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Disillusion: « The Liberation »

Il aura fallu dix ans à cette formation allemande pour composer trois albums ; il faut dire que jouer les équilibristes entre post metal, metalcore et metal progressif nécessite une somme de travail assez conséquente.

Pas étonnant en tout cas que cette renaissance sonne pour Andy Schmidt comme une Liberation mais, outre cela, prendre le pari de se situer entre classique et moderne n’était pas gagné d’avance. Les sept titres de cet opus ont des durées très fluctuantes, des ambiances changeantes, des couleurs qui mutent, se divisent, se rejoignent.

Bref, c’est une relative complexité et une très grande richesse musicale qui caractérisent The Liberation. Une infime proportion du temps pris par Disillusion pour peaufiner cet album suffira à l’auditeur curieux pour profiter à pleines oreilles de ces ressources.

***1/2

17 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Arch/Matheos: « Winter Ethereal »

L’excellent premier album de John Arch et Jim Matheos, Sympathetic Resonance, avait eu plus qu’un succès d’estime même s’il était tempéré par le fait qu’il pouvait très bien s’agir d’un disque sans lendemaain. Il aura fallu patienter huit années avant de pouvoir répondre à cette interrogation avec la satisfaction d’entendre le prolongement de l’aventure collective du duo. Arch et Matheos, en véritable orfèvres du metal progressif, ont peaufiné chaque parcelle de leurs compositions pour un résultat qui mérite bien une attente prolongée. Au milieu de leurs agendas bien chargés de ces dernières années, les deux complices ont aménagé deux ans de travaux pour aboutir à l’attendu Winter Ethereal.
La grande fidélité qui caractérise les deux amis explique la présence de deux sections rythmiques de Fates Warning, l’actuelle et la précédente avec Zonder comme frappeur (ce qui n’est pas pour nous déplaire) et Joe DiBiase à la basse. A ce groupe impressionnant s’ajoutent de prestigieux invités dont Sean Malone à la basse ou Thomas Lang à la batterie. Il fallait au moins une formation cinq étoiles pour donner corps à une musique exigeante de grande qualité composée par Arch et Matheos. En cela, Winter Ethereal est la suite parfaite de Sympathetic Resonance et l’auditeur qui a adhéré au premier album retrouvera tous les éléments qui ont justifié son consentement. Arch et Matheos ont breveté leur metal progressif basé sur l’association constructive dans laquelle chacun apporte sa pleine personnalité artistique pour un résultat global qui dépasse la seule addition de spécificités. Toute la réussite de cette collaboration réside dans le fait que John Arch contrebalance la virtuosité de ses chants par une vraie recherche harmonique et que Matheos ne surcharge pas ses motifs d’une technicité excessive et qu’il atténue l’incandescence de ses riffs adamantins avec des passages plus apaisés (« Kindred Spirit », « Vermilion Moon », « Solitary Man »).
La construction du disque reflète cette nécessité d’équilibre entre des morceaux étendus et progressifs, des formats plus denses et directs et une accalmie acoustique au mitan avec la ballade sombre et cristalline « Tethered ». La première demi-heure dévoile la face la plus dure du combo avec un « Vermilion Moons » à la dramaturgie en crescendo, le direct et très mélodique « Solitary Man » et un heavy « Wanderlust » aux réminiscences de Fates Warning. Le premier sommet de l’album est incarné par l’épique ‘Wrath Of The Universe’ qui démarre sur une combinaison riff-thème très créative et déverse une puissance qui prend à la gorge pour ne jamais la lâcher. Une fois le groovy et immédiat « Straight And Narrow » avalé, on s’attaque à une seconde partie de disque évocatrice de nuances et d’ambiances.

C’est le second point culminant du disque « Pitch Black Prism », poignant comme la tragédie de Tchernobyl dont il s’inspire, qui inaugure la suite de « Winter Ethereal » suivie par un homérique et queensrychien « Never In Your Hands » au duel de guitares en son cœur. Le long final « Kindred Spirit » marquera l’aboutissement de la tournure émotionnelle du disque sous la forme d’une épopée progressive époustouflante.
Comme pour son aîné, Winter Ethereal demande de nombreuses écoutes pour en savourer tous les délices. Le degré de finition apporté à l’ensemble de l’album procure un confort d’écoute qui va grandissant, la fluidité des parties se révèle petit à petit et l’appréhension devant cette œuvre intimidante laisse place à une addiction irrésistible. L’amateur du genre qui a l’oreille de plus en plus accoutumée à l’inflation de créativité émanant d’une offre pléthorique en metal progressif pourra pointer le caractère classique de ce disque. Mais de l’apport majuscule des différents musiciens, notamment les démonstrations à la batterie, à la production limpide en passant par la haute qualité des compositions et les acrobaties vocales, il sera difficile de trouver le moindre défaut à ce deuxième opus.

****1/2

18 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Toska: « Fire By The Silos »

Le metal progressif instrumental existe ; il est , ici, diablement puissant et torturé chez Toska, un combo de Brighton, dont Fire By The Silos est le second album.
Il s’agit d’un concept album qui, sous couvert d’observation sociale, se projette dans un futur proche sur la direction prise par le genre humain. L’histoire se focalise sur un individu qui, pris dans l’étau de l’économie de marché capitaliste et de son modèle politique, perd brusquement tout ses moyens existentiels. L’histoire traite également de son passage du tourment émotionnel dépressif à la révolte. Tout cela figure dans les textes psalmodiés du titre éponyme de l’album, le seul (avec, à un degré moindre, « Prayermonger » et « The Heard ») en comportant.

Le trio composant Toska n’est pas formé d’inconnus puisque ses membres officiaient également dans Tordje, un quatuor de metal progressif, mais chanté.Toska s’attaque donc à un véritable challenge, celui de réussir à faire passer tous ses messages uniquement (ou presque) par les émotions musicales. Évidemment, à ce petit jeu là, c’est Rabea Massaad (guitar, piano/synthés), Bea qui se taille la part du lion. Il na, en effet, pas son pareil pour balancer des riffs telluriques tout au long de cet album survitaminé et dont la plupart des titres durent de six à neuf minutes.

Si, parfois une certaine lassitude peut s’installer,le combo possède le talent suffisant pour la combattre en jouant sur les changements d’ambiance.
Le titre qui illustre très bien cette versatilité est « Congress » sur lequel les passages musclés alternent avec bonheur avec ceux plus intimistes. « When Genghis Wake » joue également sur une alternance entre puissance et dépression mais son schéma un peu systématique à ce sujet le rend plus mécanique. Si on est fan de sonorités plus psychédéliques et expérimentales, c’est plutôt « Fire By The Silos » ou « The Heard » feront notre bonheur alors que le piano désenchanté d’ « Ataraxy » sera un excellent prélude au ravageur « Prayermonger » sur lequel le batteur Ben Minal se montre très impressionnant.

Fire By The Silo est avare de solos car l’option de Toska est de tout miser sur la variété des riffs. Force est de reconnaître qu’en la matière, c’est une véritable leçon qui nous est donné, par exemple, pendant toute la lente montée en puissance d’ « Abomasum ».
Toska livre ainsi un album bien équilibré entre émotions et déchaînements tels qu’il sont suggérés par son concept du broyage de l’individu assujetti à des forces dont il n’a plus contrôle.

***1/2

10 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Vola: « Applause of a Distant Crowd »

Tool ayant retardé la sortie d’un nouvel album, pourquoi ne pas se pencher sur un de ses épigones, à savoir Vola et son opus Applause of a Distant Crowd ? De groupe « à suivre » il y a 2 ans lors de la sortie de Inmazes ils sont devenus les rois du genre « progressif » ce qui se fait de mieux dans le domaine du rock/métal/alternatif qui joue avec les structures et les sons.
Pour cela, il faut plonger en apnée dans un monde où tout est maîtrisé ; les moindres coups de baguette ou de médiator, les plus petits mots, chaque tonalité, chacun des effets, tous les arrangements, rien n’est dû au hasard, tous les sons s’assemblent pour nous emmener au-delà de simples morceaux de musique.

Très rares sont les albums qui procurent autant cette sensation de bien-être,Applause of a Distant Crowd est de ceux-là. Les silences, les relances, les distorsions, les breaks, les samples, les éclaircies, les choix d’instrumentation, tout s’y emboîte comme dans un rêve, comme s’il n’y avait pas d’autres moyens, d’autres notes possibles à enchaîner,ets qu’on ne ne puisse signaler rien d’autre que ce sentiment de perfection absolue qui anime les dix plages composées par les Danois.

Chaque écoute permet de vivre et savourer ces moments, que ce soit l’introduction de « Ghosts » ou la lumière que porte la voix d’Auger Mygind qui se mêle avec toutes les parties instrumentales. Elle y apparaît douce, limpide, cristalline, toujours harmonieuse même quand sa guitare se déchaîne( « Smartfriend », « Whaler » ») ou quand l’ambiance est marquée par l’électronique (« Alien shivers »), elle agit comme un phare dans la tempête, toujours droite et lumineuse (« Applause of a Distant Crowd »).
On est , ici, au-delà du coup de cœur pour cet opus ; le langage, la traduction en sont essentielles, nécessaires… Ne reste plus alors que l’écouter avec ce qu’il faut sur les oreilles pour en saisir toutes les nuances.

10 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Anguish: « Anguish »

Anguish est ce qu’on peut aisément qualifier de « projet de malade » ;un bout de Dälek, un bout de Faust, un bout de Fire ! Fire !Orchestra, mélangez le tout et vous obtenez un beau petit troupeau de créatifs sans aucune limite. Et si « Vibrations », l’excellent morceau introductif ne donne pas une idée précise du reste de la galette, la suite nous met très vite sur la voie. On pourrait dire que, sans surprise, la musique du collectif se situe entre hip hop alien, free jazz et rock noisy expérimental. Mais avouez que ça reste, rien que sur le papier, sacrément plus original que 90% de la production hip-hop mondiale. Ah oui, je parle de hip-hop parce que, qu’on le veuille ou non, c’est ce que la plupart des gens vont retenir de ce disque, dans lequel, c’est sûr,on entend bien Dälek.

Un disque d’ailleurs né de la fascination de ceux-ci pour Faust, et de l’invitation de ces derniers à se rencontrer puis travailler ensemble, et accoucher d’un premier album sous un autre nom il y a quelques années. Et donc, « Anguish »est un disque fabriqué en moins d’une semaine, composé ensemble, de façon assez old school, en jammant, en improvisant. Soyons clairs ;ce disque n’est pas évident, ne contient aucun tube potentiel, et pourrait même flanquer une belle migraine à certain(e)s, hantant ses titres d’un saxo aux stridences meurtrières, envahissant l’espace de turbulences noisy. Mais un bon disque quand même, d’un genre unique et original, à découvrir pour tous ceux et celles qui aiment la musique qui défriche !

***

12 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Anathema: « Distant Satellites »

On a beaucoup spéculé sur la raison pour laquelle ce groupe de progressive metal venu de Liverpool n’a jamais encore percé dans le « mainstream ». Ils ont pourtant peu à peu su faire évoluer leur son en passant de vecteurs de « sinistrose » à représentants d’un rock atmosphérique massif tout en restant imprégné d’un climat où les thèmes récurrents demeurent la perte et l’amour.

Distant Satellites les voir retourner à une approche plus sombre comme sur « The Lost Song Part 1 »le suggèrent. Le vocaliste Vincent Cavannagh s’exprime d’ailleurs d’un manière émotionnelle plus chargée, dans un registre encore plus impressionnant qu’avant mais restant quand même un peu familière.

Ce sera plutôt quand il croisera sa voix avec celle de Lee Douglas que le groupe parvient à une certaine majesté envoûtante comme sur « The Lost Song, Part 2 » ou « You’re Not Alone ».

Soniquement, le groupe se voudra plus excentrique : la chanson titre se voudra une mini symphonie électronique aventureuse et « Take Shelter » passera d’un genre à l’autre avec une fluidité qu’on aimerait pouvoir retrouver dans les prochains opus du groupe.

Distant Satellites s’avère donc un disque de Anathema de plus jusqu’à un certain point : il semble toujours prêt à pouvoir se développer avec le plus d’expansion dans le circuit du « arena rock » propre à l’essor ; il pointe pourtant à des tentatives qui sont plus du domaine du « progressive » que du « metal ». Anathema en est à un point où il s’exprime avec plus de confiance, Distant Satellites en est peut-être la cause, il ne reste lui plus qu’à en tirer les conséquences.

**1/2

12 juin 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Bo Ningen: « III »

Ce quartet de hard japonais basé a Londres a compris qu’il ne suffisait pas de jouer fort pour être rock mais qu’il fallait également sonner comme si on en voulait.

Sur ce troisième album, Bo Ningen le font comme si leurs vies en dépendaient et que, si ils ne pouvaient le faire, ils en mourraient. La plupart des titres passent à la vitesse de l’éclair, entraînant avec eux des échos de Black Sabbath, de Fugazi et de Black Flags au son de guitares qui semblent hurler vers la lune et de percussions qui sont comme des astéroïdes se fracassant là où ils tombent.

Le groupe sait pourtant évoluer par rapport à ses deux précédents opus, sans perdre pour autant de son intégrité. L’ouverture par exemple, « DaDaDa » garde toute la verdeur dont Bo Ningen est capable mais il sait l’agrémenter d’une épaisse sauce de pollution bruitiste qui n’aurait pas déplu à Gang Of Four.

« Slider » commence de manière presque commerciale, mais son nerf et son énergie se transforment soudain en un rythme en 4/5 à la batterie accordé à des guitares dont le hurlement ne peut être que viscéral. Cette composition est, à cet égard, une merveilleuse démonstration de la façon de frôler le « mainstream » sans y tomber.

« CC » les verra collaborer avec Jenny Beth des Savages pour la seconde fois et son braillement emblématique sera la parfait pendant aux attaques de six cordes qui poignardent le morceau.

La puissance reste la même quand le groupe de ralentir un peu les choses : « Innu » est une chanson qui rode de manière sinistre et « Psychedelic Misemono Goya » reprend un riff des Red Hot Chili Peppers, lui ôte tout funk et le reconstruit en un hymne nous menant à une mort lente.

Le morceau phare sera « Mukaeni Ikenai » où ils abandonnent les grandes attitudes théâtrales et utilisent une electronica « ambient », des vocaux en reverb et des percussions ralenties pour faire œuvre d’une complexité musicale et d’une subtilité que bien des combos de tous genres envieraient.

III n’est pas un disque facile à aimer mais ça n’est pas un album qu’on peut écouter distraitement. Mais une fois rentré dans son univers où la fusion rythmique cherche à en découdre avec l’agression musicale qui parcourt ses plages, il ne saura pas vous lâcher et vous laisser indifférent.

***1/2

13 mai 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

After The Burial: « Wolves Within »

After TheBurial est un groupe de cinq musiciens du Minnesota interprétant ce qu’on pourrait appeler du « progressive metalcore/deathcore ». Ils se sont fait connaître et se singularisent par des riffs épais et des vocaux gutturaux ornés par une production extrêmement léchée qui donne à l’ensemble un aspect plus abouti que ça n’est souvent le cas dans ce type d’ensemble.

Wolves Within est leur quatrième album et il semble, formellement, vouloir recapturer l’essence du disque qui leur sert de référence, Rareform, sorti en 2010. Le travail aux « frets » de guitares est remarquable avec des solos étincelants et des arpèges en trémolos exemplaires comme sur « Of Fearful Men », « Disconnect » ou « Nine Summers ». « Pennyweight » et « Paris » sont, eux, des titres teintés de « groove » avec d’intéressantes parties solo à la guitare ; l’ensemble véhiculant énergie et soin du détail. C’est peut-être le côté « progressive rock » qui manquera le plus, hormis sur le plus lent « Neo Soul » dont le groove sera comparativement calme et rappellera leur album plus posé, In Dreams.

Autres moments de choix, le batterie percutante à souhait et des solos, plus techniques, qui ne sont jamais du remplissage mais qui demeurent suffisamment concis pour relancer la machine (« Virga »).

Le problème sera par conséquent le côté répétitif, en particulier les vocaux qui s’obstinent à revendiquer un phrasé vindicatif et qui représentent une déception par rapport à ce qu’ils étaient sur In Dreams .Le résultat est que, trop souvent, l’album sonne robotique, comme une formule un peu trop usitée. Bien des groupes ayant cette facette « metal prog » déveopper un son plus ouvert ( Between the Buried et Me and Protest the Hero par exemple). En se figeant trop ce qui fut leur titre de gloire, After The Burial risque justement de voir enterré l’intérêt qu’on peut lui porter.

★★★☆☆

19 décembre 2013 Posted by | Quickies | | 2 commentaires