Rapid Talk: Interview de Sam Andrew (ex-guitariste de Big Brother)

Big Brother & The Holding Company sont surtout connus pour avoir accompagné Janis Joplin sur Cheap Thrills. Ils ne furent pourtant pas que cela; la venue de leur guitariste Sam Andrew permet de reconsidérer à la fois une carrière, mais aussi une époque.

Quelles furent les circonstances de votre rencontre avec Janis ?

Nous étions déjà assez connus dans la scène de San Francisco et nous avions un manager qui avait été à la fac avec elle à l’Université du Texas. Il nous manquait un chanteur et il nous a proposé Janis.

Elle était vraiment professionnelle, elle venait toujours à l’heure par exemple, mais se montrait aussi intelligente et drôle. Il n’y a jamais eu de problèmes vous savez.

Sur Cheap Thrills on trouve un équilibre presque parfait entre le rock psychédélique de la Côte Ouest et le blues.

Nous essayions d’établir un pont entre les deux idiomes et je pense que nous l’avons choisie parce que c’était une chanteuse de blues.

Blue Cheer faisaient un peu la même chose à la même époque…

C’est vrai mais je les vois plutôt comme le premier groupe de métal du monde. Ils sont allés un poil plus loin que nous. Vous savez, ils avaient quelque chose de punk dans leur approche.

« Big Brother » c’était une référence au livre de George Orwell ?

Tout à fait, le Gouvernement et sa bureaucratie et « The Holding Company » était basé sur la façon dont le capitalisme se constituait en « holdings », en multinationales. En même temps, « are you holding », en argot, était une façon de demander à quelqu’un s’il avait de la drogue.

Et puis il y a cette pochette dessinée par Robert Crumb…

Ça allait de pair avec nos visions de la société. On adorait ses personnages. À l’origine cet album devait se nommer Dope, Sex and Thrills; qui d’autre aurait pu l’illustrer ?

Votre reprise de « Summertime » est très singulière, en particulier vos arpèges de guitare…

J’écoutais beaucoup de Bach à l’époque. Il avait composé une suite pour clavier construite sur le même mode mineur Je l’ai ralentie, appliquée à « Summertime » et avons décidé d’interpréter tout le morceau sans utiliser d’accords et en ne jouant que des lignes mélodiques.

Ensuite vous avez étudié le contrepoint…

Tout jeune déjà je jouais de la guitare classique, du pipeau ainsi que de la flute à bec, beaucoup de Bach et de compositeurs du 18° siècle. Parfois c’était déroutant d’être entre ces deux portes. Tout le monde, un jour, est confronté à ce dilemme de savoir jusqu’où suivre les règles et quand obéir à sa sensibilité.

Vous vous sentiez schizophrène à cet égard ?

Bonne question! Ce sont deux choses différentes; dans le domaine du classique les leçons sont à vie mais, tout comme les rockers, ils cherchent à susciter la même chose : la Beauté, l’Émotion.

Comment avez-vous appréhendé la création quand, ensuite, vous avez composé pour des quatuors à cordes ?

Sans doute était-ce une manière de réagir aux excès de la période psychédélique. La contre-culture avait atteint une voie sans issue. Je m’étais dit qu’il me fallait réapprendre certaines bases pour être prêt à ce qui pouvait se présenter ensuite.

À quoi voyiez-vous qu’une ère se terminait ?

Il n’y avait plus d’innovation et les symptômes d’une reprise en main politique se profilaient. Ma démarche a été de me retirer pour réfléchir à ce que pourrait être la prochaine étape.

Tous ces groupes qui avaient une approche fusionnelle ou expérimentale n’avaient-ils rendu le rock trop respectable également ?

Tout à fait! Mais c’est ce qui arrive quand vous prenez de l’âge. Jeunes, on a tous cette envie de mettre à bas ce qu’il y avait eu auparavant. Ensuite, quand on s’aperçoit du rôle qu’on a dans l’Histoire, vient le désir d’être respectable et de se préparer à ce qui suivra. C’est une réflexion que j’ai entamée très vite après Cheap Thrills. Nous sommes devenus plus éclectiques et nous sommes, en fait, rapprochés des traditions musicales comme la chanson française ou les mélodies russes.

Rétrospectivement, comment réévalueriez-vous la drogue comme source de créativité ?

Pour répondre à cette question il faudrait le faire une fois sous l’influence et une fois quand vous avez l’esprit clair. (Rires) Je pense qu’elles ont été un grand facteur d’inspiration au tout début. Ensuite nous avons commencé à trop en prendre et cela a été dommageable pour la musique.

Aviez-vous la sensation d’appartenir à une scène avec le Grateful Dead, Jefferson Airplaine, Moby Grape ou Quicksilver ?

Je les connaissais d’avant qu’ils ne deviennent célèbres et c ‘est vrai que nous avions l’impression que nous pouvions offrir quelque chose au monde, quelque chose issu de San Francisco. Le succès venu, tnous étions tous à travailler et à faire des tournées, aussi cet esprit de clique s’est peu à peu évanoui.

Qu’en était-il de vos relations avec les groupes de Los Angeles ?

C’était différent là-bas. Je crois que nous étions un peu plus aventureux et expérimentaux. Même un groupe comme les Doors était plus ancré dans la tradition. Savez-vous que quand ils sont venus jouer pour la première fois à San Francisco, bien avant d’être connus, l’affiche disait: « La version made in Los Angeles de Big Brother » ? C’était juste parce que, à l’époque, nous n’avions pas de chanteuse… Les Doors n’étaient qu’une extension de la vision poétique de Jim Morrison. Ses disques sont comme des films de Fellini, axés sur la culture européenne d’avant garde alors que nous n’étions qu’un groupe de rock and roll.

Une réflexion sur “Rapid Talk: Interview de Sam Andrew (ex-guitariste de Big Brother)

  1. jeudi 12 février 2015, dispariton de Sam Andrew, guitariste fondateur du groupe Big Brother and The Holding Company, à l’âge de 73 ans.
    RIP freind !

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