Guided By Voices: « How Do You Spell Heaven »

Sur ce nouvel album, Guided By Voices accentuent encore plus dans leur penchant pour ces mouvements pop scintillants et cahotiques. Les accords sont inextricables et angulaires, les transitions mélodiques abruptes et les narrations toujours aussi délirantes.

Là où le bat blesse est, non pas le manque de diversité, mais une inaptitude à maintenir un effort qui soit consistant. Les saillies de copier/coller sont très belles mais sporadiques et peu nombreuses. « The Birthday Democrats » est ainsi un rocker direct et fort bien attaqué par sa culture du riff mais, tout comme bien des plages, il s’égare très vite en raison de guitares rêveuses et des vocaux plaintifs de Robert Pollard.

L’impulsion se crée quand le combo adopte une attitude lo-fi (la progression d’accors sur « Boy W » est étonnament dansante et hilarante) ou quand il se penche sur le cadavre du rock and roll (« Steppenwolf Mausoleum »).

How Do You Spell Heaven restera un exercice inachevé et trop noyé sous ses dentelures et il demandera à l’auditeur chevronné de se concentrer sur les productions premières de GBV plutôt que ce nouvel avatar.

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Nadine Shah: « Holiday Destination »

Holiday Destination de Nadine Shah nous emmène dans un périple où les atrocités humains semblent s’insinuer comme des vers léthaux au plus profond de nos oreilles. Dire de cet album qu’il est empli d’une charge politique est une évidence mais celle-ci n’aurait aucun sens si cette énergie n’était pas canalisée.
Cette fois encore, Shah nous démontre que sa plus grosse force réside dans uen capacité à opérer un travail d’artisan sur des titres dont les idées, toutes cérébrales qu’elles soient, ne sacrifient ni discernement ni véhémence.

Le disque est un artefact soigneusement construit, plein de pièges et de fausses pistes pour l’auditeur distrait ou circonspect. Il faudra donc alors s’abandonner aux confins de ce délicat équilibre entre les plaisirs d’un rythmique luxuriante s’appuyant sur des visions ténébreuses le tout niché dans des atmosphères où règnent complexité et mystère.

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Queens Of The Stone Age: « Villains »

La sortie de Villains se produit à un moment où Queens Of The Stone Age a une base de fans suffisamment importante pour que le combo puisse être apprécié autant des amateurs de stoner fuzz rock que de ce qui se reconnaissent dans les excursions plus lentes, nuancées et ténébreuses de Josh Homme.

Dans sa plus grande partie, ce nouvel opus s’abstient de toute référence à ces dernières pour, à la place, se concentrer sur des compositions directes, visant l’estomac et dont le teneur sonique est, pour l’essentiel, un glam-boogie teinté d’effluves heavy-metal.

Avec Mark Ronson aux manettes, QOTSA se sont clairement concentrés sur les rythmiques et un « groove » assorti d’élémenrs « funk », de guitares chargées d’effets larsen et de battements de mains.Homme nous gratifie de phrasés vocaux où le mode « crooner » est mis sous silence au profit d’une approche plus pop et vindicative.

Villains est indubitablement un album rock.

Les dernières minutes de « The Evil Has Landed » sont du Queens Of The Stone Age pur riffs, un approfondissement de leur son qui nous entraîne tout droit dans cet endroit où siègerait la nostalgie alors que les arrangements sont bâtis pour témoigner de l’habileté qu’a le groupe à ajouter à la fois complexité et excitation à sa musique.

On a ainsi droit à des contre mélodies qui semblent sortir de leurs chemins puis entrent ensuite en collision et sont épaulées par une section rythmique robotique. Le disque est, en revanche, dépourvu de morceaux de qualité supérieurs propres à faire de cet opus un de leurs meilleurs. Tout au plus aura-t-on ici une collection fascinante de titres prog-rock dont l’éclaircie ne nous viendra que par cet amalgame entre Devo, ZZ Top et David Bowie.

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Randy Newman: « Dark Matter »

De Randy Newman on pourrait dire qu’il est un misanthrope, mais un misanthrope avec un cerveau. Lyriciste hors par dans sa description satirique de nos mœurs (sociaux, politiques et individuels) il soigne le tout sous des arrangements richement orchestrés comme si’il voulait franchir le pont entre chroniqueur acerbe et mélodies qu’il est si entraînant de siffloter.

Sur Dark Matter, on le retrouve dans son domaine de prédilection coincé qu’il était après avoir fait la BO de Toy Story, que ce soit dans la slow dance qu’il exécute sur « Putin » ( « “He can drive his giant tank across a Trans-Siberian plain / He can power a nuclear reactor with the left side of his brain ») ou sur « The Great Debate » où il mêle sa voix aux polémiaues entre science et créationnisme aux USA.

Au-delà de cela, on retrouve des moments de tendresse mais surtout de réflexions dont toute acidité est exclue qur des titres comme « Lost Without You » où il rumine sur le processus de la prise d’âge ou sur un dévastateur « Wondering Boy » où il s’interroge sur le rapport père/fils.

Newman lui-même estime que ses textes sont comme le bon vin et qu’ils s’améliorent en vieillissant ; c’est cela qui donne son piquant à ses savourux jeux de mots ou qui rende d’autant plus réjouissante ses incursions dans un registre qui lui est particulièrement étranger comme le blues sur « Sonny Boy ».

Après plus de 50 ans de carrière et à l’age de 73 ans, l’artiste démontre que ce qu’il a à revendre fait encore de lui un des plus grands railleurs de la pop.

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Laurel Halo: « Dust »

Le minimalisme austère de Chance of Rain en 2013 avait été signe d’un grand pas en avant artistique de Laurel Halo par la manière abrupte dont il avait été conduit. La transition stylistique de l’artiste américaine lui avait fait mettre de côté les vocaux qui avaient caractérisé Quarantine, un « debut album », conçu, il semblerait, pour une expérience brutale.

Le second opus avait, alors, fait montre d’une beauté revendiquée et inattendue ; Dust, lui, va s’employer réunir les deux composants desdits albums et y ajouter de nouveaux schémas tout aussi captivants.

Le phrasé râpeux et le hurlement de « Buh-bye » fera référence à la techno dépouillée du disque précédent mais le coeur du disque sera sur cet ersatz de soul constituée par « Do You Ever Happen » ou « Sun To Solar ».

La respiration de Dust sera, par moments, facile et régulière et même ses beats seront relâchés et distendus. On remarquera alors le groove bouillonant de « Moonwalk » où l’esthétique de Halo se révèlera affranchie de toute tension mais tutoyant l’euphorie.

***1/2.

Big Thief: « Capacity »

La ligne de guitare mélancolique qui introduit ce deuxième opus du combo installe immédiatement la trame lo-fi que Big Thief veut faire naître dans Capacity. On y ajoute des notules tendres et lyriques pour un résultat qui vise à nous hanter.
Cette obsession a sa source dans ces émotions qui ont pour noms douleur amoureuse et ferveur des saisissements.
Un titre comme « Mythical Beauty » ou la chanson titre ajoutent ainsi souffrance et accalmie comme signes de rédemption avec guitares en distorsion et vocaux qui s’approfondissent la notion de chagrin.

Il ne restera alors qu’à laisser les mélodies flotter en apesanteur pour se libérer de cette tension sous-jacente et de ces traumas.

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Offa Rex: « Queen of Hearts »

Quand on se plonge dans le répertoire des Decemberists, on ne peut que noter la façon dont le combo a été influencé par le folk britannique traditionnel. Il n’est donc pas totalement surprenant qu’il se soit associé à Olivia Chaney vocaliste anglaise, elle aussi imprégnée des mêmes éléments sous le nom de Offa Rex.

Les musiciens assurent ici les « backing vocals » à The Queen of Hearts et l’ensemble nous offre une revisite modernisée de ce que d’autres groupes comme Fairport Convention ou Steeleye Span se chargeaient de véhiculer au seuil des années 70.

Sur « Blackleg Miner » c’est Colin Meloy qui va s’emparer des vocaux alors que ceux de Chaney (par exemple sur «  Sheepcrook and Black Dog ») font preuve d’une envolée lyrique inhabituelle dans le genre.

Le groupe nous propose d’ailleurs ici des arrangement de guitares métalliques rappelant le label « Kill Rock Star » et, si on trouve matière à parler d’exploration de la chose obscure, c’est plus du côté de Black Sabbath que de Jethro Tull qu’il convient de se pencher.

On pourra également évoquer ces artistes illustres que sont Sandy Denny et Richard Thompson tant dans la façon dont Meloy et Chaney s’entendent à merveille pour rivaliser de somptueuses harmonies (« To Make You Stay ».)

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Richard Dawson: « Peasants »

Les schémas narratifs des onze titres qui jalonnent Peasants se placent dans le royaume anglo-saxon de Bryneich mais, si on peut y trouver fétichisation de l’époque médiévale, elle n’a rien à voit avec celle de Game of Thrones.

L’album se veut, en effet, dépourvu de tout climat épique et s’attache plutôt à nous présenter des vignettes à la Mervyn Peake, saugrenues et faites de personnages cinglés, paillards et rabelaisiens.

Dawson crée pour cela une musique dont l’expression semble rabougri, le phrasé écervelé et divaguant et un jeu de guitare tendu et brutal.

Accompagné de quelques interjections de synthé, Peasants nous propose le panorama assez cru et peu amène d’une humanité incapable d’échapper à ses travers.

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Fleet Foxes: « Crack-Up »

Il aura donc fallu attendre six années pour que ce troisième album des Fleet Foxes voit le jour et l’on retrouvera sur Crack-Up les mêmes harmonies dont la fluidité était la marque de fabrique du combo indie-folk dirigé par Robin Pecknold.
Pourquoi si longtemps serait-on alors à-même de se demander d’autant que la technicité des arrangements multi-couches si idiosyncratique du groupe est toujours là.

La réponse se trouve sur le titre phare du disque, un «  Third Of May / Odaigahara » dont la mélodie est tout simplement éblouissante. Le morceau ne se laisse pas saisir facilement mais il est représentatif de ce que le groupe a pu emprunter au chant grégorien.

L’approche minimaliste de « Fool’s Errand » nous rappellera ainsi ce qu’un choeur de vocalistes peut apporter avec rien de plus que des voix a cappella et une steel guitar peuvent véhiculer en matière d’émotions. La chanson finale, morceau titre de plus de six minutes, résumera parfaitement en quoi le combo est capable d’installer son empreinte sans compromettre un style qui sait à merveille ne pas se contenter de répliques de second ordre. On touche ainsi à la quintessence de ce qui constitue Fleet Foxes, la réticence aux accommodements mais aussi la véhémence de la prolifération régie par l’instinctuel.

***1/2

Peter Perrett: « How The West Was Won »

En 1978, Peter Perrett introduisit ses débuts avec cette phrase : « Je flirte toujours avec la mort. » Près de 40 ans plus tard, depuis la séparation des Only Ones le chanteur nous déclare : « Mais je ne suis pas mort, du moins pas encore. »

Entre ces deux proclamations, Perret a eu le temps de passer au travers de désillusions et addictions, le tout constellé d’élans mystiques et d’effondrements crépusculaires.

La dégradation est toujours là mais elle est ici comme jugulée, aguerrie qu’elle est par des choses comme l’humour, l’intérêt pour choses autres que son égo (allusions à la politique américaine par exemple), des références musicales comme Dylan (plutôt que Lou Reed à qui il était comparé auparavant) et une utilisation de la slide qui va au-delà des archétypes de la mouvance post-punk.

Cette immédiateté et cet esprit se retrouvent tout au long d’un album, tout comme cette plongée dans l’intimité qu’il nous révèle sans fards en exposant son amour des femmes qui sont autant de muses (Zena, de Troika, par exemple).

À 65 ans, Perrett exsude confiance et sûreté de ses choix, sentiment d’accomplissement (aidé qu’il est par ses fils), un regard en arrière qui n’a rien de blasé ni de complaisant mais, au contraire, des vocaux toujours aussi fermes et une production qui crépite.

How The West Was Won est conduit par des titres comme « An Epic Story » et « C. Voyeurgeur », un truc qui nous fait espérer que la mort demeure toujours une source de flirt pour son imaginaire.

***1/2