Paint: « Paint »

Allah-Las est un quatuor californien pétri de ces influences 60’s qui flirtaient avec le psychédélique et cette nonchalance si typique de la West Coast. Après une triplette d’albums leur chanteur guitariste, Pedrum Siadatian, a décidé de s’émanciper et de tenter une aventure solo sous le nom de Paint.

Ce projet devait lui permettre d’élargir sa palette musicale, chose faite sur les morceaux qui composent le disque. On évoquera ici les mânes illustres de Syd Barrett et Kevin Ayers qui avaient auguré le regretté label Harvest (branche « progressive » de EMI à la fin des années 60) avec des titres désinvoltes comme « Plastic Dreams » et « Moldy Man » ou des tendances plus expérimentales sur « Plastic Gazette ».

On appréciera de pouvoir se délasser à l’écoute des titres quelque peu ensoleillés comme les influences T-Rex de « Splattered » ou même le lancinant « Just Passin’ Thru ». Il est dit que ces morceaux sont enregistrés peu après qu’Allah-Las ait fini de peaufiner leur troisième opus Calico et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve des vibes presque similaires sur « I Didn’t Know A Thing » et « Wash »

Entre ces pépites surgira un instrumental hypnotique mais chaleureux du nom de « Heaven In Farsi »; un un tout qui témoigne de l’incroyable richesse musicale d’un Pedrum Siadatian qui ne s’éloigne jamais des origines de son groupe mais arrive à s’émanciper comme il se doit avec ce disque nostalgique donnant envie de détente et de fantaisie.

***1/2

Gruff Rhys: « Babelsberg »

Super Furry Animals semblant désormais en latence, Gruff Rhys a les coulées franches pour dévoiler une carrière solo prolifique et, également, plus loquace que ce à quoi nous avait habitués le chanteur.

Babelsberg est donc le nouvel avatar de cette orientation et, une fois de plus, il est à la fois déroutant et séduisant. Formellement le chanteur s’est adjoint la participation d’un orchestre symphonique (le BBC National Orchestra of Wales) qui lui permet d’étayer une inspiration de plus en plus poétique et lyrique.

L’instrumentation se voudra plantureuse et les textes empli de métaphores subtiles. De ce point de vue on pourrait penser à un croisement improbable entre Harry Nilsson pour l’émotion, Les Hazlewood pour la légèreté et, à l’inverse, Nick Cave pour la profondeur poétique.

L’artiste n’a pas pour autant délaissé la pop psychédélique dont SFA étaient porteurs ; il l’agrémente désormais en voulant lui apporter une nouvelle dimension. De là une flopée de métaphores, d’allusions littéraires et historiques et de mélodies pop et folk nourries de piano, orgue, trombone, flûtes, ou banjo.

Babelsberg est, quant à lui, alimenté par des incertitudes économiques ; si la musique est belle et émouvante, l’ « opener », « Frontier Man » est à cet égard emblématique de la difficulté que chacun peut avoir à se situer, message d’autant plus parlant qu’il est accompagné d’une orchestration faussement désinvolte et d’un phrasé de crooner.

« The Club » et « Oh Dear » accentuent, quant à eux, une toile de fond plus dramatique et haletante, au service d’une histoire sombre et de personnages maléfiques avec toujours un hiatus entre mélodie, narrativité et peinture de caractères, humains ou plus animaux.

Ces dernières images, teintées d’anthropomorphisme, acquériront droit de cité sur un « Limited Edition Heart » langoureux ou dans l’harmonie véhiculée par « Take That Call » ou « Drones in the City » le tout à grands renforts de flûtes et de harpes.

On pourra esquisser une concomitance entre notre univers contemporain où vitesse et absurdité prolifèrent , où les esprits sont proprement lobotomisés et le drone où sont évoqués les abeilles et les fleurs comme un rappel nostalgique à l’harmonie et à la pureté d’antan.

« Negative Vibes » et « Same Old Song » amplifieront le propos par leurs arrangements en forme de leitmotivs entêtants et le point d’orgue sera atteint sur « »Architecture Of Amnesia » titre édifiant et conduit avec brio, impeccable jonction entre tonalités graves et incisives et recherche de quiétude.

«  Selfies in the Sunset » sera un « closer » romantique et baignant dans une douce ironie à l’égard les réseaux sociaux. S’il fallait un chef de choeur à la fable qu’est Babelsberg, elle se trouvera sur cette splendide apothéose!

****1/2

The Love Birds: « In the Lover’s Corner »

Quand on a en charge de la production de son premier album Norman Blake (Teenage Fan Club) et Alex Chilton (inutile de le présenter) on ne peut que se dire que pour le quatuor californien qu’est The Love-Birds In the Lover’s Corner  va être un opus fait de passéisme mais surtout de mélodies irrémédiablement accrocheuses.

Si, en outre, on abonde dans le sens su présupposé qui dit que nostalgie n’est pas fatalement stérile et que pouvoir essayer dans ses oreilles la musiques de compositions agréable aux tympans nest pas rédhibitoire on ne pourra qu’apprécier un opus de musiciens dont le patronyme lui-même est un hommage à la pop bienheureuse et ensoleillée sise du côté de Haight Ashbury à San Francisco.

Le concours de Blake, apportera une petite touche « indie » écossaise à l’ensemble mais, tout au long de ses onze plages, il ne sera question que de romances et d’amours intemporelles. Rien ne nouveau mais là n’est pas le problème ; le groupe est capable de s’élevé au -dessus de ses références révérences et ses enluminures vocales et harmoniques rappellent les plus beaux instants que des ensembles somme The Turtles avaient gravés dans le vinyle.

Ainsi demeurent les Tables de La Loi pop ; inébranlables elles sont et il n’est pas interdit de s s’en inspirer.

****

Eugene McGuinness: « Suburban Gothic »

Dans l’art de la pop ironique et pleine de sous-entendus Eugene McGuinness est un orfèvre. Laconique comme il se doit il n’avait plus deonné de nouvelles depuis quatre ans et son album précédent, Chroma.

Sur Suburban Gothic  il est toujours aussi sybillin et charmeur avec dix compositions mettent à l’honneur une pop mâtinée de rock indé affriolant.

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Malgré quelques moments oubliables de-ci de-ça (« With Words », « High Rise »), la sauce de ce nouvel opus prend grâce à certains morceaux imparables « (Hope in Hell », « Start at the Stop », « Roman »), mention spéciale àu « closer » azec un « Now Here’s a Look at What You Could’ve Won », forcément splendide

***1/2

Picturebox: « Escapes »

Si l’on excepte la scène psyché-prog qui fit sa renommée dans les années 60-70, la ville de Canterbury reste bien plus célèbre pour sa cathédrale et pour son architecture médiévale que pour l’excellence de sa production musicale. Avec Picturebox, la petite cité du Kent abrite pourtant l’un des joyaux méconnus de la couronne pop britannique. Construit autour du songwriter Robert Halcrow, Picturebox est l’un de ces « super-groupes » crypto-pops comme les Anglais,en sont friands. L’ex-Hefner Jack Hayter (au violon sur « The Vicar’s Dog) » ou l’incontournable Ian Button (Papernut Cambridge, Deep Cut, Go-Kart Mozart), en sont des figures et ils apparaissent ainsi au somptueux générique de ce nouvel album.

Auteur un peu plus tôt cette année d’un excellent disque dans l’esprit des Kinks et de XTC avec District Repair Depot, le duo qu’il forme avec le comédien Stephen Evans, Robert Halcrow est un artisan pop à la plume fantasque. Ses chansons, qui exploitent le même filon que celles de Squeeze ou de Martin Newell, rappellent aussi par endroits le Blur du milieu des 90’s.

Résolument centrées sur un idyllique « village green » , les vignettes lo-fi de Picturebox évoquent l’ambiance désuète des tournois de cricket et les promenades dans la campagne verdoyante. En versant quelques gouttes de substances hallucinogènes dans le traditionnel thé de cinq heures Escapes concocte ici un breuvage qui conviendra à tous les amateurs de ladite chose.

****

U.S. Girls: « In a Poem Unlimited »

Le refrain de « Velvet 4 Sale », le premier « single » et première chanson d’In a Poem Unlimited, le 8e album de U.S. Girls introduit à merveille ce qui nous attend sur le disque. Meghan Remy derrière ses beaux atours, ses chansons mélodieuses, ses rythmes dansants intoxicants nous percute avec un propos engagé et puissant. Après avoir été nommé sur la courte liste du Polaris censé décerner les meilleurs albums canadiens pour l’excellent Half Free, Remy – revient de plus belle avec toujours la même véhémence.

In a Poem Unlimited est un doigt d’honneur tenu bien haut à la face de quiconque questionne la précarité du statut de la femme en société ou encore le déséquilbre des rapports de domination entre les sexes. N’allez pas croire qu’elle agit par opportunisme, Remy aborde ces problématiques depuis les débuts du projet U.S. Girls. Ce n’est pas le mouvement #metoo qui est venu changer quoi que ce soit. Ce qui a changé est l’approche dansante de ses nouvelles chansons qui malgré des propos durs, parfois même déprimants, donne quand même envie de se trémousser.

Du lot, « Pearly Gates » est l’un titres des plus marquants e avec un refrain chanté par James Baley est tout à fait intoxicant ou un « M.A.H. » qui marie l’influence disco à la ABBA à des paroles qui méritent le détour.

Meghan Remy sait pourtant manier les contrastes et nous offrir des moments plus cools, (« Posebud ») et même nous entra^piner dans des atmosphères festives et latino sur le « closer » « Time ».

In a Poem Unlimited est un album comme il s’en fait peu. Meghan Remy réussit à conjuguer musique contestataire et pop-rock formidable. C’est un puissant alliage qui fera danser les gens et, qui sait, peut-être, mine de rien, les amener à réfléchir…

***1/2

The Pineapple Thief : « Dissolution »

The Pineapple Thief est un de ces combos comme il en existe tant ; leur premier opus, Your Wilderness, avait eu un succès d’estime Dissolution arrive deux ans après, toujours sous la houlette de leur leader Gavin Harrison.

Les travail sur les arrangements demeure la principale qualité du groupe, avec une volonté de ne pas s’enfermer dans une musique trop directe. Le titre d’ouverture, « No Naming Any Names, se veut ainsi alambiqué avec un piano en toile de fond accompagnant une voix solennelle et angoissante.

Il s’agit de donner une thématique que résume le titre du diqsue ; la dissolution des liens sociaux. On retrouvera ces mêmes climats avec « Try As I Mihght » ou « Threatening Wall » avec une emphase sur sur la notion de menace que ce soit par une approche teintée de rock progressif ou dans l’ambiance pesante que véhicule « Uncovering Your Tracks ».

L’identité du groupe est justement de ne pas occulter les influences « prog » ; qu’elles soient aériennes ou mélodiques. Cels s’exemplifiera à merveille sur « White Mist », onze merveilleuses minutes qui réconcilient tenants du rock atmosphérique et amateurs d’un idiome sans prétention.

***

Unknown Mortal Orchestra: « IC-01 Hanoi »

IC-01 Hanoi est le cinquième opus de Unknown Mortal Orchestra ,combo dirigé par Ruban Nielson. Le disque suit un premier album éponyme censé peut-être introduire le groupe à ceux qui ne le connaissaient pas.

La surprise résiderait alors dans le fait que, alors que le précédent était plutôt expressionniste façon soul lustrée, celui-ci est instrumental ce qui ne peut que laisser libre cours à ce qui est du ressort de l’imagination.

L’instrumentation est, d’ailleurs, atypique (bugle, apport de musiciens vietnamiens) et le répertoire ira lorgner du côté de Hendrix ou de Miles Davis. Il est fait d’explorations soniques (« Hanoi 1 » ou « Hanoi 3 ») pour le premier et d’improvisations jazzy (« Hanoi 6 » pour le second.

Le pont, psychédelisme expérimentation, se fera au prix de refrains lancinants et hypnotiques, de saxophones et de guitares n’attendant que le moment propice pour se défaire de leur feutrine en glissando ouatée pour se faire explosives.

On reconnaîtra l’habileté et la compétence instrumentales ; on regrettera que tout tourne à l’exercice de style un peu stérile.

**

 

Belle And Sebastian: « How To Solve Our Human Problems »

Il ne faut pas prendre au pied de la lettre un album intitulé fe manière aussi didactique que How To Solve Our Human Problems surtout quand on sait qu’il est l’oeuvre d’un ensemble aussi subtil et ironique que Belle And Sebastian.

Le groupe a, ici, abandonné les tonalité « dance » de son précédent opus et il est revenu à des schémas plus articulés, centrés sur la problématique des rapports humains. Point de solutions apportées pourtant mais des questions posées qui peuvent être conjuguées sur le mode de la candeur (« Sweet Dew Lee »), de la ballade acoustique (« Fickle Season ») sans délaisser le psychédélisme de « Show Me The Sun ».

Belle And Sebastian ont toujours visé à l’harmonie et à la cohésion, y compris dans les moments les plus graves que sont « We Were Beautiful » et ils excellent à les greffer à des passages plus enjoués comme « Best Friend » ou « Too Many Tears ».

Si on considère combien cet amalgame indie pop est réussi, on conviendra que la greffe entre mettre à plat les contrariétés et y apporter résolution est parfaitement réussie sur ce How To Solve Our Human Problems.

***1/2

The Innocence Mission: « Sun On The Square »

Délicatesse sans fragilité, sentimentalisme sans mièvrerie ; c’est ce précieux équilibre qui caractérise la « twee pop » dont un des représentants les plus connus est The Sundays.

The Innocence Mission est un duo originaire de Pennsylvanie, Karen et Don Perris, qui, d’une carrière résolument pop, s’est peu à peu réorienté vars un répertoire de plus en plus affiné, éthéré et des compositions aux tonalités folk.

Il y a du pastel dans ces refrains qui pourraient avoir été empruntés à The Lilac Time sur son nouvel opus Sun On The Square.

Les orchestrations sont en clair obscur, les voix vulnérables, l’instrumentation (accordéon, piano) exaltante.

« Green Bus » accompagnera la mélancolie automnale, « Shadow Of The Pines » rejoindra une ambiance festives ajourée et « Light Of The Winter » célèbrera ce qu’il peut y avoir de grandiose dans l’espoir à peine consumé.

Sun On The Square est un disque propre à tonifier tant, à l’image de « Galvanic », il ne crie jamais grâce totalement et qu’il ouvre le champ à de nouveaux émois tout diaphanes et dentelés qu’ils soient.

***1/2