Health: « Vol4 :: Slaves of Fear »

Avec la sortie de Death Magic, Health ruait dans les brancards en affichant une nouvelle orientation musicale, nettement plus accessible qu’à ses débuts noise et lofi : résultat de longs mois passés à travailler sur les bandes originales de jeux video l’obligeant à gagner en ampleur, à soigner l’atmosphère lourde et glaciale de sa musique, jusqu’à adresser de francs clins d’oeil à Depeche Mode.

Depuis, deux albums de remixes ainsi que de multiples collaborations ou les Californiens ont pu se frotter aux univers de Youth Code, Perturbator, et Soccer Mommy, ils ont rejoint le studio sous la houlette de leur équipe de choc :The Haxan Cloak, Lars Stalfors (The Mars Volta) et Andrew Dawson (Kayne West) reconduite pour l’occasion.

Devenu trio après le départ de Jupiter Keyes (claviers), Health ne redistribue donc cette fois pas ses cartes. Dans la même veine quelque peu formatée de son prédécesseur, bien que légèrement plus lourd encore, Vol4 :: Slaves of Fear renoue avec les sonorités indus (« Strange Days »), les rythmes electro (« The Message »), les mélodies pop (« Loss Deluxe »), et même quelques percées métal (« God Botherer », « Slaves of Fear »), donnant ainsi naissance à une poignée de hits sombres et bruitistes.

Avec la même aisance et la même précision martiale que celles affichées il y a trois ans, les Californiens livrent ici une nouvelle salve des plus denses et compactes, dominée par les assauts mélo-mélancoliques de « Feel Nothing », « Strange Days » et « Slaves of Fear », leur offrant ainsi l’occasion de reprendre un grand bol d’air.

S’il n’a donc rien perdu de sa redoutable efficacité, Health manque seulement ici de ce qui a fait l’impact de Death Magic : cet effet de surprise considérable, cette considération égale entre le fond et la forme qui, ici, est quelque peu déséquilibrée. Surviendra, alors, la conslusive conclusion « Decimation », ballade semi acoustique et mélancolique, qui annoncera peut-être, un prochain virage passionnant, inédit chez lui.

***1/2

Spielbergs: « This is not the end »

On aurait tort de croire que ce combo est Américain mais, malgré son patronyme, et la musique qu’il déverse sur This is not the end ,Spielberg est un groupe norvégien, de celui qui aura bien biberonné au rosk alternatif US qui sait impeccablement nous distiller des titres qui, hormis, une plage de 7 minutes, ne traînent pas en longueur et ont le mérite de la concision efficace.

Variations des tempos, solos lumineux Spielbergs est en plus l’exception qui confirme la règle que pour ce genre de musique et d’album, il faut faire court ; 49 minutes, ça va, les gars n’en ont pas été avares.

Parmi les temps forts, on a « Five on it » qui transpire le Dinosaur Jr, « Distant star » et son côté hymne héroïque eighties, « We are all going to die » et son terrible gimmick de batterie, la survitaminée « Bad friend », le très efficace single « 4 A.M. », la semi-ballade « Forevermore ». Le groupe a récemment été désigné comme l’une des formations à suivre : pas étonnant quand on prenne en compte tous les bons moments dqu’il nous réserve. Reste à espérer qu’il ne se contentera pas de rejouer indéfiniment le même film et conservera intacte sa fougue à l’avenir.

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Downfall Of Gaïa: « Ethic of Radical Finitude »

Cinquième album pour les allemands Downfall Of Gaïa. Depuis leurs débuts, le groupe s’est démarqué en proposant un post black atmosphérique teinté de post hardcore et de sludge. Alors non, ce n’est pas un mélange inédit, mais il s’avère suffisamment maîtrisé pour s’attirer les faveurs du public. Et petit à petit, le combo apprend à affiner ses qualités, approfondir ses ambiances, varier le tempo, intégrer des influences nouvelles, ou au contraire en gommer d’autres. Bref, Downfall Of Gaïa vit, évolue, et sa musique ne perd pas en intérêt, bien au contraire.

Cet Ethic of Radical Finitude en est une preuve de plus. On y trouve des riffs hérités du black metal, des voix black et cassées, des parties atmosphériques, des soli heavy, de longs titres fragmentés. On y trouve aussi de la beauté, du désespoir, de la haine, de l’intensité. Tout ça concourt à en faire un disque aux intentions et sentiments bien calibrés avec une profondeur et une variété qui sont des atouts considérables et garantissant, ainsi, des réécoutes successives sans que l’on ne se lasse.

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Methyl Ethel: « Triage »

Avec ses deux premiers albums, Methyl Ethel s’est imposé sur la scène dream-pop psychédélique. Le trio australien mené par la voix bien particulière de Jake Webb a réussi à conquérir son public avec un univers bien équivoque. Deux ans après Everything Is Forgotten, les voici de retour avec un nouvel opus nommé Triage.

Voyant sa popularité s’accroître, e combod écide d’allerici au-delà de son onirisme psychédélique.. Cela se manifeste sur des titres pour les moins cinématographiques comme « Ruiner » et le plus noir « Scream Whole » aux accents synth-pop avec une fois de plus la voix de Jake Webb qui se marie bien aux synthés épiques et aux rythmiques prenantes.

On voit le trio emprunter des voies plus ambitieuses surtout à l’écoute de « Trip The Mains » sentant bon les années 1980 mais encore de « Post-Blue » et de « Hip Horror » les voyant se rapprocher lentement mais surement de The Cure. Il en résulte, avec Triage ; un opus voyant les Australiens s’éloigner des terrains de leurs débuts pour aller dans les contrées plus pop. Vouloir élargir son registre musical est chose qu’on ne pourra pas reprocher à Methyl Ethel surtout qu’il le fait avec une telle pertinence.

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Desperate Journalist: « In Search of the Miraculous »

La formation londonienne tente toujours de moderniser les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Moins de deux ans après un Grow Up salué par la critique, l’héritage musical de Desperate Journalist continue d’être perpétué. Plus précisément, In Search Of The Miraculous touche au shoegaze et à la pop acérée pendant un peu plus de quarante minutes de réverbérations cosmiques.
Souvent comparés à leur premier amour (The Cure), Desperate Journalist se démarquent pourtant par des ambiances plus joyeuse. Effectivement, l’album démarre sur une note inspirée. Dès le premier morceau, « Murmuration », les musiciens jouent la carte des grosses saturations avec une énergie ardente. Après tout, les premiers titres sont d’une efficacité redoutable : « Cedars » sera ainsi marqué par un solo magique, et l’époustouflant et « Jonatan » nous fera apprécier ce que pourrait être un futur « single. Pour se faire à l’idée, la musique galvanisante entretenue dans l’extrait dévoilé il y a quelques temps (« Satellite »), représente une bonne partie de la ligne directrice du disque. Un coup que l’on doit aussi à la persévérance de la chanteuse Jo Bevan, synonyme d’une expression vocale féminine puissante.


Quelques passages ralentissent le pas : « Argonauts » placé pile en milieu de tracklisting repose les tympans grâce à une atmosphère nuageuse réussie. . « Internationally Waters » n’ampute pas la dynamique, mais paraît moins aboutie que les compositions autour d’elle et les derniers instants assureraont la compatibilité d’univers d’ifférents ; passer d’un entraînement cold-wave (« Ocean Of Wave ») à un morceau taillé pour la acène (« Girl Of The Houses »), ne semble pas arrêter la quête des anglais à sortir de beaux sons de guitares.

Au final final, In Search Of The Miraculous partage des points-communs avec les frénétiques premiers albums de U2.mais tend aussi à expérimenter le post-punk. En ajoutant à cette franchise stylisée un peu d’humour, et en produisant un disque sans aucune faiblesse cet opus sera signe d’un travail acharné qui place le combo encore un peu plus haut sur le podium du post-punk.

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La Luz: « Floating Features »

Ce troisième album de La Luz mérite que l’on s’attarde dessus. Emmenées par l’envoûtante Shana Cleveland, ces quatre californiennes glissent sur la vague neo-surf pour notre plus grand plaisir. Floating Features est un album passionnant, qui témoigne d’une oeuvre à la fois complexe et terriblement addictive, oscillant entre la superficialité d’une musique teintée par les sixties, et un psychédélisme élégant.

« Floating Features » est aussi le morceau instrumental qui introduit ce troisième opus et il le fait de belle manière. À entendre les cordes de sa Fender vintage, Shana Cleveland nous plonge immédiatement dans une ambiance digne d’un film de Tarantin et nous procure une légère tension musculaire, signe de l’incroyable plaisir que seule peut nous procurer la musique.

La voix de Shana Cleveland se dévoilera quelques secondes plus tard, sur « Cicada ». Spectrale et mystérieuse, son souffle s’évanouit dans un chœur orgasmique, sur fond d’une guitare syncopée d’un violent écho. La Luz s’amuse d’images ambiguës, tissant des ambiances déroutantes, en mêlant au spectacle de l’étrange, une étonnante simplicité qui rend ce troisième opus extrêmement facile d’accès. Ainsi, avec la légèreté d’une guitare acoustique, « Mean Dream » reprend les codes d’un surf rock pleinement 60’s à mid-tempo, avant de laisser place à l’un des morceaux les plus intrigants de l’album, « The Creature ». D’une ambiance fantomatique se dégage un solo de guitare particulièrement touchant qui se prolonge dans la mélodie d’un clavier enroué, que l’on retrouvera sur « Walking into the Sun » ou « California Finally », teintant ces morceaux d’une planante mélancolie.

La Luz nous emmènera parfois sur des sentiers beaucoup plus joyeux, et intensément plus rythmés. Le premier avertissement en est donné sur « Loose Teeth », une composition qui exprime tout le savoir-faire des californiennes dès lors qu’elles souhaitent nous administrer une généreuse dose d’énergie. Difficile de résister à une nouvelle décharge de féminité dans ce rock à guitares, lorsque la dextérité de Shana Cleveland s’illustrera en nous tirant vers les limbes d’un doo-wap solaire, avec « Lonely Dozer ». L’album se conclut par « Don’t leave me on the Earth », dans une ambiance extatique, soutenue par la frénésie d’une section rythmique qui pousse les élans vocaux inspirés de Shana Cleveland vers une stratosphère vers laquelle on ne peut que vouloir la rejoindre

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Sleaford Mods: « Eton Alive »

Sleaford Mods est un duo représentatif, celui du combo reprenant l’archétype du « working class hero » et Eton Alive est son nouvel avatar.

Ce cinquième album veut en découdre et, soniquement, se présente comme un croisement entre Sex Pistels et Iggy Pop. Succession ininterrompue de tubes, moins à l’arrache et orientée vers des titres chantés plus que rappés, aboutissant à des perles à la fois abrasives et accrocheuses.

De l’excellent premier titre, « Into The Pay zone », au dernier, le très remonté « Negative Script »  on n’observe absolument aucune baisse de tension ! Il y a même de nombreux pics, qu’on ne peut tous citer, et qui sont appelés à devenir des hits massifs : l’énorme single « Kebab Spider », qui booste les défenses immunitaires en un claquement de doigts, « O.B.C.T », un genre de post punk gothique adouci par ce qui ressemble bel et bien à un solo de kazoo, « Discourse », un titre à donner des trépidations à un neurasthénique chronique, « Flipside », un brûlot hystérique qui ne se situe pas très loin du Prodigy des années 90, « When You Come Up To Me », une chanson mortelle créée à partir d’un petit bruit d’ordi, d’une boite à rythmes basique et des fameuses percutantes parties vocales signées Jason W., ou encore le très rap et punchy « Top It up », entre autres. Les Sleaford Mods viennent de lâcher une bombe à fragmentation capable d exploser là où elle doit faire mal.

***1/2

Jon Fratelli: « Bright Night Flowers »

Principalement connu pour être le leader du trio rock écossais The Fratellis, Jon Fratelli revient avec un deuxième album solo, « Bright Night Flowers” », un virage musical brutal et audacieux.

Enregistré en Écosse pendant l’été 2018 et produit avec l’aide de Stuart McCredie, cetsecond effort est étonnant et montre l’artiste sous un angle différent de ce que l’on connaissait de lui.

En effet, plage par plage, on s’approche d’un style purement folk avec une instrumentation faite de banjos, violons, guitares et pianos. L’optique choisie est celle de la simplicité et de l’authenticité, deux concepts considérés isi comme vecteurs d’émotions.

On a été conquis avec « Bright Night Flowers », avec et ses douces notes de piano sauront ravir les fans de ses paroles poétiques alliées à une rythmique lente et pleine d’éclats crépusculaires, semblables à ces couchers de soleil ici invoqués.

Fratelli narre des histoires sombres mais le saisissement y reste palpable. On ressent sa touche britannique, toujours présente, même si selle surprend, assortie qu’elle est, d’un formalisme à la Bob Dylan.

Il s’agit d’une structure plus douce et plus sétonnante chez lui de lui ; telle qu’elle prende la forme d’une invitation à pénétrer dans une intimité poignante et rassurante comme sur « Serenade In Vain ».

Nombre des compositions ont été écrites au piano, à l’inverse de son premier essai et cette proximité ainsi esquissée nous fait comprendre qu’on peut trouver de la beauté et de l’espoir même dans les expériences les plus douloureuses. On est loin, ici, des chansons fortes, bruyantes et décharnées de « Psycho Jukebox », son premier opus.

Tout en gardant ce qui fait la quintessence de ses musiques, l’alliance des textes poétiques et sa voix rauque, Jon Fratelli semble trouver le juste milieu et livre un album remarquable, fort et poétique ; une très belle entrée en matière dans un style où il est si facile de se fourvoyer tant il ne supporte pas moindre approximation.

***1/2

Ben Shemie: « A Skeleton »

Chanteur, parolier, guitariste, compositeur, artiste central du groupe art-rock-électro Suuns, le Montréalais Ben Shemie lance cette semaine A Skeleton, sommairement décrit comme «un album pop expérimental aux sons synthétiques froids avec des touches de psychédélisme».

Enregistrés et mixés par Dave Smith aux studios Breakglass, les 10 titres de cette production lo-fi ont été conçus sans surimpressions.

L’idée était de conserver toutes les empreintes laissées aléatoirement, Ben Shemie souhaitant ainsi évoquer «l’imprévisibilité et le chaos» du geste créatif.

Il y a notamment exploré les effets de réverbération générés par sa lutherie électronique. À travers ses textes de chansons, l’auteur se projette dans un avenir pas très éloigné de notre présent, mais bien assez pour illustrer ce pressentiment: l’intelligence artificielle dominera la vie humaine au point de faire de l’art.

Un peu plus précisément, l’album raconte les errances aléatoires et les rêveries métaphysiques d’un squelette, entité neutre devenue la muse de la machine, dépourvue de sexe ou de race.

Encore plus précisément, la poétique de l’album se fonde sur l’impossibilité de comparer les charpentes humaines une fois débarrassées de leurs couches musculaires.

Après tout, nous finissons tous en squelette… à moins d’opter pour l’incinération. Qu’en sera-t-il bientôt? Ben Shemie y a, on dirait bien, songé.

***1/2

 

Greensky Bluegrass: « All For Money »

Greensky Bluegrass est un combo américain qui nous propose aujourd’hui son septième album studio. Grâce à son nom de scène, on peut déduire que la musique dudit groupe prend ses racines dans l’Amérique profonde et on n’aura pas tort.

Pourtant, ce n’est pas sous cette bannière que Greensky Bluegrass nous accueille avec « Do it alone ». On y trouve certes une belle guitare country-folk, des accents typiques, mais c’est le côté rock qui ressort ; très bon titre d’intro. « Murder of crows » embraye sur quelque chose de beaucoup plus modern bluegrass effectivement, mais très réussi et entraînant.

Une fois mis de côté le groove-folk de « What you need » , on est ensuite en route pour une ballade tranquille (« Ashes »), un titre bien enlevé (« Courage for the road »), , un peu de mélancolie au soleil couchant (« Collateral damage » et « Like rRflections »). Le reste du disque est tout aussi country / folk / americana/ bluegrass.

Pas d’autres excursions que ce qui est offert ici ; que cela n’empêche pas d’apprécier la plupart des titres, petite parenthèse sympathique à haute teneur en cordes concoctée par cette americana qui reste pérenne.

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