Michael Chapman: « True North »

Michael Chapman renaît régulièrement de ses cendres tel un phénix. Ici il bénéficie de la participation de son complice, Steve Gunn aux manettes et aux instruments pour remettre en salle ce vétéran de la scène folk progressive britannique des années 1960-1970. Afin de marquer un beau coup, le tandem gagnant remet donc le couverts sur un nouvel album intitulé True North.

Une fois de plus, Michael Chapman fait parler sa sagesse et regarde, sur ces onze compositions, son parcours avec un détachement emprunt de nostalgie. A l’approche des 80 printemps, le britannique continue son voyage introspectif qui démarre en trombe avec un « It’s Too Late » des plus déchirants en passant par « Vanity & Pride », « Bluesman » sans oublier « Full Bottle, Empty Heart » qui nous envoûtera comme jamais. Avec ses instrumentaux paisibles et sereins teintés d’une douce mélancolie, notre doyen montre su’il connaît son affaire et ne cherche jamais à nous proposer du recyclé.

Entre épopées instrumentales comme « Eleuthra » et passages bluesy pour les moins réussies avec « Truck Song », on peut définitivement atteindre que Michael Chapman a atteint la sagesse absolue. Ce n’est pas pour rien que des morceaux à l’image de « Caddo Lake » et de « Youth Is Wasted On The Young » que le précurseur de ce courant arrive à nous transmettre ses élans de lucidité de façon magique. True North s’ajoute à la discographie taillée comme un précieux diamant accompagné de son acolyte américain qui le guide parfaitement pour le mener l

Hexvessel: « Hexvessel »

Avec ses forêts verdoyantes, ses paysages enneigés, sa mythologie passionnante peuplée de créatures légendaires et de divinités, la Finlande est une terre fascinante. C’est certainement la raison pour laquelle tant de groupes locaux se sont inspirés de cet héritage à travers leur musique. On imagine bien que c’est ce qui a poussé Mathew McNerney, chanteur de metal anglais, a venir s’y installer et fonder Hexvessel.

Étiqueté comme un groupe de folk rock psychédélique et progressif à ses débuts, dix ans plus tard, le sextet voit son style évoluer avec son troisième album, All Tree. C’est au coin du feu, au cœur de la nature finlandaise et empreint de nostalgie que Mathew McNerney a trouvé l’inspiration pour ce nouvel album, l’esprit empli de paysages naturels hypnotiques.

Ce cadre apaisant se fait ressentir au plus profond des treize titres qui composent l’opus. Musicalement, le rock progressif ayant teinté les premières compositions a cédé sa place à un folk parfois atmosphérique et souvent sombre dont les mélodies rappellent le froid hivernal. Nous sommes donc aux antipodes du monde du metal ayant forgé l’identité du compositeur britannique !

Après une très belle intro a cappella, c’est « Son Of The Sky » qui prend place avec son ambiance remémorant des scènes scandinaves médiévales et son violon, symbole de réminiscences celtiques. L’ambiance est souvent grave comme sur le très beau « Changeling » évoquant une marche à travers une forêt enneigée.

On retrouve aussi des atmosphères plus minimalistes et intimistes comme sur «  Old Tree », premier single court et épuré, qui n’en reste pas moins un bijou acoustique, sublimé par un solo de violon lent et douloureux. On côtoie même la grâce sur la ballade « Birthmark », pièce maîtresse de l’album avec son refrain d’une grande sensibilité et d’une beauté rare tout en restant très simple. Mais Hexvessel sait aussi varier les ambiances comme en témoigne le festif « Wilderness Spirit » et son thème emmené par un violon sautillant évoquant danses celtiques et autres réjouissances.

All Tree est un bel album de folk qui s’écoute toujours avec plaisir. Plus qu’un simple disque, il est une invitation au voyage, à ne faire qu’un avec la nature finlandaise généreuse et mystique, une initiation au lâcher prise, une porte vers une évasion spirituelle.

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Wilco: « Schmilco »

Wilco, depuis plus de vingt ans, fait partie de ces groupes qui se sont inscrits dans le paysage alternatif américain de la manière la plus satisfaisante.C’est un combo dont toute la carrière est marquée par le signe du silence, de la restreinte ainsi que de la détente. Ces éléments sont encore plus prégnants sur ce dixième albums studio.

ll ne faut pas pour autant se fier à ce semblant de confort et de routine ; Schmilco est un de ces disques qui pose des défis à qui voudra l’écouter tant il se promène avec aisance entre le alt-rock turbulent de Star Wars et des références on ne peut plus exemplaires au chef d’oeuvre de Harry Nilsson : Nilsson Schmilsson.

Schmilco trouve ici une inspiration « progressive folk » en harmonie avec les récents disques en solo de Jeff Tweedy et son projet parallèle, Loose Fur. La majeure partie de Schmilco se construira donc sur un mode confessionnel acoustique dépouillé traversé d’arrangements soniques perturbants et de textes plombés d’où émanent des sentiments d’aliénation et de mal être

C‘est une équipée dont nous n’émergerons pas indemnes et qui perdurera encore bien longtemps aprèss qu’elle se soit évanouie dans l’éther ; une expérience d’autant plus troublante tant elle mêle ouceur, inconfort et, au final, peur.

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Black Prairie: « A Tear in the Eye Is a Wound in the Heart »

Que Black Prairie ait été fondé par trois membres des Decemberists ne peut qu’attirer l’attention ; qu’ils aient souhait développer un groupe parallèle plus axé sur les musiques « roots » et « world » montre qu’ils ne sont pas un avatar de leur groupe d’origine.

Leur premier album était un disque instrumental mêlant refrains des Appalaches et influences tziganes, celui-ci s’enrichit de vocaux féminins (Annalisa Tornfelt) dont les nuances apportent une touche plus profonde et émotionnelle. Sa voix est calme, dénuée de toute hâte, prodiguant presque du réconfort sur des titres comme « Rock of Ages » ou « Nowhere Massachusetts » avec, comme sur l’album précédent, une instrumentation traditionnelle (dobro) et puisant dans le folklore de l’Europe de l’Est (violon) et des tempos qui conjuguent quadrille (« Dirty River Stomp ») et humeurs bohémiennes paresseuses mais envoûtantes (« .Winter Wind ») ou valses (« Taraf »).

Au fond, la très belle couverture de A Tear In The Eyes Is A Wound In The Heart évoque on ne peut mieux la tonalité cinématographique plus que baroque de l’album. Il est plongé dans l’Americana « For The Love of John Hartford », « Lay Me Down in Tennessee » qui mentionne Elvis Presley) mais, en même temps, il est parsemé d’instrumentaux qui développent une perception impressionniste et étrangère de l’ensemble.

Si on ne peut, en outre, louer les arrangements et leur mise en place, il faut noter la virtuosité avec laquelle ceux-ci semblent dériver vers des directions inimaginables et incongrues. Bref, sous une apparence on ne peut plus traditionaliste, Black Praire ravive un folk qui se veut à la fois comme sorti du coin de ferme du Mid-West tout en visant les contrées plus lointaines de la partie orientale de notre Vieux Continent.

★★★☆☆