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Better Oblivion Community Center: « Better Oblivion Community Center »

Deux choses peuvent se produire lorsqu’on combine les forces de deux artistes de renom : leurs qualités peuvent se dédoubler, sans qu’il n’en résulte de plus-value; ou la chimie opère pour un résultat supérieur à la somme de leurs talents respectifs. Le projet indie folk de Conor Oberst et de Phoebe Bridgers, qui répond au nom de Better Oblivion Community Center, entre sans contredit dans la deuxième catégorie.

Une telle collaboration ne sort pas de nulle part. En fait, Conor Oberst (Bright Eyes, Desparecidos) est un de ceux qui avaient chanté les louanges de Phoebe Bridgers avant même la sortie du premier album de la chanteuse, Stranger in the Alps, en 2017 et il figurait d’ailleurs dans le premier disque de Bridgers, sur la chanson « Would You Rather ».

Mais leur connexion s’avère encore plus profonde. Depuis les débuts de son groupe Bright Eyes au milieu des années 90, Conor Oberst s’est imposé comme une des voix les plus importantes du renouveau folk-rock aux États-Unis. Son album Ruminations, paru en 2016 en formule solo, témoignait d’un dépouillement presque jamais vu dans sa carrière, minimalisme duquel émergeait une solitude qui magnifiait sa musique.

À 24 ans, Phoebe Bridgers apparaît comme une recrue dans le milieu indie folk par rapport à Oberst, mais son parcours sans faute jusqu’ici (elle fait également partie du super-groupe boygenius) nous oblige déjà à la considérer comme l’une des meilleures songwriters de sa génération. Elle partage avec Oberst un don pour exprimer la mélancolie et la vulnérabilité.

Le disque est basé sur un concept un peu flou autour d’un centre de bien-être fictif (d’où le titre Better Oblivion Community Center). Le duo a poussé l’idée aussi loin que possible en allant dans la production de fausses brochures faisant la promotion de l’établissement ou en plus de créer une fausse ligne téléphonique.

Une telle mise en scèneun peu superflue mais elle est compensée par la force d’un’album où tout s’appuie et réside dans la qualité de l’écriture. La première chanson « Didn’t Know What I Was In For » évoque d’ailleurs vaguement le concept, avec le récit d’une fille embauchée pour l’été au centre, et qui se donne l’illusion de répandre le bien autour d’elle.

La magnifique « Dylan Thomas » évoque, quant à elle, l’imaginaire familier de Bridgers, où les fantômes rôdent, tandis que « Forest Lawn » montre sa fascination pour la mort.

Musicalement, les chansons voguent entre le folk intimiste que les fans de Bridgers adorent (la nostalgique « Chesapeake) » et le folk un peu plus rugueux typique d’Oberst (la rythmée « Sleepwalkin’ »; le country rock de « My City) ».

Mais c’est dans la beauté des harmonies vocales que Better Oblivion Community Center frappe dans le mille. Le mix ne se contente pas d’additionner les voix, il es marie selon leurs forces et leurs faiblesses. Parfois, c’est celle de Bridgers qui est mise en avant, celle d’Oberst fournissant un contrepoint discret. Et d’autres fois, c’est l’inverse.

Les meilleurs moments de l’album sont sans doute ceux où ni la plume d’Oberst ni celle de Bridgers ne sont immédiatement reconnaissables. La lourde « Big Black Heart « (remplie de distorsion) et, à l’autre bout du spectre sonore, la ballade « Dominos » (portée par un puissant crescendo à la fin) apportent un autre éclairage à leur œuvre respective et démontrent la pertinence de ce très bel opus qu’est Better Oblivion Community Center.

****1/2

30 janvier 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur |

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