Ezra Furnam: « Transangelic Exodus, »

Deux ans après l’hommage à la fois passéiste rétro et alternatif que constituait le tapageur Perpetual Motion People, Ezra Furnam s’est mis en tête de nous proposer un opus plus « original », avec Transangelic Exodus, on peut considérer que la mission est largement accomplie.
Stylistiquement on reste toujours dans une imagerie outrée, à mi-chemin entre Bowie (pour le glam-rock) et Prince (pour les déhanchements où le poulpe règne en maître) mais ses accroches saignantes et ses vocaux apprêtés sont accompagnés d’une coloration plus primaire où s’articulent feu, passion et esprit que l’on pourrait qualifier de « road and roll ».
En effet, on trouve ici certaines balises toutes droit sorties d’un « classic rock » façon Bruce Springsteen comme en témoigne le titre d’ouverture «  Suck The Blood From My Wound) ». La filière rock américain est encore plus exemplifiée chez ce natif de Chicago avec des morceaux comme « No Place », un joli fuzz-rock à la Jonathan Richman ou des tonalités héritées du Velvet Underground (« Peel My Orange Every Morning »).
Les textes sont à l’avenant, irrévérencieux et caustiques et ils frappent juste là où ça doit faire mal. Le tout est servi par des arrangements discordants et des inflexions vocales précieuses et ces décadentes qui n’auraient pas usurpé leur place dans des albums de « glam rock ».

L’affectation qu’on aurait pu craindre avec une telle démarche est contrebalancée par des flambées où colère et politique font bon ménage, arrangements dramatiques sous-tendus par des phrasés où la vois semble s’effilocher et tomber en haillons avant de ré-émerger sur des fils de fer barbelés.
Les passages les plus notables feront alors bon usage de la versatilité du combo: la lamentation country and western de « Driving Down to L.A », la liturgie israélite sur « Psalm 151 » ou la comédie musicale paillarde de « I Lost My Innocence ».
Le tout rendra l’imagination de Durham très organique et tout sauf affecté; ce seront d’ailleurs sur des refrains, très roots et blues façon Tom Waits (« Comes Here Get Away From Me ») ou avec un doo-wop ponctué par un violoncelle d’anthologie (« Love You So Bad ») que
Transangelic Exodus gardera intacte une pertinence où « murder tales » gothiques et phraséologie ampoulée font bon ménage ou, si l’on préfère, manège dont on ne sort que fascinés par les vertiges de ce tohu-bohu.

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