Daniel Wyche: « Earthwork »

Le guitariste et compositeur de Chicago Daniel Wyche transforme le chagrin lié à la perte d’un être cher en un pendule qui se balance vers l’extérieur. Earthwork, écrit et enregistré au cours d’une véritable vie, parle des enchevêtrements compliqués qui existent en nous, de l’idée que l’impermanence de la vie et de la respiration est compensée par la permanence de la mémoire. Wyche utilise ces toiles sonores comme un moyen de passer au crible les innombrables vrilles qui doivent être séparées avant qu’il soit possible d’aller de l’avant.

Earthwork s’ouvre sur le long opus « This Was Home », avec un ensemble impeccable composé de Lia Kohl, Andrew Clinkman, Michael Nicosia et Ryan Packard. Même en tant que quintette, la piste de Wyche laisse beaucoup d’espace vide. La résonance du vibraphone de Packard est un filet d’argent tout au long de « This Was Home », fantomatique et fluorescent par moments, semblable à un cocon à d’autres. C’est un doux chatoiement qui plane sur l’ensemble du morceau. Les guitares crépitent de vie, les bobines se libèrent de leur forme. Des drones distordus, à la texture rugueuse, s’étirent sur la surface brûlée, soutenus par le legato émotif du violoncelle de Kohl qui vacille en dessous. Des humeurs changeantes imprègnent « This Way Home », marquant les différentes étapes pour embrasser la mélancolie et avancer dans la lueur latente du souvenir.

On est frappé par la façon dont tous ces fils disparates d’Earthwork semblent partir dans leurs propres directions avant de toujours revenir les uns vers les autres. Sur la chanson titre, les voyages sont importants, mais les connexions avec ceux qui nous entourent et les connexions avec certains lieux spécifiques le sont encore plus. Wyche transforme des éléments percussifs épars en un treillis d’enregistrements de terrain et de sons trouvés qui mettent en valeur les arrangements de guitare contemplatifs et sombres et les imprègnent de sentiments de réconfort et de repos. L’aube se lève, projetant de longues ombres sur les décombres que la perte laisse derrière elle, mais dans ces contours, l’image d’une vie bien vécue émerge. Chaque note va un peu plus loin avant que Wyche n’abatte le marteau, réalisant durement que c’est tout ce qui reste, mais trouvant quand même un sentiment de soulagement et de compréhension dans la lumière vive. Il y a tellement de pièces, mais elles sont toutes importantes à leur manière.

Daniel Wyche met en lumière toute une vie sur Earthwork, laissant la route se dérouler à son propre rythme, sans jamais forcer le trait ni s’aventurer trop loin dans les bois. Il s’agit d’une déclaration majeure qui nécessite des écoutes répétées pour l’ouvrir, et même alors la profondeur de Earthwork est toujours sous une montagne auditive. Le riff répétitif du dernier morceau « The Elephant-Whale II », écrit lorsque Wyche était encore au lycée, se dirige librement vers une nouvelle porte, ce qui témoigne du temps investi dans cet album. Traversant le seuil avec des sons électroniques stridents et imprégné par le blitz cathartique et fantaisiste de Jeff Kimmel à la clarinette basse, Wyche peut se reposer dans le calme de l’autre côté. Earthwork est un opus pérenne.

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