Interview de Wilco à propos de “Ode to Joy”: « Simple et Brutal »

 Onze albums dans sa carrière, et le combo de Chicago a été étiqueté de tout, de « héro de l’alt-country » à  » »Radiohead américain » sans oublierles licences de chansons et les publicités de VW. Peu importe le surnom, le groupe travaille toujours pour son propre agenda, explorant les mélodies qu’il trouve les plus intéressantes et emmenant ses fans dans d’incroyables aventures sonores.

Leur dernier disque, Ode to Joy, a été enregistré après que le groupe ait pris une pause pendant toute l’année 2018 et une partie de 2017. Chaque membre a travaillé sur ses propres projets, avec le frontman Jeff Tweedy qui a enregistré deux albums solo (WARM l’année dernière et WARMER cette année) et a publié un mémoire intitulé Let’s Go (So We Can Get Back). Malgré toutes leurs activités pendant la pause, il était naturel pour eux de se réunir en studio pour enregistrer la suite de Schmilco 2016.

« Nous avions un plan assez clair sur la durée de la pause », dit Tweedy. « Nous nous sommes quittés en nous sentant bien entre nous et avec le groupe et en appréciant ce que nous avons. Le temps qu’on se remette ensemble, ça n’a fait que renforcer ce sentiment. C’était génial de jouer de la musique avec ces gars à nouveau. Tout le monde a une si grande énergie pour ce qu’on fait. »

Selon Tweedy, lui et le batteur Glenn Kotche ont commencé à travailler sur le nouveau lot de chansons en décembre dernier, avant que le groupe ne se réunisse à nouveau en studio. Comme pour le morceau d’ouverture « I Am Trying to Break Your Heart  » de Yankee Hotel Foxtrot, Tweedy et Kotche ont exploré des rythmes percussifs qui ont bouleversé les attentes des compositeurs.

« Nous avons tracé les grandes lignes du disque et nous avons travaillé dur pour déchirer une batterie et ne pas la faire sonner comme une batterie de rock » , explique Tweedy. « Nous avons travaillé dur pour que la batterie ne sonne pas comme une batterie de rock », explique Tweedy, « en essayant juste d’éviter certains rockismes qui font partie de notre vocabulaire ». « Bright Leaves » était probablement la première tentative réussie de distiller quelque chose de simple et de brutal à partir des chansons sur lesquelles nous travaillions ».

Ode to Joy a été enregistré et produit par Wilco et le producteur/collaborateur de longue date Tom Schick au studio Loft du groupe à Chicago. Les chansons vont de « Quiet Amplifier », un titre spacieux, à « One and a Half Stars », où Tweedy livre des paroles de deux syllabes par ligne, en passant par l’appel et la réponse à la guitare acoustique et électrique de « Love Is Everywhere (Beware) » » Et malgré le kitsch de Star Wars 2015, Tweedy espère être pris un peu plus au sérieux avec le titre de ce dernier album.

« L’autre titre de travail était » «  The Trouble with Caring », mais cela semblait un peu trop lourd et trop direct », dit Tweedy. « Mais Ode to Joy était sérieux et pas ironique, même si je savais que certaines personnes le prendraient comme ça et que cela semblerait être une sous-estimation de l’originalité du disque, pour reprendre le titre. Mais rien n’a jamais semblé aussi adéquat que de coller que ce titre. »

Bill Fay: « Countless Branches »

Il est indéniable que la montée en puissance de Bill Fay ces derniers temps est l’une des plus grandes histoires de la musique contemporaine. Sa musique n’a peut-être pas attiré suffisamment l’attention dans les années 1970, mais heureusement, avec ce premier album depuis Who Is the Sender ? de 2015, son statut de pilier de la pop de chambre moderne est fortement confirmé.

Que ce soit le piano de « Will Remain Here » ou la chaleur de « Filled With Wonder Again » qui vous saisit en premier, ce qui est clair c’est que, tout comme son album Life is People qui a été acclamé dans le monde entier en 2012, la marque de Bill Fay de folk populaire simple et pourtant lourd mérite une place dans la bibliothèque de chaque auditeur averti.

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The Sherlocks: « Under Your Sky »

Deux ans après la sortie de leur premier album, Live For The Moment, beaucoup vantaient les Sherlocks comme une future tête d’affiche de festival ; et leur second opus voit que l’ambition demeure, bien que peu d’autres choses aient changé.

Les Sherlocks sont des têtes d’affiches indie. Nés et élevés dans le South Yorkshire, ils ont l’air d’intermédiaires si cools que vous pourriez vous tromper en pensant qu’un producteur de disques du milieu des années 90 les a formés pour profiter du succès de groupes comme The Libertines et Kaiser Chiefs. Auditivement, ils sont encore plus raffinés qu’ils ne le sont visuellement, et c’est là que réside l’interrogation que l’on peut avaoir quant à savoir si on déteste ou si on aime leur second effort.

Le premier morceau, « I Want It All », se déroule très si tant est que l’on veuille entrer dans le territoire du « single » principal qu’est « NYC (Sing it Loud) » ; un hit triomphal en chanson le groupe fait ce qu’il fait de mieux. Suivent les « singles », « Waiting » et « Magic Man, » qui sont, tous deux, des grandes chansons à part entière.

Le reste de l’album suit la même formule que les quatre premiers titres. Il n’y a rien à redire sur aucun des titres, mais il n’y a rien non plus qui njustifie qu’on puisse s’extasier. Il y a de quoi apprécier cet album, on peut l’écouter facilement pour dans n’importe quelle circonstance, mais on ne peut se défaire de l’idée que la passer en boucle sur sa paylist serait un peu redondant et que The Sherlocks ont trouvé la formule d’une super chanson indie-pop et qu’ils l’ont bien gardée.

Mettez vos écouteurs, fermez les yeux et vous pourriez être en train d’écouter pendant le règne de la Britpop dans les années 1990, la prise de contrôle des charts de jeans skinny du milieu de la nuit ou dans une foule de chemises hawaïennes. Il n’y a rien d’offensant chez The Sherlocks, ils ne défient pas musicalement mais est-ce une raison pour ne pas aimer un album?

Honnêtement, non. S‘ils s’étaient formés il y a 15 ans, ils auraient fait la une du NME et auraient été un des meilleurs hits de la Cool List 2004 – 2007. En outre, cet album ne rend pas justice à la qualité de ces chansons en live. C’est un des rares combos à pouvoir rivaliser dans un tel cadre avec The Futureheads ou autres Ash. The Sherlocks y véhicuelnt quelque chose qui n’est pas loin d’être euphorisant et, même si Under Your Sky ne produit pas les mêmes effets, il est indéniable qu’il sera difficile voire impossible de se sortir « Magic Man » et autres titres de cet album de sa tête aisément.

***1/2

Sea Change: « Inside »

Sea Change a puisé l’énergie de la Norvège, de Berlin et de L.A. pour la canaliser dans de la pop synthétique tout enamalgamant ces cultures de club dans son nouvel opus Inside. L’espace et le temps se plient à la batterie et l’album entier semble réarranger le monde.

Le « singl »e, « Stepping Out », se situe à la limite de l’industriel et fait écho à une soirée glaciale et sombre lors d’une rave hivernale dans un entrepôt abandonné. Vous devrez créer la chaleur par vous-même, donc ce morceau est ici avec la quantité parfaite de friction sonore pour allumer un feu.

« Scratch that Itch », vous donnera l’impression d’être entré dans une autre dimension. La voix d’Ellen Sunde saute alors qu’elle a l’impression que quelqu’un vous appelle à des kilomètres de distance et de toutes les directions. Vous aurez envie de chercher quelque chose tout en écoutant, mais ce que vous y trouverez ne dépendra que de vous.

***1/2

James Murray & Francis M. Gri: « Remote Redux »

Espaçant un peu ses sorties, James Murray n’avait rien publié depuis l’automne 2018 avant de proposer, coup sur coup, deux parutions. Avant d’aborder son nouvel effort solitaire, place à un disque écrit avec Francis M. Gri, musicien adepte des collaborations (ces pages recenseront bientôt un opus composé avec David Gutman et Federico Mosconi). Pour l’instant, il s’agit donc de faire dialoguer le piano et la guitare de l’Italien avec les nappes de synthé de l’Anglais, dans un échange tout à fait soyeux et délicat.

Cette subtilité se retrouve, en effet, aussi bien dans le toucher de piano de Francis M. Gri, sa manière de déposer légèrement ses notes, que dans la teneur joliment enveloppante des accords de James Murray. Parfois relayées par une guitare jouée à l’archet, les nappes font également montre d’un bel aspect flottant, comme un peu irréelles (« Ma – 24 bit »), ou bien opèrent davantage par vibrations, trouvant alors une gracieuse fragilité (« Remote – 24 bit »). Dans toutes ces hypothèses, on retrouve l’allure lumineuse des matériaux employés, véritable signature du Britannique, également assimilée par l’Italien pour ses traits de guitare électrique.

En parallèle, les compositions du duo peuvent osciller entre structures assez riches, parcourues, par exemple, de souffles pouvant muter en quasi-grondements (« Redux – 24 bit ») et dimension plus épurée, réduites à leurs plus simples expressions (« Lontano – 24 bit »). Avec deux longs morceaux (au-delà des onze minutes), l’album sait préserver, pour son dernier tiers, des propositions plus évolutives, intégrant une montée en puissance. Sans surprise, c’est sur ces deux pistes (« Lontano – 24 bit » et « Toma (Extended) – 24 bit ») qu’on retrouve le plus de qualités du duo, pouvant les mettre à profit sur ce temps long, les déployer progressivement voire accueillir des composantes nouvelles (la saturation discrète de la six-cordes de Gri, à la toute fin de l’album).

***1/2

James Murray: « Embrace Storms »

Pour ce nouvel album solo, venant trois semaines après son disque réalisé en collaboration avec Francis M. Gri, James Murray reprend le schéma de son dernier effort en solitaire : un disque constitué de deux morceaux d’une vingtaine de minutes chacun, concentré sur une ambient homogène à la construction progressive. On connaît les qualités du Britannique, et notamment sa capacité à proposer un travail marqué par la belle luminosité de ses nappes.

On les retrouve naturellement ici, mais agrémentées d’un petit quelque chose supplémentaire, par le biais de quelques rythmiques régulières, façon caisse claire frappée aux balais (le premier tiers de «’In Your Head »), plus graves (la suite de ce même premier titre) ou semblables à des pulsations cardiaques (le début du bien-nommé « In Your Heart »).

Par cette entremise, la musique de James Murray trouve un utile relais de croissance, une sorte d’intelligent rebond, loin de s’en tenir à des acquis pourtant bien solides, à l’image de ces sonorités semi-aquatiques de la seconde moitié de « In Your Heart », façon verre frotté.

Possiblement moins émouvant que certaines de ses sorties précédentes, Embrace Storms connaît également une évolution de chacun de ses deux morceaux qui nous apparaît comme moins travaillée, même si aucun des deux ne se fait lassant ou répétitif. Pour le décrire autrement : ramassés sur un temps plus réduit, en conservant les composantes qui les caractérisent avantageusement, ces deux titres auraient probablement été plus convaincants.

***

Perry Blake: « Songs Of Praise »

Douze longues années que Perry Blake n’avait pas publié de disque et le voici enfin de retour avec un, on l’espère, bien -ommé Songs of Grace. On constate immédiatement que Blake n’a rien perdu de son savoir-faire. Il suffit de considérer les écoutes des somptueux morceaux allant de « Diamonds In The Sun » à « Wrote You A Letter » en passant par les arrangements de haute volée qui habillent « Miracle », « Evensong » ou bien même « The Lives Of Strangers ».

Lorsqu’un artiste s’absente pendant un bon bout de temps, il peut y arriver à ce qu’il perde de sa superbe. À moins de s’appeler Perry Blake. Que dire de plus si ce n’est que des titres pop audacieux à l’image de « Broken Little Orphan », « Summer Of 2012 » sans oublier « Hypatia’s Lament ». Songs of Praise est bien plus qu’un retour en grâce, c’est tout simplement un manifesto puissant et affectueux de la part d’un des musiciens les plus sous-estimés de la scène irlandaise.

****1/2

Courteeners: « More.Again.Forever »

Cela fait presque 4 ans que Courteeners a sorti son dernier album, Mapping The Rendezvous, et le groupe enfin est prêt à sortir son nouvel opus, More.Again.Forever. Dont on s’interroge si il est à la hauteur de précédent et de quoi il est le « plus » ou le « à nouveau ».

« Heart Attack » ouvre l’album, au rythme rapide avec un refrain accrocheur et différent des morceaux de Courteeners que ‘on a vus lors les précédents disques. Il Ia été ajouté à la setlist lors des concerts de décembre à l’Olympia Theatre de Londres et à la Manchester Arena et est devenu un plaisir pour le public, et il voit Courteeners prendre une nouvelle direction. Le « single » principal, « Heavy Jacke »t, est le deuxième titre de l’album, un autre point fort de la série actuelle de Courteeners. Un morceau qui est destiné à sonner encore mieux dans les festivals pour les mois à venir.

Le morceau titre verra Courteeners diversifier encore plus son approche sonique, le « spoken word » se marie à merveille avec l’instrumentation avant que le combo ne signe un énorme refrain qui s’inspire des pistes de danse mais devient de plus en plus évident et addictif à chaque écoute.

« Hanging Off Your Cloud » est la chanson que les fans attendaient et elle a d’ailleurs une place prépondérante sur la setlist de Courteeners depuis la tournée d’hiver du groupe en 2018. C’est un titre où le combo expose sa vulnérabilité et qui voit l’introduction d’un orchestre ajoutant encore à sa beauté. « Take It On The Chin » rappelle beaucoup les précédents albums de Courteeners et est destiné à être un des titres-phares du combo ne srait-ce que parce qu’il optimiste dans son message, positif et plein d’énergie.

Le dernier morceau de l’album est « Is Heaven Even Worth It », un autre titre qui voit Liam Fray d sommet de sa fragilité ; c’et un morceau poignant qui réintroduit l’orchestre qui était utilisé dans « Hanging Off Your Cloud ». Calme, il permettra à chacun de réfléchir sur les titres qui le précèdent et qui permettra ainsi de conclure un album parfait et plus proche.

More.Again.Forever voit Courteeners s’éloigner de son son rock masculin et c’est un changement à accueillir à bras ouverts. Avec un équilibre antre haute énergie et morceaux dépouillés, il fait de cet opus sans doute le meilleur album de la discographie du groupe.

***1/2

Of Montreal: « UR FUN »

UR FUN ? Seulement deux mots, dont une abréviation ? Où sont les formules grandiloquentes ? La mythologie, le psychédélisme, les références shakespeariennes, ou victorienne, ou de science-fiction ? Changement radical dans l’abondante production de Kevin Barnes ? C’est vrai qu’on avait depuis un temps cessé de prêter attention, la combinaison esthétique naïf-thèmes noirs finissant par lasser. Le paradoxe s’y trouve toujours, mais il est vrai que UR FUN marque un tournant, en quelque sorte. D’abord, finis les costumes.

Puis, les références sonores vont pêcher dans les synthés et drum machine façon années 1980. Cyndi Lauper et Janet Jackson, a même cité Barnes ! Il a indiqué vouloir faire un disque sur lequel toutes les chansons pourraient être des succès radio. On n’en est pas encore tout à fait là. Si les extraits déjà dévoilés (« Peace to All Freaks », « Polyaneurism », « You’ve Had Me Everywhere ») révèlent des qualités pop incontestables, il est — comme toujours chez Of Montreal — difficile de faire fi du remplissage.

***1/2

UUBBUURRUU: « UUBBUURRUU »

Il suffit d’un coup d’œil sur la pochette du premier album de UUBBUURRUU pour comprendre son manège : tout pour le rock et pour avoir du fun. Le quintette montréalais assume sa posture heavy-psyché-prog-rock, doit-on conclure après avoir hoché de la tête en écoutant ce joyeux ramassis de clichés des styles des années 1970, dans les textes autant que dans le son. C’est quasiment un motif de guitare de Black Sabbath qui ouvre l’album sur « Stone Men ». Sur « Chaos Rider », un solo d’orgue évoquant les dérapages d’Iron Butterfly.

Des titres de chansons aussi grotesques que « Spacecraft to Your Dreams », « Feel Alright in Hell » (l’une des meilleures !) et « Pentagram ». Une sincère lettre d’amour au stoner rock d’antan, solidement réalisée par Samuel Gemme (Chocolat, Anemone) qui défoule et fait sourire.

***1/2