Fashion Club: « Scrutiny »

À l’écoute de Scrutiny, il est difficile de croire que Pascal Stevenson, de Fashion Club, ne s’est jamais considérée comme une leader avant d’écrire les chansons qui ont donné naissance à son premier album. Elle a passé des années dans l’ombre de la scène indé de Los Angeles avant de devenir sobre, une décision qui l’a amenée à jeter un long regard sur sa vie et le monde qui l’entoure et à partager ses sentiments. Fidèle au titre de l’album, elle dénonce l’hypocrisie partout où elle la voit avec la confiance et l’éloquence d’une artiste chevronnée ; comme elle le grogne sur « Scrutiny » sur des basses caverneuses et des synthés et guitares lugubres, elle « fait tomber les masques » (brings the spectacle down). Sur ladite composition et sur l’entraînante « Reaction », on retrouve l’énergie post-punk de confrontation de son autre projet Moaning, mais Fashion Club a sa propre identité. La voix profonde et brute de Stevenson contribue à différencier Scrutiny de toutes les autres musiques sur lesquelles elle a travaillé auparavant, en particulier sur des morceaux comme « Phantom English », où la combinaison de sa voix directe et de la production inspirée de Jam & Lewis définit la tension de Fashion Club entre le faux fier et le trop réel. Elle saisit les nuances de ce conflit de manière évocatrice, en chantant « You’ll never see it/But the chapel walls are filthier than your bedroom » (Tu ne le verras jamais/Mais les murs de la chapelle sont plus sales que ta chambre) sur la méditation de « Chapel » sur la croissance et le doute ; sur « Dependency », elle exprime un traumatisme persistant de manière poignante : « Weaponize your brain/What good is a weapon if it drives you insane ? » (Armez votre cerveau / A quoi sert une arme si elle vous rend fou ? ). L’empathie dans l’écriture de Stevenson rend Scrutiny d’autant plus accessible et indélébile, surtout lorsqu’elle révèle le désespoir derrière la tromperie.

Sur « Pantomime », elle s’en prend à juste titre à l’altruisme de façade, mais si les paroles sont tranchantes, la mélodie fluide ajoute complexité et sympathie. Sur le morceau phare « Feign for Love », Stevenson construit une maison de miroirs avec des guitares chatoyantes et des paroles pleines de déni. Aussi sombre que puisse être l’ambiance, Fashion Club n’oublie pas de tendre vers la lumière, et les lueurs d’espoir et de rédemption de « Failure » et « All in Time » élèvent le disque au-delà de la simple mélancolie. Scrutiny offre un éclat apparemment hors du commun qui demande beaucoup de temps et d’énergie pour être créé, et lorsque Stevenson fait venir le spectacle à nous, elle réalise un premier album époustouflant.

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