Elisapie Isaac: « The Ballad Of The Runaway Girl »

Les chanteuses folk venues du Nord ont quelque peu le vent en poupe, Elisapie Isaac est peu ou prou de cette lignée mais à un niveau plus septentrional puisqu’elle est née d’un mère inuit et d’un père terre-neuvien et vit désormais dans l’Arctique canadien.

The Ballad Of The Runaway Girl est son quatrième album et, à l’image de ses racines cosmopolites, il est enregistré alternativement en Anglais et en Langage inuit. Son univers est ici épuré mais savamment orchestré ; une musique un peu world et sans frontières où cohabitent blues, rock ,folk ainsi que climats hantés comme, par exemple, dans le refrain de « Don’t Make Me Blue »,.

Sans frontières mais aussi sans âge, il est avant tout ici question de prêter hommage à ses racines avec un adjuvant de taille, celui d’une voix vectrice d’émotions (« Una », ou la ballade « Rodeo (Yadi Yada) » dans un esprit très proche de Mazzy Star).

Les références à son indemnité sont, bien sûr, légions à l’exemple de « Qanniuguma » ou des humeurs contemplatives de « Darkness Bring the Light ».

Tradition et modernité se juxtaposent alors comme pour montrer que, toute « runaway girl » qu’elle puisse être, Elisapie Isaac se situe avec grâce ailleurs.

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Brwon Bird: « Axis Mundi »

Voilà environ un an, le chanteur et guitariste de Brown Bird, David Lamb, succomba à une leucémie à l’age de 36 ans. Son groupe, réduit très vite à un duo avec sa femme MorganEve Swain, construisait une carrière artistique ascendante tant elle était talentueuse et unique. Elle combinait en effet le folk, le rock et des les nourrissait de souches d’Europe de l’Est et extrême orientales intrigants et façonnait un univers musical extraordinaire de passion et d’émotion.

Fits of Reason fut leur seul et unique album et, si il marquait une évolution vers le « mainstream », maintenait sa singularité. Avant sa mort, Lamb avait enregistré des demos et celles-ci furent complétées par Swain, son frère et un ingénieur du son pour qu’elle soient restituées dans leur intégrité.

Axis Mundi est une expression tirée des carnets de Lamb et représente l’endroit où la terre et le ciel se rencontrent. C’est un disque plus orienté vers le rock mais il conserve les idiosyncrasies « world » qui caractérisaient le duo. On ne peut, derrière l’énergie, occulter l’approche sombre des choses que Lamb souhaitait mettre en place ici. « Pale and Paralyzed », « “Forest of Fevers » et « Tortured Boy » en sont témoignage même si, malgré des vocaux un peu enregistrés en-dessous, ce sont des titres qui impliquent une forte détermination de par l’interprétation qui en est donnée.

Swain a choisi de conserver certains titres instrumentaux tels quels mais les parties où elle a ajouté ses vocaux, par exemple sur «  Novelty of Thought », montrent une concision et une résolution parfaitement en phase avec son époux.

L’appréhension qu’elle a de lui et de son œuvre est le plus bel hommage qui pouvait lui être rendu et, même si certains passages auraient pu être dégrossis, Axis Mundi est certainement le disque le plus fort que le duo a et aurait pu réaliser.

***1/2

Mark Olson: « Good-bye Lizelle »

Mark Olson semble avoir fait le deuil de ses précédents partenaires (The Jayhawks puis Mockingbird Time) et Good-bye Lizelle est son premier album solo depuis quelques années. On le voit ici travailler en duo avec Ingunn Ringvold et nous proposer un mélange assez riche d’arrangements qui prendront de court tout amateur d’americana traditionnelle et de vocaux peinés se fondant avec la voix plus douce de Ringwold.

L’instrumentation est organique interprétée par Neal Casal des Cardinals, Aaron Sterling (Liz Phair) et Danny Frankel (kd Lang) et on assiste ici à aucune démonstration d’égos. Les compositions sont livrées avec ce naturel de ceux qui n’ont plus rien à prouver et elles sont, pour la plupart, issues d’enregistrements pris sur le vif qui se lisent comme un carnet des voyages que Olson a entrepris ces derniers temps (Arménie, Afrique du Sud, Finlande ou Tchéquie).

Ainsi « Jesse In An Old World » affiche une tonalité très orientale, « Lizelle Djan » semble tiré d’un clavecin façon sonate de Purcell ou « Running Circles » voyage de manière hybride entre une bande-son à la James Bond et concoction japonaise à grand renfort de cordes frappées et d’harmonies vocales.

«  Heavens Shelter » reproduira la même délicatesse ne serait-ce qu’au niveau du chant, des lignes de guitares toute simples et de la voix fragile de Ringwold qui rappellera ici celle de Stevie Nicks.

L’album restera toutefois bien enraciné dans les USA en particulier avec la rythmique en staccato de « All These Games » ou la mélodie sinueuse et pop de « Cherry Thieves ».

Aucune mauvaise chanson ici, juste divers degrés dans l’excellence ; on sort de l’écoute du disque comme revigoré et rafraichi. Good-bye Lizelle est un bel exemple d’artiste qui suit son instinct créatif, jamais il n’a sonné aussi libre et inspiré.

***1/2