R.W. Hedges: « The Hunters In The Snow »

Le hasard fait parfois bien les choses ; songwriter cultivé et sarcastique auteur d’un unique album il y a tout juste dix ans (Almanac), Roy Hedges avait ainsi recroisé par surpris son ami d’enfance Luca Nieri. Multi instrumentiste et producteur de talent, ce dernier s’est fait connaître au sein des mystérieux The Monks Kitchen , un combo issu du revival folk anglais des années 2000.

A bord d’une péniche, les anciens complices à nouveau réunis ont enregistré The Hunters in The Snow, un recueil aux couleurs automnales dont la fluidité mélodique laisse à penser que les deux musiciens ont fait leurs premières gammes sur les partitions magiques de Revolver et du Village Green.

Derrière un décor de music-hall sans âge, librement inspiré d’une passion commune pour le Easy Listening de la grande époque (« Some Girl »), notre tandem livre un récit à l’écriture limpide (« Signalman »), imprégné de prose dylanienne et de littérature victorienne (« Best Laid Plans »).

Comme un Richard Hawley tombé dans la marmite kinksienne ou un Leonard Cohen déniaisé par Joe Meek, R.W. Hedges conquiert son auditoire avec des mélodies surannées et une élégance teintée de mélancolie (« Nights of Laughter »).

Loin du robinet d’eau tiède de la musique commerciale et formatée, ce duo nous rappelle que l’autre Angleterre, celle des itinéraires bis et du savoir-faire minutieux, restera à jamais le royaume de la pop ciselée et intemporelle.

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Picturebox: « Escapes »

Si l’on excepte la scène psyché-prog qui fit sa renommée dans les années 60-70, la ville de Canterbury reste bien plus célèbre pour sa cathédrale et pour son architecture médiévale que pour l’excellence de sa production musicale. Avec Picturebox, la petite cité du Kent abrite pourtant l’un des joyaux méconnus de la couronne pop britannique. Construit autour du songwriter Robert Halcrow, Picturebox est l’un de ces « super-groupes » crypto-pops comme les Anglais,en sont friands. L’ex-Hefner Jack Hayter (au violon sur « The Vicar’s Dog) » ou l’incontournable Ian Button (Papernut Cambridge, Deep Cut, Go-Kart Mozart), en sont des figures et ils apparaissent ainsi au somptueux générique de ce nouvel album.

Auteur un peu plus tôt cette année d’un excellent disque dans l’esprit des Kinks et de XTC avec District Repair Depot, le duo qu’il forme avec le comédien Stephen Evans, Robert Halcrow est un artisan pop à la plume fantasque. Ses chansons, qui exploitent le même filon que celles de Squeeze ou de Martin Newell, rappellent aussi par endroits le Blur du milieu des 90’s.

Résolument centrées sur un idyllique « village green » , les vignettes lo-fi de Picturebox évoquent l’ambiance désuète des tournois de cricket et les promenades dans la campagne verdoyante. En versant quelques gouttes de substances hallucinogènes dans le traditionnel thé de cinq heures Escapes concocte ici un breuvage qui conviendra à tous les amateurs de ladite chose.

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Nick Ellis: « Speaker’s Corner »

Reprenant les choses laissées en plan par Mike Badgers et Lee Mavers, Nick Ellis sort un troisième album magistral. Une guitare, une voix et l’affaire est dans le sac grâce à des chansons aussi simples qu’efficaces.
Le cahier des charges d’un disque de
Nick Ellis tient sur un post-it. Il lui faut sa guitare, sa voix et quelques mélodies. Le garçon ne se perd pas dans le frivole et l’inutile. Voguant sur la Mersey, avec comme compagnon de route Mike Head et comme pavillon les Everly Brothers, Ellis nous emmène dans les tourbillons de sa musique.

Plus direct et plus efficace que ses prédécesseur, Speaker’s Corner révèle les ombres d’Ellis. On se doutait évidemment que ce garçon était un grand sensible et qu’on n’écrivait pas Adult Fiction (son précédent opus) par hasard…
Ellis montre ici tout son savoir faire, de l’instrumental (« 
Sally-Go-Round the Roses ») à la pop (« I Get Love », un morceau d’ouverture d’anthologie) et nous présente ici un disque qui pourrait lui permettre de s’exporter.

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Tracyanne & Danny: « Tracyanne & Danny »

La fin tragique de Camera Obscura n’a pas pour autant éteint l’inspiration de la chanteuse Tracyanne Campbell que l’on retrouve ici en duo avec Danny Coughlan pour un disque léger, romantique, mélancolique rappelant d’autres duos d’hier et d’aujourd’hui un tout petit peu plus célèbres : She & Him, Lee Hazlewood & Nancy Sinatra pour n’en citer que deux

Rien de bien neuf donc dans la musique de Tracyanne & Danny mais juste le plaisir de retrouver des mélodies et des refrains faciles et immédiats dans des chansons au charme désuet évocatrices de vieux tubes pop yéyé des années 60.

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Martin Newell: « Teatime Assortment »

Dans les années 80, du temps où il enregistrait dans sa propre demeure et se faisait appeler Cleaners from Venus days, Martin Newell semblait être frappé de génie comme par accident. Ses compositions étaient des véritables chefs d’oeuvre de power pop étincelante avec, par exemple le fabuleux « Marilyn on the Train », émergeant de manière resplendissante et épanouie d’un cerveau facétieux infecté de fuzz, de riffs et de loufoquerie.

Maintenant, après trente années, sa main est restée toujours aussi ferme et son inspiration à son top. Il est facile de l’imaginer en train de composer de superbes mélodies, avec lenteur et minutie, tout en conservant cette approche empirique où l’échec est toujours inspiré par l’expérience tentée, mais où le succès est toujours à la clef. Ainsi Newell a perçu ce qui fonctionnait ou pas, augmentant progressivement cette faculté à façonner des « hits » at à battre en brèche tout ce qui pouvait être de la niaiserie.

Le génie frappe comme il le souhaite (et il le fait un certain nombre de fois sur cette compilation de 24 morceaux) et les vallées y sont on ne peut plus plates et les erreurs patentes néanmoins. La résultante en est que loin y discerne une minutie artisanale mais que celle-ci s’appuie moins sur une inspiration délirante que sur une application pratique d’habiletés et de connaissances acquises.

Les titres qui s’égrènent sur Teatime Assortment ont été écrits entre 2010 et 2014, la période où son label avait réédité son catalogue initial sous forme de coffrets et que intérêt pour lui avait ressurgi.

On peut, à l’écoute, comment certains ont pu passé sous silence quelqu’un qui pouvait rivaliser sans peine avec Robyn Hitchcock et Robert Pollard tant on y entend son sens de l’harmonie mélodique même si elle est, à maintes reprises, parsemée d’une démonstration technique qui frôle l’indulgence.

La bonne nouvelle est que, sur près de dix chansons, on frise l’excellence, et ceci sans la moindre réticence. Des joyaux comme « Ghost of Jenni Rainbird » et ses riffs puissants, le désinvolte mais hanté « English Electric » ou un « Suknen City » qui nous ramène au plaisant souvenir de Robyn Hitchcock . La cerise sur le gâteau sera pourtant « St. Overdose by the Sea » à égalité avec un « Shabby Hearts » où XTC pointera le bout de ses accords et de sa mystique.

On retrouvera également cette tradition de la pop britannique qui puisait dans le music-hall quelque peu confortable (« Back in the Day », « Time We Talked Again ») tout en s’épargnant de tomber dans le piège du doucereux.

Il est ici question d’intelligence et d’esprit, de virtuosité dans des efforts qui s’efforcent d’éviter le trop maladroit ou hasardeux, de petits enregistrements pris sur le vif au bon soin d’accords mineurs, de regards pensifs plongés sur le passé à l’instar de cette Marilyn sur «  He’s Going Out with Marilyn », une jeune femme qui restera une figure indissociable de la pop où les doigts passés sur des cordes de guitares nous évoquent des carillons élusifs mais dont le tintement perdure comme réminiscence des tempos légers, frêles et bucoliques, là où l’herbe ne cessait jamais d’être verte, là où l’Âge d’Or de certaines années restait encore une ligne d’horizon indépassable.

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Totally Mild: « Down Time »

Il est certain que ce quartet de Melbourne a choisi le patronyme idéal pour se nommer. Jamais Totally Mild ne se livre à un tempo effréné et c’est encore plus le cas sur le judicieusement intitulé Down Time, leur nouvel album.

Leur pop est, en effet, volontairement à la lisière du mièvre et elle ne nous incite certes pas à agiter les mains mais, en revanche, elle nous permet de nous emmitoufler dans un climat facétieux et confortable servi par la vocaliste Elizabeth Mitchell.

L’attrait se fera alors par des titres qu’on a envie de reprendre à la cantonnade, mais en douceur ; un « All Around ») qui semble avaoir été prévu pour un enregistrement « live » et un climat intimiste mêlée à des moments où la suiétude se fait plus sombre (« Nights » , « The Next Day » ou le « closer », « Money Or Fame ». qui incorporent ce que l’on croit être une touche de saxo pour apesantir cette atmosphère à la fois sensuelle et nocturnale.

Ce comportement détendu parvient à élever l’humeur de Down Time pour en faire une expérience dont chacun devrait prendre conscience de la profondeur et de l’intensité.

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The School: « Wasting Away And Wondering »

Wasting Away and Wondering est le troisième album de The School un groupe qui traîne la réputation d’être un des meilleurs combos du moment. Pour beaucoup la pop music signifie une chose qui entre dans la vie des gens, fait scintiller les mauvais jours et nous rend heureux d’être en vie.

The School ont toujours réussi et ça n’est pas négligeable d’autant que cela s’accompagne de bien plus.

« Every Day » ouvre la face un avec une mélodie pleine de fantaisie qui se lovera instantanément dans notre cerveau. Les arrangements de presque chaque morceau ont cette qualité d’au tant que les titres semblent y avoir été mis pour une bonne raison ce qui donne du relief à un sequencing d’orfèvre.

Les chansons d’amour sont douces et les mélodies irrésistibles, les percussions sont d’une souplesse exquise « Love Is Anywhere You Find It » ou « All You Want Is Everything ».

Wasting Away and Wondering donne envie de danser et d’être heureux de manière convaincante ce qui, quelque part, fait de ce disque un album plein comme Burt Bacharach y parvenait si bien

***1/2

 

Hooton Tennis Club: « Highest Point In Cliff Town »

Sonnant comme un croisement de Parquet Courts Lee Ranaldo et titulaires d’un album produit par le guitariste de Coral, Bill Ryder-Jones, ce Highest Point In Cliff Town premier opus de Hooton Tennis Club, ne pouvait que véhiculer un esprit fun et doté de ce côté bucolique qui rend si charmante la campagne britannique.

HTC est un groupe d’amis et cela s’entend dans l’exubérance et l’insouciance gentiment insolente qui caractérise leurs compositions. Rien de sérieux ne semble les atteindre, en particulier l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes ce qui ne peut être que rafraichissant.

« I’m Not Going Roses Again » marque néanmoins que le combo est capable de s’impliquer avec un bien joli solo de guitare montrant que le groupe peut aller au-delà de l’apparente simplicité qui semble perler.

Highest Point In Cliff Town donne envie de les perler de manière un peu plus profonde et de voir si XTC peut se dire qu’il a trouvé un digne successeur.

**1/2

The Bird and the Bee: « Recreational Love »

Il est indéniable que Greg Kustin, la moitié du duo qui constitue The Bird and The Bee, est comme le roi Midas quand il s’agit de mettre ses mains dans un cambouis qui se nommerait la pop et que tout ce qu’il touche alors, aussi bien les chanteurs compositeurs que les interprètes se transforme en or.

Tous, Sia, Kelly Clarkson, Pinl, Lilly Allen, Teagan et Sara, représentent une liste à la Prévert quand il est question d’explorer ce spectre musical avec qui il a collaboré. Mais, parmi tous ceux-ci, c’est Inara George, sa deuxième moitié sur The Bird and The Bee, qui lui permet de mettre le plus en valeur l’étendue de son talent.

Avec une voix qui rappelle celle d’une des princesses de chez Disney, il partage avec elle la même affinité pour une certaine nostalgie pop évocatrice de Hall and Oates ou des Bee Gees. À deux, ils ont construit un monde charmeur qui nous invite dans un univers où le seul effort consiste à se baigner et s’embaumer dans des grooves qui n’exigent aucun effort si ce n’est celui de s’y abandonner et de déguster la luxuriance qui en émane.

Recreational Love est leur premier album de matériel original depuis 2009 et il porte bien son nom tant il est à la fois récréation mais aussi recréation. Ils parvient en effet à nous charmer mais aussi de charrier en nos mémoires le pouvoir régénérateur qu’a pu avoir la pop music sans que celle-ci ne soit encore touchée par des sensibilités adultes.

Il séduira celui qui aura l’oreille fine et saura distinguer les nuances entre sensiblerie et émotions, celui qui sera à même de parcourir à nouveau toute la gamme de ceux qui trouvaient le radio mainstream trop râpeuse à leurs oreilles ou creuse d’un point de vue lyrique.

Que ce soit sur des hymnes étourdis (« Will You Dance? »), des roucoulements de berceuses pour gamins (« Lovey Dovey »), Kurstin et George combinent ainsi la sophistication qui assourdit le jazz pour lui faire explorer les qualités d’une synth-pop qui ne peut que charmer nos oreilles, le tout dans un packaging luxueux qui fait penser à une farfadet ou un lutin.

***1/2

Never Shout Never: « Black Cat »

Never Shout Never sortent un nouvel album, qui aurait très bien pu s’appeler Never Say Never plutôt que Black Cat ce qui aurait donné un peu d’allant à cet opus. Celui-ci est pourtant bien réalisé et bénéficie du téléchargement de leur «single» , «Hey! We OK.».

C’est un disque véritablement abouti et, en ce sens, il porte un certain effet superproduction. Les idées sont plutôt variées ce qui donne une maturié certaines à l’ensemble. En ce sens il pourrait presque s’agir d’une épiphanie tant il semble vouloir étendre des idées musicales de plus en plus complexes.

Reste que c’est un album pop dans sa définition la plus simple qui soit, un opus cool quie ne va pas plus loin que ce l’on peut attendre de lui.

**1/2