…And You Will Know Us By The Trail of the Dead: « X: The Godless Void and Other Stories »

Après cinq ans d’absence, la formation menée par Conrad Keely et Jason Reece était de retour vendredi dernier avec X : The Godless Void and Other Stories. En 2014, la formation, amalgamant la furie du punk hardcore à des influences de rock progressif, nous balançait l’excellent IX; un disque plus conceptuel queLost Songs, mais qui gardait intacte cette frénésie qui a toujours caractérisé le son de…And You Will Know Us By The Trail of the Dead

Avec ce 10e disque en carrière, le groupe célèbre cette année son 25e anniversaire d’existence. Réalisé par Conrad Keely lui-même, avec l’aide de l’ingénieur de son Charles Godfrey (of Montreal, Yeah Yeah Yeahs), ce nouvel opus réinstaure au premier plan l’alternance vocale et rythmique entre Reece et Keely; les deux s’échangent conjointement les rôles de batteur, de guitariste et de chanteur tout au long de l’album.

La genèse créative s’est amorcée dès le début de 2018 après que Keely ait déménagé ses pénates dans sa ville de naissance : Austin, Texas. Le compositeur résidait depuis près de cinq ans au Cambodge. C’est ce retour forcé aux États-Unis qui a plongé l’artiste dans une morosité accablante. Quitter un pays qu’il aimait profondément pour revenir en Amérique a ouvert quelques plaies, semble-t-il… Le musicien s’est également inspiré d’un livre de Steven Pressfield intitulé The War of Art bouquin qui met en lumière les formes de résistance rencontrées par les artistes, entrepreneurs, athlètes et autres qui tentent de franchir leurs propres barrières créatives.

Sur X : The Godless Void and Other Stories, Trail of Dead n’a rien perdu de sa légendaire intensité, mais le groupe a su la bonifier à l’aide d’un apport mélodique fertilisé. « Children in the Sky « est un alliage réussi de ce qu’a toujours proposé la formation, mais recelant un je-ne-sais-quoi qui fait penser à Oasis. Même les moments « prog » situés en fin de parcours (« Who Haunts the Haunter », « Blade of Wind » et « Through the Sunlit Door ») sont somme toute terre à terre et accessibles.

Même si les fans reconnaîtront aisément la formule « Trail of Dead » et malgré la répétitivité de certains arrangements et motifs de guitares, les crescendos sont toujours aussi cathartiques. Petit bémol ? Une conclusion d’album plus aérienne qui amoindrit quelque peu l’impact incontestable des sept premières chansons.

Sans être la meilleure galette de Reece et Keely, des titres comme « All Who Wander », » Into the Godless Void, Children of the Sky » et « Who Haunts the Hunter » vous replongeront dans ce côté « en crisse » qui nous plaît tant chez Trail of Dead. X : The Godless Void and Other Stories consolide les acquis du groupe : des guitares musclées détenant des ascendants hardcore manifestes et une sensibilité mélodique qui a fait ses preuves.

Un très bon coup d’envoi à cette nouvelle année musicale… pour ceux qui aiment le rock!

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Helms Alee: « Noctiluca »

Poursuivant la tradition des groupes d’exception de Seattle, les Helms Alee sont de retour avec leur cinquième album en douze ans d’existence. Intitulé Noctiluca, les 10 titres qu’il contient vous apportent joyeusement plus de leur mélange caractéristique de riffs boueux, de mélodies déjantées et d’expérimentation bruyante qui place Helms Alee sur un registre d’unicité assez grandiose. Le trio composé de Dana James (basse, chant), Hozoji Margullis (batterie, chant) et Ben Verellen (guitare, chant) se combine sans effort pour créer une étonnante éruption de bruit étayée par une sremarquable mélodie.

Noctiluca est une algue marine bioluminescente qui brille lorsqu’elle est excitée. Pour la plupart d’entre nous, une lampe conventionnelle se trouvait à côté de notre lit, mais Hozoji gardait un soupçon de Noctiluca à côté de son lieu de repos nocturne. Ainsi, le thème marin qui figurait sur les précédents albums de Helms Alee est maintenu, comme l’approximation la plus proche de leur son : mystérieux, magique et apportant de la lumière dans l’obscurité.

Une fois que ces guitares familières et ces batteries martelées ont repris vie sur le premier album Interachnid. C’est le son d’un groupe agité et enflammé comme jamais, avec juste la bonne quantité de bruit et de mélodie et un groove percutant qui sonne comme dix batteries dévalent d’une grande montagne. Le « Beat Up », bien nommé, est comme si un champion des poids lourds vous mettait en boîte en vous hurlant des insultes à la figure, alors que vos traits se transforment en pulpe sanglante. La seule grâce salvatrice que l’on puisse trouver est sa compagne qui s’interpose avec sa propre ligne de déprédation avant que vous ne tombiez au sol en morceaux.

Juste au moment où vous pensiez que ces puissants tambours avaient atteint le zénith de leurs martèlements d’oreilles explosifs, vient « Play Dead » pour détruire cette notion. Le premier grand moment mélodique de l’album sort des enceintes et c’est à ce moment que l’on réalise qu’il n’y a pas d’autre groupe sur la planète comme Helms Alee. Cette collision de volume intense, primale et brutale, avec des mélodies merveilleuses et décalées est finalement un accident de voiture dans lequel vous êtes attiré par la scène cauchemardesque.

Si les Pixies ont pillé un son plus métallique et que les bras de Dave Lovering ont été remplacés par des marteaux-piqueurs, on aimera penser que « Be Rad Tomorrow » sera proche de cette analogiere. Les lignes de basse grondantes créent un groove sublime pour les voix de James et Margullis qui taquinent une mélodie monotone méchamment infectieuse. Verellen glisse quelques belles lignes de guitare lors du premier grand moment de l’album et la chanson devient de plus en plus limposante sur ses six minutes. Avec une fausse fin ajoutée pour faire bonne mesure, les guitares ondulantes du titre sont un pur délice alors que s’installe pour une sieste, comme elle seule sait le faire. Le réveil est brutal et le rythme gargantuesque qui annonce l’arrivée de « Lay Waste, Child », fera claquer les écouteurs, telle est l’énergie physique générée par ce son bestial.

Sous la batterie tonitruante et les guitares glissantes de « Illegal Guardian », on peut entendre un piano qui tente d’échapper à la rétention tendue de ce qui précède. La tension est exacerbée par les guitares qui bourdonnent et l’assaut de la batterie qui s’effondre avant que Verellen ne déchaîne de façon menaçante certains de ses propos démoniaques. « Spider Jar » est une ligne de guitare psychédélique tourbillonnante avec un groove à couper le souffle. Le glorieux refrain aux cordes somptueuses arrive de nulle part, c’est vraiment une belle chose. Les voix combinées s’apparentent aux belles harmonies de REM et cela pourrait être dû au choix du producteur/ingénieur, Sam Bell, qui a déjà travaillé avec les meilleurs d’Atlanta.

Il y a une bizarrerie dans « Pleasure Torture » où James et Margullis nous implorent de nous ouvrir encore plus à leurs guitares et, alors qu’elles s’animent comme des foreuses maniaques, vous vous retrouvez à entrer dans le jeu. Des mélodies déchirantes combinées à des cordes qui s’envolent n’est pas quelque chose que vous pourriez associer à la Helms Alee, et voilà que « Pandemic » coche cette case. Les guitares font retentir une merveilleuse sirène mélancolique entre les fabuleux moments qui constituent les couplets. Les échos des sirènes de « Pandemic » s’attardent sur le fond de la dernière sortie qu’est  » »Word Problem » », comme pour démanteler toute notion de ramollissement de la Helms Alee, cette chanson est un autre blaster guttural.

Après cinq albums et de nombreux EP, Helms Alee continue d’apporter une puissante concoction de bruit et de mélodie qui vous confondra, vous déconcertera et vous convaincra comme un secret bien gardé etun trésor absolu. Les Helms Alee ont un goût acquis, mais il n’est pas donné à tout le monde de l’acquérir tant, avec Noctiluca, le trio nous a servi une nouvelle fois une excellente sélection de mélodies et de chaos, un ensemble pour lequel il n’y a pas de retour en arrière.

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Human Don’t Be Angry: « Guitar Variations »

Le troisième album de Human Don’t Be Angry s’appelle Guitar Variations. Tous les signes pointent vers un concept band qui sort son concept album, probablement un peu prise de tête quand on sait que derrière ce nom se cache Malcolm Middleton, moitié d’Arab Strap.
L’album commence d’entrée de jeu par « You’ll Find The Right Note (Eventually) »  même arpège de guitare répété sur presque quatre minutes avec quelques notes de synthés, un carillon joué par un courant d’air, divers bruits…
Le premier vrai morceau s’appelle « Cynical « et dépasse les quatre minutes. On est dans une ambiance très froide qui fait penser à un instrumental des islandais de Mùm. Pour remonter le moral, « A Little Cherry Upper », est un morceau, franchement long (plus de huit minutes), et déprimant porté par de longs arpèges de guitares dépressives et un piano distrait. Et c’est là que la magie opère…
Passé ce cap, tout semble, en effet, se décoincer. « Heart Outside Body » est construit comme un vrai morceau de moins de deux minutes. Plus qu’un interlude, c’est l’ouverture d’une nouvelle phase de l’album. « Bum A Ride « qui suit est pop et on y entend même une voix humaine.


L’épisode pop se termine aussi vite qu’il a commencé, puisque « Come On Over To My Place »pourrait être un morceau d’Arab Strap écrit par une Intelligence Artificielle à qui on aurait brisé le coeur. Et avec la fin de l’épisode pop, c’est aussi le retour au concept album, « A Piece For Two Guitars » étant exactement le type de long morceau qu’on attend d’un album appelé Guitar Variations. Le delay et la reverb sur les guitares me font penser à Durutti Column et ses explorations entre jazz et post-punk sur Factory Records (Joy Division, Section 25…). (« Why Can’t I?) Dream In Cartoon » qui suit mfait penser à ce que le groupe de Manchester aurait pu écrire si on lui avait commandé la bande originale pour un dessin animé japonais dans les années 80.L’album qui commençait comme un soundcheck dans un centre commercial se termine sur un morceau de piano sans l’attention du public dans le hall d’un hôtel, et il est sobrement appelé « Hotel. » C’est la conclusion parfaite pour un disque qui pourrait être l’oeuvre de robots ayant appris la compassion, un disque non dénué d’un certain sens de l’humour, et bien sûr de talent.

***1/2

Josh Homme: « Desert Sessions Vol 11 & 12 »

En attendant un nouveau disque des Queens Of The Stone Age, Josh Homme a décidé de rempiler pour deux Desert Sessions qui, en plus d’être d’excellente facture, ont le chic de nous envoyer un shoot de nostalgie.
Les deux derniers volumes des Desert Sessions (
I See You Hearing Me et I Heart Disco) dataient de 2003… Une éternité. A cette époque, tout le monde était sur Myspace, les Queens Of The Stone Age étaient au sommet de leur art (et n’était pas loin d’être le meilleur groupe de rock) avec Songs For The Deaf. A cette époque les invités étaient PJ Harvey, Nick Oliveri, Jesse Hughes, Mark Lannegan et Josh Freese. Le Rancho de La Luna était une sorte de club de rencontres pour gens tatoués qui pouvaient s’acoquiner après avoir travaillé avec Homme. La preuve avec Mark Lanegan qui ne quitta pas PJ Harvey et Alain Johannes pour enregistrer l(excellentissime Bubblegum en 2003 et 2004.

On s’échangeait les Desert Sessions sous le manteau et on était en admiration devant Homme qui envoyait du rock pur jus avec un son hallucinant.

Aujourd’hui, on écoute les Desert Sessions sur Spotify et on a quand même pris un petit coup de vieux. Les invités de Homme ont changé eux aussi. On retrouve au hasard de cette dizaine de morceaux Billy Gibbons des ZZ Top, Stella Mozgawa, Warpaint, Mike Kerr (Royal Blood) ou encore Matt Sweeney (Chavez). La capacité de Josh Homme de tirer le meilleur de ses invités est quant à elle intacte. Pour la première fois de sa carrière, Mike Kerr chante sur un morceau bien enregistré et Libby Grace nous ferait presque oublier PJ Harvey.

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The Almost: « Fear Caller »

Ce quatrième album de The Almost est en totale opposition avec le dernier opus d’Underoath. Là où Erase Me se la jouait très synthétique, bourré d’effets électro, d’ambiances et de claviers, Fear Caller est hyper organique. Aaron Gillespie, le frontman, le racontait dans une récente interview que le processus d’enregistrement avait été très roots et chaotique (des histoires de studios pas bookés ou déjà surbookés), et qu’au final, c’était son meilleur souvenir dans la création d’un disque. Mais qu’attendre du successeur surprise de l’oubliable Fear Inside Our Bones (très clairement le moins bon de tous leurs disques) sorti en 2013 ? Comme évoqué plus haut, Fear Caller est un album organique et sans fioritures (si ce n’est un superbe solo de saxophone d’un membre de Less Than Jake sur la magnifique « Tame A Lion ». Il s’agit de l’album le plus pop-rock de la bande, et on sent qu’Aaron a désormais pris ses marques en tant que songwriter unique d’un groupe et réussit à se libérer (presque) totalement de l’ombre d’Underoath. Très rock dans le côté direct des morceaux («  I Want It Real » qui renoue avec Monster Monster, tout comme « Fire » « Over And Underneath »), à la recherche de l’émotion à chaque instant (la très belle ouverture sur « Chokehold » avec un très beau refrain et une superbe performance vocale, « I »Won’t Miss »), Gillespie sait où il va et y fonce. C’est une certitude. Sur certains titres, l’influence Underoath se fait encore présente, mais ça fonctionne toujours extrêmement bien (l’interlude « Fear Caller » ou « Lif » » sont de bien meilleurs titres que tout ce qu’on peut trouver sur Erase Me, et pourtant on ne peut s’empêcher d’y penser, cette ambiance, cette lourdeur, ces guitares).

Gilllespie a donc réussi son pari de proposer un quatrième volet à ce projet mis en suspens pendant trop de temps et surtout à écrire un album homogène, beau et accrocheur. Moins rentre dedans que ce que l’on pouvait trouver sur les deux premiers albums, mais plus personnel et encore plus affûté. Fear Caller est un bien bel album, et montre encore, si besoin était, à quel point Aaron Gillespie est un monsieur talentueux. A ne pas manquer. 

***1/2

Bayside: « Interrobang »

Cette nouvelle livraison du combo du Queens fait suite à Vacancy, un album en pilote automatique, pas vraiment mauvais, pas vraiment bon non plus. Du coup, à l’annonce du disque, une certaine anxiété pointait le bout de son nez. Anxiété de courte durée au final, car après avoir entendu les premiers « singles », ce sera l’excitation quifera son apparition. Beaucoup plus heavy que son prédécesseu, rempli de riffs et de solos,, c’est un Bayside 2.0 qui pointe son nez.

Interrobang prend cette direction corps et âme, sans jamais se retourner. Du morceau titre, en passant par « Prayers » et « Bury Me », les trois titres ne font que confirmer ce nouveau son pour la bande. On reste dans une sorte de pop-punk, sans le côté ensoleillé, et avec un penchant pour le côté obscur de la force, et toujours ultra accrocheur. Ajoutez à cela voix reconnaissable entre mille d’Anthony Ranieri, et vous aurez une recette parfaitement mitonnée.

Les excellents « Tall » et « Medicatio » » accélèreront les BPMs et continueront à faire référence à leur meilleur album, The Walking Wounded, et on attendra « Heaven » pour les voir descendre d’un ton et sortir un morceau poppy « bon genre ».

«  Walk It Off » epourrait être un tube avec un refrain en béton armé et « White Flag » clôturera les réjouissances en boulet de canon en étant le morceau le plus heavy qui soit (floraison de riffs, solos heavy metal, et section rythmique au à toute épreuve). Avec cette livraison, Bayside fait un retour tonitruant sur le devant de la scène, et vient de sortir un de ses meilleurs albums, 19 ans après sa création. Sans changer d’identité, mais avec une vélocité comme on n’en avait plus vu depuis trop longtemps.

***1/2

Third Eye Blind: « Screamer »

Le groupe  de rock alternatif californien Third Eye Blind sort, mine de rien, son sixième album studio, Screamer. Le quintette avait annoncé ne plus vouloir enregistrer de disque studio pour se concentrer uniquement sur les tournées et la sortie de quelques EP. Finalement, ce qui devait n’être qu’un EP s’est transformé en un douze titres en support de la tournée du même nom.

Ce nouvel opus s’ouvre sur un duo avec la chanteuse pop Alexis Krauss. Et on voit immédiatement que la musique du comba a évolué et amorcé un virage beaucoup plus pop que précédemment. Avec cette évolition, la formation risque de laisser des fans sur le bord de la route. Les rockeurs nostalgiques de la première heure ne s’y retrouveront sûrement pas. Hormis peut-être sur « Turn Me On » qui laisse la part belle à la guitare électrique.

Les Américains ont, en effet, choisi d’utiliser des beats simples et dynamiques combinés à des paroles répétitives, à l’image d’un morceau tains morceaux comme « Tropic Scorpio » a le mérite de nous faire sortir de nos schémas.

L’univers de chaque titre sera d’ailleurs différent et, bien que les textes parlent beaucoup de drogue et d’argent, la voix chaude et émouvante du leader nous entraîne dans un « Walk Like Kings » qui ne pourra que fédérer le spectateur pendant les concerts. On imaginera la même réaction de la foule sur la mélodies accompagnée au piano qu’est « Got So Hig »” ou « 2X Tigers » bel exercice hip hop du projet.Autre bouleversement, le choix de l’autotune risque de ne pas plaire à tout le monde mais, petit bonus adressé aux plus réticents, l’ensemble se conclura sur une jolie version acoustique de « Who Am I ».

Avec ce projet très étonnant, Third Eye Blind surprend et prend le risque de perdre une partie de son public pour explorer de nouvelles couleurs musicales et conquérir de nouveaux fans. Espérons pour le quintette que le jeu en vaudra la chandelle.

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Eko & Vinda Folio: « Therapy »

De prime abord, Eko & Vinda Folio ce duo originaire de Tbilissi en Géorgie pourrait être considéré comme un « side project » Motorama puisqu’il a été introduit par l’entremise de de Vlad Parshin, le leader dudit groupe.

Ses deux membres, Erekle Deisadze (au chant) et Temo Ezugbaia (guitare et chant), travaillent ensemble depuis 2012. Ils font partie de lcette jeunesse éclairée et protestataire d’un pays agité parles dévisions et la proximité envahissante de son voisin russe. Entre influences occidentales et environnement moins européen la culture géorgienne est un creuset d’où émergent complexité mélodique et mélancolie slave.

Ce premier opus est-il une thérapie ? Il a mis plusieurs années à se concrétiser et, tout romantique qu’il puisse sonner, il va dessiner un territoire où les émotions sont reines et l’itinéraire abstrait et confus, en particlier si on essaie de rassembler ses effets et de réfléchir au temps qui passe.

« Emotionaly Captive », « Lucid Thoughts », « Out There », « Ramble Around » sront les sensations premières telles qu’elles sont exprimées par la voix de basse de Erekle Deisadze. Le phrasé est élégant mais les accents y sont gutturaux, contraste saisissant qui obère la tentation harmonique. La musique est, comme chez Motorama, en mode clair-obscur, posée dans un environnement urbain désolé où une fenêtre est restée ouverte sur les grands espaces et permet de respirer les paysages lointains. La tonalité est new-wave, pop mais nettement moins sombre et sépulcrale que chez les voisins russes. « Endlessly » est badine et enjouée comme une ode sentimentale à la romance qui sera encore plus accentuée par le motif de guitare de « Ramble Around », refrain qui sublime la démarche amoureuse de cette Carte du Tendre égrainée sur fond d’arpèges.

Douceur délicatesse, chant discret comme si l’important est la centralité des inserstices mélodiques, st les suites instrumentales.  La musique de Eko & Vinda Folio trouve son équilibre et son sens profond dans la prise d’espace, entre les notes et entre les musiciens. C’est ce temps qui s’écoule entre les reprises, les attaques et les respirations du chanteur, qui met la musique en mouvement et constitue la vraie originalité du disque. Therapy agit comme un baume apaisant, en appliquant un faux rythme langoureux sur nos blessures sentimentales. Cette mélancolié a pour toile de fond la répétition et c’est à l’honneur de ce Therapy que de se monter aussi lancinant (« Emotionally Captive », « Me As A Sound »), « Nisliani ») ; ce ne sera que le final, plus cold wave et moins organique, qui nous projettera vers des tremplins d’où la poésie aura une autre teneur évocatrice comme si il était nécessaire déjà de s’extirper de ses frontières formatrices.

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David Kilgour & the Heavy Eights: « Bobbie’s a Girl »

Empreint de mélancolie et maîtrisant son art sur le bout des cordes, le chanteur, guitariste, et multi-instrumentalisterevient accompagné de sa formation The Heavy Eights.

Il existe une catégorie d’artiste que l’on suit avec un plaisir jamais démenti. Le discret songwriter néo-zélandais David Kilgour appartient à cette famille. Figure emblématique et pionner de l’indie-rock dans son pays, il débuta sa carrière en 1979 à Dunedin avec les mythiques Clean. Il participa bien évidemment à l’aventure et à l’expansion du label Flying Nun qui proposa à cette époque l’éventail parfait des possibles dans le domaine de la pop et du rock. Les Clean une première fois mis en sommeil, il poursuivra sous divers projets (The Great Unwashed en 82, Stephen en 86 et Pop Art Toasters avec le grand Martin Phillips des Chills en 1994).

Lassé de la pression et des obligations il se lancera en solo à l’orée des années 90. Son objectif musical : étoffer ses mélodies (sortir des influences garage, Velvet  et Lo-Fi) et insuffler davantage de pop dans ses compositions, dans un style musical, qu’il qualifiera lui-même de « soft-rock des seventies » mais serties d’influences country et pastorales. Son premier album en 1992, l’indémodable Here Comes The Cars sera le début d’une longue aventure en solo.

Ce qui séduit dans son œuvre en solo c’est la chaleur de ses compositions, sa voix plaintive si caractéristique et son jeu de guitare élégant et étincelant qui vient former un kaléidoscope chatoyant et généreux. Kilgour étire aussi volontiers ses mélodies sur de longues minutes profondément magnétiques. De temps à autres, mais sans pression aucune, il revient en mode formation et signe alors ses albums avec The Heavy Eights. Les trois vieilles connaissances qui l’accompagnent sont Tony De Raad à la guitare acoustique et électrique, Thomas Bell à la basse et Taane Tokona à la batterie.

Si Bobbie’s A Girl fait référence à son animal de compagnie (nommé en hommage à l’Américaine Bobbie Gentry), cette onzième escapade en solo est surtout habité par le deuil. Très touché par la mort de sa mère et de son ami d’enfance le musicien Peter Gutteridge (The Clean, The Chills et Snapper) Kilgour a laissé filer quatre années et respecté ainsi une longue période de deuil.

Ces deux disparitions ont plongé Kilgour dans un état de mélancolie prononcé. Les mots, les textes et la parole ont été difficile à sortir ou peut-être jugés superflus, car seul 4 titres sont chantés par le songwriter néo-zélandais, le reste est un florilège d’instrumentaux captivants et contemplatifs ; à ne considérer sous aucun prétexte comme un manque d’inspiration, ni même comme un signe quelconque de dépression. En tout et pour tout à peine vingt lignes de textes sont à dénombrer. Kilgour communique avec les notes et les accords, les mots n’ont alors plus beaucoup d’importance.
Bobbie’s A Girl affiche une collection de plages musicales atmosphériques et placides, les arpèges de guitares cohabitent avec quelques chœurs angéliques façon Pink Floyd (« Crawler », « If you were here and I was there ») qui affleurent des tréfonds de l’instrumentation comme un message de réconfort des disparus. Sous l’égide du producteur Tex Houston une vingtaine de titres au total ont été enregistrés dans les studios de Port Chalmers Recording Services. Kilgour a remisé les plus pop et énergiques pour ne conserver que les plus mélancoliques. Cette sélection très cohérente axée sur l’émotion met en exergue le travail des musiciens et nous fait apprécier posément chaque composition.

Le paisible et premier « single » « Smoke You Right Out Of Here » est entièrement dédié à son ami Peter. Les accords sporadiques de guitares mêlés aux nappes d’un clavier lunaire se superposent au chant épars de Kilgour et forment une mélodie rêveuse. Le tableau sera toujours méditatif et souvent axé sur de fragiles pincements de cordes. Le cœur de cet enregistrement ce sont les instrumentaux, ils sont la force vive de ce répertoire et sont particulièrement soignés. Un point commun ils sont tous attractifs : « Entrance » et ses contemplatifs picking de guitare acoustique (dans la lignée des spécialistes du genre) ou le très cinématographique « Swan Loop » qui dérive et chaloupe dans les recoins d’une âme torturée au son du piano de Matt Swanson et des riffs saturés mais fantomatiques de la guitare électrique.

La fin de cet album, superbe, verse dans une veine plus énergique. L’emballant « Looks Like I’m Running Out » cumule coolitude et rythme, quant au final « Ngapara » – l’instrumental le plus rutilant et ambitieux de la série – il regorge de guitares distordues et réverbérées, et constitue avouons-le, la conclusion parfaite de ce nouvel épisode.

****1/2

Vanishing Twin: « The Age of Immunology »

Drôle de compagnie que ce Vanishing Twin ! Ils sont 5, viennent des 4 coins du monde ou presque puisqu’on y retrouve la batteuse italienne Valentina Magaletti (Gums Take Tooth, Fanfarlo), la chanteuse et multi-instrumentiste Cathy Lucas  Fanfarlo, My Sad Captains), le bassiste japonais Susumu Mukai aka Zongamin, le guitariste et claviériste Phil M.F.U. ancien collaborateur de Broadcast, connu également en tant que Man From Uranus et le percussionniste, photographe et réalisateur Elliott Arndt croisé du côté de Yak et Cristobal And The Sea.

Tout ce petit monde se retrouve à Londres dans divers endroits qui doivent plus tenir du laboratoire que du studio lambda tant nous avons affaire à une joyeuse bande de chimistes prête à toutes les expériences les plus étonnantes et audacieuses, tout en restant immédiatement accessible. The Age Of Immunology, leur deuxième album après Choose Your Own Adventure paru en 2016, est en effet un splendide trip entre B.O. moriconnienne, jazz et art pop à la Stereolab.

Avec des titres comme « Cryonic Suspension May Save Your Life » ou » You Are Not An Island, » piochant aussi bien leur inspiration dans la litterature (The Age Of Immunology de A. David Napier) que le cinéma (l’intrigant Planète Sauvage), Vanishing Twin visent haut et fort et dépassent les carcans musicaux habituels. C’est un superbe trip émotionnel qui s’offre à nous à l’écoute de « Backstrobe » ou « Magician’s Success » et tout au long d’un album qui ne cesse de nous surprendre et nous envoûter !

***1/2