte que mieux.

****1/2