Lawrence English: « Lassitude »

Depuis ses prédécesseurs archétypaux, la musique cataloguée comme « drone » est par définition une question de vibrations et de fascination pour le minimalisme extrême. Tonalités soutenues, stase harmonique et variations lentes presque imperceptibles composent la grammaire des pièces qui exigent une plongée immersive et absolue dans le son lui-même. Pour comprendre de quoi nous parlons, des artistes comme le compositeur américain Phill Niblock ou la pionnière française des synthétiseurs modulaires Éliane Radigue constituent un formidable point de départ : leurs œuvres d’avant-garde de la seconde moitié du XXe siècle ont tracé un chemin et restent encore un point de départ pour au moins deux nouvelles générations d’artistes.

Parmi les nouveaux venus des temps modernes, Lawrence English est sans aucun doute l’un des artistes les plus talentueux et les plus prolifiques depuis près de deux décennies maintenant. Trois ans après son dernier LP (Cruel Optimist, un drone immersif riche en saturation et en expressivité) et les collaborations bien accueillies de 2018 avec William Basinski (Selva Oscura) et Alessandro Cortini (Immediate Horizon), il déplace avec son nouveau travail Lassitude sa recherche vers la simplicité et l’essentialité, rendant hommage aux deux encodeurs du genre.

L’élément clé de la production de ce nouveau disque est un vieil orgue à tuyaux, conservé dans l’ancien musée du Queensland de sa ville natale, Brisbane, Australie, actuellement un espace d’exposition et de performance. Même si ce n’est pas la première fois que l’Anglais utilise un orgue dans ses pièces, c’est la première fois qu’il met un accent aussi absolu sur cet instrument : il n’y a pas de montage ou de production électronique, ni d’enregistrements sur le terrain ou d’autres instruments, juste le son sans fioritures de l’air à travers les tuyaux. Les interventions de l’anglais sont minimales. Il ne tient qu’une seule note et déplace doucement les jeux d’orgue pour créer de lents changements de tonalité. Le résultat est accablant et primordial.

Même s’il peut ressembler à un voyage sans faille, Lassitude est formellement divisé en deux compositions, chacune d’une vingtaine de minutes. La première, « Saccade », rend hommage à Radigue, que l’Anglais connaît et admire personnellement, et à ses visions minimalistes de bourdon. L’orgue est un substitut étonnant aux synthés modulaires, et le morceau se déroule lentement et paisiblement. La suivante, « Lassitude »,est plus spectrale et statique, extrêmement axée sur les timbres et les vibrations physiques, tout comme la musique de Niblock, qui a inspiré le morceau. Enfin, arrivant à une essentialité extrême dans la production et la composition, cet album offre une chance de surprise et émerveille l’auditeur par les nuances infinies qu’un son peut véhiculer.

***1/2

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