Cende: « #1 Hit Single »

Cende jouent de la power pop sans prétention et leur « debut album », #1 Hit Single, offre une énergie précieuse véhiculée à merveille par les vocaux gaillards de Cameron Wisch, ses mélodies sucrées et sa candeur lyrique.

Les textes de ce dernier offrent pourtant une vision beaucoup moins émotionnelle que ce à quoi on aurait pu s’attendre ; une incursion dans le domaine « emo » avec ce « I’m the only one that I could let down » qui illustre la titre d’ouverture « Bad » ou une faconde au lyrisme appuyé aqui se manifeste par des vocaux en staccato et du multi-tracking.

On pourrait parler d’approche athlétique tant la place des arrangements et les multiples couches soniques vont bien au-delà de l’envergure qui serait celle d’un simple groupe pop

Le « single » « What I Want » est particulièrement notable à cet égard par ses orchestrations à cordes et un vocaliste invité offrant un contrepoint mystérieux en matière de perspective.

Ce sera ce procédé stylistique qui jalonnera brillamment l’album ; il restera pourtant réducteur si il se fait trop systématique comme sur « Vodi » ou « While I’m Alive ».

Il y a donc ici de quoi satisfaire n’importe quel auditeur mais, tout comme ce qui est immédiat et addictif, le risque est grand que le diqtance ne puisse être tenue sur la durée.

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The Charlatans: « Different Days »

Il y a environ deux ans, Modern Nature avait semblé revivifier la carrière des Charlatans. Le combo est désormais composé de quatre membres et en a profité pour réouvrir ses portes avec un nouvel opus, Different Days, qui se vante de la participation de nombreux invités prestigieux.

Johnny Marr, Kurt Wagner de Lambchop, l’ancien batteur de Verve, Pete Salisbury, Stepehn Morris (New Order) font sentir ici leur présences mais le tout, Charlatans inclus, sonne anesthésié dans ses méandres et dilué.

On notera, à cet égard, les contre-exemples que sont « Solutions » et « There Will Be Chances » et, a contrario, le léger et plaisant funk qui se manifeste sur « Over Again » et « Same House ».

Le reste est insignifiant et, à l’inverse de Modern Nature, superfétatoire, délayé et creux.

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Ben Ottewell: « A Man Apart »

L’ancien chanteur de Gomez sort, avec A Man Apart, son troisième album solo et, plutôt que de dévier des tonalités folk et Americana de ses opus précédents, le vocaliste à la voix rocailleuse a déniché ici quelques autres pépites musicales.

L’atmosphère y est, en effet, plus pop, et enlevée avec un titre d’ouverture, « Own It », se caractérisant par son immédiateté. « Watcher », lui, nous emmènera dans des travées déjà parcourues par Bruce Springsteen.

Ce sera la chanson titre qui nous rappellera le mieux Ben Ottewell avec ses arrangements dépouillés et une rythmique sèche et allant dans tous les sens.

« Back To The World » et « Bones » rendront encore plus emblématique ces évolutions et permettront à A Man Apart d’être véritablement un disque à part des précédents tout en y distillant un nouvel éclat.

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Sam Amidon: « The Following Mountain »

Il y a un fil conducteur dans la carrière de Sam Amidon : sa passion pour la musique traditionnelle des Appalaches. C’est celle-ci qui sert de trame à ses interprétations et ses réinventions de chansons vieilles comme Hérode enrichies par des arrangements dont la vivacité empêchait qu’elles ne se soient étouffées par la poussière.

The Following Mountain est le premier album qui voit Amidon rompre avec son orthodoxie stylistique car il est uniquement constitué de compositions originales. Fort heureusement sa faconde demeure toujours intacte et son imagerie désuète ne déroutera aucun de ceux qui le suivent.

Dans la continuation de ses collaborations luxurieusement orchestrées pour la Bedroom Community avec Nico Muhly et Valgeir Sigurðsson, le musicien a judicieusement remplacé son langage vernaculaire néo-classique par une structure beaucoup plus jazzy et expérimentale.

Le disque s’honore de la participation du saxophoniste Sam Gendel, du batteur de free-jazz Milford Graves et du percussionniste de Jimi Hendrix Juma Sultan. On trouvera alors des échos de ses collaborations avec Kenny Wheeler et Bill Frisell permettant ainsi de franchir avec élégance les frontières qu’il a choisi de surplomber. On appréciera cette nouvelle appétence pour des rythmiques inhabituelles (la partie de guitare sur « Fortune », un « Gendel in 5 » interprété en 5/4 ou les cadences de « Another Story Told » passant du 3/4 puis au 13/4 et des mesures à 6 et 7 temps).

Ces éléments, plus qu’aliéner l’auditeur, le font adhérer à une démarche qui vise àfair abstraction des verrous stylistiques, méthode exemplifiée par un morceau comme « April » où Milford Greaves se lance dans une longue odyssée free épaulée par une section rythmique indomptée ainsi qu’un violon et une guitare acoustique fermement plantés dans le sol.Bien sûr on pourrait être tenté d’y voir prétention et ésotérisme ; il n’en demeure pas moins que, jouant sur les forces que sont sa musicalité, sa voix rustique et son goût pour l’innovation, The Following Mountain nous éblouit par son brio de la première à la dernière seconde.

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Burning Hearts: « Battlefields »

Sur leurs premiers albums ce duo finlandais composé de Jessika Rapo et Henry Ojala mêlait habilement pop indie et synthe. La trame était faite de mélancolie sombre saupoudrée de douceur comme pour atténuer l’abattement.

Battlefieds est plus affiné et si, on retrouve toujours cet alliage entre synthés glaçants et vocaux qui cajolent, il se manifeste de façon plus proportionnée.

La structure des compositions tout comme les textes visent à aller plus profond dans l’émotion mais avec ces détails qui apportent une lueur toute vacillante et clairsemée qu’elle soit.

« Folie à Deux » adopte ainsi un tempo rapide et le reggae de « Ticket » procurent ainsi un éclairage sur le panorama évoqué alors que « Bodies as Battlefields » associent flambées organiques à grand renfort de riffs de guitares et de rythmiques « house » .

Battlefieds est, au fond, un album dont le sous-texte est frénésie verrouillée d’une part et morosité endiguée, d’autre part. Il ne restera plus à Burning Hearts qu’à apporter, par exemple, onirisme et folk pour que harmonies et poésie se conjuguent plutôt qu’elles ne s’affrontent comme c’est encore le cas ici.

**1/2

Color You: « The Grand Trine »

Color You est un quatuor californien se psych rock et ce nouvel album arbore fièrement l’étiquette musicale à laquelle il se réfère. Bien que la référence soit ostensible, il n’est pas question ici de nous entraîner dans des longues odyssées où l’influence des stupéfiants serait un passage obligé.

En effet, malgré la couverture du disque qui illustrerait sans qu’on y trouve à redire, un van hippie, la musique est plus dégraissée et aigue et se penche sur un versant plus rock façon Nirvana ou The Pixies.

Le combo n’a pas peur d’explorer les extrêmes du genre en les opposant sciemment et si des morceaux comme « Empty » et « Lady In Blue » sont ampoulés comme des hymnes font montre d’effervescence et de vivacité.

Les harmonies vocales sont ainsi éthérées et débridées mais sonnent tout autant comme une incursion dans le surf rock (« Shine Through », « In Tune ») où les Red Hot Chili Peppers auraient apposé leur paraphe.

On trouvera de la « reverb » dans « Same Old Story » où le combo montre sa capacité à maîtriser cette manière concentrée et dépouillée d’évoluer dans le rock indie. Si The Grand Trine ne se montre pas pétri de cohésion, il est le portrait sensible et affuté d’un groupe en train de forger sa propre voie.

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Cold War Kids: « L.A. Divine »

Depuis Loyalty to Loyalty en 2008, il demeure toujours difficile de reconnaître et comprendre la trajectoire d’un groupe qui va passer radicalement du minimalisme « emo »déconnecté et perdu de leurs deux premiers albums à un blues-rock façon Kings of Leon comme sur Mine Is Yours.

L.A. Divine va, lui aussi, être témoin d’un changement de cap, plus subtil, en optant pour une pop plus ampoulée encore où les émotions sont véhiculées de façon crue et lyrique rappelant Mine is Yours et Dear Miss Lonelyhearts.

De cet illogisme on a peine à capter quelque chose qui sonne naturel si ce n’est le phrasé vocal de Nathan Willett.

Celui-ci est néanmoins tout aussi incohérent dans la mesure où il alterne langueur, expérimentation ou autre jeu de rôles en jonglant avec un falsetto au systématisme frelaté.

Il y a dans ce nouvel opus une rigidité qui obère toute chance de renvoyer à un accomplissement créatif : tout devient très vite prévisible (« Invincible », « Luck Down ») et où le gospel dans lequel le groupe a décidé de se lancer sur « Open Up to the Heavens » s’avère artificiel et forcé.

Le « closer », « Free To Breathe » permettra à CWK d’échapper à un naufrage dont le titre « Can We Hang On ? » sera l’aveu de sa stérilité.

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Aldous Harding: « Party »

Il y a quelque chose de délicieusement tordu de voir Aldous Harding nommer son deuxième album Party quand on sait que le chanteuse néo-zélandaise oeuvre dans un segment qui privilégie l’intensité émotionnelle du « gothic folk ». Ce nouvel opus va encore plus loin dans cet univers ; il est, en effet, une affaire étrange, sombre et presque primitive qui voit le producteur John Parrish utiliser tous les moyens propices pour que se fassent jour les nécessités soniques les plus dépouillées possible et pour que le voix hantée de Harding nous habite jusqu’à ce qu’on puisse y trouver trace de PJ Harvey.

Les titres les plus calmes sont ainsi garnis de fibres où affleurent des échos de ce que Parrish nous avait offert sur le Let England Shake de cette dernière et va jusqu’à emprunter son saxophoniste.

En outre, si on considère le registre vocal de Harding, en particulier les fréquences les plus basses, les comparaisons avec Harvey sont inévitables. S’ajoute à cela un spectre plus varié qui rappellera Joanna Newsom, Linda Perhacs et même Joan Armatrading ; par exemple sur le jazzy « I’m So Sorry ». Souvent, d’ailleurs, toutes ces voix différentes semble se mettre à l’unisson (la ballade amoureuse funèbre menée au piano qu’est « Imagining My Man » et qui met en scène un univers mêlant à la fois England de Mick Harvey et The Boatman’s Call de Nick Cave).

On y appréciera, à cet égard, sa diction dentelée et brisée, passant de la sourdine à la lamentation haut-perchée tout comme ces textes idiosyncratiques véhicules parfaits à la granuleuse vocifération et aux ruminations ténébreuses qui ponctuent ainsi le titre.

En revanche, l’instrumentation est, par moments, si minimaliste que la tension ne s’exprimera pas par le trop plein d’émotions mais par leur sevrage. La deuxième partie de Party se fait alors plus étale, au risque même d’engendrer la monotonie. Les compositions sont, pour la plupart, étayées par des arpèges à la guitare avant que, comme une antienne, elles se construisent progressivement entourées de sous couches instrumentales et expérimentales comme ces saugrenus bêlements d’instruments à vent ou ces interventions de Mike Hadreas (Perfume Genius.

Ce présupposé s’avère, à long terme, trop léger pour assurer une véritable dynamique à l’album. Reste, par contre la maîtrise impressionnante générée par la voix de Harding. Celle-ci alternant intimité et isolation nous ballade entre ces deux composantes où l’on se sent, tour à tour, invité puis exclu ; c’est sur ce sentiment composite que l’on se sent gratifié et, ensuite, brinquebalé. Voilà une approche qui est tout sauf facile pour l’auditeur ; peut-être est-ce le tribut à payer pour profiter autant de la délicatesse folk et des pendants, plus âpres, du « gothic ».

****1/2

Ásgeir Einarsson: « Afterglow »

Ásgeir Einarsson est un chanteur venu d’Islande que son premier album avait placé dans le mouvance post-folk à la Bon Iver. Afterglow le voit bénéficier de la collaboration de John Grant et s’éloigner de ce registre avec une approche pleine de sensualité où se mêlent pop orchestrée et electronica fantomatique.

D’interprète timide et compassé, Einarsson s’est transformé en artiste plus audacieux avec des vocaux plus cosmiques et des arrangements fait de beats aiguisés

En son début de carrière, Einarsson expliquait que, issu d’un village reculé, il n’y avait rien d’autre à faire que de la musique.

Maintenant que l’on estime qu’1/4 de la population islandaise possède son disque, on accueillera sans réticence fourmillement éthéré (« Unbound »), sursaut pour s’échapper du sommeil émollient (« Stardust ») et onirisme fiévreux de « Fennir Yfir’ »,moment incontournable  où la glaciation est faite des carillons d’un piano et de cette grandeur orchestrée qui évite le pompeux  et distille le confort.

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Todd Rundgren: « White Knight »

White Knight du « Wizard » Todd Rundgren est le « follow up » de son Global datent de 2015. Tout comme le titre de ce dernier, l’approche du musicien toujours aussi versatile constituée qu’elle est par la collaboration d’une bonne quinzaine de musiciens dont le liste serait comme le générique de tout ce que la scène peut compter de techniciens hors pair.

Le creuset se veut encore actuel (synthés et boites à rythme ont la part belle) mais Rundgren n’a pas son pareil pour y glisser ses propres idiosyncrasies pop-rock, white soul, groove, progressive rock ou expérimentales.

On appréciera la grandiose oscillation électronique rappelant les incursions en solo du bonhomme sur le morceau d’ouverture, « Come », les claviers façon Krafterk qui se promènent le long de « Fiction » ou les lignes sifflotantes dont Daryl Hall parsème la « Philly Soul » » d’un « Chance For Us » pimenté par le saxo de Bobby Strickland.

Au rayon chanson engagée le piano et la voix de Donald Fagen exacerberont le funk de « Tin Foil Hat » diatribe sardonique dirigée comme Donald Trump et on n’oubliera pas le rock plus classique de « Got Your Back » avec KK Watson. Pour fusionner le reste, on pourra également retenir la guitare tricotée par Joe Walsh et les breaks soniques et electro de « Sleep » tout comme le gros rock de « This Is Not A Drill » avec Joe Satriani à la guitare, Prairie Prince sur les fûts et le fidèle Kasim Sulton à la basse.

White Knight n’est certes pas un disque essentiel mais c’est un opus qui ne manque pas de respectabilité et qui ne fait pas injure à l’étiquette « Tod Is God » accolée régulièrement au musicien tout au long de ses 25 albums.

***1/2