X-Marks The Pedwalk: « Transformation »

26 octobre 2020

Le nouvel album de X-Marks The Pedwalk commence avec l’un des morceaux les plus forts que le duo de Münster ait enregistré jusqu’à présent. « If I Stay » est un titre qui évolue lentement, qui sonne sombre, qui est instantanément sournois et qui devient de plus en plus rythmé vers la fin, ce qui montre à quel point il faut peu de moyens pour créer une musique fascinante lorsqu’elle est utilisée efficacement.

Ensuite, Transformation deviendra, à ce peopos, le travail le plus varié du groupe à ce jour. Cela va des sons ambiants sombres avec une touche industrielle et EBM pulsante (« Walk Away »), aux remplissages de pistes de danse presque légères pour l’électro-disco. Le « Voodoo Lounge » est volontiers visité en « lundi bleu ». La techno s’impose, des chœurs pour chanter et se balancer sont proposés (« Transformind »), et « Waiting » est une autre ballade atmosphérique à effet de profondeur. Le dernier morceau, « Shadows », sera, pour terminer de manière plus frappante, un peu plus percutant et encore plus intense.

Les compositions sont présentées tantôt éparses, tantôt opulentes (le multicouche « Talking », avec un synthétiseur estampillé Gary Numan), en restant toujours nettes et claires dans le son, sans que l’électronique ne gèle dans le froid glacial. Les voix bien équilibrées et parfaitement complémentaires d’Estefaniá et de Sevren Ni-Arb y contribuent. « Shadow », également divisé, est un exemple à écouter tant il est La conclusion réussie de cette Transformation quientreprend un voyage éblouissant à travers son propre cosmos sonore influencé par l’électronique. À écouter fort.

***1/2


Future Islands: « As Long As You Are »

6 octobre 2020

Les groupes de rock sont, comme nos économies, des cycles de croissance et de contraction. Les artistes laissent souvent leur son s’étaler avant de simplifier les choses, ce qui permet aux membres du groupe de dire comment ils ramènent les choses à l’essentiel. Il y aura des photos promotionnelles de guitares acoustiques, et vous aurez l’impression que l’album a été réalisé autour d’un feu de camp, et peut-être qu’un sifflement latent s‘est retrouvé sur un « single ». Mais cette capacité et ce désir de simplifier le son d’un groupe ne sont pas seulement l’apanage des groupes de rock traditionnels. Les ensembles axés sur les synthés ont également ces sentiments, et si vous vous êtes déjà demandé à quoi cela ressemblait, Future Islands répond à la question sur As Long As You Are, un album « débranché » pour un groupe qui a besoin d’électricité.

Ce qui ne veut pas dire que le groupe américain n’utilise pas d’instruments de rock. Leur line-up est composé du chanteur Samuel T. Herring, de Gerrit Welmers aux claviers et à la programmation, mais de William Cashion à la guitare et à la basse, le batteur Mike Lowry rejoignant le groupe en tant que membre à part entière. Ce line-up leur donne une flexibilité différente que si leur musique était purement programmée. Et si The Far Field en 2017 n’était pas ce que l’on pourrait appeler composé de paysages sonores luxuriants, As Long As You Arevoit un groupe, autoproduit pour la première fois, tourné encore plus vers l’intérieur, ne se concentrant pas sur les grooves mais travaillant plutôt avec l’ambiance et les paroles.

La voix de Herring, qui a une flatterie façon Bowie capable d’une tristesse à la Morrisey, est, maintenant et historiquement, le point focal de la musique. À bien des égards, sa voix est le miroir du groupe, l’humanité qui arrive au son électronique. Mais ici, c’est aussi ce qui motive les chansons, la musique travaillant avec déférence en dessous de lui pour soutenir son chant. Les rythmes et les textures sont là – ce n’est pas un album a cappella – mais les projecteurs sont braqués sur Herring, la version de Future Islands qui consiste à enlever une ou deux couches.

Cela signifie que même sur une chanson plus poppée, comme « For Sure », avec un groove régulier et quelques claviers décoratifs pour les couplets, une fois que Herring claque dans le refrain intense : « Je ne t’empêcherai jamais de franchir une porte ouverte / Je sais, tu sais / C’est ce que je ressens dans tout ce que tu es / Tu sais, je sais » (I will never keep you from an open door / I know, you know / That’s how much I feel in everything you are / You know, I know), on a l’impression que le reste du groupe prend du recul pour s’assurer que l’auditeur

entend ce qu’il chante. La retenue musicale se traduit aussi par un bon nombre de ballades et de chansons down-beat, jusqu’à ce que l’album se termine sur « Hit the Coast », le morceau le plus atmosphérique de l’album et celui qui a le son le plus complet.

Il est réducteur d’appeler ce disque un disque des années 80. Future Islands utilise la palette sonore associée à cette période, et la voix de Herring présente une ressemblance avec les chanteurs de cette époque, mais As Long As You Are a une modération contemporaine, voire tournée vers l’avenir, qui reflète un groupe mature travaillant avec des outils établis, plutôt qu’un groupe plus récent jouant avec des jouets numériques. C’est un album axé sur les chansons ; il se trouve que la voiture est synth-pop.

***1/2