Ida Lune: « Ida Lune »

18 novembre 2020

En 2013, Deanne Krieg (WHIM, Dawn Diver), Rose Blake (Blaek, Dawn Diver) et Anna Wooles ont formé un trio avant-folk venu de Poneke/Wellington nommé Ida Lune, créant ainsi un lien fort sur leur amour commun de l’harmonie. Le trio a sorti son premier album éponyme et celui-ci promet d’être un mélange luxuriant d’harmonies à trois voix, chacune d’entre elles mettant en avant son propre style vocal.

L’album de dix titres est une compilation chaleureuse et complète de belles harmonies, de multiples couches de synthés et de diverses cordes comprenant du banjo, de la mandoline, de la guitare, pour n’en citer que quelques-unes. La basse de Scott Maynard et les percussions d’Ato Baidoo ajoutent à la profondeur des couches. Même l’enregistrement d’Ida Lune est spécial, car il a lieu dans la vieille maison familiale de la chanteuse Anna Wooles.

Le morceau d’ouverture « The Well » a un son folk celtique clair et donne instantanément à l’auditeur un avant-goût de leurs étonnantes mélodies harmoniques clairement superposées.

En parcourant cet album, on se rend compte que les paroles sont un mélange de récits bien écrits et imprégnés d’humour, comme c’est le cas pour « Lazy Liar » et « Jeremy » affichant un remarquable mélange de douceur et de force.

D’autres titres comme « Apart » et « River Song » seront, eux, obsédants et évocateurs et on ne pourra peut nier le puissant mélange des voix du trio. Un entrelacement rythmique clair de tons riches et dorés mariés à des paroles astucieuses.

Un autre aspect qui distingue « Apart », c’est la vidéo musicale engageante qui accompagne le morceau. La beauté époustouflante des Red Rocks de Wellington, capturée au ralenti, convient parfaitement à la chanson. Mélange cohérent de tons et de voix se retrouve une dernière fois sur la dernière piste, un morceau de musique obsédant appelé « No Harm In Hope », cela porte porte à près de dix le nombre de titres que l’on peut qualifier de spectaculaires.

***1/2


Erlend Apneseth: « Fragmentarium »

9 avril 2020

L’excellent label Hubro Records d’Oslo se consacre depuis plus de dix ans à la production du meilleur, du plus libre et du plus effréné des jazz norvégiens, et sa production ne cesse de s’améliorer. Leur champ d’action est vaste, allant du heavy drone (voir le récent album Lumen Drones) au jazz abstrait de Stein Urheim inspiré par Sun Ra et John Coltrane, en passant par l’avant-folk exploratoire et improvisé. Erlend Apneseth est un véritable bijou dans la couronne du label, et son travail se situe largement du côté plus folklorique du jazz, dans la mesure où il utilise principalement des instruments traditionnels – notamment le violon Hardanger. Mais en réalité, il est impossible de le classer. Il a toujours adopté une approche grégaire de la collaboration : l’année dernière, il a travaillé avec l’accordéoniste Frode Haltli dans le cadre de Salika, Molika, son dique précédent, tandis qu’ici, il creuse encore plus profondément dans la riche couture de la scène underground scandinave, en faisant appel aux talents de guitare du Urheim précité, ainsi que de la pianiste Anja Lauvdal, de Fredrik Luhr Dietrichson à la contrebasse, d’Ida Løvli Hidle à l’accordéon et aux percussions et du multi-instrumentiste Hans Hulbækmo.

L’attrait de Fragmentarium réside dans la façon dont ses parties distinctes et complexes sont rassemblées et rendues simples. Gangar s’ouvre sur une série d’anneaux lumineux qui sont bientôt dépassés par un pas presque dansant. Ses influences vont de la musique concrète aux airs de danse sociale traditionnelle, en passant par une section intermédiaire qui embrasse le prog et la fusion. Il y a aussi des moments de réflexion : l’arc lent de Du Fallande Jord est serein et espacé, étoffé par de généreuses louches de contrebasse et un piano minimal, tandis que le violon d’Apneseth préside à tout, exploratoire et assuré.

La piste titre combine l’électronique détachée de Lauvdal avec des échantillons vocaux choisis à la main dans les archives audio du Folkemusikksenteret de Norvège pour créer un effet qui semble défier le temps. « Gruvene » est une proposition plus chargée, pleine d’improvisation hallucinante (et de cordes) qui galvanise en quelque chose de plus ciblé mais non moins imaginatif, tandis que le court « No, Etterpå » est un morceau de violon triste et d’une simplicité trompeuse qui sert de prélude à « Det Mørknar », un point culminant de l’album, sombre, planant et chargé de synthétiseurs, qui doit autant à Bernie Worrell de Funkadelic qu’à toute notion de musique folk.

Malgré les influences disparates de Fragmentarium, il y a un thème qui court tout au long de l’album et qui se manifeste comme une sorte de scintillement, un mouvement rapide entre la lumière et l’obscurité. C’est une façon de dire, sans paroles, que tout est inclus et que tout est important, que l’expiration de l’accordéon ne serait rien sans sa respiration initiale, que les notes de violon n’auraient pas de sens sans l’espace et le silence qui existent entre elles. C’est un album qui doit tout à l’interconnexion des choses, et qui en est bien conscient. Le dernier morceau, « Omkved », en est l’exemple parfait, une composition d’ensemble qui monte et descend presque sans interruption, où la musicalité rapide crée l’illusion de l’intemporalité et de la répétition sans fin. C’est une musique élémentaire et stimulante, mais l’habileté d’Apneseth et de son groupe est telle qu’elle semble merveilleusement simple.

***1/2