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Rose Elinor Dougall: « A New Illusion »

En 2017, Rose Elinor Dougall était sortie des sentiers battus avec un Stellular qui avait fait parler de lui. L’ex-membre de The Pipelettes a vu sa popularité accroître avec son indie pop élégant traversant les décennies à toute allure, à un tel point que Baxter Dury l’avait conviée à son dernier album solo en date. Elle revient ici en douceur avec son nouvel opus, A New Illusion.

La jeune femme reste dans sa zone de confort avec son électro-pop reluisant et multicolore aux douces saveurs 80’s mais avec une pointe de psychédélisme prononcé. Jamais la voix de la Britannique n’a sonné aussi reluisante que sur des morceaux éthérés allant d’ »Echoes » à « Too Much Of Not Enough » en passant par les ballades lumineuses que sont « Wordlessly » et « Something Real » avec un piano rêveur où elle se montre au plus haut point de sa forme.

Son interprétation retranscrit parfaitement les textes transpirant les ruptures amoureuses et les chagrins qui s’en suivent notamment sur « That’s Where The Trouble Starts » et sur le poignant « Take What You Can Get ».

Entre sonorités dignes de Laurel Canyon et des influences dignes de Stereolab et de Broadcast, A New Illusion arrive à établir un contraste avec des musiques lumineuses et des textes personnels et touchants caractérisés par « First Sign » et par l’incroyable et élégant « Christina In Bed » qui nous envoûtera pendant six bonnes minutes. Rose Elinor Dougall reste de nouveau ausommet de sa créativité avec un troisième opus qui est à la portée de tous.

***1/2

16 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Tamaryn: « Dreaming The Dark »

C’était en 2015 que Tamaryn avait atteint les sommets avec son troisième album Cranekiss. L’artiste néo-zélandaise a prouvé qu’elle réussissait bien dans le registre shoegaze et dream-pop. Mais de l’eau a coulé sous les ponts depuis et elle est déterminée à passer à l’étape supérieure sur son quatrième disque nommé Dreaming The Dark.

Pour ce nouvel opus, fini les influences dignes de Cocteau Twins et de My Bloody Valentine. Tamaryn a décidé de s’aventurer vers des terrains plus synthpop digne des années 1980.Ce changement s’opère sur les premières notes de « Angels Of Sweat » où l’interprétation de la néo-zélandaise a de quoi surprendre tout comme sur les titres suivants que sont « Path To Love » et « Fits of Rage ». 

Dreaming The Dark chasse tout l’esprit goth auquel l »artiste a baigné pour des moments beaucoup plus sucrés qu’à l’accoutumée. Il est clair que Tamaryn a beaucoup écouté du Tears For Fears et penche son versant vers le mélodramatique sur « Paranoia IV » et sur « Victim Complex » ce qui peut lui porter préjudice. Envolmées ont disparu, remplacées par des titres plus domestiqués et en demi-teinte comme « You’re Adored » et « The Jealous Kind ».

Retour plus nuancé, donc ? Tamaryn a choisi de naviguer vers des contrées plus lumineuses ; espérons qu’elle ne s’’y noiera pas au point de perdre de sa singularité.

***

 

25 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Boy Harsher: « Careful »

Boy Harsher est devenu célèbre grâce à un seul morceau, l’imparable « Pain », paru initialement sur le EP Lesser Man en 2014, puis édité plusieurs fois par la suite et même remixé par The Soft Moon. Le style du duo n’a par la suite fait que reproduire cette formule qui marche : les beats électroniques typés synthpop/EBM très eighties d’Augustus Muller et le chant susurré, sexy et lugubre de Jae Matthews.

Avec une production particulièrement efficace et des titres accrocheurs, Careful perfectionne le précédent Yr Body Is Nothing (DKAords, 2016). Le sens de l’atmosphère y est présent dès l’introductif « Keep Driving », où le son du trafic et des voitures qui passent est reproduit par les claviers. La tension monte. Le chant halète. La menace gronde, teintée de touches indus à la « Hamburger Lady » de Throbbing Gristle. Cette dimension cinématographique, digne de la bande originale d’un film d’épouvante sur VHS, sera développée plus loin dans le disque avec « Crush » et « Careful ». Le reste accumule les tubes electropop, célébrant une forme de rencontre entre les débuts de Depeche Mode et ceux de Front 242, mais drapés dans une noirceur darkwave apportée par les vocaux chuchotés à l’expressivité typiquement cold. Une Electro Body Music à l’ancienne, mais bien noire et carnassière (« Come Closer »), alterne avec des moments dance plus kitsch, que la voix embrume de ses narrations intimes et douloureuses (« LA »).

En cinq ans, le projet a peaufiné un univers, pourtant calibré sur le succès d’une unique chanson. « Face the Fire », « Tears » ou « Fate » n’ont d’ailleurs rien à envier à « Pain » et sont de pures réussites dans lesquelles on aime se perdre. Les titres sont addictifs, hypnotiques et profonds à la fois, avec leurs récits de tourments émotionnels, de pertes et de douleurs. Plus romantique que jamais, Boy Harsher adopte le mouvement nocturne, celui des routes que l’on traverse en état second et celui des cheminements intérieurs tortueux. La dimension confessionnelle des textes, délivrée avec une diction de glace, porte les rythmes admirablement, et en fait des classiques immédiats pour dance-floors goth. Boy Harsher est en passe de toucher un public encore plus large, et ce ne serait que mérité.

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3 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Buke and Gase: « Scholars »

Ce duo new-yorkais avait publié un premier album, General Dome, avant de mettre le projet entre parenthèse pour se concentrer sur d’autres side-projects comme Bon Iver, Polyphonic Workshop et autres Mistresses. Arone Dyer et Aron Sanchez retroussent ici leurs manches pour leur nouvel opus, Scholars.

Une fois de plus, Buke and Gase n’a rien perdu de leur verve d’antan, bien au contraire. Leur rock expérimental teinté d’art-folk va demeurer leur fond de commerce et avec des morceaux comme l’introductif « Stumbler » riche en loops hypnotiques mais également les accents baroques de « Derby » et de « Pink Boots », les new-yorkais voient les choses en grand.

Sur Scholars, ils n’hésitent pas à s’aventurer dans des terrains plus électroniques qu’à l’accoutumée et des titres à l’image de « Grips » résolument synthétique ou encore de « Flock » et « Eternity ». Entre la voix facilement modulable d’Arone Dyer et toutes ses inventivités sonores tout au long de ce nouvel album, il n’y a aucune faute de goût. Buke & Gase évoquera Stereolab par son approche mais avec un côté électronique plus prononcé qui devrait lui permettre de toucher une cible plus large.

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3 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Telekinesis: « Effluxion »

Telekinesis est un projet musical de one-man-band, celui de Michael Benjamin Lerner qui avait commencé à mêler ses influences indie rock et power-pop à des synthés et une electronica qui, peu à peu, a pris le dessus. synthés et gadgets électroniques viennent prendre le dessus jusqu’à devenir un projet résolument électronique comme l’atteste son dernier album en date de 2015 nommé Ad Infinitum. Trois ans et demi plus tard, le natif de Seattle revient à la source avec son nouvel opus intitulé Effluxion.

Après avoir tourné auprès des légendes en la matière comme Teenage Fanclub il y a quelques années de cela, Telekinesis souhaite revenir à ce qu’il sait faire de mieux ; des compositions plus organiques où tous les gadgets électroniques sont mis au placard au profit des guitares avec des morceaux comme l’introduction résolument Beatles dans l’âme qui plante le décor comme il se doit. Les nostalgiques des albums comme 12 Desperate Lines seront ravis à l’écoute des « Cut The Quick » qui pourrait faire un malheur sur scène ou encore les influences surf-pop de « Like Breeze ».

Michael Benjamin Lerner nous offre des morceaux alternant entre power-pop explosif et rentre-dedans (« Feel It In Your Bones », « A Place In The Sun ») ou d’autres plus smooth (la ballade pianistique « How Do I Get of Sunlight ? », « Suburban Streetlight Drunk ») pour notre plaisir. Bien entendu, il n’oublie pas ses expérimentations avec la conclusion aux allures new-age nommée « Out for Blood » où il ressort les gadgets électroniques une ultime fois.

Alors que l’on pensait que Telekinesis allait définitivement abandonner ses origines, ce retour aux sources sur Effluxion est plus que bienvenue tant il montre que le natif de Seattle a acquis plus de maîtrise aussi bien dans son domaine que lorsqu’il arpente des chemins différents.

***1/2

28 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Wyldest: « Dream Chaos »

Wyldest est un trio londonien qui, après avoir écumé la scène de la capitale et sorti quelques EPs, se lance aujourd’hui dans le grand bain avec leur premier album, Dream Chaos.
Zoe Mead (chant / guitare), Mariin Kallikorm (basse) et Jack Gooderham (batterie) proposent un disque de pop atmosphérique, empli de positivité et de lumière. Des morceaux tels que « Upside Down » et « Barefoot » sont le parfait exemple d’une inspiration qui semble s’aventurer dans un imaginaire façon Beach House.

Le groupe ne rechigne pas, néanmoins, à prendre à contre-pied son auditeur en agrémentant sa dream pop d’apparence classique de rythmiques et mélodies plus entraînantes, à l’image d’un « Mind Over Body » qui, après une longue intro éthérée, dévie sur une pop plus enjouée, allant jusqu’à faire hurler l’électricité en toute fin.


Il en ira de même sur la traditionnelle balade de mi-album, « Lightweight », qui flirtera avec le post-rock, notamment grâce à sa ligne de basse entêtante et l’electro ne sera pas, lui non plus, avec un « Quiet Violet » et sa synthpop vaporeuse ou « Reverse Tide » inspiré, de son côté, par la new wave.
Sans transcender le genre, Wyldest se trouvent au final être un bon substitut à Warpaint et Cocteau Twins, offrant un son eighties remis au goût du jour. Dream Chaos est un disque qu’on a le sentiment d’avoir déjà entendu mais qui parvient tout de même à atteindre son objectif : être accessible, bien fichu et agréable à écouter.

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24 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

White Lies: « FIVE »

FIVE, le nouvel album de White Lies, s’ouvre sur une superbe séquence d’Arpegiator, un peu à la manière de Who’s Next. Sur ce synthétiseur gorgé d’écho, s’envole la voix franche aux superbes graves de Harry McVeigh. Une entrée en matière ambitieuse qui suffit à captiver instantanément. D’autant que le reste des quelques sept minutes de « Time To Give » ne sont pas source d’ennui. En effet, le morceau vire au baroque seventies avec son riff de clavier sur un fond de clavecin électronique qu’on croirait sorti de Phantom Of Paradise.
Ceci constitue une belle façon d’annoncer une volonté de se réinventer après Friends. Avec FIVE, White Lies trouvent un beau point d’équilibre entre froideur coldwave des débuts et arrangements d’une grande richesse, crépitant de claviers analogiques et de tessitures exquises. Le tout pour se transformer en machine à singles pop ciselés.
Cette parfaite maîtrise du studio permet au groupe de donner leur pleine mesure à des morceaux épiques et chargés en émotions. Le trio d’ouverture se révèle ainsi particulièrement savoureux. Passé « Time To Give », la pop énergique de « Never Alone » est une autre réussite, entre tube 80s et lle Arcade Fire de The Suburbs. Sur la ballade « Finish Lines », les guitares acoustiques se mêlent parfaitement aux les claviers vintage pour créer une matière sonore chaleureuse et puissante, qui se conclut en un final en apothéose entre solo électrique et riffs de clavier.


Si « Kick Me » marquera un arrêt en ployant quelque peu sous sa propre grandiloquence, « Tokyo » relèvera le niveau avec brio avec une ligne de basse à faire frémir, un refrain hymnesque et un solo de synthé roboratif comme aux plus belles heures de la pop synthétique. « Believe It » est une autre belle réussite tout en dynamisme et pulsations analogiques alors que la noirceur et la pesanteur du final « Fire And Wings »réconciliera tout le monde.
FIVE montre que l’inspiration de White Lies, après plus de dix ans de carrière, est loin d’être tarie. La production d’orfèvre de chacun de ces neuf titres parvient à réinjecter la dose salvatrice de rock’n’roll nécessaire pour tirer le groupe des choix peu judicieux qu’il a pu faire par le passé.

***1/2

1 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Pavo Pavo: « Mystery Hour »

On avait pu tomber sous le charme de Young Narrator In The Breakers, le premier album de Pavo Pavo, qui avait su développer une atmosphère intimiste dans sa musique, un climat autre, celui d’un couple, Eliza Bagg et Oliver Hill, Un couple qui s’est séparé entre la sortie du premier album et l’écriture du nouveau venu, Mystery Hour

Loin de marquer un coup d’arrêt à leur carrière, cette séparation a été signe d’un nouveau départn our le combo de Brooklyn. Ce nouvel opus est particulier car il relate ladite rupture mais le fait sous la forme d’une collaboration artistique entre les deux ex-partenaires ; démarche suffisamment atypique pour être soulignée.

En dehors des qualités d’écriture et d’arrangements pléthoriques de l’album, c’est aussi cette singularité de situation qui donne à Mystery Hour sa force poétique et esthétique. La richesse des arrangements, les états d’âmes variables, liés à un questionnement du couple sur leur nouvelle place respective sont ici exploités pour faire de Mystery Hour une sorte de road album sentimental, dont chaque piste serait un épisode nouveau, teinté d’une atmosphère différente, oscillant entre le détachement, l’enthousiasme, et une mélancolie presque glaçante.

La musique de Pavo Pavo est référencée, pour ne pas dire savante : le couple s’est rencontré à Yale ou ils appartenaient au même quatuor à cordes. Ainsi, la couverture du disque, qui figure le duo se faisant face, à distance, sur une plage, pourrait être tirée d’un film d’Antonioni, et le groupe cite autant Ingmar Bergman que David Hockney comme influences.

La profusion de tessitures et de timbres (clarinettes, claviers, cordes, voix pitchée) est savamment arrangée, tout en conservant la tonalité et la finalité résolument pop des intentions musicales du couple, soulignée par les stimulantes et entêtantes lignes de basse. On pense tour à tour à Robert Wyatt, aux sixties des Beach Boys à l’écoute du son de guitare de « Close To Your Ego », et même furtivement à Metronomy pour les sons de claviers et de basse).

Le climax de cette épopée ayant la séparation pour fil rouge se situe naturellement à la toute qui clôt Mystery Hour, avec un magnifique morceau conclusif ; « Goldenrod », un titre sur lequel Eliza Bagg et Oliver Hill chantent à l’unisson avec des voix manipulées à l’autotuning, pitchées et méconnaissables, offrant à l’un et à l’autre, ainsi qu’à l’auditeur, une altérité transformée et résolument originale. Plus que nouveau départ, Mystery Hour est une nouvelle envolée.

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1 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Poliça & Stargaze: « Music For The Long Emergency »

C’est un curieux alliage que celui de Poliça, groupe synth-wave de Minneapolis avec le collectif musical néo-classique berlinois Stargaze. La résultante en est cet album collaboratif, Music For The Long Emergency.

Le répertoire en est une musique métissée, labyrinthique et savamment orchestrée comme sur « Fake Like » et « Speaking Of Ghosts ».

Conséquence de cet alliage, on passe ainsi par des moments contrastés ; du calme à la tempête, de l’anticyclone à la dépression avec les glaçants « Marrow » et « Cursed » qui, elle, est interprétée par le rappeur local Crescent Moon avec un flux qui accompagne avec brio le ton chaotique du morceau.

Rappelant les travaux des compositeurs du même calibre comme Nils Frahm et Mica Levi, Poliça & Stargaze arrive à passer d’une émotion à une autre, passant du désordre au désarroi notamment sur la pièce maîtresse de 10 minutes : « How This Is Happening » qui fait écho aux élections américaines qui ont dégoûté plus d’un.

Sur Music For The Long Emergency, il est clair que Poliça & Stargaze font la paire. Mêlant les deux antipodes de leur musique, on assiste à un disque riche en contrastes et en émotions fortes comme on en fait rarement.

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29 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Video Age: « Pop Therapy »

Il y a deux ans, Video Age avait fait ses premiers pas avec un premier album intitulé Living Alone qui fut de très bonne qualité mais était passé inaperçu. Le duo de la Nouvelle-Orléans composé de Ross Farbe et de Ray Micarelli étonnait pour ses compositions pop synthétique aux allures 80’s jamais surannées. Le groupe récidive ici avec son successeur intitulé Pop Therapy.

C’est à coup de pop rétro-futuriste que Video Age nous fait son retour avec des morceaux anachroniques allant de « Lover Surreal » à « Scenic Highway » en passant par les classes « Days To Remember » et « Paris To The Moon » ou le plus rythmé « Hold On (I Was Wrong) ».

Le duo capte son auditeur avec ses riffs quelque peu funky et ses boîtes à rythme groovy ponctués de synthés vieillots qui font leur effet sur « No Tomorrow » et « Scenic Highway ».

Avec Pop Therapy, Video Age continue à nous envoyer des climats oscillant entre le vintage et une pop futuriste étincelante caractérisée par d’autres morceaux comme « Is It Her? ». Thérapie pop donc, avec ce qu’il faut de « coolitude » pour la rendre, si ce n’est pérenne, suffisamment effervescente.

**1/2

19 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire