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Lloyd Cole: « Guesswork »

Lloyd Cole a décidé de laisser tomber les guitares acoustiques le temps d’un album de pop synthétique, chose promise mais enfin faite. Après quelques escapades électroniques avec Hans-Joachim Roedelius ou Wolfgang Seidel, le chant est également de rigueur ici et, connaissant le perfectionnisme de Cole, Guesswork ne pouvait pas être un truc bricolé à la vite mais un opus où la haute voltige était de rigueur.

Guesswork contient huit compositions de très haute tenue. ; débutant avec l’élégante « The Over Under » et son beat comparable à un battement de cœur, le disque nous entrainera ensuite dans une longue plage romantique les sept minutes qui la composent ersont subtiles et délicates. Le son ne sera pas toujours aussi raffiné au cours de ce treizième disque de l’artiste, mais on n’y perdra pas au change.
« Night Sweats » se montrera plus dansante ; un titre dans lequel Lloyd Cole se définit comme un « complicated motherfucker » ! Le wah-wah des guitares se conjuguera à merveille au rythme groovy de la mélodie adictive et très eighties et fera de ce titre une des plus belles réussites du disque.

A la différence de Don’t Get Weird On Me Babe, son second disque solo où l’Anglais flirtait avec un son plus électronique mais bien plus calibré FM, Guesswork pourrait constituer, à det égard, une forme de renaissance pour Cole. Ainsi, « Violins » et son intro ressemblant un peu à The Notwist sera une petite merveille pop synthétiqueaux accents Pet Shop Boys.
Bien entendu Guesswork ne contient pas uniquement des pop songs sautillantes. Lloyd Cole sait aussi nous séduire avec le son ambiant et posé de « Remains. The Afterlife », bien plus tragique et mélancolique que les autres compositions de l’album. Kraftwerk semble avoir été une belle inspiration pour le Britannique sur « Moments And Whatnot. When I Came Down From The Mountain » est un autre moment très réussi du disque avec son côté catchy et très pop avant que le majestueux « The Loudness Wars » ne cloture l’album de la plus belle des manières.
Guesswork est un disque atypique et très réussi ; magnifique vocalement et bien plus ingénieux musicalement qu’on pourrait l’imaginer, c’est sans doute le travail le plus abouti du chanteur depuis une quinzaine d’années, vraisemblablement un album-charnière pour Cole.

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28 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Ed Harcourt: « Beyond The End »

 

En 2016, Ed Harcourt avait offert un album intitulé Furnace qui inaugurait quelque chose d’inédit dans la trajectoire musicale du bonhomme. Et ce quelque chose se confirme quelques temps plus tard lorsqu’il délaisse le micro pour faire parler ses talents de compositeur sur son nouvel album 100% instrumental intitulé Beyond The End.

Cela peut paraître surprenant au premier abord mais Ed Harcourt nous offre une bande-son plutôt mélancolique et méditative où il met en avant son don de pianiste. Il en résulte un opus qui prend des couleurs de musique néo-classique où le Britannique a énormément écouté du Debussy, Satie et autres Grieg par des morceaux somptueux allant de l’introductif « Diving Bell » à « Beneath The Brine » en passant par « Empress of the Lake » et « Faded Photographs ».

A travers ses notes joués sur un Hopkinson Baby Grand de 1910 et accompagné d’un violon et d’un violoncelle, Beyond The End a de quoi rappeler les travaux de Steve Reich, Philip Glass ou même Nils Frahm dans sa démarche. Il y a de quoi être ébahi par le travail d’Ed Harcourt à l’écoute de « For My Father » et « For My Mother » qui ont de quoi tirer son épingle du jeu. Ce sera par conséquent la synthèse générale de ce Beyond The End qui permettra de montrer le musicien sous un nouveau jour.

***1/2

 

25 juillet 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | , | Laisser un commentaire

Merryn Jeann: « Merryn Jeann »

Merryn Jeann est l’album éponyme d’une jeune australienne et il se compose de sept morceaux qui sont autant de pépites craquantes qui pontuent le premier album de la chanteuse.

Hormis sa collaboration avec le musicien electro Møme, une chose ne passe pas inaperçue est une voix qui est aussi à l’aise dans le registre electro que dans des combinaisons voix et paroles imprégnées de poésie et de lyrisme.

On passera ainsi de moments calmes et sereins sur « Floating Away » et « See Saw » à des temps plus angoissants. Un peu comme lors d’un voyage, on est d’abord apaisé, puis l’angoisse monte au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans un horizon, entouré par l’eau et ses profondeurs sombres.

Cette anxiété montante qui nous coupe la respiration et nous fait chercher l’air se retrouvera alors sur des titres comme « Canopy » et « Out of the City-To Find Air ». On retrouvera ici un peu de Laura Marling ou encore Kate Havnevik, à savoir une voix intense qui nous procure une émotion brutale et magnifique et qui nous prend aux tripes. Restera à espérer que le calme sous-jacent de certains passages ne soit pas occulté par de la froideur de ton imposée par le phrasé de la vocaliste.

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17 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Chelou: « Out Of Sight »

Cinq ans que l’on suit chacune des discrètes apparitions de Chelou, discrètes parce que l’Anglais distille des petits bijoux adroitement ciselés dans le plus grand des secrets.

Ne se limitant pas à un seul registre, le musicien alterne pistes folk épurées et pasagess à l’aspect pop assumé et au tempo plus relevé sur lesquels il est difficile de ne pas se déhancher.

Out Of Sight voit Chelou rassembler ses deux mondes et livrer un album dont la production soignée structure les compositions et amplifie les mélodies intimes.Plus fragile que jamais, la voix du chanteur ne trébuche pas une seule seconde nous invite à nous laisser naturellement bercer par les douze pistes, parfois mélancoliques, parfois nostalgiques mais toujours roboratives.

***1/2

17 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Ed Sheeran: « No. 6 Collaborations Project »

Imaginez une liste de lecture constituée d’une dizaine de très bonnes chansons disparates, interprétées par quelques-unes des plus grandes vedettes de la scène musicale contemporaine (et une ou deux sommités ressurgies du passé). Le seul point commun à tous ces titres : Ed Sheeran.

Le dernier album du Britannique, No.6 Collaborations Project, est cette liste de lecture. Comme son nom l’indique, l’opus n’est fait que de collaborations. Des pointures adjoignent leurs voix et leurs noms aux chansons écrites par Sheeran : de Camila Cabello et Cardi B à Justin Bieber, Chance the Rapper, Travis Scott, Skrillex et Bruno Mars, en passant par un retour (réussi) du duo Eminem-50 Cent. Installé dans un studio de Nashville, Ed Sheeran y a fait défiler ses invités durant trois mois d’enregistrement.

Les fans de la première heure du chanteur ne renoueront donc pas avec les sérénades acoustiques qui ont fait connaître le rouquin il y a huit ans déjà. Ils ne retrouveront même pas les tonalités pop légères, où s’insurgeait parfois la guitare, de ses deux précédents albums, x (2014) et ÷ (2017).

Sheeran, avec ses succès internationaux des dernières années, peut se permettre d’explorer, de sortir de son cadre. Et il ne s’est pas gêné. Il n’a pas fait qu’amener, à travers ses collaborateurs, une touche R&B (Beautiful People, avec Khalid, dans votre poste de radio très bientôt), hip-hop (l’entraînante trap-pop « Take Me Back to London », avec Stormzy), rock (« Blow », une des plus intéressantes, avec Chris Stapleton et Bruno Mars) ou latine (« South of the Border », avec Camila Cabello et Cardi B) à ses chansons. Devenu caméléon, l’artiste s’est lui-même transformé tantôt en rappeur, tantôt en rockeur, sans manquer de rester parfois fidèle à son identité de doux troubadour à la voix haut perchée.

Cette diversité déboussolera certains auditeurs. Mais si l’ensemble n’est pas homogène, il est tout de même cohérent ; un album éclaté qui est indéniablement dans l’air du temps.

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17 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Kim Churchill: « I AM »

Kim Churchill est un explorateur inlassable et insatiable — sa quête continue à chaque album. C’est encore vrai pour I AM, enregistré à Berlin avec le producteur Vincent Kottkamp et premier d’une série de quatre micro-albums issus d’une multitude de voyages. Il n’y a pas à dire, l’environnement de ce sixième album est très loin du monde sauvage, des mélodies tranchées et des arpèges onsciencieux qu’on a connus de la part du musicien australien

Avec ses airs pop suaves et colorés, ses nouveaux rythmes profonds entre hip-hop et R & B (« After the Sun ») et son fond de folk increvable (brutale « All I Remember »), I AM laisse un étonnant sentiment de peau neuve où percerait un soi ancien.

Vocalement, Kim Churchill est toujours aussi léger, habile, même sensible sur « Fallen Rainbows », la plus métissée des compositions. Si on peut reprocher à I AM de manquer de philosophie nette, ce brouillage de frontières laisse aussi envisager un autre Kim Churchill, peut-être encore plus libre, celui qu’il n’a toujours pas rencontré.

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1 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Jade Jackson: « Wilderness »

Santa Margarita est une petite ville paisible de Californie. Bien trop paisible pour une petite fille née au début des années quatre-vingt-dix et dont les parents n’avaient ni télévision ni internet. Aussi pour braver l’ennui, après l’école et entre les services du restaurant familial, Jade Jackson se réfugiait dans la musique et écoutait en boucle les disques de son père. Son enfance fut ainsi bercée par Hank Williams, Bob Dylan, Tom Petty, Bruce Springsteen. A 13 ans, elle commençait à jouer et à composer des chansons à la guitare et à se produire sur les petites scènes locales. Jade ne savait pas encore comment y arriver mais elle était sûre d’une chose, elle voulait faire de la musique.
Le destin a pourtant bien failli en décider autrement. A 20 ans, une chute de cinq mètres lors d’une randonnée pédestre a presque eu raison de ses rêves de jeune fille. Vertèbres brisées, rupture du coccyx, ses chances de remarcher un jour étaient très faibles. Engoncée dans une orthèse dorsale et totalement dépendante des analgésiques, Jade Jackson sombra dans la dépression. Elle s’en sortit par la force de sa volonté et par l’extraordinaire pouvoir thérapeutique de la musique. Quelques années plus tard, elle fut repérée par Mike Ness, le leader de Social Distortion, attiré par le talent irrésistible de cette jeune femme au regard mélancolique qui, malgré son jeune âge, semblait déjà avoir vécu mille vies. Ness devint rapidement son mentor. Il produisit son premier album, Gilded en 2017, et il est encore aux commandes du deuxième, Wilderness.

A maintenant 27 ans, Jade Jackson a décidé de mettre en musique son calvaire, ses doutes et ses espoirs et Wilderness sera sa catharsis. Ainqi, dans la magnifique ballade « Secret » elle évoque ses calvaires et c’est là que se situe sa spécificité : des paroles à fleur de peau sur une musique pop rock composée et produite avec le plus grand soin. Mi femme enfant, mi femme fatale, Jade Jackson impressionne par son talent de compositeur et ensorcelle par sa magnifique voix, une voix chaude, profonde, légèrement voilée, dont la jeune chanteuse maîtrise chaque inflexion, jusqu’à tutoyer la perfection avec le bouleversant « Loneliness » le sommet indépassable de l’album.
Wilderness est un opus aussi lumineux qu’introspectif. C’est bien là toute sa force. La musique de Jade Jackson ne véhicule aucun pathos et s’avère la bouffée d’air frais pop rock que l’on n’attendait plus depuis Suzanne Vega. Du country rock (« Bottle It Up », « Tonigh »’) à l’americana (« Dust », « Long Way Hom »’) en passant par le folk (« Shiver ») et de vraies pépites pop rock (« City Ligh’ », « Don’t Say That You Love Me », « Multiple Choice », « Now Or Never »), Jade Jackson fait mouche à tous les coups, grâce à son sens inné de la composition et au soutien de ses musiciens, entièrement dévoués à sa musique.

Ce  très bel album, qui se révèleea rapidement addictif par sa façon de nous prendre par les sentiments sans jamais nous brusquer. Avec sa voix ensorcelante, sa mélancolie larvée et sa sincérité désarmante, Jade Jackson n’en fait jamais trop et se livre avec pudeur, tout en maintenant la distance nécessaire pour préserver la part de mystère qui la rend si attachante.

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28 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Richard Edwards: « Verdugo »

En 2017, Richard Edwards avait publié un premier album, Lemon Cotton Candy Sunset qui était passé relativement inaperçu. Le musicien de Los Angeles avait chanté sa rupture et sa solitude de façon touchante ; le voici de retouravec son nouvel opus, Verdugo.

L’ex-membre de Margot and The Nuclear So and So’s continue de faire parler tout son talent sous la forme de dix compositions qui nous transportent dans les années 1970 et où l’on croise les spectres de Fleetwood Mac et de Jackson Browne lorsque l’on écoute « Gene » qui ouvre le bal, mais également « Minefield », « A Woman Can’t Say No » ou bien « Howlin’ Heart ».

Plus soft-rock qu’à l’accoutumée, Richard Edwards n’hésite pas à soigner ses textes plus vrais que nature. Verdugo marche ainsi sur le pas de son successeur avec un surcroit d’ambition. Grâce à des morceaux comme « Something Wicked », « Teens » ou encore la conclusion intitulée « Pornographic Teens », le Californien dessine de manière approfondie son univers musical solo avec beaucoup de réussite et de conviction.

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25 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Lucy Rose: « No Words Left »

Jusqu’à présent, Lucy Rose avait été audible mais n’avait pas réussi à distiller la petite dose de frisson nécessaire pour nous faire chavirer. Sur le papier tous les ingrédients semblaient réunis mais il n’était sans doute pas facile de faire partie de la même génération que Laura Marling. Chacune d’entre elles a débuté au sain d’un groupe (Bombay Bicycle Club pour Lucy Rose, Noah and the Whale pour Laura Marling), mais c’est bien la seconde qui est très vite arrivée à maturité dans le cadre d’une très prolifique et exigeante carrière solo. Cela ne voulait pas dire que Lucy Rose n’allait pas totalement se libérer à un moment donné, mais elle a sans doute plus longtemps cherché sa voie entre amour pour la musique Folk et des arrangements parfois plus Pop, notamment sur son album Work It Out sorti en 2015.

Aujourd’hui l’Anglaise est de retour avec son album le plus dépouillé. Elle se met littéralement à nu sur ce disque dont la pochette en noir et blanc sied bien à la sobriété. C’est souvent dans ce genre d’exercice que le talent d’un singer songwriter explose, et c’est le cas pour Lucy Rose. Jamais ses chansons, dans leur plus simple appareil, n’ont sonné aussi juste. Des compositions folk pleines d’émotion et une sensibilité à fleur de peau qui ne sont pas sans rappeler quelques monuments du genre tels que Joni Mitchell.

No Words Lef test le fruit de longues sessions d’enregistrement à Brighton avec le producteur Tim Bidwell (Laish, Peggy Sue…). Une guitare acoustique, un piano, des arrangements de cordes, une basse discrète et quelques cœurs habités forment ce cocktail à la fois reposant et surtout très touchant, notamment sur « The Confines Of This World », « Treat Me Like A Woman » ou « Conversation » qui ouvre l’album. Nous voilà désormais happés dans l’univers de Lucy Rose qui, avec son disque le plus personnel, fait sa véritable entrée dans la cour des prétendants au statut de grande artiste folk. Quand les mots s’effacent, reste la musique, précieuse et envoûtante.

***1/2

7 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Billie Marten: « Feeding Seahorses By Hand »

Billie Marten est une auteure-compositrice-interprète originaire du Yorkshire quifut révélée en 2016 avec son premier album Writing of Blues and Yellows lui ayant valu suffisament de louanges possibles pour que son successeur, Feeding Seahorses By Hand, suscite attante impatiente.

Ici, on retrouve les ingrédients qui ont fait la renommée de Billie Marten, à savoir une indie folk chatoyante et sans superflu. Armée que de sa guitare acoustique et de sa voix sirupeuse qui ne lui fait jamais défaut, la native du Yorkshire continue d’ouvrir les portes de son intimité à l’écoute des perles allant de « Carton People » à « Bad Apple » en passant par les éthérés « Mice » gentiment morbide, « Blood Is Blue » ou la magnifique « Toulouse ». Atteinte de dépression saisonnière, elle raconte tout au long sa solitude sous toutes ses formes depuis qu’elle vit à Londres sur « Blue Sea, Red Sea » ou sur « Vanilla Baby ».

La production sans fioritures d’Ethan John réussit à capturer ses instrumentations quasi-nues et dépouillées mettant en valeur le passage à l’âge adulte d’une Billie Marten rongée d’incertitudes. Avec quelques arrangements aux claviers pour les moins discrets et de notes de guitare tantôt acoustique tantôt électrique, Feeding Seahorses By Hand est le journal intime d’une jeune femme dont on arrive à discerner cernerla psychologie fragilisée sur « She Dances », « Boxes »ou bien même le touchant « Anda ».

Il ne fait aucun doute que ce second opus sent la lucidité et la franchise de la britannique qui arrive à faire frémir son auditeur en raison de son contenu abouti et cohérent. Lucy Rose, Laura Marling et autres Fenne Lily seront, evec elle, en bonne compagnie.

***1/2

3 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire