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Park Jiha: « Philos »

Le nouvel album de la musicienne sud-coréenne Park Jiha poursuit le travail débuté avec Communion, sorti en 2018, à la différence que Philos a été entièrement composé et joué par l’artiste.

Ici les instruments traditionnels continuent d’effacer les frontières entre les genres et les époques, donnant naissance à des espaces à la quiétude mouvementée, à l’image du titre « Easy » qui voit l’artiste libanaise Dima El Sayed lire un poème sur l’impossibilité de prendre les choses à la légère face aux menaces climatiques, aux guerres qui plombent la monde et aux déplacements de population.

Park Jiha livre un deuxième opus moins policé et plus engagé, où l’amour demande un investissement de tous les instants, livrant des mélodies enrobées de field recordings dissimulés en arrière plan, faisant ployer l’espace sous ses doigts et à travers son souffle, chargeant l’espace de notes pleines de mélancolie rêveuse, où la tristesse côtoie les instants de bonheur fugace. Un opus chargé d’émotions et de sensations à la beauté indescriptible. Magique.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mick Sussman: « The Rosenberg Algorithmic Music Generator: Selected Works, Vol. 2 »

La création de logiciels musicaux est l’occasion de repousser les limites de la créativité en informatique et de mesurer l’apport de l’intelligence artificielle, via certaines oeuvres, à l’image de Proto, le nouvel album de Holly Herndon.

Pour Mick Sussman, l’élaboration du logiciel The Rosenberg Algorithmic Music Generator pose la question de savoir qui est le créateur, lorsqu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour déclencher la création de titres composés par sa machine.

Mélange de chaos et de rythmes décalés, de mélodies frénétiques qui n’ont rien à envier à un Aphex Twin, ce Selected Works, Vol.2 est l’occasion de mesurer la distance qui nous sépare de machines nourries par nos émotions, et capables de régurgiter un monde singulier qui est le reflet de leur lente mais inexorable mutation. Intriguant.

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24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The London Sound Survey: « Thames »

Membre du Langham Research Centre, Ian Raws est l’homme derrière l’incroyable projet The London Sound Survey, plongée abyssale dans le coeur de la capitale anglaise, qu’elle soit géographique ou temporelle, qui voit la ville prendre vie à travers des centaines d’enregistrements effectués dans différents lieux à des moments distincts, témoignages ethno-musicaux de sonorités qui disparaitront un jour de l’oreille des londoniens.

The London Sound Survey est un travail colossal, allez sur son site pour vous faire une idée de l’amplitude du labeur, avec ses cartes et ses informations historiques, ses enregistrements et ses différentes catégories, des field recordings enveloppant ses rues et ses monuments, ses rites religieux et ses changements climatiques, sa faune et son urbanité, révélant une musicalité insoupçonnée.

Thames n’est que l’esquisse de The London Sound Survey, voyage sur les bords de la Tamise, avec ses ponts qui coulissent et ses ascenseurs qui montent et descendent, les sirènes de bateaux naviguant sur ses eaux troubles, oiseaux et grenouilles rompant la monotonie mécanique d’une ville aux bruits incessants.

Thames est une virée de l’intérieur, focus d’un instant donné à jamais dissous et avalé par des temps qui changent, laissant derrière eux l’empreinte et le souvenir d’instants éphémères, captés remarquablement par les micros de The London Sound Survey.

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24 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Thomas William Hill: « Grains Of Space »

Multi-instrumentiste et compositeur de musiques pour films, Thomas William Hill fut membre de la formation Wauvenfold pendant un temps, puis fonda le trio Origamibiro aux cotés du contrebassiste Andy Tytherleigh.

Avec Grains Of Space, deuxième album sous son nom, Thomas William Hill contemple la beauté du monde et lui offre un manteau de lumière, à coups de viole de gambe, de trompette, de kalimba, bol tibétains, harpe, métallophone, piano, cordes et autres arrangements divers et variés.

Les images défilent sous nos yeux ouverts, dévalant des collines gorgées de mélancolie heureuse et de souvenirs aux couleurs effacées, faisant tournoyer les silences dans les profondeurs d’un espace au mouvement perpétuel, livrant aux tous noirs une nourriture céleste à la véhémence enivrante.

Grains Of Space s’amuse de tout, comblant les silences de notes et de mélodies virevoltantes, dansant sur les cimes nuageuses de cieux dégagés, invitant les instruments à combiner leurs textures pour s’enfuir de la médiocrité et pénétrer avec force dans l’immensité. Sublime.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Suldusk: « Lunar Falls »

Suldusk, c’est aussi Myrkur ; ces deux patronymes étant les alias de Emily Highfield, une Australienne qui décrit son projet solo. Suldusk n’est pas une copie carbone pourtant, il semblerait que l’une des références principales de la jeune femme soit le défunt Trees Of Eternity, autre pseudonyme de la musicienne. Ce que Lunar Falls propose va être un habile mélange entre folk black metal, neo folk et post rock sombre. Une musique à la fois romantique dans son acception littéraire et poétique, mais tout de même assez éloignée des poncifs européens du genre.

Le nom qui vient également à l’esprit est Blackmore’s Night. Dans sa simplicité, sa douceur et son côté très accessible (la plupart du temps, les éléments metal intervenant de manière plus que sporadique), Suldusk a vraiment des points communs avec « Shadow of the Moon ». Bref, Lunar Falls ne fera fuir personne Ceci dit, son positionnement est tel qu’il pourrait être jugé trop légerpar les fans de metal et trop metal par les fans de dark folk. Ce qui serait assez dommage car ce disque est vraiment plaisant, à défaut d’être original.

***1/2

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Haelos: « Any Random Kindness »

La formation anglaise Haelos présente ici son tout nouveau disque intitulé Any Random Kindness. Le groupe nous a prouvé qu’en 2016, avec Full Circle, il était possible de faire un disque trip-hop ambiant sans tomber dans le trop cérébral, le trop pensif. Avec leur nouvel album, on revient sensiblement dans les mêmes terres battues, pour être encore plus fort que leur opus précédent.

D’entrée de jeu, on pourra apprécier « Buried In The Sand », la seconde piste du disque. Les boîtes à rythmes et la voix gracieuse de Lotti Benardout qui s’ajoutent donnent toutes deux d’agréables textures sonores à l’oreille. Tandis que sur « Deep State », on y va d’accords de piano mélancolique et de guitare douce qui permettent de bercer l’auditeur et de tempérer l’espace sonore de ce très joli projet. Avec «  ARK », on va s’orienter vers quelque chose de plus mystérieux et percussif à la fois. La cymbale et le piano y seront des instruments de prédilection et y occuperont la place la plus importante et le rythme y sera plus diffus, et « ambient » permettant de reconnaître la signature du groupe.

Ensuite, sur « Boy Girl », on sera dans un domaine plus hip-hop ; on scande des paroles à coup de boîtes à rythmes sous des arrangements électroniques embrouillés. La voix féminine de Lotti se mêlera à celle, masculine du disque, et l’un répondra à l’autre comme sur une conversation.

On sera un peu plus en mode jazzy avec le titre « Kyoto ». Les accords répétitifs au piano, avec des sonorités lounge en arrière-plan, proposent ici un univers de renouveau à la Haelos et le refrain sera quasiment une ode aux cerisiers qu’on peut retrouver dans la ville ici évoquée

Ici, la voix utilisée sous toutes sortes de formes, sera décomposée, du plus puissant au moins fort, apportant avec audace un dynamisme particulier et astucieux.

Ceci étant dit, Haelos prouve encore une fois que leur bagage musical est important pour la scène électronique indie anglaise. Any Random Kindness est fait pour un public avide de curiosité. Il ne suffira que de tendre l’oreille pour participer à cet élixir musical.

***1/2

23 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sam Cohen: « The Future’s Still Ringing In My Ears »

Le récent succès de Kevin Morby, on le doit également à un autre homme : Sam Cohen. En effet, l’ex-membre d’Apollo Sunshine est aux commandes de ses plus grands et incontournables albums. L’homme de l’ombre basé à Brooklyna décidé de faire son grand retour après quatre années de silence radio avec The Future’s Still Ringing In My Ears.

Signé sur un label qui n’est autre que celui de Danger Mouse, Cohen nous présente ses choses à dire sous la forme de onze nouvelles compositions autoproduites (avec une aide précieuse de Danger Mouse créditée à la co-production mais sa patte est plus que présente), il poursuit sa voie qu’il avait emprunté avec son titre psychédélique « Use Your Illusion » aussi bien mystique que mélancolique et sa bande-son hantée The House of Rising Sun. Une fois de plus, son mélange de pop psychédélique et d’indie rock groovy fait effet avec ses claviers complètement trippy et ses arrangements quasi-Dylanesques comme sur « I Can’t Lose », « Something’s Got A Hold On Me » ou bien même sur « Man On Fire ».

Aussi bien rétro que psychédélique, Sam Cohen prend un regard détaché sur la société et dépeint un futur plutôt incertain et pas très optimiste. Ce sera avec des instrumentations vintage qui alimentent son sens du storytelling que l’on a affaire comme « Invisible Song », les arrangements au piano du plus bel effet de « Deafening Silence » sans oublier les guitares bien rétro et fumeuses qui habillent « Dead Rider ». Mentionnons tout de même l’audacieux « Let The Sun Come Through » qui pourrait faire office de pièce maîtresse de cet opus qui fourmille de nombreuses idées, n’en déplaise avec les nostalgiques « Waiting For My Baby » et « The Future ».

On pourra considérer The Future’s Still Ringing In My Ears comme un point tournant dans la créativité de Sam Cohen. On retrouve certains aspects qui ont fait le succès de Kevin Morby mais avec cette pointe de psychédélisme que l’on soupçonnait sur son premier album mais également lors de ses travaux précédents auprès d’Apollo Sunshine ou de Yellowbird. Grâce à l’aide précieuse de Danger Mouse, le musicien est définitivement prêt pour passer de l’ombre à la lumière avec un avenir plutôt bien tracé.

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23 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Olden Yolk: « Living Theatre »

Olden Yolk avait publié un premier album qui fut un classique instantané tant Shane Butler de Quilt et Caity Shaffer que l’on a aperçu aux côtés de Molly Burch nous avaient concocté une livraison de superbes chansons indie folk psychédéliques mises en boîte par Jarvis Tarveniere en personne. Il n’est pas question pour eux de se reposer sur leurs lauriers car voilà qu’ils nous présentent leur successeur nommé Living Theatre.

Inspiré par le mouvement comique expérimental new-yorkais du même nom où l’heure est d’exorciser ses pensées les plus profondes, Olden Yolk décide de passer à l’étape supérieure. Plus expérimental qu’à l’accoutumée, le superduo compte lorgner du côté de l’art-rock et de la dream-pop tout en conservant leurs bases folk psychédélique des débuts comme l’atteste des superbes titres comme « 240 D », « Meadowlands » ou encore les sonorités 70’s de « Cotton & Cane ».

Contrairement à leur prédécesseur, Olden Yolk met de plus en plus l’accent sur la complémentarité tant Shane Butler et Caity Shaffer se partagent les tâches. Cette dernière arrive à imposer sa patte sur des morceaux qu’elle interprète comme les punchy « Blue Paradigm » et « Every Ark » tandis que Shane Butler sait nous captiver comme bon lui semble sur les percussions jazzy et les ébulitions électroniques de « Violent Days » et le cacophonique « Grand Palais ». Bien évidemment, le retour au calme est prévu avec le serein « Distant Episode » sans oublier ses instrumentaux méditatifs « Meadowlands » et « Angelino High ».

Moins facile d’accès que leur prédécesseur, il en résulte un disque plus court certes mais totalement ambitieux et brillant qui fait une fois de plus ressortir l’alchimie musicale du tandem de Brooklyn qui ne finit pas de nous impressionner.

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23 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Ryan Pollie: « Ryan Pollie »

Los Angeles Police Department était le nom donné au projet musical de Ryan Pollie. En l’espace de deux albums, l’auteur-compositeur-interprète de Los Angeles s’est créé une petite place sur la scène bedroom-pop avec ses compositions touchantes et mélodiques. Cette année, il se réinvente et revient sous son véritable nom.

Il est vrai qu’il s’est passé pas mal de choses du côté de Ryan Pollie. Entre relations complexes avec ses parents et son cercle, une rupture amoureuse qui l’a cloué au sol et pour couronner le tout, la bléomycine qui vient pointer le bout de son nez. Une personne lambda aurait pu être au bord de rouleau mais pas notre hôte qui a réussi sa chimiothérapie et est prêt à en découdre en musique. Prenant un virage à 90°, on s’éloigne de la bedroom-pop des débuts pour une virée plus country-folk, Ryan Pollie se sent renaître tout au long de ces huit morceaux que composent le morceau et qui s’apparentent à un efort quasiment liturgique.

En effet, une ambiance religieuse plane tout au long de ce troisième opus tant Ryan Pollie est à la quête de la rédemption. Que ce soit sur des titres comme « Aim Slow », « Get Better Soon » ou encore « Only Child », on plonge dans une ambiance bucolique presque innocente avec ses arrangements précis. Bien que les influences dignes de Sparklehorse et de Neutral Milk Hotel qui avaient baigné son univers musical sont nullement présentes, il ne fait aucun doute que le californien renaît de ces cendres et a pour cible le ciel vec des ritournelles folk à l’image de « Raincoat », « Stereo » ou bien même de « Eyes of Vermont ». Ne restera plus à l’auditeur departiciper à sa chorale.

***1/2

23 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Nova Materia: « It Comes »

Membres de feu Pánico, la française Caroline Chaspoul et le chilien Eduardo Henriquez n’ont pas baissé les bras après la dissolution du groupe, choisissant de continuer la route ensemble et de faire parler les machines au contact de pierres et de tubes en acier.

It Comes leur premier album, paru en septembre 2018, est l’occasion de faire danser les corps et de laisser respirer les consciences, de conjuguer matières organiques et composés électroniques, de mixer l’eau et le feu, le calme et la tempête.

Nova Materia est expert en l’art de faire sonner roches et tuyaux métalliques, pourchassant un futur qui fait plus rêver grand monde, tant les technologies sont omniprésentes. Le retour à des instruments naturels, analogie de ce que être l’image du shaman, colle à leur univers fait de transe et de loops entêtants, de recherches sonores et de combinaisons authentiques, délivrant des titres aux atmosphères tournoyantes qui ne sont pas sans évoquer Einstürzende Neubauten partageant l’espace aux cotés de Wolfgang Press, Throbbing Gristle ou Wire. À ranger entre organique ou tellurique et électronique ou expérimental.

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23 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire