Alex Bleeker: « Heaven On The Faultline »

Quand on est le bassiste de Real Estate, l’un des groupes d’indie-rock les plus sympathiques de ces derniers temps, que fait-on en tant qu’artiste solo ? Vous faites quelque chose de tout aussi agréable, à en juger par le premier album solo d’Alex Bleeker en six ans. Ce n’est pas rendre service à Heaven on a Faultline, car il s’agit d’une collection de sons artisanaux qui témoignent de l’intention de Bleeker de se souvenir de la musique qui l’a fait tomber amoureux de cette forme de musique. On a donc droit à un indie-rock sautillant qui rappelle Yo La Tengo, un autre groupe du New Jersey, et à un country folk qui rend hommage à Neil Young.

Et le terme « homespun » n’est pas utilisé comme un simple descripteur ici : Bleeker a initialement réalisé l’album dans sa chambre, le terminant en janvier 2020 avant que le monde ne s’embrase. Après avoir vu le cinquième album de Real Estate sortir en février dernier et avoir été avalé par la pandémie de COVID-19, il a passé le reste de l’année à essayer de communiquer avec ses fans par tous les moyens possibles, et son effort solo a enfin vu la lumière du jour.

Étant donné qu’il s’agissait essentiellement d’un disque destiné à permettre à Bleeker lui-même d’explorer ses racines musicales, le fait que les chansons se connectent à un autre auditeur témoigne de leur qualité. Il s’agit d’une promenade douce et chaleureuse à travers son histoire musicale, pleine de basse qui groove et de guitare qui tord. Des morceaux agréables sur le plan sonore, comme l’instrumental jangly « AB Ripoff » et les méandres de « Swang », abondent. Les mélodies, simples mais mémorables, viennent à Bleeker avec une apparente facilité, comme sur le vintage « Mashed Potatoes » ou le swinguant « La La La La » seule exception en sera le morceau psychédélique sale et groovy « Heavy Tupper ».

Heaven on a Faultline est un album de transitions. Sur le plan lyrique, Bleeker traite des angoisses d’un monde en mutation : « D Plus » a beau contenir des guitares carillonnantes, elle a été écrite le jour de l’investiture de Donald Trump à la présidence ; le jovial « Felty Feel » le voit réfléchir au changement climatique et à son sentiment d’impuissance face à celui-ci, marquant la juxtaposition de mots sombres et de rythmes enjoués d’une certaine passivité : » »N’en parlons pas/ A quoi bon sérieusement/ Je ne veux pas être déprimant/ Mais je ne peux rien faire » (Let’s just not talk about it/ Seriously what’s the use/ Don’t mean to be a downer/ But there’s nothing I can do).

Bleeker utilise également l’album comme un moyen de traiter ses racines géographiques. Le double succès de « Tamalpai » » (lui-même un sommet en Californie) et « Twang » sont ses réflexions sur le fait de quitter la côte Est pour la Californie ; « Je n’arrive pas à trouver le rythme » (I can’t find the rhythm), soupire-t-il sur ce dernier. Il termine l’album avec « Lonesome Call », un cri comme issu du dust bowl, un doux morceau de folk acoustique. Bleeker semble être un homme coincé entre des lieux et des sentiments : »Vous aviez un style du 20ème siècle, mais nous sommes au 21ème siècle maintenant », dit-il à un personnage dans « Mashed Potatoes » (You had a 20th century style but it’s the 21st century now), mais cela pourrait facilement être une remarque lancée à sa propre manière. Pourtant, il ne devrait pas en être autrement : alors que la musique évolue de plus en plus vers un chaos post-générique, un doux rappel des qualités des meilleurs styles musicaux du siècle dernier est le bienvenu. Bleeker ne fera peut-être jamais un disque qui soit accablant, mais ce que cette petite collection d’extraits de guitare fait, c’est vous donner envie de vous retirer dans votre propre chambre et d’enregistrer immédiatement avec cet instrument.

***1/2

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :