Ásgeir Einarsson: « Afterglow »

Ásgeir Einarsson est un chanteur venu d’Islande que son premier album avait placé dans le mouvance post-folk à la Bon Iver. Afterglow le voit bénéficier de la collaboration de John Grant et s’éloigner de ce registre avec une approche pleine de sensualité où se mêlent pop orchestrée et electronica fantomatique.

D’interprète timide et compassé, Einarsson s’est transformé en artiste plus audacieux avec des vocaux plus cosmiques et des arrangements fait de beats aiguisés

En son début de carrière, Einarsson expliquait que, issu d’un village reculé, il n’y avait rien d’autre à faire que de la musique.

Maintenant que l’on estime qu’1/4 de la population islandaise possède son disque, on accueillera sans réticence fourmillement éthéré (« Unbound »), sursaut pour s’échapper du sommeil émollient (« Stardust ») et onirisme fiévreux de « Fennir Yfir’ »,moment incontournable  où la glaciation est faite des carillons d’un piano et de cette grandeur orchestrée qui évite le pompeux  et distille le confort.

***

Todd Rundgren: « White Knight »

White Knight du « Wizard » Todd Rundgren est le « follow up » de son Global datent de 2015. Tout comme le titre de ce dernier, l’approche du musicien toujours aussi versatile constituée qu’elle est par la collaboration d’une bonne quinzaine de musiciens dont le liste serait comme le générique de tout ce que la scène peut compter de techniciens hors pair.

Le creuset se veut encore actuel (synthés et boites à rythme ont la part belle) mais Rundgren n’a pas son pareil pour y glisser ses propres idiosyncrasies pop-rock, white soul, groove, progressive rock ou expérimentales.

On appréciera la grandiose oscillation électronique rappelant les incursions en solo du bonhomme sur le morceau d’ouverture, « Come », les claviers façon Krafterk qui se promènent le long de « Fiction » ou les lignes sifflotantes dont Daryl Hall parsème la « Philly Soul » » d’un « Chance For Us » pimenté par le saxo de Bobby Strickland.

Au rayon chanson engagée le piano et la voix de Donald Fagen exacerberont le funk de « Tin Foil Hat » diatribe sardonique dirigée comme Donald Trump et on n’oubliera pas le rock plus classique de « Got Your Back » avec KK Watson. Pour fusionner le reste, on pourra également retenir la guitare tricotée par Joe Walsh et les breaks soniques et electro de « Sleep » tout comme le gros rock de « This Is Not A Drill » avec Joe Satriani à la guitare, Prairie Prince sur les fûts et le fidèle Kasim Sulton à la basse.

White Knight n’est certes pas un disque essentiel mais c’est un opus qui ne manque pas de respectabilité et qui ne fait pas injure à l’étiquette « Tod Is God » accolée régulièrement au musicien tout au long de ses 25 albums.

***1/2

Coco Hames: « Coco Hames »

Dès les premières salves que forment « When You Said Goodbye » et « I Do Love You », on sait immédiatement que quelque chose va nous brancher sur Coco Hames. Avec des arrangements évoquant Dusty Springfield, la mélancolie joyeuse qui s’échappe de titres rappelant le plus classique du « Phil Spector sound » on est confronté à un son indie pop des plus habituel mais pris à contre pied par des nuances de tonalités garage-pop, blue-eyed soul et de ballades aux effluves country.

Bien sûr, maîtriser ces différents genres et en délivrer des imitations passables est une chose mais il incombe à une certaine personnalité d’y imprimer une une sensibilité propre à nous faire vibrer. La voix de Hames est, dès le départ, confondante.

On y trouve, en effet, douceur acidulées, mais aussi douleur ironique, un peu comme si une jeune femme encore peu formée devait véhiculer des émotions qui la dépassent et saupoudrer d’une couche de souffre ce qui est encore du domaine de l’apprentissage.

On pourrait qualifier un tel phrasé de nubile et adolescent q’il n’y avait ces trilles plus matures, ces distorsions qui disqualifient la romance ou ces rythme chaloupés qui font hésiter entre regret et sensualité. Plus que dans états d^âme trop tranchés Coco Hames nous entraîne dans un monde où la candeur ingénue fait peu à peu place à le défloration des sentiments.

****

Cloud Nothings: « Life Without Sound »

Après quelques années où ils s’adonnaient à une volonté expérimentale, Cloud Nothings s’oriente avec ce quatrième album vers un son plus ramassé soniquement ce qui, pour eux, équivaut à alterner power-pop, post-hardcore et lo-fi.

Bien des choses seront familières ici ; les vocaux et les textes de Dyaln Baldi se coltinant à l’ennui et au mal-être mais, avec le production de John Goodmanson (Sleater-Kinney, Death Cab For Cutie), Baldi adopte ici des tonalités plus mesurées édulcorant ainsi les propos les plus drus.

Quand le vocaliste se veut contemplatif il ne s’éloigne alors pas trop du territore « emo » et les « singles » de Life Without Sound, tout évidents qu’ils soient, naviguent dans un bain aérien comme sur « Internal World ».

Les mélodies caresseront toujours les oreilles (« Things Are Right With You » ou le conversationnel « Sight Unseen ») ce qui ajoutera un côté cérémonieux à l’ensemble. Délaissant la dissonance, Cloud Nothings élaborent alors ici un canevas qui vivifie plutôt qu’il ne décourage.

***1/2

Joan Shelley: « Joan Shelley »

Il est délicat de pouvoir innover dans un genre aussi rebattu que le folk acoustique. C’est à partir de ce constat que Joan Shelley se garde bien de vouloir l’être. En dépit, ou plutôt grâce à cela, l’auteure compositrice nous fait partager un univers où tranquillité simple et arrangements mélodieux nous emmènent en un voyage musical où toute pose artificielle est exclue.

L’approche, à l’image de l’enchanteur chorus sur « Where I’ll Find You », semble être magique, de cette magie qui parvient à combiner intimité naturelle et assurance qu’un long travail en studio véhicule.

Si élégance et stylisation il y a, elles sont véhiculées avec concision et éloquence (« The Push And Pull ») mais aussi articulées avec chaleur et romantisme calme qui évoque Nick Drake ou Joni Mitchell. Comme ces deux derniers, Shelley nous montre une maîtrise de son art et elle l’exploite ici avec une grâce et une modération infinies.

***1/2

Charly Bliss: « Guppy »

Charly Bliss est un combo power pop dont le premier album nous rappellera immanquablement des groupes comme The Primitives, Veruca salt ou Belly. Guppy est, en effet, immédiat et addictif et qui, même si il n’est pas original, ne peut que gratifier nos oreilles et simuler noter appétit de choses fraiches et avenantes.

Ce dernier qualificatif est mérité tant il est percuté par les vocaux à la fois innocents et crapuleux de Eva Hendricks, une chanteuse qui, tour à tour, évoquera aussi bien Björk que Cindy Lauper.

On aimera la frénésie gourmande de titres comme « Ruby » ou un « Gatorade » parfumé au soda façon Weezer, les incursions discordantes de « Glitter » ou « Black Hol » », le tout servi sur un mode passif agressif où frustrations, sentiment d’insécurité et aventurisme se partagent le rôle principal.

À mi-chemin entre l’insolence gratuite et décérébrée à la Britney Spears et les élans vindicatifs de Pearl Jam ou PJ Harvey, Charly Bliss nous enrobent d’un délicieux arôme de douceurs où le miel est saupoudré de saupodré de piments.

***1/

Bondie: Pollinator »

Pour leur 11° album studio Blondie ont décidé de ‘essayer à quelque chose d’un peu plus différent. Ils ont constitué une liste d’un nombre varié de compositeurs dans le spectre pop-rock pour donner une pierre angulaire à leur démarche. Le résultat ne pouvait être que prévisible ; le produit fini est pour le moins mitigé.

« Long Time », co-écrit avec Dev Hynes , alias Blood Orange, est mélodique et frivole c’est dans doute cet amalgame qui en fait le morceau phare de Pollinator tout comme la dramaturgie explosive de « Fragments ».

« Best Day Ever » (écrit par Nick Valensi, le guitariste des Strokes) se fait un peu poussif dans ses efforts à mettre le feu et Debbie Harry ne se montre pas particulièrement à l’aise sur l’electro-pop de Charli XCK, « Gravity ».

Le combo, bien sur, interprète les choses avec compétence et professionnalisme mais, à trop vouloir sonner contemporain, l’entreprise retentit de manière artificielle et manquant singulièrement de pollen

**

Cindy Lee Berryhill: « The Adventurist »

Cindy Lee Berryhill nous présente ici son nouvel album depuis 10 ans, un disque empreint de solennité triste puisque The Adventurist est avant tout un témoignage sensible, celui qui a trait à la mort de son époux, Paul Williams, fondateur du légendaire magazine Crawdaddy à la suite d’un accident de moto.

Pour ceci, Berryhill s’est entourée de musiciens amis, en particulier Nelson Bragg du Brain Wilson Band, DJ Bonebrake de X, et David J Carpenter (Dead Rock West).

Nulle surprise que l’émotion et le travail de deuil soient présents tout au long de cet opus avec un titre d’ouverture, «  American Cinematographer », réunissant ce qui se fait de plus touchant et ample en matière d’Americana symphonique. On y notera en effet une instrumentation audacieuse, un son folk-rock plein de nostalgie et un climat général dans lequel l’effusion est la caractéristique prédominante.

On ne pourra, ainsi, qu’apprécier le délicat alliage entre subtilité des instruments à cordes, tessitures du piano et sécheresse pénétrante des sections rythmiques. Le tout sera allié à des textes évocateurs et dignes («  Somebody’s Angel », « Thanks Again » ou « The Heavy ») dont l’acmé sera un instrumental, « Deep Sea Diving ». L’ensemble concourra à transformer ces chansons de mort en un bien apaisant hymne à l’espoir et à la reconstruction.

***1/2

Chris Stapleton: « From A Room: Vol. 1 »

From A Room: Vol. 1 est le premier des deux albums prévus en 2017 par Chris Stapleton qui a bien raison de vouloir capitaliser sur sa récompense aux Grammy Awards obtenue pour son premier disque, Traveller.

Celui-ci avait était construit sur un judicieux mélange de compositions bâties sur le mode country et interprétées avec un engagement à l’intensité soul, éloigné de l’interprétation distanciée qui peut parfois caractériser le genre

C’est ce dernier élément qui se fait à nouveau jour dans la voix de Stapleton, un phrasé traînant et écorché et sur lequel chaque titre semble être le véhicule à un cri de souffrance.

Le chorus de « Either Way » en est la représentation emblématique si tant est su’on s’intéresse aux affres que peuvent susciter la prise en compte qu’une relation affective est en train de s’écrouler.

Quand l’interprétation est moins accentuée, l’emphase porte alors sur un sentiment de lassitude comme sur « Up To No Good Livin’ » où Stapleton prend conscience que, de révolté, il est désormais en proie à cune solitude à laquelle il est irrémédiablement condamné.

Musicalement on passera d’un country rock haletant mais solide (« Second One To Know ») à une stylisation plus « Southern rock » sur « I Was Wrong » et à des ruminations funéraires avec « Death Row ».

From A Room: Vol. 1 se terminera sur cette image signifiante, celle d’un destin porteur d’infortune tout droit sorti d’un manuel dont Tony Joe White aurait été l’initiateur.

***1/2

Black Lips: « Satan’s Graffiti or God’s Art? »

Bien qu’ils ne soient pas aussi prolifiques et se présentent de façon plus discrète que leurs homologues d’Atlanta, Deerhunter, Black Lips creusent le sillon « flower punk » de manière efficace et, somme toute, éclatante. Depuis 2011 et Arabia Mountain Mark Ronson avait été sollicité pour assurer la production ; Satan’s Graffiti or God’s Art?, lui, profite de la présence de Sean Lennon ce qui donne à ce huitième disque une tonalité plus distincte et ambitieuse.

Le disque bénéficie d’une ouverture, de deux interludes et de quelques exercices de style pour le moins intriquants. «  Can’t Hold On » nous reverra à ce rock boueux, funéraire et hautain que Deerhunter affichait à l’époque de Monomania alors que « Crystal Night »affichera une modulation plus proche de ces ballades opulentes façon « fifties » qui ne sera pas sans rappeler un combo comme Ween.

L’ensemble ne fonctionne pas toujours. « Got Me All Apes » singera le blues du Delta de manière pas très subtile et le choix « garage » se fera lassant au bout de quelques morceaux. Satan’s Graffiti or God’s Art? n‘est, à cet égard, certainement pas un travail d’orfèvre touché par la main de Dieu, il demeure toutefois un opus témoignant d’une véracité qu’on ne saurait passer sous silence.

***1/2