High On Fire: « Electric Messiah »

Electric Messiah est le huitième album des Californiens de High On Fire, groupe mené par Matt Pike, dont le surnom, « l’homme qui possède plus de Gibson Les Paul » indique quelle teneur musicale le combo se revendique.

La production est assurée par Kurt Bailou déjà responsable de pas mal de galettes du groupe et elle va s’appuyer sur la recette peu originale mais efficace et éprouvée de riffs empilés les uns sur les autres, de double pédales, de textes emprunts de mysticisme et de ce qui s’avère être le mentor de High On Fire, Lemmy et sa voix graveleuse qui, selon Pike, l’aurait visité dans ses rêves.

L’album met en place ce qu’il promeut ; une bombe de double kicks, de riffs punitifs et un hommage beuglé à un des plus grands de l’histoire du rock. Les lignes de basse en intro semblent même carrément empruntées à celles de Motörhead : « Spewn from the Earth », qui ouvre l’album, est dans cette lignée, de même que « Freebotter », en fin de parcours.

Comme il est de coutume, on ne reprendra pas son souffle sur un album de High On Fire. La guitare de Matt Pike et sa voix de chat de gouttière prennent toute la place. Il y aura quand même quelques moments plus « doom-rock » comme sur « Steps of the Ziggurat/House of Enlil » un gros morceau de près de 10 minutes qui nous ramène dans une dynamique familière avec un mixage de ses deux guitares.

Toujours dans les longs morceaux, « Sanctioned Annihilation » voit Pike explorer des contrées façon Black Sabbath où, de toute évidence, il est en territoire connu.

À d’autres moments, les riffs et les structures des chansons rappelleront les vieux albums de Mastodon, une atmosphère très « sludge » comme avec « Drowning Dog » qui fermera la marche.

En revanche, à près d’une heure de musique, le manque de variation peut devenir lassant. Le groupe excelle dans leur version du métal, mais ne se réinvente pas. Cela étant dit, les fans de la première heure auront droit à leur dose de rock ‘n’ roll viril et crasseux et ils ne seront pas déçus. Il appartiendra alors à chacun de vouloir en faire partie ou pas.

***

The Sword: « High Country »

Après quatre albums de metal traditionnel qui exploraient tous schémas qu’avait établis Black Sabbath , The Sword avait clairement d’être aiguisé. Après s’être tourné vers l’éternel enquiquineur Adrian Quesada à le production, le quatuor d’Austin prouve qu’il est autre chose qu’un « headbanger » rétro tel que les disques précédents l’avaient pu laisser croire.

High Country est clairement un album de transitions dans lequel le groupe s’essaie à des genres différents, le prog, la psychedelia ou le folk.

« Unicorn Farm » et « Seriously Mysterious » bruissent se grooves aux synthés et Quesada apporte même des cuivres à un « Early Snow » croustillant.

Les vocaux de J.D. Cronise alternent le gémissement et le registre crooner de manière efficace, preuve que le groupe n’a pas abandonné son registre habituel ; « Ermpty Temples » «  Suffer No Fools » usent à bonne esceint des « power chords » mais The Sword semblent avoir voulu mettre en avant l’idée de mélodie plutôt que le fracas.

Si ces additions ne sont que de surface, elles n’entameront pas une structure qui, elle, an avait bien besoin. »

**1/4

Bullet for My Valentine: « Venom »

Si ce cinquième album de Bullet for My Valentine est révélateur de quelque chose, ce sera que le combo a traversé des épreuves assez douloureuses ces derniers temps. Depuis près de 17 ans, les Gallois s’étaient installés dans une iche assez confortable pour eux ; celle de pourvoyeurs de nu-metal furieux et implacable.

Aujourd’hui le titre Venom semble indiquer que la chose est prise un peu trop au sérieux. Avec des textes faisant allusion à des tables qui tournent sur elles mêmes et à une culpabilité et un sort dont personne ne peut se sentir à l’abri, on ne peut que constater que le groupe n’a pas véritablement changé dans ce qui pouvait générer son irritation à l’origine.

La musique n’est pas non plus exempté de clichés avec des lignes de basses haletantes le disputant aux riffs de guitares frénétiques et aux vocaux de Matt Tuck aboyant comme étranglés.

Bien sûr l’exécution est complexe tout comme l’interaction entre les instruments mais cela n’élimine pas le fait que Venom pourrait être un disque fabriqué par n’importe quel combo de metal en colère.

**

Lamb of God: « VII:Sturm Und Drang »

Les fans de metal se sont demandés comment sonnerait ce quintette de Richmond après que leur chanteur, Randy Blythe, ai passé quelues qtemps dans une prision de la République Tchèque en attendant un procès où il était accusé d’homicide involontaire après avoir poussé un jeune homme de 19 ans à Prague en 2010.

Metalheads Blythe fut acquitté et dans la foulée il sortie un mémoire touchant, Dark Days. Son retour avec Lamb of God fait référence à ces mois passés dans une prison vieille de 123 ans utilisée par les Nazis pour y exercer leurs torures habituelles durant la Deuxième Guerre Mondiale.

Sur « 512 » il gémit « je ne me reconnais plus » alors qu’un de ses guitaristes simule une sirène et il cite également la guerre dans « Anthropoid » inspité par un leader nazi surnommé le Boucher de Prague.

Ailleurs Blythe et sa cohorte s’en prennent aux médias et à leur obsession carnivore pour les désastres, « Engage the Fear Machine », au point que la participation du leader des Deftones, Cheno Moreno sur « Embers » sonne presque domestiquée.

Lamb of God n’ont pas changé, ni en mieux ni en pire suivant le point de vue, ils ont simplement bien retenue la leçon que leur donne la vie.

***1/2

Mirror Queen: « Scaffolds of the Sky »

Mirror Queen sont de vrais sorciers du riff ou plutôt des riffs dans la mesure où ils moissonnent dans les meilleurs champs du rock lourd, de son passé, et parviennent à confectionner un son qui leur est propre, et qui, malgré ses emprunts, est un bel exemple de cohérence/cohésion.

Ils puisent dans le rock progressif, le psyche-rock, le proto-metal ou le hard mais ce qui les distingue de maints autres combos est la façon pleine de souplesse souple avec laquelle ils procèdent. À l’inverse de beaucoup, leur musique n’est pas un étalage de riffs mais elle se met au service de véritables chansons qui vous emmènent quelque part et ne cherchent pas à vous égarer ou vous épater.

Prenons la chanson titre qui ouvre l’album et,débute sur une cadence rappelant Thin Lizzy. Petit à petit,elle  va s’enfoncer dans du folk psychédélique puis, après un interlude prog-rock, se dénouera de là d’où elle est partie, un hard rock qui achèvera la chanson de belle manière.

Mirror Queen cheminent habilement d’un genre à l’autre sans que quelque chose ne puisse donner la sensation d’un moteur en proie à des ratés. « Quarantined » assemble un riff rongé par le fuzz et une embardée mid-tempo qui en fait une véritable pépite de proto-metal. « Vagabondage », lui, va vagabonder encore plus longuement sur le sentier du metal avec des solo qui déchirent au rythme d’un galop qui semble incompressible.

« Strangers In Our Own Time » reviendra à l’approche éclectique avec de doux riffs de psyche et de prog rock et « At The Borderline On The Edge Of Time » délontera que le hard rock peut être heavy mais aussi grisant dans son impétuosité.

À la fin d’un album qui se conclut sur un « Wings Wetted Down » mélancolique rappelant les moments les plus apaisants de King Crimson on se demandera de combien de disques de heavy metal on a vraiment besoin dans sa discothèque. La réponse est peu, et Scaffolds of the Sky en fera indubitablement partie.

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Perfect Pussy: « Say Yes to Love »

Tout, rigoureusement tout chez Perfect Pussy mérite l’adjectif d’abrasif. La chanteuse Meredith Graves glapit comme si elle subissait ou souhaitait faire subir une agression permanente tout en essayant de prendre le dessus sur des rythmes qui crissent et semblent se tortiller dans tous les sens sans relâche. L’écoute n’est pas aisée mais elle est gratifiante.

Avec des vocaux entachés de distorsion et dégoulinant d’une menace imperturbable, il n’y a aucun moyen de s’affranchir de la poigne que Perfect Pussy exerce sur vous une fois mise en branle. I y a pourtant une émotion indéniable dans le bruit débridé qui jalonne Say Yes To Love, le premier album du combo. Que ce soit sur des hurlements qui semblent parcourir une distance partant de l’Enfer pour infester le ciel ou cette attitude blasée en voulant au monde entier si chère à Sonic Youth, on ne peut pas ne pas sentir en familiarité avec un tel album. Bien que parcouru de poncifs, le disque sonne remarquablement frais et ce sont précisément le fait de s’appuyer sur des références si usitées qui rend Say Yes To Love si surprenant.

Dès le torride « opener » que constitue « Driver », il est évident que les prochaines 25 minutes seront pleines de vitriol et d’un fournaise à faire bouillir le sang au point qu’il risque de provoquer une hémorragie auditive. Dès le début donc et, à partir de ce moment, aucune pause ne nous permettra de se libérer de cette étreinte hormis les rares descentes qui néanmoins restent toujours en vrille ou les crescendos qui, de toutes manières, ne peuvent que nous entraîner là où on ne souhaiterait peut-être pas aller. « Advance Upon the Real » est le parfait exemple de cette approche avec le fuzz comminatoire qui accompagne ses plus de 3 minutes.

Le « closer », « VII », invoquera la vision d’une avalanche qui descend sur nous, décimant tout ce qui précède sur son passage. Le bruit devient alors immense et fracassant comme des coups de bélier sur une porte qui ne demande peut-être qu’à lui céder comme pour appréhender sa beauté ; quand le martèlement vicieux s’arrête, on hésite entre le « enfin » et le « encore » qui peuple le silence. Le prix d’entrée dans l’univers de Perfect Pussy est accessible et en même temps inestimable ; dans tous les cas il vaut la peine de s’en pénétrer.

***1/2

The Ukiah Drag: « In The Reapers Quarters »

La pochette du premier album de ce groupe d’adoption new yorkaise via la Floride tout comme son titre ont tout pour être menaçants. In The Reapers Quarters signifie dans les quartiers de la Grande Faucheuse, ce qui s’accorde très bien avec la couverture du disque.

Le titre d’ouverture, « Intro », semble confirmer cette tendance mais The Ukiah Drag ne matraquent et n’assaillent pas celui qui écoute comme beaucoup de ces disques se réclamant de façon ostentatoire du « heavy » rock. Les parties de guitares ne sont pas cinglantes mais elles sont comme bouillonnantes et sur le point d’éclater et l’album se déroule de façon insidieuse, réveillant une atmosphère boueuse où l’effroi se manifeste lentement mais délibérément. La Faucheuse n’est pas chez elle mais, même si on attend son retour de façon tendue, la pièce est suffisamment confortable pour qu’on s’y installe.

Bien qu’ils aient sorti une cassette en 2013 sur le label Ascetic House qui se proclame le représentant du « New American Heavy Underground » ce sont plutôt les origines du groupe à Tampa en Floride qui sont un meilleur point de référence. Leur leader, ZZ Ramirez, guitariste et chanteur avait sorti un album en 2012, Turquoise for Hello, avec American Snakeskin un combo qui avait traversé des territoires grinçants identiques à ceux de Ukiah Drag. Les pairs de Ramirez avaient, eux-mêmes, construit le même univers imposant au sein de Diet Cokeheads et Neon Blud ; Ukiah Drag délivre le tout hérité de ce régionalisme.

Mais le groupe sait aussi rappeler des artistes comme Giant Sand et Charlie Pickett sur un « Night Of Immaculacy » avec des percussions semblable à une locomotive et un rumine sur la guitare en drone, le tout faisant penser à la traversée d’une vaste plaine déserte. Ramirez rumine et évoque la haine et la drogue alors que le groupe brode sur ce motif statique pendant plus de huit minutes. Ses vocaux, traînants comme dans les états du Sud, semble émerger de lèvres desséchées. « Her Royal Grip » accentue l’étrange atmosphère désertique grâce à cette voix croassante alors que le tonnerre instrumental va sembler surgir d’un plateau et emplir une gorge rouillée et poussiéreuse.

On le voit, le doom rock du groupe n’est pas envahi par l’obscurité et en cela il se singularise dans le genre. Tout y coule au ralenti semblant étendre des passages où le destin funeste est toujours prêt à s’abattre. Qu’il paraisse imminent nous habitue à sa présence au point que le menace qu’il véhicule nous paraît si familière que les quartiers de la faucheuse auxquels nous sommes conviés peuvent sembler représenter un chez soi.

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Avenged Sevenfold: « Hail To The King »

La garantie de rencontrer le succès dans toutes les aires de la pop et du rock est assez maigre;seul, peut-être, le heavy metal offre un peu plus de garanties. Alors que la plupart des groupes ont des moments de notoriété assez relatifs et épisodiques, un bon groupe de metal, volontaire pour tourner presque 365 jours par se constituera une escouade de fans qui lui procurera une certaine longévité.Iron Maiden est est le premier exemple.

Avenged Sevenfold en sont ici à leur sixième album et offrent une assez grande similitude avec Maiden, en particulier par leurs attaques de guitares en duo. Ces Californiens ont commencé leur carrière en abordant les rivages les plus durs du genre mais Hail To The King franchit ce pont entre le côté mordant de leur passé et un heavy metal plus aisé à savourer.

La recherche y est présente, les cuivres accompagnant les six cordes sur le titre d’ouverture « Shepherds of Fire » et « Hail To The King » apportera cette nuance de sophistication héritée du hard rock des années 80.

Non content de cela, le disque traficote une varité de styles ; le riff acerré de « Doing Time » rappellera le meilleur de Gubn’n’Roses même si la production se veut plus clean. C’est d’ailleurs une des particularités de l’album que de disposer d’un enregistrement moins animal avce, hormais les ballades habituelles, des compositions épiques comme « Requiem » dont l’ouverture chorale pompée à Carl Off est plus grandiloquente qu’entraînante. « Acid Rain » terminera Hail To The King sur une note presque aimable, montrant que Avenged Sevenfold sont désormais dans une démarche où la légèreté semble prendre le pas sur le heavy metal stricto sensu.

★★★☆☆

Queensrÿche: « Queensrÿche »

Comme quelques rares groupes de heavy metal comme Blue Öyster Cult ou, à un degré moindre, Metallica, Queensrÿche a toujours été un ensemble assorti d’une vision, voire de concepts, alors que la plupart de leurs semblables se contentaient de capitaliser sur une image.

Beaucoup de fans diront que le groupe a perdu de son aura ou de sa grandeur depuis le départ de Chris DeGarno, son leader et que sous a houlette du vocaliste Geoff Tate il s’est peu à peu transformé en backing band pour un artiste jouant en solo. Ce nouvel album, éponyme, voit le combo (presque) original se reformer avec l’arrivée d’un nouveau chanteur, Todd La Torre.

Le résultat est, ici, clair et puissant, grâce à la production pour le moins robuste de Jim Barton. Chaque membre est ainsi servi par le mixage de ce dernier, en particulier La Torre. Que ce soit quand il émule de manière passionnée la phrasé de Steven Tyler (« In The Light ») ou qu’il défie le mur sonore avec sa version « live » de « Queen of the Reich » il semble s’être immédiatement adapté au combo ressucité. « A World Without » rappellera les climats grandiose que Queensrÿche a toujours affectionnés et le duel de guitares entre le nouveau venu Parker Lundgren et Michael Wilton sur un « Don’t Look Back » qui consumera les oreilles sera un écho vivifiant de la période glorieuse avec DeGarmo.

On comprend pourquoi le groupe a choisi, pour son come back, un titre éponyme semblable à celui de leur « debut album ». Il est, quelque part, signe de recréation et aussi d’un nouveau départ qui présage, on peut l’espérer, de bien jolies choses pour le futur.

★★★☆☆

Black Sabbath: « 13 »

À défaut d’avoir une vision, Black Sabbath avaient un univers dont ils ont été les pionniers voilà plus de 40 ans : un heavy metal mêlant distorsion avec des thèmes comme la mort, la religion et l’occulte et une image ayant remis au goût du jour le « gothique ». Ce que l’on doit au groupe a souvent été dénaturé par un line up changeant perpétuellement et des disques qui n’avaient de Black Sabbath que le nom.

13 est, depuis 1978, le premier disque comprenant les membres originaux même si le batteur Bill Ward ait refusé de se joindre au groupe en raison de disputes « contractuelles ». On retrouvera donc le chanteur Ozzy Osbourne, Tony Iommi à la guitare et le bassiste Geezer Butler dans un album qui s’ouvre avec deux titres, « End of Beginning » et « God Is Dead ? » reprenant les traits caractéristiques du combo : arpèges montant lentement en puissance, accords heavy et en sustain et textes aux rimes simples et morbides.

À un peu plus de 8 minutes ils ont tendance à être un peu boursouflés même si des titres comme « Loner » ou le plus acoustique « Zetgeist » s’avèrent relativement succincts. Même ainsi le problème est qu’ils éssaient d’émuler le son original du groupe ; le premier ressassant le son de guitare pincé et les vocaux distordus de « Planet Caravan », l’autre titre reprenant le rythme piétiné de « N.I.B. ».

La poduction a été confiée au « maître » Rick Rubin et elle s’avère efficace pour que le phrasé de Osbourne demeure aussi tendu qu’il l’était à l’origine. Ce qui liera pourtant le disque jusqu’au bout sera le travail de Iommi : celui-ci s’avérera constant et riche, avec toujours cette facilité à dépoter des riffs de metal intemporels. On lui devra la résonance instantanée qu’aura le blues sudiste « Damaged Soul » et le plaintif « Dear Father » qui réaffirmera sa prééminence sur ce qui a trait au macabre.

13 est, au total, un album solide, un retour aux éléments basiques du groupe parvenant, par moments, à rappeler et renouveler l’esprit audacieux de leur période dorée.

★★★☆☆