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Doomsquad: « Let Yourself Be Seen »

Let Yourself Be Seen est le troisième album que nous offre Doomsquad, et on y ressent une invitation profonde à connecter notre corps et notre esprit avec la musique ; plus précisément avec un grand espace où l’être sera libre de se laisser entrer dans la danse. Réelle ode à la musique dance, ce projet allie au passage des sonorités afrodisco, funk et jazz avec les vestiges d’une sorte de new age / new wave / électro intemporel et ambitieux.

Cet album surprend par la richesse de ses textures autant que par les sujets qu’il véhicule. On sent que les membres issus de la même famille en ont beaucoup à dire et qu’ils se laissent profondément aller du début à la fin, sans compromis, dans toutes les facettes de leurs compositions. La première écoute pourrait être trompeuse pour certains, alors que l’ensemble a des allures sensationnalistes, voir excentriques. Pourtant, ce qui en découle est plutôt une invitation à la révolution et un incontestable désir de parler des sujets qui touchent le monde depuis le tournant du 21e siècle. 

Ces sujets qui touchent à la fois l’environnement, la politique et la place à prendre dans ce vaste monde; thèmes ont été abordé à maintes reprises. Mais ce qui constitue l’unicité du présent projet, c’est de voir le groupe se faire leur propre idée même si les réseaux sociaux et les nouvelles peuvent avoir une réelle influence sur eux. Doomsquad se nourrit plutôt d’influences qui ont une réelle portée sur leurs convictions comme la drag queen Dorian Corey, dont le groupe parle dans Dorian’s Closet, et l’activiste Emma Goldman dans la pièce Emma. Au-delà du concept d’influences, qui se matérialise également par l’éclatement stylistique du disque, on sent que tous ceux qui ont collaboré avec eux ont pu, eux aussi, bénéficier de cet air nouveau.

Il existe dans Let Yourself Be Seen une nette impression de relâchement et de mieux être qui donne envie de respirer au grand air, élément notoirement caractériel du style de Doomsquad qui, par la musique, parle de leurs émotions en même temps que d’y vivre une catharsis devant l’incontrôlable vie qui défile. Quelle ironie lorsqu’on pense au nom du groupe, alors que leurs convictions reflètent l’antithèse de la personne amadouée et contrôlée. La sublime pochette de l’album le confirme, alors que l’on voit les trois membres enrobés de plastique, laissant uniquement leur tête à l’extérieur, comme pour dire que leurs idéaux peuvent respirer sans trop être façonnés par ce qu’ils lisent, voient ou entendent autour d’eux qui pourraient brimer sur leur qualité de vie.

Aucun doute, Let Yourself Be Seen est un album chargé, mais qui s’écoute merveilleusement bien puisqu’il laisse beaucoup de place aux moments où le son n’est guidé que par l’instrumental. C’est d’ailleurs là la clé du projet, être en mesure d’en dire autant sans toujours ouvrir la bouche. Au-delà des nombreux questionnements que posent ce projet, il se veut léger et donne envie de faire les fous. Il n’y a aucun passage à vide, il forme un tout qui conjoint son fond et sa forme dans une parfaite harmonie. Il place la barre haute pour la suite des choses, mais en attendant leur prochaine sortie, on se fait le devoir de savourer celle-ci.

***1/2

19 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Unloved: « Heartbreak »

Le trio Unloved avait fait ses premiers pas avec un « debut album » intitulé Guilty of Love était passé inaperçu . La chanteuse Jade Vincent ainsi que ses deux compères David Holmes et Keefus Ciancia y proposaient une musique cinématographique, et c’est dans cette même optique que le groupe mi-californien mi-irlandais fait son retour avec Heartbreak.

Entretemps, David Holmes et Keefus Ciancia ont composé pas mal de musique pour la crème de la crème dans le monde du 7ème art et c’est dans ce climat que l’on plongera ici avec un univers atmosphérique où leur pop psychédélique cinématique étonne à travers des morceaux à l’image de « Love », le mélancolique « Bill » et « Lee ». Avec la voix de velours de Jade Vincent proche de celle de Lana del Khey qui chante les chagrins d’amour sous toutes ses formes, le groupe semble avoir tout appris de la part de Portishead, MacAlmont and Butler ou bien même Hillary Woods sur des ambiances dramatiques de « (Sigh) », « Devils Angels » mais également de « Love Lost ».

Etienne Daho a craqué pour le groupe, à tel point qu’il pose sa voix sur « Remember » avec son intro quasi hip-hop avant de plonger dans des ambiances 60’s à la Burt Bacharach et on retrouvera également Barry Woolnough sur les accents 80’s de « Danger ». Pour le reste, Unloved se singularisera par ses cordes frémissantes et les chorales fantomatiques qui feront frissonner l’auditeur sur « Crash Boom Bang » et « Boy and Girl ».

S’achevant sur un poignant « If », le trio tire son épingle du jeu avec une sens de la démesure excetionnel, cinématisant avec précision sa musique bien immersive propre à nous faire remettre de nos hagrins d’amour.

***1/2

10 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

R.W. Hedges: « The Hunters In The Snow »

Le hasard fait parfois bien les choses ; songwriter cultivé et sarcastique auteur d’un unique album il y a tout juste dix ans (Almanac), Roy Hedges avait ainsi recroisé par surpris son ami d’enfance Luca Nieri. Multi instrumentiste et producteur de talent, ce dernier s’est fait connaître au sein des mystérieux The Monks Kitchen , un combo issu du revival folk anglais des années 2000.

A bord d’une péniche, les anciens complices à nouveau réunis ont enregistré The Hunters in The Snow, un recueil aux couleurs automnales dont la fluidité mélodique laisse à penser que les deux musiciens ont fait leurs premières gammes sur les partitions magiques de Revolver et du Village Green.

Derrière un décor de music-hall sans âge, librement inspiré d’une passion commune pour le Easy Listening de la grande époque (« Some Girl »), notre tandem livre un récit à l’écriture limpide (« Signalman »), imprégné de prose dylanienne et de littérature victorienne (« Best Laid Plans »).

Comme un Richard Hawley tombé dans la marmite kinksienne ou un Leonard Cohen déniaisé par Joe Meek, R.W. Hedges conquiert son auditoire avec des mélodies surannées et une élégance teintée de mélancolie (« Nights of Laughter »).

Loin du robinet d’eau tiède de la musique commerciale et formatée, ce duo nous rappelle que l’autre Angleterre, celle des itinéraires bis et du savoir-faire minutieux, restera à jamais le royaume de la pop ciselée et intemporelle.

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18 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Picturebox: « Escapes »

Si l’on excepte la scène psyché-prog qui fit sa renommée dans les années 60-70, la ville de Canterbury reste bien plus célèbre pour sa cathédrale et pour son architecture médiévale que pour l’excellence de sa production musicale. Avec Picturebox, la petite cité du Kent abrite pourtant l’un des joyaux méconnus de la couronne pop britannique. Construit autour du songwriter Robert Halcrow, Picturebox est l’un de ces « super-groupes » crypto-pops comme les Anglais,en sont friands. L’ex-Hefner Jack Hayter (au violon sur « The Vicar’s Dog) » ou l’incontournable Ian Button (Papernut Cambridge, Deep Cut, Go-Kart Mozart), en sont des figures et ils apparaissent ainsi au somptueux générique de ce nouvel album.

Auteur un peu plus tôt cette année d’un excellent disque dans l’esprit des Kinks et de XTC avec District Repair Depot, le duo qu’il forme avec le comédien Stephen Evans, Robert Halcrow est un artisan pop à la plume fantasque. Ses chansons, qui exploitent le même filon que celles de Squeeze ou de Martin Newell, rappellent aussi par endroits le Blur du milieu des 90’s.

Résolument centrées sur un idyllique « village green » , les vignettes lo-fi de Picturebox évoquent l’ambiance désuète des tournois de cricket et les promenades dans la campagne verdoyante. En versant quelques gouttes de substances hallucinogènes dans le traditionnel thé de cinq heures Escapes concocte ici un breuvage qui conviendra à tous les amateurs de ladite chose.

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14 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Nick Ellis: « Speaker’s Corner »

Reprenant les choses laissées en plan par Mike Badgers et Lee Mavers, Nick Ellis sort un troisième album magistral. Une guitare, une voix et l’affaire est dans le sac grâce à des chansons aussi simples qu’efficaces.
Le cahier des charges d’un disque de
Nick Ellis tient sur un post-it. Il lui faut sa guitare, sa voix et quelques mélodies. Le garçon ne se perd pas dans le frivole et l’inutile. Voguant sur la Mersey, avec comme compagnon de route Mike Head et comme pavillon les Everly Brothers, Ellis nous emmène dans les tourbillons de sa musique.

Plus direct et plus efficace que ses prédécesseur, Speaker’s Corner révèle les ombres d’Ellis. On se doutait évidemment que ce garçon était un grand sensible et qu’on n’écrivait pas Adult Fiction (son précédent opus) par hasard…
Ellis montre ici tout son savoir faire, de l’instrumental (« 
Sally-Go-Round the Roses ») à la pop (« I Get Love », un morceau d’ouverture d’anthologie) et nous présente ici un disque qui pourrait lui permettre de s’exporter.

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10 novembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Tracyanne & Danny: « Tracyanne & Danny »

La fin tragique de Camera Obscura n’a pas pour autant éteint l’inspiration de la chanteuse Tracyanne Campbell que l’on retrouve ici en duo avec Danny Coughlan pour un disque léger, romantique, mélancolique rappelant d’autres duos d’hier et d’aujourd’hui un tout petit peu plus célèbres : She & Him, Lee Hazlewood & Nancy Sinatra pour n’en citer que deux

Rien de bien neuf donc dans la musique de Tracyanne & Danny mais juste le plaisir de retrouver des mélodies et des refrains faciles et immédiats dans des chansons au charme désuet évocatrices de vieux tubes pop yéyé des années 60.

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31 octobre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Martin Newell: « Teatime Assortment »

Dans les années 80, du temps où il enregistrait dans sa propre demeure et se faisait appeler Cleaners from Venus days, Martin Newell semblait être frappé de génie comme par accident. Ses compositions étaient des véritables chefs d’oeuvre de power pop étincelante avec, par exemple le fabuleux « Marilyn on the Train », émergeant de manière resplendissante et épanouie d’un cerveau facétieux infecté de fuzz, de riffs et de loufoquerie.

Maintenant, après trente années, sa main est restée toujours aussi ferme et son inspiration à son top. Il est facile de l’imaginer en train de composer de superbes mélodies, avec lenteur et minutie, tout en conservant cette approche empirique où l’échec est toujours inspiré par l’expérience tentée, mais où le succès est toujours à la clef. Ainsi Newell a perçu ce qui fonctionnait ou pas, augmentant progressivement cette faculté à façonner des « hits » at à battre en brèche tout ce qui pouvait être de la niaiserie.

Le génie frappe comme il le souhaite (et il le fait un certain nombre de fois sur cette compilation de 24 morceaux) et les vallées y sont on ne peut plus plates et les erreurs patentes néanmoins. La résultante en est que loin y discerne une minutie artisanale mais que celle-ci s’appuie moins sur une inspiration délirante que sur une application pratique d’habiletés et de connaissances acquises.

Les titres qui s’égrènent sur Teatime Assortment ont été écrits entre 2010 et 2014, la période où son label avait réédité son catalogue initial sous forme de coffrets et que intérêt pour lui avait ressurgi.

On peut, à l’écoute, comment certains ont pu passé sous silence quelqu’un qui pouvait rivaliser sans peine avec Robyn Hitchcock et Robert Pollard tant on y entend son sens de l’harmonie mélodique même si elle est, à maintes reprises, parsemée d’une démonstration technique qui frôle l’indulgence.

La bonne nouvelle est que, sur près de dix chansons, on frise l’excellence, et ceci sans la moindre réticence. Des joyaux comme « Ghost of Jenni Rainbird » et ses riffs puissants, le désinvolte mais hanté « English Electric » ou un « Suknen City » qui nous ramène au plaisant souvenir de Robyn Hitchcock . La cerise sur le gâteau sera pourtant « St. Overdose by the Sea » à égalité avec un « Shabby Hearts » où XTC pointera le bout de ses accords et de sa mystique.

On retrouvera également cette tradition de la pop britannique qui puisait dans le music-hall quelque peu confortable (« Back in the Day », « Time We Talked Again ») tout en s’épargnant de tomber dans le piège du doucereux.

Il est ici question d’intelligence et d’esprit, de virtuosité dans des efforts qui s’efforcent d’éviter le trop maladroit ou hasardeux, de petits enregistrements pris sur le vif au bon soin d’accords mineurs, de regards pensifs plongés sur le passé à l’instar de cette Marilyn sur «  He’s Going Out with Marilyn », une jeune femme qui restera une figure indissociable de la pop où les doigts passés sur des cordes de guitares nous évoquent des carillons élusifs mais dont le tintement perdure comme réminiscence des tempos légers, frêles et bucoliques, là où l’herbe ne cessait jamais d’être verte, là où l’Âge d’Or de certaines années restait encore une ligne d’horizon indépassable.

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3 avril 2016 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Totally Mild: « Down Time »

Il est certain que ce quartet de Melbourne a choisi le patronyme idéal pour se nommer. Jamais Totally Mild ne se livre à un tempo effréné et c’est encore plus le cas sur le judicieusement intitulé Down Time, leur nouvel album.

Leur pop est, en effet, volontairement à la lisière du mièvre et elle ne nous incite certes pas à agiter les mains mais, en revanche, elle nous permet de nous emmitoufler dans un climat facétieux et confortable servi par la vocaliste Elizabeth Mitchell.

L’attrait se fera alors par des titres qu’on a envie de reprendre à la cantonnade, mais en douceur ; un « All Around ») qui semble avaoir été prévu pour un enregistrement « live » et un climat intimiste mêlée à des moments où la suiétude se fait plus sombre (« Nights » , « The Next Day » ou le « closer », « Money Or Fame ». qui incorporent ce que l’on croit être une touche de saxo pour apesantir cette atmosphère à la fois sensuelle et nocturnale.

Ce comportement détendu parvient à élever l’humeur de Down Time pour en faire une expérience dont chacun devrait prendre conscience de la profondeur et de l’intensité.

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3 avril 2016 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The School: « Wasting Away And Wondering »

Wasting Away and Wondering est le troisième album de The School un groupe qui traîne la réputation d’être un des meilleurs combos du moment. Pour beaucoup la pop music signifie une chose qui entre dans la vie des gens, fait scintiller les mauvais jours et nous rend heureux d’être en vie.

The School ont toujours réussi et ça n’est pas négligeable d’autant que cela s’accompagne de bien plus.

« Every Day » ouvre la face un avec une mélodie pleine de fantaisie qui se lovera instantanément dans notre cerveau. Les arrangements de presque chaque morceau ont cette qualité d’au tant que les titres semblent y avoir été mis pour une bonne raison ce qui donne du relief à un sequencing d’orfèvre.

Les chansons d’amour sont douces et les mélodies irrésistibles, les percussions sont d’une souplesse exquise « Love Is Anywhere You Find It » ou « All You Want Is Everything ».

Wasting Away and Wondering donne envie de danser et d’être heureux de manière convaincante ce qui, quelque part, fait de ce disque un album plein comme Burt Bacharach y parvenait si bien

***1/2

 

20 septembre 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Hooton Tennis Club: « Highest Point In Cliff Town »

Sonnant comme un croisement de Parquet Courts Lee Ranaldo et titulaires d’un album produit par le guitariste de Coral, Bill Ryder-Jones, ce Highest Point In Cliff Town premier opus de Hooton Tennis Club, ne pouvait que véhiculer un esprit fun et doté de ce côté bucolique qui rend si charmante la campagne britannique.

HTC est un groupe d’amis et cela s’entend dans l’exubérance et l’insouciance gentiment insolente qui caractérise leurs compositions. Rien de sérieux ne semble les atteindre, en particulier l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes ce qui ne peut être que rafraichissant.

« I’m Not Going Roses Again » marque néanmoins que le combo est capable de s’impliquer avec un bien joli solo de guitare montrant que le groupe peut aller au-delà de l’apparente simplicité qui semble perler.

Highest Point In Cliff Town donne envie de les perler de manière un peu plus profonde et de voir si XTC peut se dire qu’il a trouvé un digne successeur.

**1/2

1 septembre 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire