Calexico: « Edge of the Sun »

7 avril 2015

Il ne faudra pas voir en Edge of the Sun, le nouvel album de Calexico, une rupture avec la cohérence d’un son americana infusé d’influences latines. Le disque a été écrit et inspiré par Mexico et son titre d’ouverture, « Falling From The Sky » est aussi fort qu’on peut le souhaiter d’un « opener », avec des vocaux triomphants et une section de cuivre qui va parfaitement s’ajuster au chorus.

Si on y ajoute une instrumentation plus variée (glas de cloches et même quelques zestes d’electronica) et la collaboration de Benn Bridell (Band of Horses), on a ici le meilleur morceau de l’album.

Calexico n’a, on le sait, jamais été avare d’ouvertures (ici les voyages) et de participations d’autres (ou pour d’autres) artistes. Bridell n’en sera qu’un parmi d’autres et on trouvera, de façon subliminale, les influences de Devotchka ou Iron & Wine (le rugueux «  Bullets & Rocks »).

Les ballades ont également toujours leurs mots à dire ; «  When the Angels Played » est une bien jolie complainte country & western et « tapping On The Line » parvient à être à la fois mélancolique et apaisant.

Le « single », « Cumie Donde » nous montrera de subtiles touches flamenco ce qui en fait le titre le plus atypique stylistiquement chose qui aurait pu sonner intrusive si les compositions précédentes n’en avaient annoncé la couleur.

Hélas c’est le moment de bascule de Edge of the Sun: la deuxième partie de l’album s’avère fade et monotone hormis peut-être l’instrumental «  Coyoacan Theme » qui bénéficie d’une texture ayant eu plus sa place dans un schéma indie-rock.

Au total, ce nouvel opus de Calexico est sans surprises ; ses qualités et ses faiblesses s’équilibreront et les clichés qui entourent le groupe se retrouveront ici pour ceux qui apprécient cette atmosphère de feu de camp.

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The Mavericks: « In Time »

30 mars 2013

Du début à la fin de cet album qui marque la réformation des Mavericks, on peut se rendre compte combien le groupe fait partie intégrante de cette caractéristique américaine fondamentale : le melting pot. Leur leader, Raul Malo, et ses musiciens basés à Nashville empruntent en effet librement et joyeusement aux cultures régionales des Amériques (du Nord et latine) sur un disque qu’il sera difficile d’égaler si on se réfère et on se cantonne à ce genre.

In Time s’ouvre, de façon significative, sur « Back In Your Arms Again », avec une guitare poisseuse et nasillarde baignant dans des échos country et partageant la vedette avec un ukulélé hawaïen râpeux mais au swing impeccablement cadencé. Se mêlent ensuite un clavier Tex-Mex et des timbales qui accompagnent alors une section rythmique à l’élan assuré et définitif. Malo ajoutera au titre sa voix de ténor en falsetto apportant une touche de romantisme à une morceau dont le thème sera la réunion amoureuse mais dont on peut très bien comprendre qu’il fait référence au groupe lui-même.

Cet esprit fédérateur et enveloppant perdurera tout au long des quatorze plages, que ce soit sur la pedal steel affutée et tranchante de « Lies », les mariachis hérissés d’un « Fall Apart » qui célèbre une séparation dans une atmosphère festive que l’on retrouvera sur un « All Over Again » redoutable pépite Tex-Mex. C’est ainsi également que l’on pourrait qualifier ce mini-opéra latino-gospel de huit minutes, « (Call Me) When You Get To Heaven » qui dont on ne peut que regretter qu’il ne termine pas In Time sur un ce qui aurait constitué un merveilleux point d’orgue.

Soulignons enfin, d’une part, l’origine cubaine de Malo qui donne à chaque composition sa faconde chorégraphique, et, d’autre part une production enlevée qui fait comme célébrer un retour qui, dix ans après, ne peut pas être plus « in time » qu’il ne l’est !

★★★★☆