The Young Sinclairs: « This Is The Young Sinclairs »

24 novembre 2014

Qui n’est pas attiré par une musique qui se réclame des années 60 ? This is The Youg Sinclairs est précisément une véritable fête sonore pour qui aime les guitares en arpèges et les harmonies douces amères qui émanent de cette période.

Le titre d’ouverture, « You’re Tied » exemplifie à merveille cette tonalité. Il sonne comme s’il aurait pu apparaître sur le premier album de Love mais il est également garni d’une petit galop qu’on pourrait qualifier de « garage folk rock » : guitares carillonnantes sous des vocaux influencés par le r&b de l’époque.

« New Day » est un autre de ces morceaux de choix rempli de guitares à la Byrds et sonnant comme certains groupes des 80’s comme R.E.M. (période Murmur) qui voulaient apporter une certaine résurgence à ce style.

The Young Sinclairs ont néanmoins une tournure plus rétro, un peu comme si la new wave n’avait jamais existé. On retrouve dans leur musique un esprit détendu et communautaire façon CSN&Y ou Band (« That’s All Right », « Dead End Street »).

Ailleurs les chorus sont énormes mais subtils et des harmonies à vous faire fondre ‘ »Turned Around » façon Big Star ou « Never Uneasy » et sa cadence plaisamment tranquille à la Crazy Horse).

Bien sûr, tout cela a été fait avant ais il y a quelque chose de réjouissant à pouvoir réentendre ces mêmes éléments aujourd’hui. The Young Sinclairs ont également d’y ajouter une certaine nuance explosive mod héritée des Who. Les quatorze titres alterneront ainsi climats « laidback » et refrains plus rapides ; un morceau comme « Someone Like The Hawk » ira même dans le plus extrême de ce son « West Coast » et « Orion » sera un joli petit prodige de folk rock ou Lein Young aura eu la bonne idée d’éparpiller des étoiles de poussière sur une mélodie brumeuse.

Ce dernier titre pointe d’ailleurs déjà vers une évolution, et elle semble prouver que The Young Sinclairs ont d’autres cordes à leurs guitares et qu’ils n’en resteront certainement pas là.

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Beachwood Sparks: « Desert Skies »

2 décembre 2013

L’histoire de Beachwood Sparks s’écrit au travers de trois albums de psychedelia mâtinée d’Americana et d’un son distinctement issu de la West Coast dans la tradition établie par ldes Byrds ou les Flying Burrito Brothers.

Aujourd’hui sort une « prequel », une compilation inattendue d’enregistrements depuis longtemps introuvables qui montre, ici, un groupe dépendant moins d’harmonies laidback et hérissé plutôt d’énergie rock.

On ne sera guère étonné de trouver, dans cette première phase, un combo au son plus sauvage et débridé et dont la trajectoire va, peu à peu, s’adoucir et se nuancer lors de ses trois albums pour Sub Pop. Il ne faudra pas pour autant déduire que les compositions de Desert Skies sont des rebuts ou des chutes de studio à l’intérêt limitée : ce sont, bien au contraire, d’excellents titres.

Le plus excitant sur cet opus est que les chansons ne sont pas des « demos » mais des exercices aboutis. Il ne s’agit pas des tâtonnements qui sont le fait de tout groupe en apprentissage mais de l’album que Beachwood Sparks avait réellement l’intention de sortir à ce stade, celui d’une carrière débutante mais qui montrait qu’elle avait déjà un plan, un œil fixé sur une volonté de marquer le scène de Los Angeles et de la fixer sur disque.

Le groupe, composé de six membres à l’époque, était aussi profondément ancré dans la sémantique du rock « underground » des années 80 et 90 quand dans celle de ces générations précédentes qu’il vénérait. Tous les éléments phare de Beachwood Sparks sont là, simplement il en est d’autres en plus et certains qui sont sous-jacents.

Les influences sont donc plus larges ; les Byrds et Burritos sont immédiatement audibles mais elles sont parcourues par des bribes plus ou moins amples empruntées à Sonic Youth et à Dinosaur Jr. On constate que Beachwood Sparks n’e sest donc pas brusquement focalisé sur une identité qui l’a rendu fameux mais qu’il s’est éparpillé, tentant de trouver le moule dans lequel toutes ses idées musicales pourraient se former en ensemble cohérent.

Desert Skies est un LP de huit morceaux mais il comporte quatre titres supplémentaires sur le CD et ses versions digitales qui aident encore mieux à raconter cette histoire. Sur les titre « bonus », trois en sont des versions différentes et elles sont, de ce fait, des renseignements sur les choix auxquels le groupe était confronté.

Les deux directions sont clairement indiquées : « Sweet Julie Ann » et « Canyon Ryde » (ce dernier également ré-enregistré) ressemblent le plus à ce que le groupe allait devenir. Ailleurs, « Charm » est contenu et accrocheur et, dans ses deux versions, « Makie It Together » se révèle direct immédiat dans la tonalité Beatles qu’il fait sienne.

« Desert Skies » que l’on trouvera sous une autre forme comme chanson-phare de l’album éponyme du groupe en 2000 sera présenté ici deux fois. Les deux versions aussi différentes l’une de l’autre qu’elles le sont de Beachwood Sparks, signe que l’éclectisme du groupe n’était pas que recherche de son identité.

C’est sur « Midsummer Daydream » (près de huit minutes) que les tonalités sauvages sont le plus prometteuses alors que « This Is What It Feels Like » bascule d’une joyeuse réminiscence du rock de la British Invasion vers une jam psychédélique débridée nous faisant nous demander s’il s’agit du même groupe et même de la même chanson.

Tout cela incite à penser que Beachwood Sparks n’avait pas un boulevard devant lui, mais plutôt une bifurcation pointant vers diverses directions. Celle prise se retrouvera sur Tarnished Gold (https://rock-decibels.org/2012/10/16/beachwood-sparks-the-tarnished-gold/). Ce disque provoque indubitablement la question propre à chaque « prequel » : « Que ce serait-il passé si… ? » Il est difficile d’imaginer une réponse bien sûr, tout au plus peut-on estimer que, comme pour bien des combos pop rock, restera un potentiel prometteur mais inachevé.

©Paste


Jonathan Wilson: « Fanfare »

12 novembre 2013

Si problème il y a avec Jonathan Wilson sur cet album sophomore, c’est l’étonnant nombre d’invités de renom qui apportent leur contribution à Fanfare.

On peut citer Jackson Browne, David Crosby et Graham Nash, mais aussi Mike Campbell et Benmont Tenck des Heartbreakers de Tonm Petty, Josh Tillman (ex Fleet Foxex) mais tous participent au disque de manière à se mettre en retrait pour que ce « follow up » à Gentle Spirit soit aussi percutant que ce dernier.

Celui-ci sonnait terriblement assuré dans la manière dont il se faisait l’écho de la scène singer-songwriter de Laurel Canyon du début des années 70.

Tout excellent qu’il éait été, il ne préparait en rien à l’excellence de Fanfare y compris dans l’utilisation du La Création d’Adam de Michel-Ange pour illustrer judicieusement l’album. Fanfare respire en effet une nouvelle vie, plus tempétueuse, à ce qui peut paraître être du ressort du familier même s’il est douteux que Wilson estime être Dieu et que Fanfare représente le prototype d’un nouvel esprit. Il n’y a par contre aucune interrogation sur le fait que Wilson soit un zélote pour ce qui est du travail et que ce nouvel opus s’inscrit dans la droite ligne de Roy Harper et de Bow Weir du Grateful Dead.

Fanfare porte bien son titre dans la mesure où il est en constant mouvement, allant de l’euphorique à l’introspectif sans effort et dans la façon où il évolue entre le luxuriant et le dépouillé avec une logique sans failles. On retrouve ici une résurgence de Crosby, Stills, Nash & Young ainsi que de Crazy Horse, du Pacific Ocean Blue, cette merveillede Dennis Wilson et même Dark Side Of The Moon du Pink Floyd. Les solos de guitare, toujours West-Coast, sont électrisants comme des éclairs et rappellelent ceux du regretté John Cippolina (Quicksilver Messenger Service) ou de Barry Melton avec Country Joe & The Fish.

Tout ceci n’irait pas plus loin qu’un hommage s’il n’y avait les compositions. Celles-ci n’ont aucunement à rougir de la comparaison avec ceux dont il s’inspire ; il ne s’agit pas d’une imitation rebattue mais cette fanfare jazzo-psychédélique et un kaléidoscope foudroyant, délibérément anti-rétro, l’équivalent du fantastique A Wizard, A True Star de Todd Rundgren.

Gentle Spirit dévoilait quelques passages instrumentaux assez ternes et faisait parfois preuve de sentimentalisme. Mais pour un « debut album » enregistré à plus de 30 ans, il contenait déjà une certaine dose de conviction. Sur Fanfare la retenue n’empêche pas l’ambition. Mais celle-ci se traduit par la notion de plasir à faire de la musique, une sorte de rondeur qui a à voir avec l’affabilité. « Her hair Is Grwowing SLong » respire le David Crosby tout comme « Moses Pain », hymne endeuillé, évoque Stephen Stills mais tout cela est recraché avec une affirmation qui échappe aux stéréotypes inhérents à la Californie du Sud. Il n’est que d’écouter le morceau titre qui ouvre l’album et conjuguant vocaux immaculés mais tremblants à la Dennis Wilson et atmosphère limite mièvre façon Graham Nash pour en être convaincu.

Jonathan Wilson effelure les clichés pour mieux les survoler. Il ne les déconstruit pas mais les fait siens, Fanfare en est une merveilleuse illustration et mériterait d‘accéder au statut de « classique ».


Treetop Flyers: « The Mountain Moves »

1 juillet 2013

Dire qu’il y a quelque chose de familier dans la musique de Treetop Flyer serait enfoncer une porte ouverte. Le nom du groupe déjà se réfère à une chanson de Stephen Stills, on sait donc qu’on va avoir à faire à du « West Coast Sound » cuvée Crosby, Stills, Nash & Young et, à l’écoute, une petite touche Fleet Foxes y apportera une tonalité plus « moderne ».

Dans la lignée de ces derniers, de Mumford & Sons ou de Noah and the Whale, nous aurons droit à un folk-rock comme issu du Laurel Canyon des années 60 dans la mesure où banjos sont remplacés par guitares doucement électrifiés et esprit aérien et laidback. Le chorus qui ouvre l’album, « Things Will Change », est infectieux, porteur de ce soleil si généreux dans la Californie du Sud et tout l’album continuera dans cette optique, avec parfois quelques clins d’oeil du côté de The Band (« Houses Are Burning ») ou vers des climats plus tourbillonnants comme sur « Picture Show ».

Mais c’est surtout sur les morceaux lents que Treetop Flyers excellent. La voix de Harrison Reid est chargée d’émotion, que ce soit dans les titres hauts-perchés de la berceuse « Rose Is In The Yard » ou dans la voix de crooner sur « Waiting On You » émouvant hommage à son père décédé. Ce type de morceaux est représentatif de ce que l’on fait de mieux dans cette niche historique qu’est l’americana « chorale ».

Si on ajoute que Treetop Flyer est un combo londonien (sic!), qu’ils ait également varier sa formule avec un charmant doo-wop (« Postcards ») ou un folk acoustique, « Is It All Worth It », dont la simplicité brut clôturera The Mountain Moves avec élégance et musicalité, et on ne pourra qu’accompagner joyeusement ces échos de Fleetwood Mac , Crazy Horse ou des Eagles.

★★★☆☆

Rapid Talk: Interview de Maston.

20 février 2013

Avec Shadows, Maston a frappé très fort dans le genre de la musique psychédélique «  ambient  » mais façonnée par une esthétique californienne très sixties. Les facettes qu’il en explore en sont à la fois familières et originales  car plus cinématographiques ; il explique ici de quoi est fait son art.

Quelles sont vos premiers souvenirs musicaux  ?

Ma famille n’était pas musicienne mais ils adoraient ça et avaient une énorme collection de CDs. Je me souviens très bien en avoir toujours entendu et avoir regardé lles pochettes dès 3 ou 4 ans. Je me souviens celles de Sgt. Pepper’s, de Help  !, Face Value de Phil Collins, des albums solos de Sting. La chanson favorite de mon père était «  Our House  » de Crosby, Stills, Nash & Young et c’est la première que j’ai apprise à jouer au piano.

On parle de vous en citant Van Dyke Parks ou Ennio Morricone mais quelles sont vos véritables influences  ?

Les plus fondamentales sont Brian Wilson, les Beatles, Joe Meek, Phil Spector et Burt Bacharach. Quand on parle de tonalités et d’arrangements il y a une aire où touts ces artistes se chevauchent et ça semble être là que mes chansons existent. Je reste, par conséquent, très attaché à certains types d’enregistrement. Ce qui dicte mon écriture, ce sont mes goût et Van Dyke Parks ou Morricone en font aussi partie. J’ai écouté pendant des mois la musique qu’il a composée pour Diabolik. Aussi quand je travaille, il s’agit avant tout pour moi de prendre comme point de départ une musique que j’ai entendue et appréciée., même s’il ne s’agit que d’une «  vibe  ».

Ambitionnez-vous de donner une qualité cinématographique à votre musique  ?

J’ai toujours adoré les bandes originales de films. Ce sont les premiers disques que j’ai achetés et j  ‘en écoute encore toujours beaucoup. Il est certain que ça a eu une influence massive sur ma façon d’arranger et d’écrire de la musique instrumentale. J’ai travaillé sur quelques petits films au piano et ça demeure mon rêve, mais ce sera après quelques autres albums. La manière dont je compose est très adaptée à cet art et je me demande à quoi ressembleront mes prochains disques de pop à cet égard.

Vos enregistrements respirent la confiance comme si vous saviez déjà à quel son vous souhaitiez aboutir. Quelle a été votre évolution en tant que musicien  ?

Je crois que c’est lié au fait que mes goûts ont toujours été très clairs J’ai appris la guitare et le piuano tout seul dès 14 ans et, même si ce que j’écoutais à l’époque est très différent de ce que j’aime aujourd’hui, je crois que j’aurais adoré, à l’époque, être exposé à ce que mes goûts sont aujourd’hui  .J’ai donc progressé musicalement tout en développant mes préférences très vite. Peu à peu elles se sont affinées et je n’ai pas varié depuis que j’ai eu une vingtaine d’années.

Il m’a fallu surtout améliorer mes talents d’écriture et de production pour être au niveau des sons et ça m’a pris environ 7 ans pour avoir le sentiment de faire une musique ayant de la substance. Mes premiers enregistrements n’étaient pas différents stylistiquement mais juste non developpés. Je voulais des cuivres et des bois, j’en ai donc achetés et me suis appris à jouer les parties que j’avais en tête. Même chose pour les claviers et les percussions. Si j’identifiais un son et s’il me plaisait j’essayais ensuite de le reproduire.

Et vous y parvenez ou reste-t-il encore dans votre tête ?
J’ai la chance de pouvoir traduite ces idées. C’est pour cette raison que j’aime travailler seul. Vous n’avez rien à expliquer et vous pouvez vous concentrer sur le son. Sur cet album, je crois que tout sonne comme je l’imaginais.

Jusqu’à présent mon plus grand problème a été les limites techniques. J’aimerais utiliser un équipement plus fiable et il y a des tas d’instruments pour lesquels j’ai des idées mais que je ne maîtrise pas encore. Je crois que, la prochaine fois, j’utiliserai des musiciens pour les cuivres et les bois de façon à écrire des parties plus élaborées.

Comment avez-vous été signé ?

Mon label Trouble in Mind avait entendu mon EP Voyages ainsi que mes « posts » sur « Bandcamp ». En outre, à l’époque je jouais de la guitare pour un groupe assez demandé à Los Angeles. J’ai enregistré et tourné avec eux aussi Maston avait été mis entre parenthèses. Ensuite je me suis remis à faire quelques shows en, solo et c’est à ce moment qu’ils m’ont contacté. Je ne pouvais rêver meilleur « timing » et meilleur feedback de leur part. Ils comprenaient vraiment ce à quoi je voulais aboutir.

En quoi vos approches différent-elles quand vous jouez sur scène avec un groupe ?

Quand j’ai sorti le EP Opal j’ai essayé de faire des concerts avec juste quelques pédales d’effets. Il n’y avait rien de pré-enregistré. J’avais juste un micro pour passer d’une pédale à l’autre pendant que je jouais en j’ajoutais toutes les couches l’une sur l’autre. C’étais étrange mais « fun » et pas très différent de ce que je faisais sur disque.

Je me suis, ensuite aperçu que c’était assez restrictif pour moi car je ne pouvais jouer toutes mes compositions et qu’on me demandait de passer dans des plus grandes salles. J’ai donc formé un groupe. On a joué sporadiquement quelques mois car ils avaient aussi des engagements. Maintenant nous fonctionnons à plein temps et ce sont quatre excellent musiciens. Ils apportent une énergie que je ne pourrai véhiculer seul. C’est très gratifiant d’avoir une réaction immédiate de gens qui partagent mes idées alors que sur disque on joue sur le long terme.