Dan Auerbach: « Waiting on a Song »

Le travail en tant que producteur de Dan Auerbach (de Dr John à Lana Del Rey) est révélateur de où se situent les intérêts musicaux du leader des Black Keys. Ce deuxième album solo peaufine un peu plus le spectre qui l’anime.

La chanson titre avec sa ligne de guitare acide et ses textes l’encan de la chose country suggère que sa ville natale de Nashville exerce toujours son influence sur ce spécialiste du blues, mais, si on creuse un peu plus profond , on ne pourra pas passer à côté d’nfluences connotées majoritairement dans les « seventies ».

« Waiting On A Song » apporte un caractère retro-yacht-rock et le « Malibu Man » ne sera pas loin de Hall & Oates par son mélage de funk léger, de cuivres et de cordes.

Le job qu’effectue l’artiste est précis et mesuré ; « Shine On Me » aurait pu sortir d’une chute de studio de George Harrison et « Livin’ In Sin », lui, éoquera les Beach Boys dans ce qu’ils avaient de plus kitsch et ringard.

À l’inverse, on décèlera des touches d’inventivité astucieuses mais hélas trop rares (l’inhabituelle concoction cuivres à la Burt Bacharach mariée à un dobro exécuté en slide sur « Wildest Dreams »).

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!!!: « Shake The Sudder »

!!! est un étrange ensemble punk-funk dont la marque de fabrique est assez peu orthodoxe marquée qu’elle est par la notion que la « dance » et la musique indie-pop peuvent faire bon ménage.

Shake The Shudder est leur septième album et il montre le le combo a eu amplement le temps d’entériner cette démarche festive. Les lignes de basses sont comminatoires (« Dancing Is The Best Revenge »), les « grooves » souples et leurs instincts pop qppuyés comme il se doit (« The One 2 »).

Ces ressources s’étiolent pourtant dans le deuxième partie de l’album, moment où l’innovation ne semble être que la répétition d’une seule et unique « party » qui se répèterait indéfiniment. Les scratchs de guitares, les samples s’enchaînent à vau l’eau et cette tentative de crossover perd rapidement de son intérêt.

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Cende: « #1 Hit Single »

Cende jouent de la power pop sans prétention et leur « debut album », #1 Hit Single, offre une énergie précieuse véhiculée à merveille par les vocaux gaillards de Cameron Wisch, ses mélodies sucrées et sa candeur lyrique.

Les textes de ce dernier offrent pourtant une vision beaucoup moins émotionnelle que ce à quoi on aurait pu s’attendre ; une incursion dans le domaine « emo » avec ce « I’m the only one that I could let down » qui illustre la titre d’ouverture « Bad » ou une faconde au lyrisme appuyé aqui se manifeste par des vocaux en staccato et du multi-tracking.

On pourrait parler d’approche athlétique tant la place des arrangements et les multiples couches soniques vont bien au-delà de l’envergure qui serait celle d’un simple groupe pop

Le « single » « What I Want » est particulièrement notable à cet égard par ses orchestrations à cordes et un vocaliste invité offrant un contrepoint mystérieux en matière de perspective.

Ce sera ce procédé stylistique qui jalonnera brillamment l’album ; il restera pourtant réducteur si il se fait trop systématique comme sur « Vodi » ou « While I’m Alive ».

Il y a donc ici de quoi satisfaire n’importe quel auditeur mais, tout comme ce qui est immédiat et addictif, le risque est grand que le diqtance ne puisse être tenue sur la durée.

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The Charlatans: « Different Days »

Il y a environ deux ans, Modern Nature avait semblé revivifier la carrière des Charlatans. Le combo est désormais composé de quatre membres et en a profité pour réouvrir ses portes avec un nouvel opus, Different Days, qui se vante de la participation de nombreux invités prestigieux.

Johnny Marr, Kurt Wagner de Lambchop, l’ancien batteur de Verve, Pete Salisbury, Stepehn Morris (New Order) font sentir ici leur présences mais le tout, Charlatans inclus, sonne anesthésié dans ses méandres et dilué.

On notera, à cet égard, les contre-exemples que sont « Solutions » et « There Will Be Chances » et, a contrario, le léger et plaisant funk qui se manifeste sur « Over Again » et « Same House ».

Le reste est insignifiant et, à l’inverse de Modern Nature, superfétatoire, délayé et creux.

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Ben Ottewell: « A Man Apart »

L’ancien chanteur de Gomez sort, avec A Man Apart, son troisième album solo et, plutôt que de dévier des tonalités folk et Americana de ses opus précédents, le vocaliste à la voix rocailleuse a déniché ici quelques autres pépites musicales.

L’atmosphère y est, en effet, plus pop, et enlevée avec un titre d’ouverture, « Own It », se caractérisant par son immédiateté. « Watcher », lui, nous emmènera dans des travées déjà parcourues par Bruce Springsteen.

Ce sera la chanson titre qui nous rappellera le mieux Ben Ottewell avec ses arrangements dépouillés et une rythmique sèche et allant dans tous les sens.

« Back To The World » et « Bones » rendront encore plus emblématique ces évolutions et permettront à A Man Apart d’être véritablement un disque à part des précédents tout en y distillant un nouvel éclat.

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Sam Amidon: « The Following Mountain »

Il y a un fil conducteur dans la carrière de Sam Amidon : sa passion pour la musique traditionnelle des Appalaches. C’est celle-ci qui sert de trame à ses interprétations et ses réinventions de chansons vieilles comme Hérode enrichies par des arrangements dont la vivacité empêchait qu’elles ne se soient étouffées par la poussière.

The Following Mountain est le premier album qui voit Amidon rompre avec son orthodoxie stylistique car il est uniquement constitué de compositions originales. Fort heureusement sa faconde demeure toujours intacte et son imagerie désuète ne déroutera aucun de ceux qui le suivent.

Dans la continuation de ses collaborations luxurieusement orchestrées pour la Bedroom Community avec Nico Muhly et Valgeir Sigurðsson, le musicien a judicieusement remplacé son langage vernaculaire néo-classique par une structure beaucoup plus jazzy et expérimentale.

Le disque s’honore de la participation du saxophoniste Sam Gendel, du batteur de free-jazz Milford Graves et du percussionniste de Jimi Hendrix Juma Sultan. On trouvera alors des échos de ses collaborations avec Kenny Wheeler et Bill Frisell permettant ainsi de franchir avec élégance les frontières qu’il a choisi de surplomber. On appréciera cette nouvelle appétence pour des rythmiques inhabituelles (la partie de guitare sur « Fortune », un « Gendel in 5 » interprété en 5/4 ou les cadences de « Another Story Told » passant du 3/4 puis au 13/4 et des mesures à 6 et 7 temps).

Ces éléments, plus qu’aliéner l’auditeur, le font adhérer à une démarche qui vise àfair abstraction des verrous stylistiques, méthode exemplifiée par un morceau comme « April » où Milford Greaves se lance dans une longue odyssée free épaulée par une section rythmique indomptée ainsi qu’un violon et une guitare acoustique fermement plantés dans le sol.Bien sûr on pourrait être tenté d’y voir prétention et ésotérisme ; il n’en demeure pas moins que, jouant sur les forces que sont sa musicalité, sa voix rustique et son goût pour l’innovation, The Following Mountain nous éblouit par son brio de la première à la dernière seconde.

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Burning Hearts: « Battlefields »

Sur leurs premiers albums ce duo finlandais composé de Jessika Rapo et Henry Ojala mêlait habilement pop indie et synthe. La trame était faite de mélancolie sombre saupoudrée de douceur comme pour atténuer l’abattement.

Battlefieds est plus affiné et si, on retrouve toujours cet alliage entre synthés glaçants et vocaux qui cajolent, il se manifeste de façon plus proportionnée.

La structure des compositions tout comme les textes visent à aller plus profond dans l’émotion mais avec ces détails qui apportent une lueur toute vacillante et clairsemée qu’elle soit.

« Folie à Deux » adopte ainsi un tempo rapide et le reggae de « Ticket » procurent ainsi un éclairage sur le panorama évoqué alors que « Bodies as Battlefields » associent flambées organiques à grand renfort de riffs de guitares et de rythmiques « house » .

Battlefieds est, au fond, un album dont le sous-texte est frénésie verrouillée d’une part et morosité endiguée, d’autre part. Il ne restera plus à Burning Hearts qu’à apporter, par exemple, onirisme et folk pour que harmonies et poésie se conjuguent plutôt qu’elles ne s’affrontent comme c’est encore le cas ici.

**1/2

Color You: « The Grand Trine »

Color You est un quatuor californien se psych rock et ce nouvel album arbore fièrement l’étiquette musicale à laquelle il se réfère. Bien que la référence soit ostensible, il n’est pas question ici de nous entraîner dans des longues odyssées où l’influence des stupéfiants serait un passage obligé.

En effet, malgré la couverture du disque qui illustrerait sans qu’on y trouve à redire, un van hippie, la musique est plus dégraissée et aigue et se penche sur un versant plus rock façon Nirvana ou The Pixies.

Le combo n’a pas peur d’explorer les extrêmes du genre en les opposant sciemment et si des morceaux comme « Empty » et « Lady In Blue » sont ampoulés comme des hymnes font montre d’effervescence et de vivacité.

Les harmonies vocales sont ainsi éthérées et débridées mais sonnent tout autant comme une incursion dans le surf rock (« Shine Through », « In Tune ») où les Red Hot Chili Peppers auraient apposé leur paraphe.

On trouvera de la « reverb » dans « Same Old Story » où le combo montre sa capacité à maîtriser cette manière concentrée et dépouillée d’évoluer dans le rock indie. Si The Grand Trine ne se montre pas pétri de cohésion, il est le portrait sensible et affuté d’un groupe en train de forger sa propre voie.

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Cold War Kids: « L.A. Divine »

Depuis Loyalty to Loyalty en 2008, il demeure toujours difficile de reconnaître et comprendre la trajectoire d’un groupe qui va passer radicalement du minimalisme « emo »déconnecté et perdu de leurs deux premiers albums à un blues-rock façon Kings of Leon comme sur Mine Is Yours.

L.A. Divine va, lui aussi, être témoin d’un changement de cap, plus subtil, en optant pour une pop plus ampoulée encore où les émotions sont véhiculées de façon crue et lyrique rappelant Mine is Yours et Dear Miss Lonelyhearts.

De cet illogisme on a peine à capter quelque chose qui sonne naturel si ce n’est le phrasé vocal de Nathan Willett.

Celui-ci est néanmoins tout aussi incohérent dans la mesure où il alterne langueur, expérimentation ou autre jeu de rôles en jonglant avec un falsetto au systématisme frelaté.

Il y a dans ce nouvel opus une rigidité qui obère toute chance de renvoyer à un accomplissement créatif : tout devient très vite prévisible (« Invincible », « Luck Down ») et où le gospel dans lequel le groupe a décidé de se lancer sur « Open Up to the Heavens » s’avère artificiel et forcé.

Le « closer », « Free To Breathe » permettra à CWK d’échapper à un naufrage dont le titre « Can We Hang On ? » sera l’aveu de sa stérilité.

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Aldous Harding: « Party »

Il y a quelque chose de délicieusement tordu de voir Aldous Harding nommer son deuxième album Party quand on sait que le chanteuse néo-zélandaise oeuvre dans un segment qui privilégie l’intensité émotionnelle du « gothic folk ». Ce nouvel opus va encore plus loin dans cet univers ; il est, en effet, une affaire étrange, sombre et presque primitive qui voit le producteur John Parrish utiliser tous les moyens propices pour que se fassent jour les nécessités soniques les plus dépouillées possible et pour que le voix hantée de Harding nous habite jusqu’à ce qu’on puisse y trouver trace de PJ Harvey.

Les titres les plus calmes sont ainsi garnis de fibres où affleurent des échos de ce que Parrish nous avait offert sur le Let England Shake de cette dernière et va jusqu’à emprunter son saxophoniste.

En outre, si on considère le registre vocal de Harding, en particulier les fréquences les plus basses, les comparaisons avec Harvey sont inévitables. S’ajoute à cela un spectre plus varié qui rappellera Joanna Newsom, Linda Perhacs et même Joan Armatrading ; par exemple sur le jazzy « I’m So Sorry ». Souvent, d’ailleurs, toutes ces voix différentes semble se mettre à l’unisson (la ballade amoureuse funèbre menée au piano qu’est « Imagining My Man » et qui met en scène un univers mêlant à la fois England de Mick Harvey et The Boatman’s Call de Nick Cave).

On y appréciera, à cet égard, sa diction dentelée et brisée, passant de la sourdine à la lamentation haut-perchée tout comme ces textes idiosyncratiques véhicules parfaits à la granuleuse vocifération et aux ruminations ténébreuses qui ponctuent ainsi le titre.

En revanche, l’instrumentation est, par moments, si minimaliste que la tension ne s’exprimera pas par le trop plein d’émotions mais par leur sevrage. La deuxième partie de Party se fait alors plus étale, au risque même d’engendrer la monotonie. Les compositions sont, pour la plupart, étayées par des arpèges à la guitare avant que, comme une antienne, elles se construisent progressivement entourées de sous couches instrumentales et expérimentales comme ces saugrenus bêlements d’instruments à vent ou ces interventions de Mike Hadreas (Perfume Genius.

Ce présupposé s’avère, à long terme, trop léger pour assurer une véritable dynamique à l’album. Reste, par contre la maîtrise impressionnante générée par la voix de Harding. Celle-ci alternant intimité et isolation nous ballade entre ces deux composantes où l’on se sent, tour à tour, invité puis exclu ; c’est sur ce sentiment composite que l’on se sent gratifié et, ensuite, brinquebalé. Voilà une approche qui est tout sauf facile pour l’auditeur ; peut-être est-ce le tribut à payer pour profiter autant de la délicatesse folk et des pendants, plus âpres, du « gothic ».

****1/2