Calibro 35: « Momentum »

3 février 2020

Cet album démarre sur un titre évoquant un vieux DJ Shadow (« Glory-Fake-Nation »), avant d’embrayer sur un morceau hip-hop old school (« Stan Lee ») en compagnie du rappeur Illa J. La suite présente des musiques quasi toutes instrumentales aux effluves de musiques de films italiens des années 70, comme celles que pouvait composer Ennio Morricone pour des polars de série B dont les musiques sont aujourd’hui devenu cultes.

L’ensemble est tout de suite très accrocheur avec notamment une grosse section rythmique qui imprime le plus souvent un tempo lourd dans des ambiances sombres et forcément très cinématographiques.

Momentum est le 13e album du groupe et il sera sans doute l’occasion pour certains de découvrir l’univers musical de ce passionnant quintet milanais qui mêle hip hop et jazz avec un style assez proche par moment des musiques de films italiens des années 70.

***


Anna Morlay « Water Door »

6 janvier 2020

Un petit air de trip hop ambient avec une touche internationale mélangée en un seul, c’est la musique que nous a apportée la multi-instrumentiste Anna Morley. Elle est originaire d’Australie mais est actuellement basée à Berlin, ce qui ajoute peut-être à ses sonorités exotiques uniques. Water Door est son deuxième album complet, et elle et plusieurs autres musiciens ont mis deux ans à terminer. L’effort et l’attention au détail sont apparents tout au long de l’album, car chaque chanson est construite à partir de nombreuses couches de son magnifiques et complexes, qui s’écoulent toutes doucement dans une piscine de sons intrigants et apaisants.

La première chanson de l’album vous place en plein dans le monde d’Anna, il y a un son vocal sinistre mais très attrayant, sons accentuent les rythmes de la chanson et vous bercent presque vers un autre monde. Le deuxième morceau, « Not Letting Go » est un peu plus lent en tempo et a une construction progressive jusqu’à ce que le chant soit introduit. Ce morceau me rappelle vraiment les chansons de trip hop sensuelles de la fin des années 90 ou du début des années 2000 ; des groupes comme Hooverphonic, Massive Attack et Portishead.

Parfois, on peut entendre une influence indienne dans la musique, car il y a beaucoup de sons de cloches et de tics d’instruments funky. La chanson « Gnossienne No.1 » rocure ce genre de sensation ; elle sonne aussi comme un morceau de film policier parce que la chanson est juste remplie de chaos non découvert et d’interrogations prudentes. Le chant répète un refrain qui semble ne faire qu’un écho dans une ruelle sombre et attirer tout passant curieux.

Chaque titre de Water Door a son propre son unique qui imite un monde d’intrigue, de mystère, de curiosité et d’opportunités étranges. Les voix qui sont méticuleusement placées à l’intérieur des chansons sont très convaincantes et mettent en scène la scène alors qu’elles flottent sur la toile de fond des effets sonores et des rythmes uniques. La production de cet album est louable car le son et la structure de chaque morceau sont de grande qualité. C’est une écoute excentrique et une excellente façon de se détendre ou d’ouvrir les portes de sa conscience.

***1/2


Lowly: « Hifalutin »

2 mai 2019

En 2017, Lowly s’est fait un nom d’emblée avec son premier album Heba. Le groupe danois a réussi à imposers on indie pop teinté d’un trip-hop fleurant les contrées nordiques à coups de compositions audacieuses. Deux ans plus tard, Heba a trouvé un successeur : Hifalutin.

Pau de changements sur ce nouvel opus ; nous voici embarqués dans un terrain plutôt connu avec des titres atmosphériques comme un morceau d’ouverture, « go for a walk », affichant ses climats ambient, suivi par l’hommage au regretté astrophysicien « stephen » étonnament groovy. On peut penser Radiohead période The King of Limbs ou à ces artistes islandaises reconnues que sont Bjork et Susanne Sundfør sur des perles plus électroniques comme « baglaens » où l’interprétation de Nanna Schannong nous laisse sans voix ou, enfin, « in the hearts » qui voit l’Auto-Tune est utilisé à bon escient.

Entrecoupés d’interludes (« i », « ii », « iii »), Hifalutin continue de nous offrir des compositions aussi bien glaciales que gracieuses. Que ce soit sur « out beyond », « delicate delegates » ou sur « selver » qui passent sous la barre des trois minutes ou bien même avec des moments épiques comme « children » doté d’un crescendo magistral ou les allures dignes de Beach House sur « 12:36 », on continue d’apprécier l’alchimie entre Nanna Schannong et Soffie Viemose.

Arrivant à concilier instruments organiques et électroniques sous fond de trip-hop et indie pop onirique, le sommet est atteint avec la conclusion nommée « wonder » où le climax est à son zénith.

Hifalutin confirme tout le bien que l’on pensait du combo. Ce second opus continue de prolonger la rêverie des débuts avec plus d’aisance et plus d’ambition tout en restant charismatique avec ses aventures soniques inattendues.

***1/2


w. baer: « De Dust2 »

5 avril 2019

C’est sans doute une des plus belles et plus singulières entrées en matière de musique électronique de ces derniers moi, et pourtant elle semble bien être passée totalement inaperçue.
Mélangeant ambient music, trip-hop et dubstep, De Dust2 renvoie autant aux musiques lentes et poisseuses de l’anglais Tricky qu’aux ambiances froides et désincarnées de groupes comme Zomby ou Burial (« Waking Up Sweet »), et même Borads of Canada (« Go Left ») avec ces voix robotiques et androgynes si particulières, passées par divers effets et ces sonorités électroniques très deep, tantot compressées, tantôt saturées et qui donnent au projet toute sa particularité.


w. baer propose ainsi 9 morceaux sombres et intenses, à l’image du titre « I Was Wrong », comme un cri de solitide, déchirant et bouleversant, lancé dans une nuit noire et glaciale. Grosse claque !

****


Fenne Lily: « On Hold »

6 mars 2019

Parmi tout ce lot d’artistes et de révélations indie féminines qui n’en finissent pas de se démarquer, il en est une qui mérite qu’on s’y attarde, Fenne Lily, une jeune auteure-compositrice-interprète venue tout droit de Bristol, capitale de la trip-hop et de la drum’n’bass. Au milieu de Marika Hackman, Lucy Rose et autres Laura Marling, elle réussit tant bien que mal à s’imposer avec son premier album intitulé On Hold.

Dès les premières notes de « Car Park », elle établit son univers intimiste et déchirant mais 100% artisanal. Son indie folk ira nous toucher droit au cœur où l’on prend plaisir à écouter ses peines d’amour et ses frustrations diverses comme sur des pistes minimalistes mais bouleversantes à l’image de « Three Oh Nine », « More Than You Know » ou bien même de « Top To Toe ». Même si elle peine à se démarquer de la concurrence, Fenne Lily touche par son songwriting à fleur de peau.

On peut aussi citer d’autres morceaux tels que « Bud » et « For A While » pour manifester le talent de la jeune musicienne britannique qui a baigné dans ses souvenirs diverses et ses regrets pour nous offrir un On Hold comme témoignage bouleversant.

***1/2


Bonobo: « Migration »

1 avril 2017

Simon Green, autrement dit Bonobo, a fait pas mal de chemin depuis que North Borders lui apporta une certaine notoriété en 2013 dans une scène à mi-chemin entre trip-hop et electronica. Migration se veut son album le plus mouvant, comme son titre semble vouloir le signifier.

North Borders avait, en effet, critiqué en raison de son manque de variété ; ici, mouvement oblige, les tempos sont arrangés de manière différente, plus « uptempo » et vivace, permettant d’aller plus loin que la morosité qui jalonnait son premier opus.

Le titre d’ouverture, « Migration, semble préfigurer une introduction lente, mais celle-ci est enrichie de mouvements ascendants et de tonalité plus subtiles, apportant une complexité à un titre simple en apparence.

« Outlier » nous emmène vers quelque chose de purement sonique allant, le long de ses sept minutes, d’une intro galopante à des sons enrichis de breaks. Que le morceau se termine sur une tonalité éthérée nous rappelle, comme « No Reason », que Migration est un album écoutable par tout un chacun que ce soit en termes instrumentaux (les lignes de basses) que vocaux (un phrasé délicat rare dans la musique électronique).

***


Slime: « Company »

17 août 2015

Will Archer, alias Slime, est un producteur basé à Newcastle et Paris qui se place sur un carte musicale de la catégorie trip-hop lounge relaxante.

Company se situe pourtant dans un monde où beats et samples sont néanmoins sombres ; cet endroit où la musique électronique rencontre la soul dans un antre où la lueur serait celle du cyberpunk. Les plages se construisent à partir de modèles rythmiques et de riffs instrumentaux édifiant un funk cérébral et cool en même temps au travers de voix et de sons.

Les vocalistes George Maple et Selah Sue apportent une touche Portishead et R&B dans le mix alors que le rappeur Jeremiah Jae, lui, semblera invoquer ces compositions ombreuses dont Tricky a le secret.

Company est la bande-son idéale de ces longues heures passées avec les pupilles dilatées avec ces pulsations rêveuses d’où le palpable semble déconnecté de toute réalité.

**1/2


Davidge: « Slo Light »

25 mars 2014

Plus connu pour ses collaborations avec Damon Albam, Bowie, Primal Scream ou autres, le producteur Neil Davidge sort ici son premier album solo, Slo Light.

Celui-ci est très enraciné dans des beats venus de Bristol, idéaux sans doute pour véhiculer mystère et inquiétude aux sonorités électriques et aux vocaux éthérés. Les plages les plus structurées sont mêlées à de la musique orchestrée et des bandes-sons, le tout voulant nous faire voyager au travers de ces expérimentations inquiétantes.

La production est, sur chaque morceau, singulière ; suffisamment en tous cas pour offrir un flot assez saisissant d’expériences musicales, que ce soit par le biais d’harmonies en mode mineur, de rythmes sombres et provocants et de voix qui vous hantent par leur légèreté prétendument innocente.

Ces éléments contrastés sont ainsi entremêlés au fil des compostions ce qui donne à Slo Light un charme étrangement séducteur.

La chanson titre ouvre l’album sur le mode épique et met en avant les vocaux de la chanteuse new-yorkaise Stephonie Youth. Le résultat en est une excursion éclectique caractérisée par la signature reconnaissable entre toutes que Davidge a su donner à ses récentes productions de Massive Attack.

Cate Le Bon va enrichir l’atmosphère de « Gallant Foxes » de sa voix enchanteresse tout en jouant à merveille des beats qu’elle amalgame avec des arpèges de piano de toute beauté. A contrario les hautes notes de Karima Francis flotteront de manière excentrique sur les beats dérangeants et les sons électroniques du titre suivant, « How Was Your Day ».

« That Fver » sera une douce berceuse donnant plus d’espace à un climat où pointe l’onirisme et la même beauté se retrouvera sur la mélodies, les harmonies et les arrangements de « Riot Pictures » où la voix colorée det confiante de Sandie Shaw fera merveille.

Toute expérimentale qu’elle soit, la musique de Slo Light garde sa patte humaine, ne serait-ce que par le fait d’avoir su s’entourer de vocalistes n’ayant plus rien à prouver. Les arrangements, riches et divers, prouvent en outre que Davidge n’est pas un mécanicien du son ; il s'(avère être un réel artiste doublé d’un véritable créateur.

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Moby: « Innocents »

14 novembre 2013

Le fait que Moby, cet intellectuel new-yorkais de 48 ans, au look on ne peu plus « classique », continue d’être une présence musicale est une de ces délicieuses incongruités comme la pop nous en réserve parfois. Aujourd’hui One Direction, Justin Bieber et consorts sont les maîtres du monde et même sur son pré carré «electronica club », une relève semble avoir été assurée par une horde de jeunes aspirants à la couronne chez qui des compositions sur-produites font office de CV. Pourtant pourtant une vente de disques orientée lentement vers le bas depuis son mémorable Play en 1999 (2 millions d’albums vendus) la musique et les concerts de Moby continuent de fonctionner, insensibles à l’usure voire à la routine.

Ces derniers années, l’humeur avait été plutôt à la mélancolie, surtout sur son album précédent, un Destroyed emprunt d’affliction. Innocents n’est certes pas un matériau adapté à une « rock party » mais ses tableaux emplies de tristesse sont parsemés de délicates touches d’euphorie. Moby a toujours eu un penchant pour le « cinématographique » et le fait de s’acoquiner avec une petite escouade de vocalistes met au premier plan la mission qu’il s’est fixé : proposer une musique qui soit grandiose et éclatante.

« The Perfect Life », qui bénéficie de la présence de Wayne Coyne des Flaming Lips, s’avère être un morceau au tempo majestueux (guitare tapotée) très voisin du « Movin’ On Up » de Primal Sream avec pourtant une expansivité qui rappelle le gospel et qui masque des textes sombres traitant de la privation de drogue. Ailleurs, Cold Specks, Skylar Gtrey et Mark Lannegan font leur apparition (« The Lonely Night » pour ce dernier) mais les morceaux phares bénéficieront d’un participation habituelle chez Moby, celle de Inyang Bassey sur le blues trip-hop « Don’t Love Me » et la lugubre odyssée de plus de neuf minutes qui termine Innocents : « The Dogs ».

L’album contient les couches luxuriantes et rembourrées susceptibles de plaire aux fans de Play et l’utilisation de l’électronique est toujours magistrale. Peut-être que Moby va se décider à emboîter le pas à Ennio Morricone, il ne serait pas inintéressant que Hollywood lui confie la bande-son d’une de ces romances au destin fatalement funeste.

★★★★☆

Tricky: « False Idols »

7 juin 2013

Le premier album de Tricky a été réalisé dans des circonstances assez spéciales puisqu’il a eu une contrat d’enregistrement basé uniquement sur ses prestations avec Massive Attack. Il dépensa rapidement l’argent en drogues et sortit Maxinquaye, disque « fumeux », paranoïaque et garni de lourds samples.

Depuis, il a à certains moments essayé de re-capturer cet esprit et à d’autres de s’en éloigner. Ses récents vagabondages l’ont vu se diriger vers une musique plus légère et rock et, tout en ayant pris conscience de la qualité instrumentale de sa voix (Knowle West Boy en 2008) il s’était depuis très souvent réfugié derrière d’autre vocalistes.

Sur False Idols il s’agit de Francesca Belmonte qui a donc remplacé Martina Topley-Bird. Sa voix sensuelle et voilée accompagne tout le disque, accompagnée parfois d’autres chanteurs comme Paul Silberman des Antlers. Ce dernier contribue au premier « single », « Parenthesis », mais celui-ci n’est en rien typique de l’album. Il s’agit d’un titre rock, le seul qui soit couvert par deux voix et encore, Tricky se borne à n’en murmurer que quelques lignes.

Mais cette discrétion a d’autres raisons ; Tricky semble avoir voulu se concentrer sur la musicalité et faire un retour vers des sons première époque : beats électroniques sombres, instrumentation austère avec, parfois, une ligne de basse ou la tristesse d’un violoncelle.

À côté de cela, Tricky continue sa recontextualisation ludique d’autres musiques : « Somebody’s Sins » s’approprie un vers que Patti Smith avait ajouté à sa version de « Gloria » et l’étend sur tout la durée du morceau, « Valentine » le voit chuchoter sur un loop de Chet Baker et « Nothing’s Changed » va citer le « Makes Me Wanna Die » de son album Pre-Millenium Tension.

Faut-il y voir le signe que rien n’a réellement changé ? La voix de Tricky a déjà mué ; hormis sur « Does It » où elle se fait menaçante au point de susciter l’effroi, elle sert plus de contrepoint à celle de Belmonte. Quelque part, on a comme la sensation que la présence vocale du chanteur devient fantomatique ou irréelle, ce qui est parfait quand on souhaite évoquer un de ses thèmes favoris, la confusion et la folie.

Ce sentiment d’aliénation atteint son apex avec le combattif « Bonnie And Clyde » qui semble reprendre la mythologie du « nous seuls contre les autres ». C’est d’ailleurs cette commotion qui va s’insinuer dans False Idols dans la mesure où il ne cherche plus à plaire à tout le monde. Il s’agit d’un album sans compromis et sans doute ne s’est-il jamais approché de si près d’une recréation de Maxinquaye. Il n’y a, ici, aucune arrogance démonstrative d’un certain hip-hop ou plongée dans la culture expérimentaliste, juste des mélodies pop infectées par des grooves sinistres et infectieux. Tout comme il est paradoxal de sampler les autres pour s’avérer devenir soi-même, il est jubilatoire d’entendre des refrains harmonieux et simples tronçonnés par le chaos. Ainsi, peut-être est-il parvenu à se débarrasser de ces fausses idoles que nous avons tous, en l’occurrence ici, les siennes.