Wyldest: « Dream Chaos »

Wyldest est un trio londonien qui, après avoir écumé la scène de la capitale et sorti quelques EPs, se lance aujourd’hui dans le grand bain avec leur premier album, Dream Chaos.
Zoe Mead (chant / guitare), Mariin Kallikorm (basse) et Jack Gooderham (batterie) proposent un disque de pop atmosphérique, empli de positivité et de lumière. Des morceaux tels que « Upside Down » et « Barefoot » sont le parfait exemple d’une inspiration qui semble s’aventurer dans un imaginaire façon Beach House.

Le groupe ne rechigne pas, néanmoins, à prendre à contre-pied son auditeur en agrémentant sa dream pop d’apparence classique de rythmiques et mélodies plus entraînantes, à l’image d’un « Mind Over Body » qui, après une longue intro éthérée, dévie sur une pop plus enjouée, allant jusqu’à faire hurler l’électricité en toute fin.


Il en ira de même sur la traditionnelle balade de mi-album, « Lightweight », qui flirtera avec le post-rock, notamment grâce à sa ligne de basse entêtante et l’electro ne sera pas, lui non plus, avec un « Quiet Violet » et sa synthpop vaporeuse ou « Reverse Tide » inspiré, de son côté, par la new wave.
Sans transcender le genre, Wyldest se trouvent au final être un bon substitut à Warpaint et Cocteau Twins, offrant un son eighties remis au goût du jour. Dream Chaos est un disque qu’on a le sentiment d’avoir déjà entendu mais qui parvient tout de même à atteindre son objectif : être accessible, bien fichu et agréable à écouter.

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White Lies: « FIVE »

FIVE, le nouvel album de White Lies, s’ouvre sur une superbe séquence d’Arpegiator, un peu à la manière de Who’s Next. Sur ce synthétiseur gorgé d’écho, s’envole la voix franche aux superbes graves de Harry McVeigh. Une entrée en matière ambitieuse qui suffit à captiver instantanément. D’autant que le reste des quelques sept minutes de « Time To Give » ne sont pas source d’ennui. En effet, le morceau vire au baroque seventies avec son riff de clavier sur un fond de clavecin électronique qu’on croirait sorti de Phantom Of Paradise.
Ceci constitue une belle façon d’annoncer une volonté de se réinventer après Friends. Avec FIVE, White Lies trouvent un beau point d’équilibre entre froideur coldwave des débuts et arrangements d’une grande richesse, crépitant de claviers analogiques et de tessitures exquises. Le tout pour se transformer en machine à singles pop ciselés.
Cette parfaite maîtrise du studio permet au groupe de donner leur pleine mesure à des morceaux épiques et chargés en émotions. Le trio d’ouverture se révèle ainsi particulièrement savoureux. Passé « Time To Give », la pop énergique de « Never Alone » est une autre réussite, entre tube 80s et lle Arcade Fire de The Suburbs. Sur la ballade « Finish Lines », les guitares acoustiques se mêlent parfaitement aux les claviers vintage pour créer une matière sonore chaleureuse et puissante, qui se conclut en un final en apothéose entre solo électrique et riffs de clavier.


Si « Kick Me » marquera un arrêt en ployant quelque peu sous sa propre grandiloquence, « Tokyo » relèvera le niveau avec brio avec une ligne de basse à faire frémir, un refrain hymnesque et un solo de synthé roboratif comme aux plus belles heures de la pop synthétique. « Believe It » est une autre belle réussite tout en dynamisme et pulsations analogiques alors que la noirceur et la pesanteur du final « Fire And Wings »réconciliera tout le monde.
FIVE montre que l’inspiration de White Lies, après plus de dix ans de carrière, est loin d’être tarie. La production d’orfèvre de chacun de ces neuf titres parvient à réinjecter la dose salvatrice de rock’n’roll nécessaire pour tirer le groupe des choix peu judicieux qu’il a pu faire par le passé.

***1/2

Pavo Pavo: « Mystery Hour »

On avait pu tomber sous le charme de Young Narrator In The Breakers, le premier album de Pavo Pavo, qui avait su développer une atmosphère intimiste dans sa musique, un climat autre, celui d’un couple, Eliza Bagg et Oliver Hill, Un couple qui s’est séparé entre la sortie du premier album et l’écriture du nouveau venu, Mystery Hour

Loin de marquer un coup d’arrêt à leur carrière, cette séparation a été signe d’un nouveau départn our le combo de Brooklyn. Ce nouvel opus est particulier car il relate ladite rupture mais le fait sous la forme d’une collaboration artistique entre les deux ex-partenaires ; démarche suffisamment atypique pour être soulignée.

En dehors des qualités d’écriture et d’arrangements pléthoriques de l’album, c’est aussi cette singularité de situation qui donne à Mystery Hour sa force poétique et esthétique. La richesse des arrangements, les états d’âmes variables, liés à un questionnement du couple sur leur nouvelle place respective sont ici exploités pour faire de Mystery Hour une sorte de road album sentimental, dont chaque piste serait un épisode nouveau, teinté d’une atmosphère différente, oscillant entre le détachement, l’enthousiasme, et une mélancolie presque glaçante.

La musique de Pavo Pavo est référencée, pour ne pas dire savante : le couple s’est rencontré à Yale ou ils appartenaient au même quatuor à cordes. Ainsi, la couverture du disque, qui figure le duo se faisant face, à distance, sur une plage, pourrait être tirée d’un film d’Antonioni, et le groupe cite autant Ingmar Bergman que David Hockney comme influences.

La profusion de tessitures et de timbres (clarinettes, claviers, cordes, voix pitchée) est savamment arrangée, tout en conservant la tonalité et la finalité résolument pop des intentions musicales du couple, soulignée par les stimulantes et entêtantes lignes de basse. On pense tour à tour à Robert Wyatt, aux sixties des Beach Boys à l’écoute du son de guitare de « Close To Your Ego », et même furtivement à Metronomy pour les sons de claviers et de basse).

Le climax de cette épopée ayant la séparation pour fil rouge se situe naturellement à la toute qui clôt Mystery Hour, avec un magnifique morceau conclusif ; « Goldenrod », un titre sur lequel Eliza Bagg et Oliver Hill chantent à l’unisson avec des voix manipulées à l’autotuning, pitchées et méconnaissables, offrant à l’un et à l’autre, ainsi qu’à l’auditeur, une altérité transformée et résolument originale. Plus que nouveau départ, Mystery Hour est une nouvelle envolée.

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Poliça & Stargaze: « Music For The Long Emergency »

C’est un curieux alliage que celui de Poliça, groupe synth-wave de Minneapolis avec le collectif musical néo-classique berlinois Stargaze. La résultante en est cet album collaboratif, Music For The Long Emergency.

Le répertoire en est une musique métissée, labyrinthique et savamment orchestrée comme sur « Fake Like » et « Speaking Of Ghosts ».

Conséquence de cet alliage, on passe ainsi par des moments contrastés ; du calme à la tempête, de l’anticyclone à la dépression avec les glaçants « Marrow » et « Cursed » qui, elle, est interprétée par le rappeur local Crescent Moon avec un flux qui accompagne avec brio le ton chaotique du morceau.

Rappelant les travaux des compositeurs du même calibre comme Nils Frahm et Mica Levi, Poliça & Stargaze arrive à passer d’une émotion à une autre, passant du désordre au désarroi notamment sur la pièce maîtresse de 10 minutes : « How This Is Happening » qui fait écho aux élections américaines qui ont dégoûté plus d’un.

Sur Music For The Long Emergency, il est clair que Poliça & Stargaze font la paire. Mêlant les deux antipodes de leur musique, on assiste à un disque riche en contrastes et en émotions fortes comme on en fait rarement.

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Video Age: « Pop Therapy »

Il y a deux ans, Video Age avait fait ses premiers pas avec un premier album intitulé Living Alone qui fut de très bonne qualité mais était passé inaperçu. Le duo de la Nouvelle-Orléans composé de Ross Farbe et de Ray Micarelli étonnait pour ses compositions pop synthétique aux allures 80’s jamais surannées. Le groupe récidive ici avec son successeur intitulé Pop Therapy.

C’est à coup de pop rétro-futuriste que Video Age nous fait son retour avec des morceaux anachroniques allant de « Lover Surreal » à « Scenic Highway » en passant par les classes « Days To Remember » et « Paris To The Moon » ou le plus rythmé « Hold On (I Was Wrong) ».

Le duo capte son auditeur avec ses riffs quelque peu funky et ses boîtes à rythme groovy ponctués de synthés vieillots qui font leur effet sur « No Tomorrow » et « Scenic Highway ».

Avec Pop Therapy, Video Age continue à nous envoyer des climats oscillant entre le vintage et une pop futuriste étincelante caractérisée par d’autres morceaux comme « Is It Her? ». Thérapie pop donc, avec ce qu’il faut de « coolitude » pour la rendre, si ce n’est pérenne, suffisamment effervescente.

**1/2

Nun: « The Drone »

Nun est un quatuor australien de minimal synth/punk composé de la chanteuse Jenny Branagan et des claviéristes Hugh Young, Steve Harris et Tom Hardisty. Leur musique trash, composée à base de synthés fuzz et de boites à rythmes minimalistes rappelle à la fois celle du Depeche Mode des débuts et celle de Suicide.
Fort d’un premier album éponyme en 2014, le groupe s’est fait connaître sur le web grâce à des clips un peu hors-normes reprenant l’esthétique VHS des documentaires des années 80 et des titres de chansons rendant hommage à David Cronenberg.

Si discret au point qu’on pensait le groupe séparé, il avait annoncé un nouvel album enregistré en 2016 mais publié seulement maintenant qu’il est signé par un label.
Cette annonce s’était vue suivie de la publication d’un premier extrait sur le web, « Pick Up The Phone », qui voyait le groupe quitter le noir et blanc existentiel caractérisant lson image pour un titre très synthpop et un clip ou la couleur rose prédomine.


The Dome creuse globalement le même sillon que le premier disque éponyme, en y ajoutant un côté nettement plus émotif dans les mélodies. L’énergie et la noirceur prédominent toujours autant, et les titres s’y enchainent avec fluidité.

On en retiendra quelques très bons morceaux comme « Wake In Fright », « Turning Out » ou « Debris » mais le reste sonnera assez convenu pour de la minimal wave. Un ensemble correct que l’énergie vocale de Jenny Branagan transfigurera pour pour lui donner un peu de cette saveur dont la new-wave nous a si souvent sevrés.

**1/2

Lusts: « Call Of The Void »

Le premiers opus de Lusts se nommait Illuminations, trois ans plus tard arrive un Call Of The Void dont, étape du deuxième album oblige, on se demande dans quel sens il nous éclairera.

Formé par deux frère (Andrew et James Stone) cet « appel du vide » est illustrateur de la thématique qui le compose. L’air du temps est à la fragilité, la santé mentale ou la nostalgie nihiliste, la palette sonore sera protéiforme, allant de Tame Impala à New Order.

Plutôt campé dans les années 80, le climat général sera résolument post-punk avec des vocaux réduits à l’essentiel, comme détachés, et des instrumentaux qui se taillent la part du lion.

« Promise To Be Good » sera une introduction exemplaire tout comme le « single » « Lost Highway » et cette voix féminine enclavée renforçant un aspect cinématographique venu d’un environnement aliénant. Sur « Lost And Found », le duo ralentit le tempo pour offrir une balade pop-romantique, un apaisant moment d’intimité et de calme.

Le résultat est mitigé, les orchestrations synthétiques alourdissent le propos et occultent les tonalités sombres qui gagneraient à se faire plus prégnantes : si Illuminations fa été un galop d’essai, sa traduction demeure ici un peu clairsemée.

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Wild Nothing: « Indigo »

Wild Nothing n’est pas un groupe, mais un projet synth-pop, celui de Jack Tatum. Sur Indigo, un disque défini par une production étoffée et des beats hypnotiques, c’est la synth-pop qui est à l’honneur.

Celle-ci, bien sûr,bénéficie d’une tonalité particulière puisque, loin de s’enferrer dans des envolées, l’album émule le genre en restant le plus près possible de la source. On pourrait presque parler de « synth pop rétro » tant les sons y sont empreints de douceur, le caractère facile et décontracté, une insouciance que rien ne semble pouvoir troubler.

Le disque est instantané et goûtu, qu point qu’il semble même inlassablement parcouru par cette ambiance. Les titres rapides comme « Letting Go » vous accrochent sans vous laisser de répit (guitare foisonnante, vocaux roucoulants) alors que le morceau phare qu’est « Partners In Motion » affiche une vibe new wave laid back avec ses claviers et ses percussions joyeusement agencés sur l’avant comme pour véhiculer un climat de mode de vie noctambule.

Le spectre de vocal de Tatum s’est également amélioré depuis son « debut album » Gemini mais c’est encore là que le bât blesse. L’auto tuning et les mixes vocaux demeurent abrasifs et trop envahissants par rapports aux parties instrumentales. On retiendra, à cet égard un morceau comme « Oscillation » dont le groove régulier se verra quelque peu battu en brèche par le phrasé de Tatum.

Au bout du compte, Indigo recréera de manière plaisante les sons de la synth-pop des années 60 sans pour autant ajouter quoi que ce soit à ce que pourrait être une discographie idéale du genre.

**1/2

CHVRCHES: « Love Is Dead »

Le groupe synth-pop écossais CHVRCHES est de retour avec Love Is Dead. Le trio formé de Lauren Mayberry, Iain Cook et Martin Doherty reprend là où il avait laissé son public avec son album Every Open Eye.

À bien y penser, ne parlons pas de surplace, mais de deux pas en arrière. Peu de chansons ressortent du lot. Les tensions mélodiques les plus réussies s’avèrent celles où Martin Doherty chante, en particulier sur « God’s Plan ».

Quand c’est Lauren Mayberry, on croirait parfois entendre un groupe hommage à Tegan and Sara, sauf sur la belle ballade « My Enemy », où elle accompagne en duo Matt Berninger, de The National (dont la voix polie est toutefois méconnaissable).

Apparemment, CHVRCHES aurait voulu percer le top 40. C’est avec ce plan ambitieux qu’il aurait engagé les réalisateurs Greg Kurstin (Adele, Sia, Beck) et Steve Mac (Ed Sheeran, One Direction). Au bout du compte, Love Is Dead se retrouve assis entre deux chaises.

Sur la chanson « Miracle », CHVRCHES emprunte même des arrangements grandiloquents à Imagine Dragons. On a , en outre, aussi l’impression que le groupe s’est inspiré de certaines instrumentations comme issues de l’univers de Milk & Bone. Ni bon ni mauvais, Love Is Dead s’avère somme toute banal et proprement décousu.

* * 1/2

Burning Hearts: « Battlefields »

Sur leurs premiers albums ce duo finlandais composé de Jessika Rapo et Henry Ojala mêlait habilement pop indie et synthe. La trame était faite de mélancolie sombre saupoudrée de douceur comme pour atténuer l’abattement.

Battlefieds est plus affiné et si, on retrouve toujours cet alliage entre synthés glaçants et vocaux qui cajolent, il se manifeste de façon plus proportionnée.

La structure des compositions tout comme les textes visent à aller plus profond dans l’émotion mais avec ces détails qui apportent une lueur toute vacillante et clairsemée qu’elle soit.

« Folie à Deux » adopte ainsi un tempo rapide et le reggae de « Ticket » procurent ainsi un éclairage sur le panorama évoqué alors que « Bodies as Battlefields » associent flambées organiques à grand renfort de riffs de guitares et de rythmiques « house » .

Battlefieds est, au fond, un album dont le sous-texte est frénésie verrouillée d’une part et morosité endiguée, d’autre part. Il ne restera plus à Burning Hearts qu’à apporter, par exemple, onirisme et folk pour que harmonies et poésie se conjuguent plutôt qu’elles ne s’affrontent comme c’est encore le cas ici.

**1/2