Oliver Coates: « Shelley’s on Zenn-La »

Le titre quelque peu abstrait de cet album, Shelley’s on Zenn-La fait référence au Shelley’s Laserdome, un nightclub relativement célèbre de Stoke-on Trent à la lisière des années 80/90.

Ici, il s’agit de créer un paysage de fiction, sis dans divers quartiers de Londres et de faire revivre la culture rave au moyen de panoramas oniriques à grands renforts de violoncelles instrument de prédilection de Coates) et de modulations atypiques émulant percussions électroniques et de synthétiseurs.

Approche peaufinée et conceptuelle donc, pour celui qui a été diplôme au plus haut titre de la Royal Academy of Music et qui s’emploie à confirmer le fait qu’il est le violoncelliste favori de Radiohead.

Le disque se conjugue en couches qui se superposent, en vocaux éthérés (« A Church ») servi qu’il est par lune narration puissante comme sur « Norrin Radd Deaming ».

Sous-jacente, bouillonnera une euphorie cachée qui parcourt chaque composition comme pour atomiser les règles de composition et de production rigides que s’est fixé le musicien.

La plupart de ces dernières utilise Renoise un séquenceur numérique employant des séquences percussives particulières en chiffres hexadécimaux et formalisées en vagues soniques. Le résultat est une étude contemplative des schémas musicaux innovante pour qui est d’humeur expérimentale, fastidieuse pour qui peu chaut l’abstraction.

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Blood Orange: « Negro Swan

Le quatrième album studio de Devonté Hynes, alias Blood Orange, est un pur délice. La délicatesse et le raffinement au programme de ce Negro Swan est tout simplement remarquable!

Autour de chansons pop, soul ou hip-hop à l’anglaise parfois aromatisées de jazz ou même de gospel, ce surdoué arrange et réalise des environnements texturés, enveloppants, très sensuels, fastes constructions mélodico-harmoniques, probablement trop complexes et trop subtiles pour fédérer le grand public.

On imagine déjà une scission dans les perceptions: ce que les uns considèrent comme une succession de parenthèses décousues et informes sera perçu par les autres comme de brillantes transgressions pop.

Choeurs, claviers acoustiques ou synthétiques, instruments à vent (saxos et flûtes), cordes électriques, extraits de conversations privées, bidules électroniques et logiciels sont au service d’un songwriter supérieur, contre-ténor de culture afro-britannique, habité par les esprits de la musique.

Chose certaine, tout féru de grande musique populaire ne peut plus ignorer le talent exceptionnel de Dev Hynes, esthète parmi les esthètes. Difficile de prévoir si cette approche idiosyncrasique fera école, les paris sont ouverts.

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Paul McCartney: « Egypt Station »

Le meilleur musicien des Beatles a aujourd’hui 76 ans, poursuit paisiblement sa route au crépuscule de l’existence… et voilà un 17e album studio à l’enseigne d’Egypt Station.

On l’a dit des centaines de milliers de fois, Paul McCartney n’a pas sculpté tant de joyaux depuis ses débuts en solo, on pense surtout à RAM et Band on the Run au tournant des années 70, on pense aussi à Chaos and Creation in the Backyard, réalisé en 2005 par Nigel Godrich, proche collaborateur de Radiohead.

En 2013, il a tenté un joli coup de substance actualisée avec New, en travaillant avec Giles Martin (fils de Sir George), Mark Ronson (Amy Winehouse) et d’autres bêtes de studio. On ne s’est pas roulé par terre. Le revoilà, cinq ans plus tard, avec le réalisateur vedette Greg Kurstin (Adele, Lily Allen, Foo Fighters, Pink, etc.) sauf pour la chanson « Fuh You », baudruche gonflée par Ryan Tedder (Ariana Grande, One Direction, Camilla Cabello, etc.).

De prime abord, aucune réforme au programme de Sir Paul, sauf cette transparence acquise avec l’âge, cette érosion souhaitée de son optimisme végétarien et milliardaire. «Que m’est-il arrivé? Je ne sais pas», laisse-t-il échapper, sincèrement dérouté dans la chanson « I Don’t Know », liée à l’introduction et qui ouvre la voie aux 14 qui suivent. Ainsi défilent les incertitudes de l’existence, les courtes victoires du bonheur conjugal sur la dépendance à l’alcool et à l’herbe, le tout simple désir de paix des humains, la vulnérabilité et le réalisme cru d’un mortel malgré la légende et la fortune qui le capitonnent.

En bref, un album plus simple et plus intime, sans grande imagination mais sans excès de propreté. Aucune surproduction, aucune grandiloquence à l’horizon. Typiques pour la plupart de Macca, ces chansons d’Egypt Station varient entre pop consonante, rock, folk pop beatlesque, ponctuées parfois par des exceptions telle « Back in Brazil  » qui porte bien son nom. Les exécutions sont irréprochables, sauf… la voix de Sir Paul, certes flétrie par l’âge mais pas assez pour créer ce malaise que l’on ressent chez ceux qui ne savent pas s’arrêter.

* * * 1/2

Black Rebel Motorcycle Club: « Wrong Creatures »

Black Rebel Motorcycle Club fut un des groupes les plus en vue quand, au début des années 90 on eut drait à un renouveau du « garage rock. Leur démarche était cool, leur esthétique « rétro », leurs tenues et lunettes noires. So on ajoute leurs guitares en fuzz et leurs vocaux détachés, il furent comparés, à l’poque et sans que ce soit inapproprié, à Jesus and Mary Chain.

Leur premier album éponyme en 2001 est même devenu un classique du genre mais B.R.MC. montra très vite qu’il n’était pas aussi obnubilé pair cette image. Leurs troisième opus, le méconnu Howl, les vit apporter un son « dark americana » à leur répertoire et, sur les albums suivants, ils se rapprochèrent de plus en plus des tonalités qui les avaient rendus célèbres à leurs débuts. Les résultats étaient satisfaisants mais certainement pas mémorables.

Pour un disque qui marque leur vingtième anniversaire

Wrong Creatures ne donne pas l’impression de mettre au défi les détracteurs de notre combo. Le titre d’ouverture, l’instrumental « DFF » est pourtant percutant à souhait : percussions sinistres, humeur pleine d’acrimonie, mais, dès que les « véritables » chansons démarrent, très vite s’aperçoit-on que, non seulement elles sont trop longues, mais que ce consistance à les faire durer ne fait que les rendre laborieuses et prévisibles plutôt qu’envoûtantes.

Avec une vingtaine d’années au compteur on pourrait attendre autre chose même si, à la décharge du groupe, on peut se féliciter de les voir capables d’accélérer les cadences, paer exemple sur « King of Bones » et ses vocaux impérieux et une patte industrielle que ne démentirait pas Trent Reznor.

Sur les titres lents aussi, un « Haunt » façon Nick Cave, le combo est capable d’insinuer une menace reptilienne, mais la plupart des compositions, à l’instar de «  Questions of Faith », démarrent efficacement mais peinent à développer leur potentiel sur la durée.

Ce n’est que sur « Ninth Configuration » que l’intensité montera d’un créneau et c’est d’ailleurs sur la dernière partie de Wrong Creatures que ce qui rendait B.R.M.C. si unique se manifestera dans sa nervosité tapageuse, par exemple sur « Little Thing Gone Wild » plein de morgue ou sur un « Circus Bazooko » carnavalesque à souhait avec une empreinte Beatles/Brit Pop si pétillante qu’on se mettrait à souhaiter que le combo s’y complaise un peu plus.

Au chapitre de ce que l’on pourra déplorer, on pointera du doigt un « Calling Them All Axay » at sa psychedelia trop empruntée à Jason Pierce et les influences exotiques que l’on avait déjà décelées chez eux. « Carried From The Start » rappellera le B.R.M.C. de jadis mais sans le même caractère et c’est dans le « closer » « All Rise » que l’on pourrait avoir une indication de la prochaine direction que le groupe pourrait emprunter ; une plus grand effort mélodique dans la cadence et une sorte de rencontre entre Verve et Mercury Rev. Cette grandeur arrive, hélas, un peu trop tard pour que l’album acquière une forte identité.

B.R.M.C. demeure un groupe étrange ; il a l’oreille quand il est question de production mais il lui reste toujours difficile d’égaler ses premiers efforts. Wrong Creatures est l’exemple type du disque à déguster en concert avec ce que le « live » peut avoir comme effet en matière de rémanence.

***1/2

Muncie Girls: « Fixed Ideals »

Muncie Girls sont en colère ; pas dans le style vindicatif et péremptoire de beaucoup de leurs contemporains, certes, mais la frustration est, chez eux, palpable. Tout au long de ce deuxième album, la guitariste et vocaliste Lande Hekt nous offre ses commentaires désabusés sur l’état de notre société, en insistant sur le sexisme ou les déclarations annonciatrices de guerres.

Plutôt qu’un cri donc, le tout est énoncé à grandes renforts de soupirs, façon efficace et pus subtile que de peindre le monde en noir et blanc. Sur ce plan, par exemple sur le titre d’ouverture « Jeremy » elle s’y prend à merveille pour émuler, à sa manière, la façon insidieuse dont l’ultra-droite conservatrice infiltre nos esprits.

En mêlant le politique et le personnel (par exemple en déclarant à son père d’aller se faire foutre), Fixed Ideals devient alors un tremplin qui évite de se faire dichotomique.

L’idée de prendre soin de soi, de se préserver devint alors fondamentale, que ce soit en avordant des sujets comme l’alcoolisme ou l’a dépression. « Clinic » est, à ce titre, exemplaire tant il retrace les méandres d’une thérapie anxiogène.

Toujours en évitant de tomber dans les schémas simplistes, Hekt autorise une petite dose d’optimisme de s’infuser dans sa narration. On a droit, alors, à de petites confidences sur l’amitié : « I was thinking that maybe you could look after me » bégaye-t-elle sur le « singleé « Picture of Death » ; plutôt que de considérer les épreuves de la vie sous le mode marteau piqueur qui vous vrille le cerveau, elle nous offre et nous ouvre à des horizons assez puissants pour qu’on puisse les identifier et, travail sur soi oblige, et les mieux juguler.

***

Joan of Arc: « 1984 »

Les détracteurs de ce combo de Chicago accusent Joan of Arc de se complaire sans la bizarrerie et de le chercher que comme une fin en soi. Ses supporters, en revanche, considère que le fait de la cultiver fait partie de la décharge émotionnelle qui permet à son leader, Tim Kinsella, des formules conventionnelle de l’indie-rock.

Le précédent opus, He’s Got the Whole This Land is Your Land in His Hands, leur avait permis de reconsidérer leur démarche après une absence de quatre ans ; 1984 (leur 24° LP en 25 ans de carrière) marque une nouvelle variation dans l’approche du groupe.

Il est mené non pas par Kinsell mais par la guitariste Melina Ausikaitis qui gère aussi les parties vocales de 8 des neuf plages.

À l’inverse de la discographie d’avant, jalonnée par un éclectisme forcené, 1984 fait montre d’une certaine cohérence stylistique, principalement grâce à la voix remplie de miel et de saccharine d’Ausokatis ondoyante à souhait et épousant à merveille une production « ambient ».

À cet égard, on pourra ainsi penser à Joanna Newsom ou Carrie Brownstein, en particulier sur le puissant « People Pleaser ».

Ce nouveau LP devrait réconcilier le groupe avec ses fans les plus fidèles, pas nécessairement parce que tout y est interprété avec une impressionnante retenue instrumentale (Maine Guy est le plus souvent a capella lors de ses interventions et l’électronique affiche une quiétude apaisante) mais aussi parce que les harmonies de « Psy-fi/Fantasy »  évoquent le face la plus douceâtre des Flaming Lips ou, en allant jusqu’au bout, l’album solo de Thurston Moore, Deconstructed Thoughts.

« Vermont Girl », le seul morceau où les guitares peuvent se rapprocher du registre « emo » plus direct de Kinsella ne troublera pas la tonalité « laid back » de l’album ; Lui et Ausikaitis peuvent se féliciter d’avair ménagé de telles ouvertures dans leur plateforme expérimentale.

***1/2

Menace Beach: « Black Rainbow Sound »

Black Rainbow Sound est le cinquième album de ce quintette de Leeds et il marque un changement radical par rapport au précédent, Lemon Memory.

Les compositions indie-pop font montre de la même intensité viscérale mais celle-ci est agrémentée aujourd’hui de quelques déclinaisons funky. mais les orchestrations sont, ici, faites de boîtes à rythme, synthétiseurs, loops et guitares bruitistes.

Le line-up du groupe est toujours le même, toutefois le disque est ici produit par Matt Peel (Eagulls) et sur la chanson titre s’enrichit de la participation de Brix Simith (The Extricated, The Fall). Cette collaboration atypique donne vie à un opus qui explore encore plus loin l’univers unique qui était le leur, à savoir une no-wave, bizarroïde, des synthés analogiques et une electronica instable.

« Tongue » empruntera une approche vocale plus mélodique malgré des guitares tendues grâce au phrasé subtil de Liza Violet dont le voix chevauche le chaos avec aisance.

Il y aura d’ailleurs une constante dans tout l’album ; une l’électronique discordante et inhumaine ouvrant la voix à des textes aux tonalités iconoclastes. L’esthétique étrange ne se démentira alors pas ce qui fait que Black Rainbow Sound pourrait presque être considéré comme un exercice d’exploration de l’inconnu.

En maintenant ce contraste entre riffs de guitares et beats electro Black Rainbow Sound se révèle ainsi comme un solide album electro-indie.

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NOTHING: « Dance on the Blacktop »

La genèse de NOTHING est marquée par la turbulence et la violence puisque sa naissance a pour sources les conduites infractionnelles de la scène hardcore menée par Domenic Palermo. De ce nihilsme est pourtant issu un deuxième album, Tired of Tomorrow, une surprenante lichée de shoegaze et de dream pop qui cristallisa le renouveau de cette scène; réunion fantasmée de Slowdive, My Bloody Valentine et Ride.

NOTHING s’appuyait sur la façafe la plus sombre du mouvement, celel qui était marquée par des riffs grunge et des textes émanant des ruminations les plus anxiogènes qui peuvent miner nos esprits.

Dance on the Blacktop les voit moduler leurs émotions; celles-ci demeurent toujours le récit d’agitations et de frustrations mais la tonalité sonique est beaucoup plus axée sur l’élévation. Les riffs sont toujours aussi lourds mais une forme d’apesanteur seimble s’en dégager, un peu comme si les montagnes russes de nos tourments avaient atteint une sorte de plateau.

Les sons métalliques acquièrent alors une fibre tactile qui pourrait être celle d’une plume même quand le groupe appuie un peu plus sur la pédale de distorsion et les « singles » « Zero Day » et « Blue Line Baby » sont rudes mais chatoyants et « (Hope) Is Just Another Word In It » se situent sur le pendant le plus optimiste de l’emo.

« Us/We/Are » rappelera étrangement le « Creep » de Radiohead ce qui ne fera qu’accentuer la sensation que, malgré cette tentative louable d’aller de l’avant, Dance on the Blacktop se rapproche plutôt de l’involution.

**1/2

Idles: « Joy As An Act Of Resistance »

C’est un genre qui se prête à beaucoup d’imitations, la plupart insipides et monotones ; voilà pourquoi Idles est comme un rayon d’espoir plutôt tapageur si on le compare aux nombreux épigones du post-punk atteint de sinistrose façon Joy Division.
Après un Brutalism au titre absurde, voire ridicule, noter combo de Bristol est de retour avec une appellation symptomatique :Joy As An Act Of Resistance.
Les rythmes de ses douze morceaux sont changeants, semblables à des montagnes russes, alors que les accroches vocales se font si immédiates et gratifiantes qu’il nous faudrait de nombreuses écoutes pour capter les substances et nuances de chacune des compositions.
Les percussions sont doublées dans le mix, donnant une amplitude encore plus étendu à la frappe de Jon Beavis et, en matière de production, l’influence de Steve Albini ne cessera de se faire, ici, sentir.
Les textes amplifient une dramaturgie, celle où la confusion justifie une forme de cynisme et d’éloge de la duplicité sous couvert d’humour, excuse qui ne sonne pas toujours à bon escient. Les références culturelles du chanteur Joe Talbot permettent heureusement à Idles de se distinguer de cette armada de groupes pleins de morgue et de morve. Être capable de faire allusion au Brexit et à Pavement sans faire fuir est même signe d’un certaine créativité. Ne reste qu’à espérer que ces montagnes russes ne soient pas non plus emblématiques d’une carrière qui pourrait se conjuguer sur le mode erratique.
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Wild Nothing: « Indigo »

Wild Nothing n’est pas un groupe, mais un projet synth-pop, celui de Jack Tatum. Sur Indigo, un disque défini par une production étoffée et des beats hypnotiques, c’est la synth-pop qui est à l’honneur.

Celle-ci, bien sûr,bénéficie d’une tonalité particulière puisque, loin de s’enferrer dans des envolées, l’album émule le genre en restant le plus près possible de la source. On pourrait presque parler de « synth pop rétro » tant les sons y sont empreints de douceur, le caractère facile et décontracté, une insouciance que rien ne semble pouvoir troubler.

Le disque est instantané et goûtu, qu point qu’il semble même inlassablement parcouru par cette ambiance. Les titres rapides comme « Letting Go » vous accrochent sans vous laisser de répit (guitare foisonnante, vocaux roucoulants) alors que le morceau phare qu’est « Partners In Motion » affiche une vibe new wave laid back avec ses claviers et ses percussions joyeusement agencés sur l’avant comme pour véhiculer un climat de mode de vie noctambule.

Le spectre de vocal de Tatum s’est également amélioré depuis son « debut album » Gemini mais c’est encore là que le bât blesse. L’auto tuning et les mixes vocaux demeurent abrasifs et trop envahissants par rapports aux parties instrumentales. On retiendra, à cet égard un morceau comme « Oscillation » dont le groove régulier se verra quelque peu battu en brèche par le phrasé de Tatum.

Au bout du compte, Indigo recréera de manière plaisante les sons de la synth-pop des années 60 sans pour autant ajouter quoi que ce soit à ce que pourrait être une discographie idéale du genre.

**1/2