The Molochs: « Flowers In The Spring »

Après un premier opus en 2017, America’s Velvet Glory , The Molochs sont retour avec un Flowers In The Spring qui voit le duo californien renouer avec leur garage-pop rétro à travers des titres ultra-romantiques et sucrés comme « A Little Glimpse Of Death », « Shadow Of A Girl » ou autres « Pages Of Your Journal ».

Une fois de plus, Lucas Fitzsimmons reste un fin mélodiste et sait varier les plaisirs comme bon lui semble entre des titres étrangement slacker placés en début d’album (« To Kick In A Lover’s Door », « I Wanna Say To You ») et d’autres plus orientés vers des influences dylanesques et velvetiennes (« And She’s Sleeping Now », « Wade In The Water »).

Rien de révolutionnaire donc mais plutôt une constance dans des influences ici résolument 60’s.

Des morceaux chaloupés et feel-good comme « Too Lost In Love » et « All The Things That Happen To Me » enfonceront ce clou et nous laisseront digérer ces références avec plus ou moins d’appétit selon notre gouverne.

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Ty Segall: « Freedom’s Goblin »

Freedom’s Goblin est le 10° album en 10 ans de notre garae-rocker favori. Sa prolixité se dénombre aussi sur sa durée (19 plages et 75 minutes) le tout rempli d’explorations soniques et de ces caprices musicaux éphémères qui font partie de son essence. Seule différence, au lieu de les émietter sur divers projets, les voilà tous réunis sur un opus qui se veut gargantuesque.

Le titre d’ouverture, « Fanny Dog », démontre combien Segall s’est éloigné de ses débuts lo-fi subtils et nuancés. Ici, nous sommes conviés à une présentation triomphante et dramatique, nourrie de guitares cacophoniques et de basses pénétrantes le tout pour célébrer … l’intelligence de son chien (sic!). C’est une notule charmante car irrévérencieuse, en phase parfaite avec le propos du chanteur qui se sent ouvertement indifférent à la marche du monde et choisit de se concentrer sur le rock and roll, pur et dur.

Ne pas se montrer simplificateur consistera alors de nous abreuver de longs solos de guitare (« And Goodnight », « She, » ou « Alta ») mais le disque nous offre également es pauses acoustiques plus reposantes (« The Last Waltz », « The Lady’s on Fire » ou, a contrario, des basses sanguinolantes (« Talking 3 », « The Main Pretender »).

« Meaning », « Despoiler of Cadaver » et une reprise crasseuse du « Every 1 is a Winner » de Hot Chacolate assurera cette diversité dont se réclame l’artiste mais ce seront les passages les plus directs et tamisés qui procureront les plaisirs auditifs les plus gratifiants (« You Say All the Nice Things » ou « I’m Free ».)

«  5 Ft.Tall » représentera le passage audacieux indispensable à tout album du musicien mais l’ensemble de Freedom’s Goblin témoignera avant tout de l’assurance que peut avoir Segall à se plonger sans hésitation dans tous les abysses musicaux qui lui viennent à l’esprit.

Prolixe mais avant tout bourreau de travail malgré un semblant de désinvolture, Freedom’s Goblin est le nouvel opus d’un artiste qui n’hésite toujours pas à s’emparer sans vergogne du fameux slogan acid rock de la West Coast : « turn on, tune, in, drop out »).

***1/2

Cherry Glazzer: « Apocalipstick »

Le troisième album de ce trio de Los Angels les voit enfoncer un peu plus le clou de son évolution garage-rock. Le titre d’ouverture, « Told You I’d Be With The Guys » en est une introduction exemplaire avec des riffs de guitare, simplistes certes mais super addictifs.
Si on y ajoute des percussions qui frappent au plus profond et au plus lourd de là où elles peuvent aller et les vocaux de Clementine Creevy expressant de manière on ne peut plus explicite un besoin de solidarité féministe on n’aura aucun doute (ni ralentissement) sur ce à quoi Cherry Glazzer aspire.


Quelques titres « uptempo », « Humble Pro », plus émollients (« Nuclear Bomb ») ou plus hantés (« Nurse Ratched ») affineront un tableau qui se fermera sur une chanson titre, impressionnante marée instrumentale de guitares et de basse en fuzz se chevauchant l’une l’autre.

Apocalipstick ne dément pas l’appellation dont il se pare ; il a la dextérité suffisante et l’attitude qui va avec ses ambitions.

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Uncle Acid & The Deadbeats: « The Night Creeper »

Il n’y a rien de plus réjouissant qu’un vocaliste ayant de la trempe et sur Uncle Acid & the Deadbeats, Kevin « K.R. » Starr élève le niveau de la scène psyche de Cambridge sur un mode que n’aurait pas renié Black Sabbath et qui est celui de la distorsion, du ricanement démoniaque et sexy.

Il est aisé d’imaginer un joker avec un doigt recourbé, un sourire sardonique alors qu’il noue énonce des récits de femmes aux mœurs étranges et de nuits où seul le meurtre a droit de cité. Une image naitrait celle d’un Lennon azimuthé ou d’un Ozzy obsédé par les pulp stories

Mais ce qui tranche chez Starr est son phrasé mélodique qui font de ce troisième opus une sorte de classique pour qui sait fondre en appréciant une belle mélodie. « Melody Lane », « Pusher Man » ou « The Night Creeper » en sont des spécimens exemplaires : riffs durs et groove se conjuguent et pourraient fort bien devenir des titres cultes et des cas d’école de chaos contrôlé et épique.

***1/2

Mike Krol: « Turkey »

Il faut considérer Mike Krol plus pour ce qu’il n’est pas que pour la manière sont il se représente. Avec huit éclairs de fuzzy pop déchirante, ce disque vous adresse un clin d’oeil rapide avant que vous ne repassiez à côté de lui. Pour cela la méthode est bien simple ; un instrumental au piano doux à vous plonger dans la contemplation. Bien sûr, pour brouiller un peu plus les pistes on a droit à ce marmonnement : « Je n’ai pas signé pour faire cette merde ». S’ensuit un rire et le disque s’arrête, tout net.

Quant à ce qu’il n’est pas ; eh bien considérons qu’il ne fait pas partie de l’engeance de ces petits morveux ayant à peine dépassé la trentaine et ayant décidé de faire un sacré boucan. En l’exemple un truc loufoque avec la pédale fixée sur le registre « metal », des accords de fous et une vélocité dont on ne sait si elle s’arrêtera.

« Les Than Together » apportera une touche luxuriante et mélancolique mais c’est un adjectif qui ne peut s’appliquer à un tel personnage. Le total est du garage rock frénétique frayant dans la stupidité assumée. Bref, c’est un album du feu de Dieu !

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The Sandwitches: « Our Toast »‘

Le garage rock à San Francisco est déclinant et hormis Thee Oh Sees ou Ty Seagall l’attention dont il était l’objet a nettement faibli. Sandwitches a sans doute pressenti la chose puisqu’il annonce, Our Toast, son album final.

Le groupe est réputés pour ses harmonies fantasmagoriques comme le titre d’ouverture, « Sunny Side » semble le confirmer. C’est un titre au piano, aisé à reprendre en coeur, suivi d’un « Play It Again, Dick » qui met en relief l’approche du combo : guitares surfs mélancoliques rythmant des ballades vaguement country.
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« Sleeping Practice » nous procurera des harmonies éthérées en sa conclusion donnant comme l’impression que The Sandwitches passe le relai à des artistes comme Chasity Belt ou Coleen Green.

Ce troisième opus est donc un chant du cygne, il en a l’aspect parfois monotone ; format similaire de chaque plage et passages instrumentaux « spacey » trop fréquents. Le temps n’est plus aux jams, on se demande alors pourquoi le combo nous quitte en entrant dans un tel territoire.

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Froth: « Bleak »

Depuis sa formation à Los Angeles, ce quatuor a généré pas mal d’attention avec leur fusion de lo-fi et de garage rock. Bleak est leur deuxième opus et ses neuf plages restent fidèles à un certain son « west coast » : mélodique et rais avec des riffs profonds qui sont parfaits pour accompagner une virée sur une highway déserte.

Un des morceaux phares sera « Nothing Baby » une lamentation en combustion lente qui semble annoncer, de par son tempo, la perte à venir d’un partenaire amoureux avec des tonalités sombres qui rappelleront The Jesus and Mary Chain. Le solo de guitare situé à la fin est mélodique et forme une transition adaptée aux rythmes plus enlevés qui suivront.

Le combo n’excelle pas uniquement dans les compositions rapides, le « closer », « Sleep Alone » est centré sur une tonalité acoustique et une recherche mélodique nuancée par un arrangement minimaliste et des vocaux en mode crooner.

Foth a créé un certain buzz autour de lui ; il capture à merveille la vibe estivale qui semble imprégner LA en permanence et, s’évitant le piège de le surproduction, il fait de Bleak un album essentiel du côté de Echo Park.

***1/2

The Sonics: « This Is The Sonics »

Formé à Tacoma au début des 60’s avant que le rock ne devienne réellement bizarre, The Sonics méritent une place dans l’histoire (« The Witch », « Psycho » ou « Strychnine », sic!) et il est normal qu’il s’appuient sur ce « revival » du garage rock.

Leur approche mêlait guitare boueuse, attaques de sax et textes qui semblaient avoir hurlé lors d’une nuit d’Halloween. 50 ans plus tard ces titres sont toujours subversifs et la parution de This Is The Sonics monte à quelle source Kurt Conain, Mudhoney ou autres Sprinsteen se sont abreuvés.

Gerry Roslie (chanteur et claviers du combo) tourne depuis 2007 avec Rob Lind (sax) et Larry Partpa (guitare) tous deux membres du « line up » original, et ce nouvel opus semble être une copie conforme de ces décennies passées : enregistrement en analogique (Jim Diamond de Deroit qui a joué avec The Dirtbombs et a produit pratiquement tous les groupes se réclamant du fameux Nuggets) mais, à plus de 70 ans, l’instrumentation se fait moins soudée et The Sonics se reposent peut-être un peu trop sur des reprises pour que le ressort primitif ait de la peine à surgir.

Paradoxalement le titre le plus faible est la version d’un titre composé par The Sonics : « Psycho » est repris sous le titre de « Livin’ In Chaos » et conduit laborieusement par le bassiste Freddie Dennis (The Kingsmen) tout simplement car elle ne supporte pas la comparaison avec l’original.

Le groupe s’en tirera relativement mieux avec «  I Don’t Need No Doctor », «  Leaving Here » et une incursion vers la country (un « Sugaree » de Marty Robbins transformé en titre punk-soul) ou, enfin, « Bad Betty » un blues terrifiant qui nous ramène à ces virées 50’s ou 60’s qui font l’imaginaire de tout fan de rock US.

Au final, This Is The Sonics, est une ré-introduction véhémente et vivace d’un groupe, qui à ses meilleurs moments, retrouve le son ravageur qui était le sien et qui, aujourd’hui encore, s’approprie cet esprit.

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The King Khan & BBQ Show: « Bad News Boys »

Après un hiatus de 5 ans, The King Khan & BBQ Show reviennent avec un nouvel album qui s’inscrit dans la même lignée que Invisible Girl en 2009. Sur ses 32 minutes, Bad News Boys va balancer entre doo-wop classique (« BuyByeBhai », « Ocean of Love ») et garage rock (« When Will I Be Tamed ? » ou « Killing The Wolfman ») sans, qu’à une seul moment, le disque ne semble perdre son focus ou sa direction. Les harmonies pleines de soul du duo s’entremêlent à des guitares pleine de croustillant et une batterie toute en nuances pour créer une tonalité fraiche et nostalgique en même temps.

Les seuls moments où l’album va s’égarer se trouveront quand les deux artistes veulent se frayer un passage dans le hardcore « old school » avec des titres de la teneur de « D.F.O. » ou « Zen Machines ». Les compositions n’ont rien de rédhibitoires en soi mais elles ne semblent pas appartenir à ce qu’est la nature de Bad News Boys en dépit du fait qu’elles sont interprétées avec foi et coeur par King Kan & BBQ Show. « D.F.O . » est maladroitement juxtaposé, ou plutôt fourré, entre le mid-tempo qu’est « BuyByeBhai » et un « WeAreThe Champion » dont la six corde en carillon rappellera The Kinks ce qui interrompra le liant de l’album comme une excroissance pathogène au milieu d’un organisme sain.

De la même manière, au bout de deux minutes d’écoute de « Zen Machines » ; le « closer » du disque, on ne pourra que s’insurger contre le riff répétitif et dissonant qui jalonne le titre avant de le suspendre abruptement.

On ne peut alors que tressaillir désagréablement sur un écho inachevé et qui ne résout rien. Il est des albums qui nous laissent sur une frustration qui nous font en demander plus, celui-ci produit un goût d’autant plus amer qu’il intervient après une écoute qui n’a pu que gratifier ce qui tient lieu de palais auditif.

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Jack Name: « Light Show »

Ty Seagall et John Dwyer ont récemment évoqué la récente migration du garage rock vers cette grosse métropolis qu’est Los Angeles et King Tuff ou Kevin Morby de Woods semblent avoir confirmé cette prédiction en s’y rendant pour récolter les bénéfices créatifs qu’on est censé y trouver là-bas. Tim Presley (White Fence) y a emménagé depuis une bonne dizaine d’année décrivant l’endroit comme étant « le lieu où y trouver inspiration artistique ». Il est vrai que la ville peut correspondre, par son côté effrayant, à sa vision esthétique ainsi qu’à celle de son ami et collaborateur John Webster Johns qui, sous le nom de Jack Name, sort son premier album, Light Show, sur le label de Seagall, « God ? ».

Le guitariste de Presley semble s’être approprié la nature mystérieuse et glauque de la cité et l’a mise en musique dans la dystopie qu’il s’est efforcé de créer sur son opus. L’album fonctionne comme une sorte de narration thématique décrivant un universe apocalyptique, ravagé par la drogue, les gangs et ce qu’il nomme « la lutte des jeunes qui sont les exclus du monde d’aujourd’hui ».

En raison de l’appui de Seagall on aurait pu s’attendre à un exercice lo-fi et légèrement psychédélique ; si on retrouve ces éléments, ceux-ci sont poussés de manière extrême comme sur un « Pure Terror » qui porte bien son nom avec son psychédélisme trempé dans de la fuzz ou « My Own Electric Ladyland » et sa guitare solo qui est si forte et répétitive que c’est avant tout d’abrasion qu’il faut ici parler.

Le mix adopte d’ailleurs cette caractéristique tout au long de Light Show, juxtaposant aux compositions une dynamique semblable à celle d’un opéra de science-fiction.

Il y a pourtant des passages où le problème ne vient pas du mix. Il surgit de cette propension compulsive à cultiver le bizarroïde, en particulier les modulations vocales (par exemple les pleurs d’un bébé) qui brouillent ce qu’il y a d’intéressant dans les compositions

C’est dans les moments où il est le plus direct que l’album fonctionne, quand il se saisit du rock psychédélique à l’état pur, sans fanfreluches et sans idiosyncrasies (« Born to Lose », « Out of Sight ») que le disque craque sous la dent plutôt que de nous embourber avec une pizza à la pâte trop riche.

**1/2