Everything Everything: « Get To Heaven »

Man Alive jonglait merveilleusement avec les complexités du art-pop et une profession de foi fermement plantée au sol : Everything Everything étaient quelque chose de nouveau et, quand Arc a suivi quelques années plus tard, avec ses textes au coeur lourd et ses ballades fleurissant lentement, on s’était dit que les barricades érigées par le groupe s’étaient amenuisées, comme si nos Mancuniens souhaitaient baisser la garde.

Get To Heaven sonne, lui, comme un disque qui emprunte à ses deux prédécesseurs mais qui a décidé de déboulonner totalement les critères sur lesquels ils s’étaient établis.

On s’attendra sans surprise aucune à des odes hypnotiques et laborieuses sur la montée du nationalisme de droite extrême, des fantaisies oniriques sur la politique en Ukraine et des éloges dithyrambiques d’Ibiza ou on recevra sans étonnement aucun des compositions sur la culpabilité d’être hyper conscient ; bref une plongée dans l’univers d’un groupe qui ne se satisfait pas de n’écrire que des chansons d’amour et se montre désireux de libérer les éléments les plus invraisemblables qui soient.

« Distant Past » est indubitablement le morceau le plus intense et festif que le groupe a jamais écrit avec ses éclats de house music, ses grooves, poussées frénétiques allant dans tous les sens et son délige de riffs accrocheurs. C’est le genre de titre qui vous prend en traître, vous assaille de tous côtés et ne vous laisse aucun moment de répit. « Regret » sera tout aussi infectieux vous intimant de reprendre les chorus sans que vous puissiez y résister ; de toute évidence Everything Everything a peaufiné son approche pop en allant bien au-delà des efforts précédents quand le projet est de confectionner un vrai son pour cet album.

« Spring/Sun/Winter Dread » sera ainsi sans doute la chose la plus addictive que le combo nous délivrera en matière de berceuse tropicale et de ressemblance lointaines mais subtiles à Taylor Swift. Le demi-rap pour accompagner le break vous laissera ainsi bouche bée mais ce ne sera qu’une plage parmi les autres, car chacune à ses moments pop sans que aucune ne semble, et c’est heureux, vouloir viser le sommet des charts.

Il faut donc aller sous la surface brillante de cet album pop pour y trouver pléthore de vertiges soniques sous la formes de refrains à reprendre en choeur, de beats cassants dont le but est de vous faire vous tortiller mais, il suffit d’ouvrir la Boîte de Pandore et on recevra un cortège d’horreurs, de traumas et d’ambiguïtés qui seront un assaut à votre compréhension et un sabotage de votre esprit.

Au fond le combo ne fait que disséquer toutes les déshérences que ce siècle nous propose et le faire exploser à notre visage tel un Cheval de Troie puisque c’est ainsi qu’ils ont défini Get To Heaven.

On comprendra donc pourquoi rien ne peut nous surprendre au niveau du fond et de la forme ; qu’il n’est nulle matière à s’offusquer d’une phrase de type « It’s alright to feel like a fat child in a pushchair old enough to run » renvoyant à leurs chères études le politiquement correct qui irrigue sournoisement nos cervelets.

Le pire, ou le meilleur, de cet album est qu’il est « fun » à écouter malgré la répétition des thèmes qui aurait pu ternir le lustre des refrains. On be peut que se mêler sans retenue à ce monde fait de démons extravagants, cet univers où tout est sens dessus-dessous attirant de façon contagieuse.

On a beaucoup déploré l’apathie politique de la op britannique, voilà enfin un album qui nous fait danser et tendre l’oreille (plutôt que l’autre joue) et, même si Everything Everything ne prétendent pas être à l’avant garde de la rébellion, le dialogue qu’ils nous incite à établir permettra on l’espère de secouer le cocotier de la pop anémiée au point de sonner émasculée.

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