Caligula’s Horse: « Rise Radiant »

30 mai 2020

Les Australiens de Caligula’s Horse sont avant tout des « songwriters », et cela se voit immédiatement sur Rise Radiant. Les refrains massifs de « Slow Violence » et « Oceanrise » sont conçus pour une écoute pure et simple, au lieu d’une délibération cérébrale et effrayante. Caligula’s Horse veut que sa musique soit un lieu accessible à tous, et pas seulement aux fervents de la virtuosité instrumentale.

En fait, leur oreille pour les mélodies pop l’emporte souvent sur les aspects plus métalliques de Rise Radiant. Ce n’est pas vraiment un album de métal, mais il est plus proche de combos vosins chose comme leurs collègus éméricains The Contortionist, bien que moins sombres et plus délibérément anthemiques. « Salt » possède une lueur importante, une délicatesse technique mais tranchante qui est extrêmement engageante et « Resonate » est un morceau pop direct, sans guitare ni batterie, bien qu’il soit probablement trop limité pour obtenir un quelconque succès commercial.

Rien de tout cela ne signifie que le Caligula’s Horse ne peut pas se laisser aller quand il le veut. « Valkyrie » est un énorme morceau soutenu par un synthétiseur, et « Oceanrise » est tonalement similaire, tout comme l’ouverture « The Tempest ». Ces chansons glissent à travers leurs structures familières avec la même habileté de navigation précise qu’elles le font dans les moments plus uniques, comme les solos de fusion de « Oceanrise » et « The Tempest », ou l’élégant « Autumn », qui ressemble aux moments plus calmes de The Mars Volta.

Cependant, Rise Radiant n’est pas un succès total. Il y a des moments où le poids des influences du groupe frôle le pastiche, notamment avec les voix de Jim Grey et les apparitions de Maynard James Keenan. Les deux premiers morceaux de l’album contiennent des mélodies vocales si proches de celles de Keenan qu’ils perdent tout sens de l’individualité, ce qui est dommage, car la palette vocale de Grey est excellente et probablement plus variée que celle de Keenan, bien qu’elle ne soit évidemment pas aussi distinctive ou iconique.

L’album souffre également d’une surabondance d’idées. Ce n’est pas toujours un défaut à proprement parler, mais « Rise Radiant » ne compte que huit morceaux, mais à quarante-huit minutes, il semble certainement beaucoup plus long.

Le final, « The Ascent », est un exemple de ce problème. Sa structure qui fait tourner la tête n’est pas particulièrement élégante et ressemble souvent aux pires indulgences des prog-forebeurs comme Between The Buried And Me ou Dream Theater. Certaines parties de cet opus sont fascinantes, d’autres exaspérantes. Même les morceaux les plus courts et les plus directs comme « Oceanrise » contiennent un barrage de production maximaliste et des riffs délicats à croquer, et ils ne sont pas tous savoureux.

Cela dit, les ambitions de Caligula’s Horse sont admirables et leur approche de la musique rock complexe mais directe est louable. Ils sont encore en cours de développement ; beaucoup de raffinement sonore et textural est nécessaire, cependant, avec Rise Radiant, ils peignent un avenir intrigant, un avenir où le rock à l’esprit progressif peut potentiellement atteindre une sorte de succès plus large et général.

***1/2


Loathe: « I Let It In And It Took Everything »

9 mars 2020

Trouvez-vous un groupe qui peut tout faire. Un groupe qui crée des refrains célestes tout en vous frappant les oreilles avec une distorsion agressive. Un groupe qui embrasse des genres comme le nu métal, le shoegaze et le hardcore. Trouvez un groupe comme Loathe. Vous vous dites peut-être que ça ressemble beaucoup à Deftones. Vous n’auriez pas tort de penser cela.

Le son de ce combo de Liverpool est fortement influencé par les pionniers du nu metal de Sacramento. Mais Loathe n’est pas une escroquerie de marque générique. Ils ont choisi un genre qui est facile à prendre au sérieux en raison de son chant surchargé (les phrasés de scat heavy metal de Jonathan Davis de Korn viennent à l’esprit) et de ses riffs si graves qu’on se demande comment les cordes sont encore attachées, et ils l’ont enrichi de nouvelles palettes sonores.

Le nouvel album de Loathe, I Let It in and It Took Everything, s’appuie sur les points forts des précédents albums du groupe. Là où leur premier album, The Cold Sun, mettait en scène les coups de boutoir industriels des seigneurs du Djent Meshuggah et Animals As Leaders, I I Let It in and It Took Everything affiche des éclaboussures de couleurs vives ainsi que des synthés et des atmosphères lunatiques. Le « single » « Two Way Mirror » est dépourvu de voix rauque, le chanteur Kadeem France optant pour un chant plus sensuel soutenu par des guitares post-rock. Il n’est pas surprenant que le chanteur de Deftones, Chino Moreno, ait donné son approbation à la chanson en tweetant le clip.

Cela ne veut pas dire que Loathe a abandonné la brutalité qui les a menés à ce point de leur carrière. De nombreuses chansons oscillent entre le riff de tourbillon synonyme de tête d’affiche de l’Ozzfest et des passages élégiaques offrant un effet de tension et de libération à l’auditeur. Sur « Heavy Is the Head that Falls with the Weight of a Thousand Thoughts », le groupe incorpore des thèmes de black metal avec son bruit sourd titanesque habituel, ce qui donne lieu à un chaos béat.

Malgré les hommages clairs rendus à Deftones tout au long de I Let It in et It Took Everything, on ne peut m’empêcher de se demander si les prodiges du blackgaze Deafheaven sont une source d’inspiration pour Loathe. Les deux groupes s’inspirent fortement de leurs influences ; George Clarke a fait l’éloge d’Alcest dans le passé et il est clair que l’utilisation du shoegaze par le groupe a joué un rôle essentiel dans le développement du son de Deafheaven. Le deuxième album de Deafheaven, Sunbather, a fait tourner la tête de la communauté black metal et a suscité un débat sur la question de savoir si c’était du metal. Sur Sunbather, Deafheaven a repoussé les limites du black metal, traversant les frontières pour devenir populaire auprès des fans d’indie. Malheureusement, certains fans de métal les ont injustement qualifiés de « hipster metal », au mépris de la créativité et du talent du groupe. 

Loathe va-t-il devenir un groupe de métal crossover comme Deafheaven ? Il pourrait bien l’être car ils ont tout ce qu’il faut pour devenir un groupe de statut similaire grâce à leur talent, voire génie, à mélanger les genres.

****


Cloudkicker: « Unending »

14 décembre 2019

Ben Sharp est un « one man band » sévissant dans le métal progressif connu sous le nom de Cloudkicker et sortant un nouvel album, Unending, quatre ans après son petit dernier Woum et un xcellent Live with An Intronaut (2014).

Unending est un opus extrêmement dense, riche, qui caresse toute une palette d’émotions et qui ose approcher même une certaine dimension épique dans la réalisation de sa musique. Les fans de rock progressif auront compris, les autres comprendront vite.

Ça monte en puissance tout au long des morceaux et c’est presque putassier dans sa réalisation avec ces petits interludes électronique/ambient qui parviennent, toutefois, à éviter le cliché. Il y a  assez d’énergie pour doseliner de la tête ; des rythmique martiales, des guitares lourdes, une basse suffisament grasse pour que les les cordes claquent contre le corps de l’instrument et quelques synthés pour faire bon genre.

Peut-être pas un disque mémorable mais sans doute son meilleur depuis ses débuts en 2007.

**1/2


Disillusion: « The Liberation »

17 octobre 2019

Il aura fallu dix ans à cette formation allemande pour composer trois albums ; il faut dire que jouer les équilibristes entre post metal, metalcore et metal progressif nécessite une somme de travail assez conséquente.

Pas étonnant en tout cas que cette renaissance sonne pour Andy Schmidt comme une Liberation mais, outre cela, prendre le pari de se situer entre classique et moderne n’était pas gagné d’avance. Les sept titres de cet opus ont des durées très fluctuantes, des ambiances changeantes, des couleurs qui mutent, se divisent, se rejoignent.

Bref, c’est une relative complexité et une très grande richesse musicale qui caractérisent The Liberation. Une infime proportion du temps pris par Disillusion pour peaufiner cet album suffira à l’auditeur curieux pour profiter à pleines oreilles de ces ressources.

***1/2


Arch/Matheos: « Winter Ethereal »

18 mai 2019

L’excellent premier album de John Arch et Jim Matheos, Sympathetic Resonance, avait eu plus qu’un succès d’estime même s’il était tempéré par le fait qu’il pouvait très bien s’agir d’un disque sans lendemaain. Il aura fallu patienter huit années avant de pouvoir répondre à cette interrogation avec la satisfaction d’entendre le prolongement de l’aventure collective du duo. Arch et Matheos, en véritable orfèvres du metal progressif, ont peaufiné chaque parcelle de leurs compositions pour un résultat qui mérite bien une attente prolongée. Au milieu de leurs agendas bien chargés de ces dernières années, les deux complices ont aménagé deux ans de travaux pour aboutir à l’attendu Winter Ethereal.
La grande fidélité qui caractérise les deux amis explique la présence de deux sections rythmiques de Fates Warning, l’actuelle et la précédente avec Zonder comme frappeur (ce qui n’est pas pour nous déplaire) et Joe DiBiase à la basse. A ce groupe impressionnant s’ajoutent de prestigieux invités dont Sean Malone à la basse ou Thomas Lang à la batterie. Il fallait au moins une formation cinq étoiles pour donner corps à une musique exigeante de grande qualité composée par Arch et Matheos. En cela, Winter Ethereal est la suite parfaite de Sympathetic Resonance et l’auditeur qui a adhéré au premier album retrouvera tous les éléments qui ont justifié son consentement. Arch et Matheos ont breveté leur metal progressif basé sur l’association constructive dans laquelle chacun apporte sa pleine personnalité artistique pour un résultat global qui dépasse la seule addition de spécificités. Toute la réussite de cette collaboration réside dans le fait que John Arch contrebalance la virtuosité de ses chants par une vraie recherche harmonique et que Matheos ne surcharge pas ses motifs d’une technicité excessive et qu’il atténue l’incandescence de ses riffs adamantins avec des passages plus apaisés (« Kindred Spirit », « Vermilion Moon », « Solitary Man »).
La construction du disque reflète cette nécessité d’équilibre entre des morceaux étendus et progressifs, des formats plus denses et directs et une accalmie acoustique au mitan avec la ballade sombre et cristalline « Tethered ». La première demi-heure dévoile la face la plus dure du combo avec un « Vermilion Moons » à la dramaturgie en crescendo, le direct et très mélodique « Solitary Man » et un heavy « Wanderlust » aux réminiscences de Fates Warning. Le premier sommet de l’album est incarné par l’épique ‘Wrath Of The Universe’ qui démarre sur une combinaison riff-thème très créative et déverse une puissance qui prend à la gorge pour ne jamais la lâcher. Une fois le groovy et immédiat « Straight And Narrow » avalé, on s’attaque à une seconde partie de disque évocatrice de nuances et d’ambiances.

C’est le second point culminant du disque « Pitch Black Prism », poignant comme la tragédie de Tchernobyl dont il s’inspire, qui inaugure la suite de « Winter Ethereal » suivie par un homérique et queensrychien « Never In Your Hands » au duel de guitares en son cœur. Le long final « Kindred Spirit » marquera l’aboutissement de la tournure émotionnelle du disque sous la forme d’une épopée progressive époustouflante.
Comme pour son aîné, Winter Ethereal demande de nombreuses écoutes pour en savourer tous les délices. Le degré de finition apporté à l’ensemble de l’album procure un confort d’écoute qui va grandissant, la fluidité des parties se révèle petit à petit et l’appréhension devant cette œuvre intimidante laisse place à une addiction irrésistible. L’amateur du genre qui a l’oreille de plus en plus accoutumée à l’inflation de créativité émanant d’une offre pléthorique en metal progressif pourra pointer le caractère classique de ce disque. Mais de l’apport majuscule des différents musiciens, notamment les démonstrations à la batterie, à la production limpide en passant par la haute qualité des compositions et les acrobaties vocales, il sera difficile de trouver le moindre défaut à ce deuxième opus.

****1/2


Toska: « Fire By The Silos »

10 avril 2019

Le metal progressif instrumental existe ; il est , ici, diablement puissant et torturé chez Toska, un combo de Brighton, dont Fire By The Silos est le second album.
Il s’agit d’un concept album qui, sous couvert d’observation sociale, se projette dans un futur proche sur la direction prise par le genre humain. L’histoire se focalise sur un individu qui, pris dans l’étau de l’économie de marché capitaliste et de son modèle politique, perd brusquement tout ses moyens existentiels. L’histoire traite également de son passage du tourment émotionnel dépressif à la révolte. Tout cela figure dans les textes psalmodiés du titre éponyme de l’album, le seul (avec, à un degré moindre, « Prayermonger » et « The Heard ») en comportant.

Le trio composant Toska n’est pas formé d’inconnus puisque ses membres officiaient également dans Tordje, un quatuor de metal progressif, mais chanté.Toska s’attaque donc à un véritable challenge, celui de réussir à faire passer tous ses messages uniquement (ou presque) par les émotions musicales. Évidemment, à ce petit jeu là, c’est Rabea Massaad (guitar, piano/synthés), Bea qui se taille la part du lion. Il na, en effet, pas son pareil pour balancer des riffs telluriques tout au long de cet album survitaminé et dont la plupart des titres durent de six à neuf minutes.

Si, parfois une certaine lassitude peut s’installer,le combo possède le talent suffisant pour la combattre en jouant sur les changements d’ambiance.
Le titre qui illustre très bien cette versatilité est « Congress » sur lequel les passages musclés alternent avec bonheur avec ceux plus intimistes. « When Genghis Wake » joue également sur une alternance entre puissance et dépression mais son schéma un peu systématique à ce sujet le rend plus mécanique. Si on est fan de sonorités plus psychédéliques et expérimentales, c’est plutôt « Fire By The Silos » ou « The Heard » feront notre bonheur alors que le piano désenchanté d’ « Ataraxy » sera un excellent prélude au ravageur « Prayermonger » sur lequel le batteur Ben Minal se montre très impressionnant.

Fire By The Silo est avare de solos car l’option de Toska est de tout miser sur la variété des riffs. Force est de reconnaître qu’en la matière, c’est une véritable leçon qui nous est donné, par exemple, pendant toute la lente montée en puissance d’ « Abomasum ».
Toska livre ainsi un album bien équilibré entre émotions et déchaînements tels qu’il sont suggérés par son concept du broyage de l’individu assujetti à des forces dont il n’a plus contrôle.

***1/2


Vola: « Applause of a Distant Crowd »

10 mars 2019

Tool ayant retardé la sortie d’un nouvel album, pourquoi ne pas se pencher sur un de ses épigones, à savoir Vola et son opus Applause of a Distant Crowd ? De groupe « à suivre » il y a 2 ans lors de la sortie de Inmazes ils sont devenus les rois du genre « progressif » ce qui se fait de mieux dans le domaine du rock/métal/alternatif qui joue avec les structures et les sons.
Pour cela, il faut plonger en apnée dans un monde où tout est maîtrisé ; les moindres coups de baguette ou de médiator, les plus petits mots, chaque tonalité, chacun des effets, tous les arrangements, rien n’est dû au hasard, tous les sons s’assemblent pour nous emmener au-delà de simples morceaux de musique.

Très rares sont les albums qui procurent autant cette sensation de bien-être,Applause of a Distant Crowd est de ceux-là. Les silences, les relances, les distorsions, les breaks, les samples, les éclaircies, les choix d’instrumentation, tout s’y emboîte comme dans un rêve, comme s’il n’y avait pas d’autres moyens, d’autres notes possibles à enchaîner,ets qu’on ne ne puisse signaler rien d’autre que ce sentiment de perfection absolue qui anime les dix plages composées par les Danois.

Chaque écoute permet de vivre et savourer ces moments, que ce soit l’introduction de « Ghosts » ou la lumière que porte la voix d’Auger Mygind qui se mêle avec toutes les parties instrumentales. Elle y apparaît douce, limpide, cristalline, toujours harmonieuse même quand sa guitare se déchaîne( « Smartfriend », « Whaler » ») ou quand l’ambiance est marquée par l’électronique (« Alien shivers »), elle agit comme un phare dans la tempête, toujours droite et lumineuse (« Applause of a Distant Crowd »).
On est , ici, au-delà du coup de cœur pour cet opus ; le langage, la traduction en sont essentielles, nécessaires… Ne reste plus alors que l’écouter avec ce qu’il faut sur les oreilles pour en saisir toutes les nuances.


Anguish: « Anguish »

12 décembre 2018

Anguish est ce qu’on peut aisément qualifier de « projet de malade » ;un bout de Dälek, un bout de Faust, un bout de Fire ! Fire !Orchestra, mélangez le tout et vous obtenez un beau petit troupeau de créatifs sans aucune limite. Et si « Vibrations », l’excellent morceau introductif ne donne pas une idée précise du reste de la galette, la suite nous met très vite sur la voie. On pourrait dire que, sans surprise, la musique du collectif se situe entre hip hop alien, free jazz et rock noisy expérimental. Mais avouez que ça reste, rien que sur le papier, sacrément plus original que 90% de la production hip-hop mondiale. Ah oui, je parle de hip-hop parce que, qu’on le veuille ou non, c’est ce que la plupart des gens vont retenir de ce disque, dans lequel, c’est sûr,on entend bien Dälek.

Un disque d’ailleurs né de la fascination de ceux-ci pour Faust, et de l’invitation de ces derniers à se rencontrer puis travailler ensemble, et accoucher d’un premier album sous un autre nom il y a quelques années. Et donc, « Anguish »est un disque fabriqué en moins d’une semaine, composé ensemble, de façon assez old school, en jammant, en improvisant. Soyons clairs ;ce disque n’est pas évident, ne contient aucun tube potentiel, et pourrait même flanquer une belle migraine à certain(e)s, hantant ses titres d’un saxo aux stridences meurtrières, envahissant l’espace de turbulences noisy. Mais un bon disque quand même, d’un genre unique et original, à découvrir pour tous ceux et celles qui aiment la musique qui défriche !

***


Anathema: « Distant Satellites »

12 juin 2014

On a beaucoup spéculé sur la raison pour laquelle ce groupe de progressive metal venu de Liverpool n’a jamais encore percé dans le « mainstream ». Ils ont pourtant peu à peu su faire évoluer leur son en passant de vecteurs de « sinistrose » à représentants d’un rock atmosphérique massif tout en restant imprégné d’un climat où les thèmes récurrents demeurent la perte et l’amour.

Distant Satellites les voir retourner à une approche plus sombre comme sur « The Lost Song Part 1 »le suggèrent. Le vocaliste Vincent Cavannagh s’exprime d’ailleurs d’un manière émotionnelle plus chargée, dans un registre encore plus impressionnant qu’avant mais restant quand même un peu familière.

Ce sera plutôt quand il croisera sa voix avec celle de Lee Douglas que le groupe parvient à une certaine majesté envoûtante comme sur « The Lost Song, Part 2 » ou « You’re Not Alone ».

Soniquement, le groupe se voudra plus excentrique : la chanson titre se voudra une mini symphonie électronique aventureuse et « Take Shelter » passera d’un genre à l’autre avec une fluidité qu’on aimerait pouvoir retrouver dans les prochains opus du groupe.

Distant Satellites s’avère donc un disque de Anathema de plus jusqu’à un certain point : il semble toujours prêt à pouvoir se développer avec le plus d’expansion dans le circuit du « arena rock » propre à l’essor ; il pointe pourtant à des tentatives qui sont plus du domaine du « progressive » que du « metal ». Anathema en est à un point où il s’exprime avec plus de confiance, Distant Satellites en est peut-être la cause, il ne reste lui plus qu’à en tirer les conséquences.

**1/2


Bo Ningen: « III »

13 mai 2014

Ce quartet de hard japonais basé a Londres a compris qu’il ne suffisait pas de jouer fort pour être rock mais qu’il fallait également sonner comme si on en voulait.

Sur ce troisième album, Bo Ningen le font comme si leurs vies en dépendaient et que, si ils ne pouvaient le faire, ils en mourraient. La plupart des titres passent à la vitesse de l’éclair, entraînant avec eux des échos de Black Sabbath, de Fugazi et de Black Flags au son de guitares qui semblent hurler vers la lune et de percussions qui sont comme des astéroïdes se fracassant là où ils tombent.

Le groupe sait pourtant évoluer par rapport à ses deux précédents opus, sans perdre pour autant de son intégrité. L’ouverture par exemple, « DaDaDa » garde toute la verdeur dont Bo Ningen est capable mais il sait l’agrémenter d’une épaisse sauce de pollution bruitiste qui n’aurait pas déplu à Gang Of Four.

« Slider » commence de manière presque commerciale, mais son nerf et son énergie se transforment soudain en un rythme en 4/5 à la batterie accordé à des guitares dont le hurlement ne peut être que viscéral. Cette composition est, à cet égard, une merveilleuse démonstration de la façon de frôler le « mainstream » sans y tomber.

« CC » les verra collaborer avec Jenny Beth des Savages pour la seconde fois et son braillement emblématique sera la parfait pendant aux attaques de six cordes qui poignardent le morceau.

La puissance reste la même quand le groupe de ralentir un peu les choses : « Innu » est une chanson qui rode de manière sinistre et « Psychedelic Misemono Goya » reprend un riff des Red Hot Chili Peppers, lui ôte tout funk et le reconstruit en un hymne nous menant à une mort lente.

Le morceau phare sera « Mukaeni Ikenai » où ils abandonnent les grandes attitudes théâtrales et utilisent une electronica « ambient », des vocaux en reverb et des percussions ralenties pour faire œuvre d’une complexité musicale et d’une subtilité que bien des combos de tous genres envieraient.

III n’est pas un disque facile à aimer mais ça n’est pas un album qu’on peut écouter distraitement. Mais une fois rentré dans son univers où la fusion rythmique cherche à en découdre avec l’agression musicale qui parcourt ses plages, il ne saura pas vous lâcher et vous laisser indifférent.

***1/2