Lucy Dacus: « Historian »

Lors de l’été 2016, lorsque No Burden a été lancé, beaucoup de personnes se sont extasiées sur Lucy Dacus une auteure-compositrice-interprète originaire de Virginie et n’ayant à l’époque que 22 ans.

Historian, son deuxième opus, nous propose de revisiter l’histoire et le fait de splendide manière, en restant fidèle à son héritage folk-rock mais en le réinventant d’une façon toute personnelle.

L’artiste nous confie ses désillusions amoureuses et son désarroi face au manque d’empathie qui caractérise aujourd’hui les relations humaines. Musicalement le répertoire est celui de chansons douces amères.

On pourrait rester à la surface d’une observation superficielle si on mésestimait le subtil travail de réalisation effectué sur ce disque, particulièrement au niveau des arrangements qui prennent tout leur sens au fil des écoutes.

L’explosivité d’un titre comme « Timefighter » est, à cet égard, éloquente. En outre, on ne pourra que noter at acquiescer à une alternance entre l’intense et le paisible, entre « le chaud et le froid », qui fait de ce Historian une parution déjà essentielle de l’année. Parmi les meilleurs morceaux de cette émouvante création, on prêtera l’oreille à l’introductive « Night Shift » qui, à la mi-parcours, retentit irrésistiblement. Les sonorités, aux accents délicatement soul, dans « Addictions » capteront, de leur côté, l’attention tout comme le mélange cordes et guitares de « Nonbeliever ».

Lucy Dacus se montrera bouleversante avec un hommage à sa grand-mère décédée sur « Pillar Of Truth » et conclura en beauté avec un « Hisorians » pourvoyeur de ces frissons sarcastiques lui permettant de nous envelopper dans un « I am at peace with my death ! I can go back to bed ».

Voilà une artiste est d’une franchise confondante. Avec de simples morceaux rock, juste assez soignés, juste assez stipatouillés elle s’élève aisément au-dessus de la mêlée. Lucy Dacus a choisi le folk rock afin d’en découdre avec le virilisme d’une autre époque et ainsi passer d’importants messages sociaux et politiques. La démarche est tout à fait admirable et il est chaudement conseillé de suivre sa trajectoire.

****

Yawning Man: « The Revolt Against Tired Noises »

The Revolt Against Tired Noises est le sixième album de Yawning Man un trio de « desert rock », un sous-genre du stoner metal qui se caractérise par des riffs hypnotiques, simples et répétitifs.

Depuis la fin des années 80, Yawning Man a pris une dimension toute particulière au sein de la scène Desert Rock. Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge, qui sévissent lors des fameuses “generators parties” de la vallée de Coachella, Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

Produit par Mathias Schneeberger (Mark Lanegan, Greg Duli, Sunn O))) ou encore Earth. Le résultat est un véritable kaléiodoscope de couleurs, parfaite bande son pour se sentir transporté entre les mesas, vallées et canyons californiens, alors que nous voici plongé en pleine torpeur estivale. Yawning Man trouve l’alchimie parfaite entre riffs dantesques et de longues plages progressives, qui font appel à l’imaginaire de l’auditeur.

Loin des ambiances sur-saturées héritées du punk et du grunge Gary Arce et ses compères déploient une musique beaucoup plus subtile et précieuse, qui tisse des ambiances appelant à l’introspection.

On n’est pas loin du post-rock teinté de psychédélisme comme en témoigne la pièce maîtresse, qui donne son nom à l’album « Revolt Against Tired Noises ». Ainsi, les mélodies de Gary Arce se font pleines d’échos, méditatives et relaxantes, avant de rebondir sur les riffs qui vous prennent profondément aux tripes ‘ »Skyline Pressure » ou les huit minutes de « It ».

« Grant’s Heart » apportera une courte pause, sous forme d’envolée à la guitare, signe que la créativité du groupe ne souffre pas d’éclipse et est encore capable d’engranger pléthore des titres à la fois denses, mélodiques et inspirés.

****

Value Void: « Sentimental »

Trio londonien, Value Void est composé de Paz Maddio (chant, guitare), Luke Tristam (basse) et de Marta Zabala (batterie) . Leur premier disqye, Sentimental, est à mi-chemin entre indie rock et noise-pop.

Les influences de The Breeders et d’Elastica se font ressentir à travers des morceaux vintage toniques, allant de « La Trempa » à « The Deluge » en passant par les riffs allègres et ses rythmiques 60’s implacables et entêtants de « Babeland », « Bariloche » et de « Cupid’s Bow.

Tantôt post-punk sur le mélodieux « Back In The Day » tantôt néo-grunge sur « Mind » et sur « Teen For Him », ce combo argentino-british délivre un « debut album » entrainant, concis et mélodique qui demandera confirmation pour être plus qu’une la simple accroche anecdotique.

***

R.W. Hedges: « The Hunters In The Snow »

Le hasard fait parfois bien les choses ; songwriter cultivé et sarcastique auteur d’un unique album il y a tout juste dix ans (Almanac), Roy Hedges avait ainsi recroisé par surpris son ami d’enfance Luca Nieri. Multi instrumentiste et producteur de talent, ce dernier s’est fait connaître au sein des mystérieux The Monks Kitchen , un combo issu du revival folk anglais des années 2000.

A bord d’une péniche, les anciens complices à nouveau réunis ont enregistré The Hunters in The Snow, un recueil aux couleurs automnales dont la fluidité mélodique laisse à penser que les deux musiciens ont fait leurs premières gammes sur les partitions magiques de Revolver et du Village Green.

Derrière un décor de music-hall sans âge, librement inspiré d’une passion commune pour le Easy Listening de la grande époque (« Some Girl »), notre tandem livre un récit à l’écriture limpide (« Signalman »), imprégné de prose dylanienne et de littérature victorienne (« Best Laid Plans »).

Comme un Richard Hawley tombé dans la marmite kinksienne ou un Leonard Cohen déniaisé par Joe Meek, R.W. Hedges conquiert son auditoire avec des mélodies surannées et une élégance teintée de mélancolie (« Nights of Laughter »).

Loin du robinet d’eau tiède de la musique commerciale et formatée, ce duo nous rappelle que l’autre Angleterre, celle des itinéraires bis et du savoir-faire minutieux, restera à jamais le royaume de la pop ciselée et intemporelle.

****

Extra Arms: « Headacher »

Extra Arms est le nouveau groupe formé par Ryan Allen, un chanteur guitariste de Detroit qui avait officié auparavant au sein de Thunderbirds Are Now ! Entre indie-rock et power-pop Headacher est un opus qui ne s’embarrasse pas de subtilités ni de nuances.

La plupart des titres sont de véritables brûlots (« Done To Death » ou « Til The Casket Drops ») et ils orenent une dimension encore plus ample quand ils se mêlent de politique («  Ends Meet », « Push The Button ») ou quand il s’efforce d’être plus personnel avec, toute proportion gardée, l’intimisme de « Under Surveillance » ou « You Make The Life You Want ».

On y ajoutera ces autres bombes que sont « The Last One » et « Why I Run » pour apprécier un album qui va droit au but sans la moindre fioriture et qui est, pour cette raison, capable de réjouir les « headbangers » de tout poil.

**1/2

Laura Jane Grace & The Devouring Mothers: « Bought To Rot »

Un des titres de gloire de Laura Jane Grace est d’avoir été la première artiste à être signée au sein du label créé par Tom Petty, Against Me ! À écouter le « debut album » de la chanteuse, Bought To Rot, elle ne devrait pas en rester là.

Elle cite d’ailleurs son premier disque solo, Full Moon Fever, comme source d’inspiration et il est indéniable qu’on retrouve une part du vocaliste décédé en matière de narrativité sur ces quatorze plages.

Mais si Grace s’empare de ce qu’il pouvait y avoir d’introspectif, elle le fait d’une manière plus acérée, avec une forme de colère qui voisine, toutefois, avec une certaine ingénuité.

Stylistiquement, Bought To Rot, est plein de tournants abrupts. Le titre qui ouvre le disque, « China Beach », baigne dans une furies viscérale très punk alors que, par exemple, « Manic Depression » affiche une tonalité qui n’a rien à voir avec son appellation puisque le morceau se distingue par des tonalités bluesy.

Une même lignées « americana » se fait d’ailleurs sentir sur le déroulé du disque qui, parfois, aurait très bien pu donner l’impression qu’il a été enregistré à Nashville.

C’est sur les leçons de vie que Bought To Rot fait montre de personnalité. Sur un « The Apology Song » qui clôt judicieusement son album elle présente ses excuses auprès de ceux elle a qui causé tort («  My apologies for however I fucked up ») et surenchérit avec des textes imprégnés de sagesse comme « I don’t want your life to be any harder than it has to. »

Même dans la virulence, par exemple sur le véhément « I Hate Chicago », le ton reste celui de la sincérité directe et franche ce qui, à cet égard, rejoint un peu cette prouesses que possédait Tom Petty à faire cohabiter humilité, lassitude et exacerbation de certaines passions.

On soulignera le rôle des musiciens de Against Me !, le guitariste Atom Willard et le bassiste Marc Jacob Hudson) à faire du combo un power trio on ne peut plus efficace en termes de saisissements existentiels, et, de par la même, procurer une finalité satisfaisante voire heureuse, aux tribulations et frustrations que Laura Jane Grace essaime sur l’album.

Quand le disque se terminera sur cette déclaration volcanique : «  you can go wherever the fuck in the world you want », il est clair que celle qui manie aussi bien son héritage affectif et musical allant de Petty à Wilco a trouvé ce qui constitue pour elle le point d’orgue de sa liberté  et de son éclosion artistiques et personnelles.

***1/2

Basement: « Beside Myself »

Après un troisième album intitulé Promise Everything Basement avaient, enfin donné un peu de corps à leur « power pop », les voilà qui récidivent sur ce nouvel opus Beside Myself.

Le combo semble vouloir continuer à mettre la pédale douce avec des accents californiens qui n’oublient pas , néanmoins, d’être flamboyants. On notera, à cet égard ,le titre d’introduction, « Disconnect » mais surtout des échos façon Weezer ou Green Day (« Ultraviolet » ou « Keepsake »).

Ce que l’on retiendra surtout avec ce Beside Myself, c’est leur volonté de s’aventurer vers des territoires beaucoup plus « arena rock » comme l’atteste d’autres titres pluas ampoulés dedans comme « Changing Lines », « New Coast » et « Slip Away ».

Avec ce quatrième opus Basement assument de plus en plus leurs désirs d’évolution ; reste à savoir si ces influences nouvelles ment assumées leur permettront de ne pas trop s’enliser dans les ornières du cheminement à l’aveugle.

**1/2

Laura Gibson: « Goners »

Laura Gibson avait déjà réalisé tris albums avant que le quatrième, Empire Builder ne marque les esprits. Elle avait, en effet, délaissé son indie folk original pour des ambiances plus pop ce qui lui avait passablement réussi.

Goners lui succède deux ans après avec une pochette qui, dès l’entame, indique résolument qu’elle va se situer dans un registre nocturne avec des compositions qui explorent la problématique de la perte et du deuil.

Celui-ci peut être personnel mais, pour elle, il revêt une signification emblématique puisque la mort est considérés comme faisant partie de nos vies. « I Carry Water » développe ainsi une atmosphère sépulcrale avec retenue et distinction tout comme les titres poignants que sont « Slow Joke Grin » et « Clemency ».

Musicalement, Goners se situera à mi-chemin entre les sonorités indie folk de ses débuts et des arrangements plus imposants et paroxystiques qui ont tant marqué Empire Builder. Ainsi, les sonorités quelque peu baroques accompagnant les contes sombres de la chanteuse génèrent une valorisation émotionnelle en particulier sur des morceaux comme « Performers », « Tenderness » et « Marjory » où l’on peut s’avérer être en imersion avec ces récits. Laura Gibson se révèle une artiste enchanteresse et diabolique tant sa vulnérabilité ne peut que nous inciter à plonger dans son univers troublant et aguichant à la fois.

***1/2

Imagine Dragons: « Origins »

Quatrième album pour ce quatuor de Las Vagas ; sur Origins le combo a fini de jouer et il explore ici de nouveaux territoires musicaux tout en restant fidèle à ses.. origines. Le groupe a, en effet, secoué un peu les choses en s’efforçant de mêler hip hop, pop, rock et folk.

Créer sans s’imposer des limites et faire quelque chose de nouveau semble être sa feuille de route, un titre comme « Boomerang » en est le témoin tant il conjugue les différents émois que sont le chagrin, la perte et l’idée de vagabondage interne.

« Only » affichera, lui, des « vibes » électro connotées 80’s qui seront amalgamées au hip hop de « Strange ». Bizarre mais ça fonctionne relativement.

Les textes de compositions comme « Stuck » afficheront une teneur plus émotionnelle, apportant une profondeur inusitée alors que « Zero » s’adressera à ce qu’il y a de plus sanguin en nous.

Une fois de plus, Imagine Dragons ne se repose sur rien d’acquis. Reste à savoir si cette énergie déployée sans relâche ne risque pas de marquer un sérieux manque de racines.

***

Whitney Ballen:  » You’re A Shooting Star, I’m A Sinking Ship »

Dans l’indie rock américain certains sortent parfois du lot ; Whitney Ballen en est un exemple. Il s’agit d’une jeune auteure-compositrice-interprète venant tout droit d’Issaquah, dans le Washington qui avait déjà publié deux EPs aux accents emo et, enfin, son premier album : You’re A Shooting Star, I’m A Sinking Ship.

S’éloignant des sonorités emo-pop pour des tonalités plus indie rock, elle s’inscrit dans la lignée de Joanna Newsom mais également de Rilo Kiley. Tout au long de ces douze titres, la musicienne se confie sur sa santé mentale qui lui joue des tours et arrive à accoucher sur musique avec des titres bien emballants et bouleversants que sont l’impeccable introduction « Everything » mais également « Fucking » et « Mountain ».

La montagne est, à cet éard, une métaphore parfaite pour décrire ses conflits intérieurs tant le disque est une montagne russe émotionnelle qu’elle escalade au travers des épreuves qui l’auront marqué durant sa vie personnelle. Cela donnera avec des titres tantôt simples et envoûtants (« Rainier », « Moon », « San Francisco ») tantôt noisy et complexes (le plus électrique « Black Cloud » et le chaotique « Nothing »).

Le plus étonnant sera la voix de Whitney Ballen évocatrice de celle d’Eva Hendricks en particulier surs ces passages audacieux que sont « The Kiss » et la chanson-titre.

You’re A Shooting Star, I’m A Sinking Ship n’est pas fait de douze chansons compilées pour en faire un opus mais c’est tout simplement un accomplissement musical et cathartique comme en témoigne le réalisme intime et exacerbé qui le jalonne.

****