Halsey: « Manic »

Halsey, comme beaucoup de pop stars, a un personnage bien précis. Son personnage a évolué avec chacun de ses albums conceptuels, de la princesse dystopienne aux cheveux bleus qui a fait ses débuts avec Badlands en 2015, à la fée blonde bisexuelle Roméo/Juliet trouvée sur son Hopeless Fountain Kingdown de 2017. Grâce à sa relation très médiatisée avec le célèbre rappeur G-Eazy, également connu sur Internet, elle a joué le rôle de la petite amie rock star au look de cuir et a pris la décision de lancer elle-même son nouveau personnage : Ashley Nicolette Frangipane.

Manic est son album le plus personnel à ce jour. Le titre d’ouverture, « Ashley », nous présente la personne qui se cache derrière les personnages. Immédiatement, elle vous fait savoir que cette version ne peut être ni épinglée ni simplifiée. « Ashley » »utilise le pitching vocal pour créer une distorsion et un chaos avant de vous introduire dans une mentalité dichotomique de dégoût et de plaisir de son temps de gloire. Ces points de vue contradictoires se retrouvent dans l’album qui, comme le titre pourrait le laisser entendre, reflète son expérience de bipolaire. « Ashley » se termine par un extrait de l’album Eternal Sunshine of the Spotless Mind pour contrecarrer l’idee qi’elle n’est rien de plus qu’un concept. Ainsi, elle rend hommage à Clémentine avec un rendu à la fois déprimé et pince-sans-rire des sautes d’humeur et de la spontanéité qui font sa réputation.

Les émotions puissantes qui caractérisent cet épisode manique guident ses actions et agissent comme lun précipice pour tubes radiophoniques « Graveyard » et le premier « single » « Without Me » par exemple. « Graveyard » raconte son dévouement à un amant toxique qu’elle était prête à suivre jusqu’au bout du monde et « Without Me » fait office de suite, montrant que, même si elle a continué à essayer de les sortir de la tombe qu’ils avaient eux-mêmes creusée, elle a finalement dû se choisir elle-même. « You Should Be Sad » traite directement de sa relation avec G-Eazy, se déroulant comme le genre de lettre que l’on écrit avec rage et que l’on glisse dans un livre pour l’oublier.

Manic présente, à ce titre, plusieurs interludes d’Alanis Morissette, Dominic Fike et SUGA (de BTS). Ils ne se distinguent pas par eux-mêmes, mais contribuent à structurer et à scinder un album assez intense. La force réside ici dans les chansons enfouies dans la seconde moitié, où elle laisse s’effriter son anti-persona. « Finally // Beautiful Strange » » est, à cet égard, un confessionnal acoustique et dépouillé qui explore l’ouverture après une relation toxique. Elle se fond pour cette personne, mais a encore des problèmes avant de dissimuler ses sentiments sousdes sarcasmes. « 929 » clôt l’album par une réflexion sur sa vingtaine et sa célébrité. Elle rebondit sur la responsabilité morale qui découle de sa base de fans adolescents, de ses amants sans nom et de son père absent, en paroles rapides. « Qui suis-je, j’ai presque 25 ans » » réfléchit-elle avec le genre d’énergie frénétique et d’anxiété qui caractérise une crise de quart de vie.

Le titre phare de l’album sera le déchirant confessionnel « More » » Dans un discours émouvant prononcé lors du Blossom Ball de 2018, Halsey a parlé de son combat contre une fausse couche et l’endométriose. Elle a également fait savoir à quel point la maternité est importante pour elle et combien elle la souhaite, surtout à la lumière de ces expériences effrayantes. C’est l’un de ces rares morceaux qui vient du fait de permettre une vulnérabilité totale. C’est obsédant, déchirant et d’une beauté à couper le souffle. Qui va bien plus loin que la pop stricto-sensu

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Leonard Cohen: « Thanks For The Dance »

Thanks for the Dance est le dernier album studio complet que nous entendrons de Leonard Cohen. Pour ceux d’entre nous qui ont eu un lien quelconque avec cet homme, ce poète, cette icône, ces mots sont difficiles à prononcer. Plus difficile encore est de savoir que ces chansons sont issues des mêmes sessions que son « autre » album final, You Want It Darker (un chef-d’œuvre à tous points de vue).

Thanks for the Dance, dure un peu moins d’une demi-heure et c’est aussi l’album le plus court de Cohen. Trois ans après sa mort, c’est son premier et dernier album posthume. C’est un album de bouclage, de « réglement des comptes de l’âme », de finalisation de son projet. Contrairement à Blackstar de David Bowie, par exemple, ce n’est pas une musique vicieuse, tournée vers l’avenir, qui regarde la mort en face, mais un album d’acceptation, de calme et de paix. Leonard Cohen n’a pas quitté ce monde en guerre, mais il a embrassé la mort comme un vieil ami, deux anges fatigués et usés par la route enfin sur la même route, enfin ensemble. Il a également confié sa musique finale à l’une de ses créations préférées : son fils et héritier, Adam.

Ce dernier avait dirigé toutes les sessions de You Want It Darker et de Thanks for the Dance, et il était tout à fait conscient du fait qu’il allait finir la majeure partie de la musique seul. CE dernier opus à paraître est à cet égard, autant son album que celui de son père – encore plus que celui de son prédécesseur qui l’avait laissé entièrement sous la direction d’Adam une fois les pistes vocales enregistrées. Thanks for the Dance peut être considéré comme le succès d’Adam, la victoire d’Adam, parce que la plupart des morceaux ici ne faisaient clairement que commencer quand il a commencé à terminer le projet.

Parmi les noms inscrits pour aider à finir l’album, il y a (sans ordre particulier) : Beck (harpe et guitare de Jew), Daniel Lanois (guitare et piano, entre autres) et Leslie Feist, Damien Rice et Jennifer Warnes, collaboratrice de longue date de Cohen, tous au chant. Vraisemblablement Adam Cohen lui-même apparaît en tant que « producteur » mais ses contributions musicales ne sont pas claires.

Si l’album ne comporte rien d’aussi puissant que « You Want It Darker », « Treaty »ou « Leaving the Table », chacun des titres a de la gravité, du poids. Adam a entièrement terminé ces chansons, et a donné aux poèmes une puissance appropriée grâce à sa production sympathique. Rien n’a été laissé dans un état squelettique, même si les os étaient nus lorsqu’il a hérité du projet.

Présenter les paroles de Cohen dans cette critique équivaudrait à une hérésie, telle est la qualité de sa plume ; donc les mots resteront un mystère jusqu’à ce que vous les découvriez par vous-même. Il va sans dire qu’il y a le mélange habituel de sexe en sueur, de crainte divine et de résignation réfléchie ; Cohen fait rage contre Jésus et Karl Marx ; il alterne entre des similitudes lourdes et des images puissantes dans ses représentations graphiques du sexe sur « The Night of Santiago » ; sur la chanson titre, il aborde une grossesse non souhaitée, des opportunités manquées et un avenir perdu avec le bonheur pacifique que seul le temps apporte…

La musique ici est tirée du playbook complet (post-80’s) de Cohen. Il y a des washes électroniques doux, des leads de synthés légers, des percussions étouffées, des spoken-word cuirés, des atmosphères noir de charbon et des guitares cendrées. Là où Death Cab pour Zac Rae de Cutie’s Zac Rae, le producteur Michael Chaves et une équipe hétéroclite de musiciens de session compétents ont bijouté You Want it Darker d’une richesse de joyaux sonores, la starkness et la sérénité de Thanks for the Dance signifie que la contribution globale des musiciens est réduite, mais les lacunes sonores sont comblées avec compétence et abondance par la mandoline Avi Avital pour « Moving On » et l’éloge de Javier Mas. Oh, et bien sûr il y a un chœur ou deux (ils apparaissent sur « Puppets »).

C’est la conclusion passionnante d’une carrière incroyable et hors pair, et il se trouve que c’est l’un des plus grands albums posthumes de tous les temps. Maintenant que nous avons toute l’histoire, nous pouvons essayer de comprendre l’immense contribution de Leonard Cohen à la tapisserie de la musique enregistrée au cours de ses 50 ans de carrière.

Au revoir, Leonard, et merci pour la danse.

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Jack Peñate: « After You »

Promis à un bel avenir lors de ses débuts en 2005, Jack Peñate s’était fait une place de choix au sein de la scène britannique suite aux sorties successives de deux premiers albums acclamés par la critique en 2007 et 2009. Des débuts suivis par un unique titre inédit en 2012, « No One Lied », avant que le jeune anglais ne disparaisse purement et simplement des radars durant près de sept années avant d’annoncer son retour au mois d’août dernier avec le « single » « Prayer ».
Désormais âgé de trente-cinq ans, c’est après avoir longtemps tâtonné, construit son studio et cherché sa voie qu’il revien tavec After You, un disque éclectique et apaisé sur lequel prédominent ses influences soul. Accompagné à la production par pas moins de trois collaborateurs (Paul Epworth, Inflo et Alex Epton), Jack Peñate poursuit sur ce troisième album ses explorations sonores, n’hésitant pas à se distancer du son de ses débuts pour faire la part-belle aux sonorités tant synthétiques qu’organiques.


Les guitares laissent ainsi encore un peu plus la place au piano et claviers, alors que l’orientation plus dance entrevue sur Everything Is New n’est guère perceptible, exception faite du très groovy  « Murder » . Une évolution perceptible dès les premiers titres du disque sur lesquels Jack Peñate mise sur une introspection certaine accompagnée principalement du piano et la guitare acoustique, accompagné de choeurs féminins, avant que le tempo ne monte avec « Round And Round » et ses sonorités orientales.
Si « Murder » fait indéniablement office de point culminant du disque, le touchant « Gemini », adaptation sur fond de piano d’un poème écrit par son grand-père et lu par son père, constitue lui aussi une réussite. Certes, la seconde moitié de l’album peut paraître moins prenante, notamment de par les présences des dispensables « Let Me Believe » et « GMT », mais la soul cuivrée de « Ancient Soul » et l’aérien « Swept To The Sky » porté par des nappes de synthé et le chant de l’artiste offrent une conclusion de choix à cet After You.
Avec ce troisième album, Jack Peñate poursuit son oeuvre là où il l’avait laissée de trop nombreuses années plus tôt. Ne reniant en rien néanmoins avant tout débordant de sincérité.

***1/2

Kim Chrurchill: « Forgetting »

Presque six mois après I AM, Kim Churchill dévoile le deuxième de ses quatre microalbums moulés sur son exploration du monde. Forgetting, légèrement plus court, écrit et enregistré dans les forêts denses de l’île de Vancouver, est peut-être le plus hybride des albums du musicien australien — qui n’en est pas à ses débuts, aussi jeune soit-il encore. Ses séquences cinglantes et ses airs pop font un pas de côté pour accueillir un folk dépouillé et mélodieux souvent percussif, un héritage de ses premiers temps.

Comme si la grandeur de l’Ouest canadien avait forcé Kim Churchill à une réflexion qui ne concernerait pas seulement sa place dans l’univers, mais la fatalité de ses rapports aux autres, à la douleur, à la possibilité d’amour. Pour une rare fois, sa voix puissante est au premier plan — surtout sur « See You Soon, » une remarquable reprise de Coldplay. Plus qu’une confirmation de sa progression mélodique, Forgetting révèle que la voix de Kim Churchill est le meilleur porte-parole de sa liberté.

***1/2

Anthony Reynolds: « A Painter’s Life »

L’idée de l’outsider est un concept pour lequel tout le monde éprouve de la sympathie l’outsider. Par exemple, le jeune footballeur qui est l’homme du match ou, dans un domaine plus musical, Anthony Reynolds, un amusicien qui mériterait plus de considération.

Cet homme est, en effet, un véritable artiste : signé sur un label indépendant reconnu par le puissant Warner Chappell pour ses talents d’auteur-compositeur, il a sorti de nombreux albums, écrit des biographies, produit, écrit et collaboré avec de nombreux artistes et même chanté avec le Moscow Philharmonic.

Chose dite, nous passons de l’Hadès au Mont Olympe, des ténèbres à la lumière. Le morceau d’ouverture, « Was Born », juxtapose la bande originale d’un thriller d’espionnage des années soixante avec les détails factuels de la naissance de l’artiste. Les paroles sont factuelles, drôles et voûtées, exactement ce que l’on peut attendre d’un maître orfèvre.

Lorsque Reynolds ouvre ses cordes vocales, un riche baryton se dévoile agréablement.

La production est fantastique, et avec des collaborateurs volontaires comme Rob Dean, Fiona Brice et Carl Bevan, c’est un album formidable qu’il faut absolument rechercher.

A Painter’s Life est une vie idiosyncrasique, chaleureuse, drôle et tendre. Un ensemble de compositions musicales à chérir. Un vrai maestro est à porté de nos tympans et il est temps que le reste du monde le sache.

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James Blunt: « Once Upon a Mind »

Avec Once Upon a Mind, James Blunt retourne vers la formule qui a créé son succès dans les années 2000, tout en tentant de rester actuel. Mais quelques ingrédients manquent à la recette, et le résultat manque de saveur.

En fait, le tout sent un peu trop le réchauffé. Cela ne signifie pas que l’écoute des 11 chansons est désagréable, loin de là. Il n’y a rien à détester. Mais il n’y a presque rien, non plus, à adorer.

Quelques titres se démarquent : « Monsters », « Halfway mais le plus gros des morceaux de ce sixième opus ne fait souvent ni chaud ni froid. On sent dans les mélodies que le James Blunt de l’album Some Kind of Trouble tente un retour.

Le Britannique a pris la (bonne) décision de délaisser les tons électroniques de son précédent essai pour revenir vers les chansons douces tournées à la sauce populaire. S’il n’y a aucune complexité à la plupart des mélodies, les paroles, joliment composées, parviennent à rendre plus intéressantes certaines ballades.

La voix du chanteur de 45 ans n’a pas changé. Même lorsqu’elle est moins juste, on sent que ce n’est qu’au profit de l’émotion, qu’elle ne cherche pas à être parfaitement contrôlée. On se sent (presque) mal de parler encore de « Goodbye My Lover », « You’re Beautiful « et « 1973 », mais James Blunt semble vraiment avoir atteint le pinacle de sa carrière à ses débuts, avec ses trois premiers albums.

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Harmony Woods: « Make Yourself At Home »

Venue tout droit de Philadelphie, Harmony Woods avait publié son album, un Nothing Special qui faisait mentir son intitulé en permettant à Sofia Verbilla de se faire un nom sur la scène DIY locale. Grâce à cela, elle peut aujourd’hui avec un Make Yourself At Home au titre plus inclusif.

Ons’installe donc comme chez soi et on prête l’oreille à ses peines de cœurs. Dès l’introduction faussement acoustique, « Swing », la musicienne extériorise ses maux les plus profonds avant de s’y’attaquer de plus belle avec les plus électriques « Best Laid Plans » et « That’s Okay ».

Toujours à mi-chemin entre indie rock DIY et allures emo, Harmony Woods met en scène ses luttes intérieures suite à une relation amoureuse des plus malsaines qu’elle vient de traverser.

Elle paviendra ainsi nous toucher sur « The City’s Our Song » mais également « Ghosts » et « Burden » qui sortent du lot avec ce sujet très sombre bien exploité sur des arrangements musicaux des plus incroyables. Ajoutons cela à « Misled » et « Sagittarius » où Harmony Woods continue de voir plus clair à travers cette relation qui l’a laissé des séquelles en établissant un parallèle à un deuil. Make Yourself At Home n’est pas un album indie rock DIY à consonances emo comme un autre mais plutôt un votage émotionnel que nla chanteuse trace pour arriver à l’apaisement et, de ce fait, un retour à la case départ.

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Doug Tuttle: « Dream Road »

Il semblerait que que Doug Tuttle soit encore un trésor bien gardé, et ce depuis 2012 et la fin de son projet MMOSS. Guitariste de génie, le Bostonien écrit et enregistre seul dans son appartement des morceaux fortement influencés par les sons 60’s, entre psyché, Paisley Underground et jangle pop.

Son quatrième album, Dream Road, ne déroge pas à la règle, ce qui n’est pas pour nous déplaire. En dix titres, Doug Tuttle réussit à nous happer dans un voyage sonore lumineux, un ensemble beaucoup plus cohérent et immédiat que ses précédents albums, les influences restent les mêmes enrichies de teintes country et americana, à l’instar du titre d’ouverture « I’ll Throw It All Away, » savoureux mélange des genres.

Suivi de près par « Twilight », « single » de l’album, ritournelle psy-folk imparable, entêtante, et ce son harmonieux, rythmé… Tuttle a de la maîtrise, en plus d’être multi-instrumentiste, il fabrique des pédales à effets, pouvant ainsi se permettre toutes les fantaisies, customisant à loisir ses instruments.

A ce stade, il serait de bon ton de vous encourager à poser vos oreilles sur les productions merveilleuses et impeccables de Doug Tuttle, certains entendront les Byrds, les Beatles, d’autres Beck, Tom Petty, mais aussi Kurt Vile, Kevin Morby, Mac DeMarco, Ty Segall, liste non exhaustive… et de lui souhaite le même destin.

***1/2

Lloyd Cole: « Guesswork »

Lloyd Cole a décidé de laisser tomber les guitares acoustiques le temps d’un album de pop synthétique, chose promise mais enfin faite. Après quelques escapades électroniques avec Hans-Joachim Roedelius ou Wolfgang Seidel, le chant est également de rigueur ici et, connaissant le perfectionnisme de Cole, Guesswork ne pouvait pas être un truc bricolé à la vite mais un opus où la haute voltige était de rigueur.

Guesswork contient huit compositions de très haute tenue. ; débutant avec l’élégante « The Over Under » et son beat comparable à un battement de cœur, le disque nous entrainera ensuite dans une longue plage romantique les sept minutes qui la composent ersont subtiles et délicates. Le son ne sera pas toujours aussi raffiné au cours de ce treizième disque de l’artiste, mais on n’y perdra pas au change.
« Night Sweats » se montrera plus dansante ; un titre dans lequel Lloyd Cole se définit comme un « complicated motherfucker » ! Le wah-wah des guitares se conjuguera à merveille au rythme groovy de la mélodie adictive et très eighties et fera de ce titre une des plus belles réussites du disque.

A la différence de Don’t Get Weird On Me Babe, son second disque solo où l’Anglais flirtait avec un son plus électronique mais bien plus calibré FM, Guesswork pourrait constituer, à det égard, une forme de renaissance pour Cole. Ainsi, « Violins » et son intro ressemblant un peu à The Notwist sera une petite merveille pop synthétiqueaux accents Pet Shop Boys.
Bien entendu Guesswork ne contient pas uniquement des pop songs sautillantes. Lloyd Cole sait aussi nous séduire avec le son ambiant et posé de « Remains. The Afterlife », bien plus tragique et mélancolique que les autres compositions de l’album. Kraftwerk semble avoir été une belle inspiration pour le Britannique sur « Moments And Whatnot. When I Came Down From The Mountain » est un autre moment très réussi du disque avec son côté catchy et très pop avant que le majestueux « The Loudness Wars » ne cloture l’album de la plus belle des manières.
Guesswork est un disque atypique et très réussi ; magnifique vocalement et bien plus ingénieux musicalement qu’on pourrait l’imaginer, c’est sans doute le travail le plus abouti du chanteur depuis une quinzaine d’années, vraisemblablement un album-charnière pour Cole.

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Ed Harcourt: « Beyond The End »

 

En 2016, Ed Harcourt avait offert un album intitulé Furnace qui inaugurait quelque chose d’inédit dans la trajectoire musicale du bonhomme. Et ce quelque chose se confirme quelques temps plus tard lorsqu’il délaisse le micro pour faire parler ses talents de compositeur sur son nouvel album 100% instrumental intitulé Beyond The End.

Cela peut paraître surprenant au premier abord mais Ed Harcourt nous offre une bande-son plutôt mélancolique et méditative où il met en avant son don de pianiste. Il en résulte un opus qui prend des couleurs de musique néo-classique où le Britannique a énormément écouté du Debussy, Satie et autres Grieg par des morceaux somptueux allant de l’introductif « Diving Bell » à « Beneath The Brine » en passant par « Empress of the Lake » et « Faded Photographs ».

A travers ses notes joués sur un Hopkinson Baby Grand de 1910 et accompagné d’un violon et d’un violoncelle, Beyond The End a de quoi rappeler les travaux de Steve Reich, Philip Glass ou même Nils Frahm dans sa démarche. Il y a de quoi être ébahi par le travail d’Ed Harcourt à l’écoute de « For My Father » et « For My Mother » qui ont de quoi tirer son épingle du jeu. Ce sera par conséquent la synthèse générale de ce Beyond The End qui permettra de montrer le musicien sous un nouveau jour.

***1/2