The Elwins: « Play for Keeps »

À écouter The Elwins, on a la sensation qu’ils s’emploient à restituer l’esprit pop-rock des 60’s et, sur ce deuxième album, ils y parviennent sans peine. Ils avaient été remarqués par leurs tonalités très Beach Boys, désinvoltes et estivales sur leur premier opus, And I Thank You ; avec Play For Keeps ils s’aventurent vers une plus grande diversité, en particulier par un son plus altéré et de l’electronica qui pourrait sortir des années 80.

Ils restent néanmoins fidèles à un approche décomplexée et parviennent à amalgamer les deux décennies avec un savoir-faire indubitable. Il est vrai que les thèmes abordés (le sexe, les peines de coeur, le fun pour le fun) tout erratiques qu’ils soient coïncident à merveille avec le son ainsi mis en place ce qui se reflète dans le titre de ce « sophomore album » mettant en valeur le fait qu’ils souhaitent préserver ce qui tient lieu pour eux de classicisme indépendamment de ces nouvelles sources d’inspiration.

Le disque contient douze plages et déborde de peps, en particulier par l’amplitude des synthétiseurs qui se percutent de manière enlevée et incitant à la danse. Le premier « single », « So Down Low » est une déclaration de perte et d’épreuve sur laquelle le groupe ajoute une instrumentation optimiste pour apporter un élément élévateur ; un riff de guitare mémorable qui nous conduit vers un chorus plein de rempli de joie.

« Sexual Intellect » est une chanson pop bien construite avec un chorus sur lequel on ne peut que pousser la chansonnette qui subvertit ainsi la nature explicite du texte, un homme luttant contre ses désirs dont le contrôle sonne si surréaliste qu’il en devient peu crédible.

À l’pposé « Shining Star » sera un morceau paradisiaque et tranquille avec des synthés apaisants et « It Ain’t Over ‘Til it’s Over » résumera à lui seul un album plein de facéties et de jouissance qu’il serait agréable de transformer en vécu et non en rêve éloigné. L’été prochain peut-être…

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Sonny and the Sunsets: « Talent Night at the Ashram »

Talent Night at the Ashram, le nouvel album de Sonny and the Sunsets commence sur cette phrase : « J’ai rempli une demande pour être un être humain. » Tout est déjà dit dans la tonalité que va avoir ce nouvel album du combo de San Franciso. Il y a du détachement tranquille, une nuance d’espoir que la musique, un psyche-rock nuancé fait de nappes de synthés reposant sur des riffs de guitares confortables, complète en lui donnant à l’écoute un climat cool dont on a la sensation qu’ils existe depuis presque 50 ans. C’est charmant et désuet quelque part, c’est aussi étrange et intrigant tout en demeurant accessible.

Pour Sonny and The Sunsets, chaque album est une nouvelle aventure et non pas un élément d’une discographie. Talent Night at the Ashram était, à l’origine, conçu pour être un film qui suivrait des personnages marginaux et qui, assemblé, aurait formé un élement narratif complet. Reste ici, ces différents personnages, tous aussi intéressants et pottiresques, un joueur de bowling cherchant à faire un strike (« Icelene’s Loss), toutes les femmes que Smith a pu connaître (« The Secluded Estate ») jusqu’à Alice qui part à la montagne (« Alice Leaves for The Mountains »).

Si on cherchait un équivalent cinématographique, la première chose qui viendrait à l’esprit serait The Big Lebovski pour sa peinture de caractères aux limites de l’absurde mais pourtant fortement ancrés dans la réalité quotidienne.

Si on s’éloigne du concept, la musique est tout simplement incryable avec ses guitares qui donnent le vertiges sur la chanson titre, une « vibe » Ariel Pink sur la chanson titre, et ses sitares, orgues et claquements de main qui ne semblent jamais forcés mais apparaissent plutôt comme une entrée subtile dans un univers décalé.

Déroutant au départ au point qu’on se demande à quoi jouait Smith avec Talent Night at the Ashram, le disque devient plus simple au bout de plusieurs écoutes et s’avère un excellent album d’une indie-pop qui aurait fusionné avec du surf-rock psychédélique.

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Dengue Fever: « The Deepest Lake »

Dengue Fever est un groupe psychédélique De Los Angeles, nommé ainsi à cause de la maladie attrapée par un des ses membres au Cambodge, pays qui est également l’endroit d’origine de leur chanteuse Chhom Nimol. Un des gimmicks du groupe sera d’alterner les deux langages ce qui fait de Nimol la véritable star de The Deepest Lake, un album aux tonalités trippy et surf rock qui se mêlent aisément à sa voix.

Le langage est un élément important du combo et les messages, qui si ils n’étaient pas chantés en Khmer sonneraient maladroits, sont ici concis et travaillés par de nombreux détails soniques. Cela, paradoxalement, favorise l’émotion comme sur un « Taxi Dancer » direct et franc ou « Rom Say Sok »qui amalgame mélopée et percussions. La langue étrangère n’aliène pas l’auditeur mais est là pour, au contraire, l’attirer.

Les vocaux de Nimol sont naturellement sexués mais, le groupe jouant beaucoup dessus, cette répétition devient rapidement lassante pour des oreilles occidentales. La fin de l’album voit d’ailleurs les morceaux se fondre aux autres tant ils sont similaires et, qualité mise à part, on a affaire à un brouillage qui les rend indistincts.

The Deepest Lake possède néanmoins quelques titres de choix. La rythmique hypnotique de « No Sudden Moves » nous embrigade imperceptiblement grâce à certains passages astucieusement séducteurs. Même si le désir sert de moteur à l’album, sa suggestivité n’a rien d’ostentatoire ; elle apparaît plutôt comme une confiance en la sensualité quand celle-ci est assumée. Il y a quelque chose, chez Nimol, qui évoque la femme fatale dans un phrasé dont on ne peut mettre en doute le ciopeur qui y est mis.

Dengue Fever est constituée de cinq musiciens et d’une déesse païenne et The Deepest Lake nous permet d’opérer un voyage dans un univers de divinités issus d’un autre monde ce qui fait de cette célébration une ode onirique à la Femme en soi.

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The Aquadolls: « Stoked On You »

Si vous preniez tous les éléments du surf-rock et les enveloppiez dans un album plein de confiance , vous obtiendriez The Aquadolls et leur Stoked On You.

Sur leur page Facebook, ils se réclament aussi du surf-punk psychédélique et du rock de Los Angeles période années 70.

D’un point de vue musical on peut très bien imaginer ce qu’il serait advenu de Brian Wilson si il avait continué à rester un garçon de la plage après 74 ; le son est, en effet, idéal pour les parties la nuit venue grâce à une instrumentation exceptionnelle et des textes qui s’imbriquent parfaitement à l’esthétique du groupe.

Ainsi « Sinus Infection » nous gratifiera d’un frondeur « You were a dream but not a good one » emblématique de l’esprit désinvolte qui a cours chez eux.

Le disque, du moins sa première partie, pourrait à merveille accompagner une virée en voiture le long de l’océan mais, au fur et à mesure où l’album progresse, les influences psychédéliques deviennent plus apparentes (« I Like Fruit »).

Si les exclamations pop et « doo wop » sont encore là, elles cèdent la place à des climats lo-fi et inspirés par un rétro où perce une certaine attirance pour l’étrange.

On notera un morceau phare, « Tweeker Kidz » qui fédérera toutes les humeurs de l’album en ce qui pourrait être une jam par excellence ou « Don’t Mean Jack », le titre d’ouverture qu’on pourrait se passer en boucle.

Pour être plus précis on pourrait même dire que c’est tout l’album qui pourrait subir le même « sort » ; indépendamment de l’environnement dans lequel on se trouve, la « vibe » californienne véhiculée par Stoked On You véhiculera le même effet et aura le même impact que si on était au bord d’un plage de sable sous un soleil chaud prédisposant à l’insouciance.

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The Mowgli’s: « Waiting For The Dawn »

Voici un groupe pléthorique puisqu’il est composé de 8 musiciens tous issus de Los Angeles. Ce collectif propose une musique joyeuse et « laidback » où se mêlent retro-folk tel qu’on le pratiquait du côté de Laurel Canyon, pop rock ensoleillée piochée chez les Byrds tout comme ces harmonies évoquant immanquablement les Beach Boys.

Ce deuxième opus reste enraciné dans le rock West Coast mais, tout « fun » qu’il soit, s’efforce de ménager des climats qui nous font voyager ailleurs grâce à des enjolivures qui ne se révèlent que peu à peu.

On est donc toujours dans cette instantanéité d’alors source de bien des nostalgies comme celle qui a place sur les chorus endiablés de « San Francisco ». Tout le disque semble d’ailleurs construit sur un mode particulier, celui d’une « party » au bord d’une plage démarrant de manière festive, puis peu à peu plus laidback (« Slowly Slowly », « Waiting For The Dawn ») avant que un « Love Is Easy » qu’on imagine très bien comme le fruit d’une rencontre coup de foudre ne déploie un folk-rock craquant qui pourrait très bien être le fruit de Lovin’Spoonfus ou de Turtles ressuscités avec un peu plus de peps, instrumentation oblige.

La suite confirmera, up tempo alternant avec son contraire, cette sorte de cheminement avec un « Time » se faisant le reflet des tergiversations adolescentes avant que la « party » ne reprenne avec « Say It, Just Say It » et « Leave It Up To Me » pleins de verve et un « Hi, Hey There, Hello » et son message d’insouciance du « forever young ». « We Are Free » terminera le rituel que constitue Waiting For The Dawn de manière lyrique et optimiste, il sera la touche finale d’un tableau où lmélodies accrocheuses et impressions laidback formeront un panorama où tout n’est encore que « Fun, Fun, Fun ».

★★★☆☆