Orphan Fairytale: « Tune In Tree Ears »

14 février 2021

Eva Van Deuren a fait son chemin sous le nom de Orphan Fairytale depuis 15 ans et plus. Avec son psychédélisme électronique qui oscille habilement entre le pétillant et le sinistre, Van Deuren est une présence prolifique dans nos sphères et sa musique est une constante qui touche et enchante irréfutablement tous ceux qui la rencontrent. Ces dernières années, elle a intégré la harpe celtique à son répertoire, créant de nouveaux sons qui se fondent harmonieusement dans le récit de sa trajectoire sonore unique.  Tune In Tree Ears, le premier LP de Orphan Fairytale sur KRAAK, présente ces morceaux de harpe qui ont été entendus pour la première fois dans le cadre de concerts en plein air en été, où les délicates mélodies pouvaient flotter dans les arbres au-dessus et s’envoler vers des espaces sans entrave.

Le caractère ancestral de l’instrument ajoute de nouvelles profondeurs à un univers musical déjà complexe qui a toujours embrassé la tragédie et la fantaisie dans une égale mesure.

Pont entre les éléments électroniques qui ont toujours défini son son et une nouvelle direction née d’une profonde connexion avec les éléments terrestres, Tune In Tree Ears déborde d’une nostalgie qui découvre de nouvelles directions dans le monde onirique d’Orphan Fairytale, lui permettant de s’épanouir dans le prolongement naturel des chemins déjà tracés.

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Siv Jakobsen: « A Temporary Soothing »

26 mai 2020

L’auteure-compositerice norvégienne Siv Jakobsen revient avec un nouvel album magnifiquement écrit à un moment focal de par sa nature. A Temporary Soothing est un mélange de mélancolie et de jeunes pousses d’espoir enveloppées dans un cadre folk délicat. Il emprunte également beaucoup aux tropes d’une bande son cinématographique propre à marteler ses sentiments et les nôtres.

Après un premier album largement axé sur l’acoustique,The Lingering, Siv Jakobsen a élargi sa palette sonore pour créer une ambiance de groupe. Ceci, ajouté à sa voix chaude et sans effort et à ses doux arrangements symphoniques qui se cachent sous la guitare ou le piano, est de l’or pur. « Fight or Flight », par exemple, est la perfection du folk nordique. Il est léger, aérien et glacé en partie tout en étant agréable à vivre. « Shine » et le « single » « Island » sont d’autres excellents exemples de cette ambiance folk-rock acoustique. Ils ont tous le potentiel pour devenir de grands succès.

Ailleurs, Siv canalise sa voix et le pouls de la musique dans des cadres plus folktronica. Le premier morceau, « Fear the Fear », est sombre de chez sombre ; chaque corde et chaque synthé créent un cauchemar obsédant dans lequel il faut ramper. De l’autre côté, « From Morning Made to Evening Laid » explose en un ravissement festif pour son final. Il est joyeux et plein de vie.

Puis il y a les chansons qui sont à la fois pleines d’espoir et de nostalgie. « Anywhere Else » utilise le violon et des oohs chantants pour vous tirer les cordes du cœur. Dans le même temps, je veux chanter fièrement aux côtés de Jakobsen , alors qu’elle va de l’avant. « Only Life » partage la même « vibe », tandis que « I Call it Love », plus proche, semble conclure les montagnes russes que nous avons traversées par une affirmation et la clôture du disque avec confiance et finalité.

Entre tous ces classiques populaires en attente, il y aura également quelques pièstes classiques plus courtes. Le morceau-titre chevauche les sonorités scandinaves et celtiques avec ses cordes larmoyantes, tandis que « Mothecombe » sera un drone qui ne peut que se montrer qu’apaisant. L’album chevauche souvent une vague d’obscurité, de lumière, d’espoir puis s’évanouit dans un cercle de chansons et ces morceaux sont plus que de jolies transitions. Elles font partie des émotions fondamentales que Siv Jakobsen tente de nous expliquer. Le plaisir est temporaire, mais la douleur l’est aussi. Tout cela fait partie du cycle de la vie.

A Temporary Soothing est un album qui peut être un élément permanent de vos cycles de vie. Une joyau après l’autre apparaît et il vous offre un confort angélique et permanent tout en vous brisant lentement le cœur.

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Joan Shelley: « Over and Eve »

20 septembre 2015

Il y a une solitude extraordinaire dans la voix captivante de Joan Shelley et sa dictions qui semble émaner d’une période datant d’un autre temps.On y trouve mystère mais aussi émotions ou fragments d’histoires qui traînent comme en suspens, élusifs et chargés ainsi d’évocations.

Dans la « chamber folk dépouillée » qui emplit ainsi les décors de son quatrième album solo, Over and Eve, Shelly continue d’affiner ses compositions, en faisant un sample de son passé mais en ne vivant pas dans son ombre.

Elle est rejointe ici par le guitariste Nathan Salsbug et autres invités comme Will Oldham et ils travaillent tous sous la direction du renommé Daniel Martin Moore dont le jeu de guitare habile et fluide est essentiel au son de l’album. Sur des titres phares comme « Brighte Than Blues » , la morceau titre ou « Jenny Come In » il y a une indubitable corrélation entre son répertoire et sa voix presque virginale.

Sans verser dans le larmoyant ou naïf il nous offre une œuvre qui de jolies couleurs à sa scansion

**1/2


Olivia Chaney: « The Longest River »

2 mai 2015

Olivia Chaney fut très louée quand elle est arrivée sur la scène musicale voilà quelques années. Il est vrai que cette multi-instrumentiste a étudié au Royal College of Music et, qu’ayant pris le temps de sortir un véritable album, celui-ci ne pouvait être que peaufiné.

C’est en effet le cas dans le style dépouillé, à savoir piano et guitare, vocaux agiles (on la compare souvent à Joni Mitchell) et interprétations qui n’hésitent pas à emprunter au répertoire classique : « There’s Not A Swain » de Purcell ou des reprises néo-classiques elles aussi (« Waxwing » de Alasdair Roberts ou le traditionnel « The False Bride » ).

Ses propres compositions sont épurées, la chanson titre ainsi qu’un merveilleux « Kings Horses » et ses références qui vont du quotidien le plus prosaïque à Freud sont articulées sans être pesantes.

Ses accompagnateurs, surtout les violoncelles, connaissent bien Purcell et contribuent parfaitement à égayer son inclination folk de tonalités baroques, ce qui fait de The Longest River un « debut album » allant au-delà des espoirs mis en la jeune artiste.

***1/2


Horse Feathers: « So It is With Us »

1 janvier 2015

Horse Feathers est un groupe de « chamber folk » originaire de Portland, son leader est le « singer-songwriter » Justin Ringle, et ce cinquième album, So It is With Us, montre sa consistance à rester sur un registre dans lequel il excelle.

Il est certain que la voix de Ringle n’a jamais sonné aussi assurée ce qui met la barre encore plus haut que sur leurs disques précédents. Les climats folk doucereux sont ainsi merveilleusement amenés par des vocaux à mi-chemin entre Bon Iver et Ian Ball (Gomez).

La tournée récente de Horse Feathers n’ayant pas été très réussi, Ringle a décidé d’abandonner la guitare ce qui donne sans doute plus d’amplitude à un registre qui se pique maintenant de légères tonalités rock and roll.

Plus de « fun » est ainsi véhiculé avec les humeurs plus légères qui courent tout au long de So It is With Us. L’album n’est pas vraiment un nouveau départ mais plutôt une ressource d’énergie pour un groupe qui trouve ainsi un nouvel élan.

Le « single » « Violently Wild » en est un exemple flagrant car il ouvre le disque sur des batteries plus en avant, une explosion de ce qui semble être de la joie venue d’une nature plus exubérante. Cela formera la colonne vertébrale de l’album avec des manifestations de passions enlevées et ayant abandonné la morosité.

Notons aussi une instrumentation plus étoffée qui permet à Horse Feathers d’ouvrir un plus large spectre musical, en particulier les spirales de violon de Nathan Crockett qui se fraient de nouvelles directions.

Indépendamment de l’humeur générale, Horse Featjhers sont toujours capables de déclencher émotion intense, témoin un « Irene » qui ne pourra que nous consumer et, également, démonter la parfaite technique que Ringle a acquise de la structure d’une composition.

Le maître-mot sera donc confiance ; et, pour qui apprécie aussi Iron & Wine, So It is With Us représentera un beau petit morceau de folk indie.

***1/2