2nd Grade: « Hit to Hit »

« Fun, fun, fun », chantaient les Beach Boys en 1964 sur l’un des nombreux tubes qui ont documenté le style de vie insouciant et festif des adolescents vivant le mythe californien. Avance rapide de 55 ans, et bien qu’il ait été écrit dans une cour arrière de la côte Est à Philadelphie, Hit to Hit, de 2nd Grade, suggère que la philosophie de Peter Gill n’est pas très différente.

En 2018, Gill a sorti Wish You Were Here Tour, un disque solo enregistré dans son garage, et son premier sous le nom de 2nd Grade. Mais Hit to Hit est la première sortie d’un groupe – et la nature collaborative ne s’infiltre pas seulement à travers, mais plutôt saute des haut-parleurs. Les quelques singles qui ponctuent l’album sont des bombes sonores qui constituent une préparation idéale pour l’ensemble de la collection. Avec l’énergie hybride de The Replacements et de Weezer, Velodrome est peut-être le plus accrocheur du lot, tandis que Dennis Hopper dans Easy Rider passe d’une leçon de maternelle à un rappel des acteurs du road movie de 1969 – avec le genre de mélodie insouciante de comptine qui tourbillonne de hit en hit, et le rend si totalement addictif.

Avec 24 chansons en seulement 41 minutes, les chansons partent aussi vite qu’elles arrivent – la philosophie de Gill étant que le monde moderne présente un million de choses qui rivalisent pour attirer l’attention des gens. Mais malgré sa brièveté, elle ne donne en aucun cas l’impression que les chansons sont jetées, et elles regorgent d’idées passionnantes et inventives. « Boys in Heat » est mélodiquement génial, « W2 » est rempli de guitares à pointes et de guitares slapdash, et les structures économiques de « Sucking the Thumb » et de la sensation lo-fi, « Pavement », des débuts du Jazz Chorus, qui arrivent toutes deux à moins d’une minute, sont assurément intrigantes.

Bien sûr, le disque n’a pas été écrit pour être publié pendant une pandémie mondiale, et les projets de Gill de tourner l’album avec tant de musiciens dans le monde entier ont été réduits. Mais Hit to Hit est fait pour être joué fort, et c’est certainement la dose de « fun, fun, fun » que nous réclamons tous en ce moment.

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Aquarama: « Teleskop »

Aquarama n’avait pas donné signe de vie depuis son premier album nommé Riva il y a plus de deux ans. Suite à cela, le groupe italien a patiemmemnt tenté s’imposer sa surf-pop psychédélique et cosmique, démarche qui est, aujourd’hui, placée sous le signe de leur second opu,s Teleskop.

Le départ est spectaculaire avec le morceau-titre mettant en valeur leurs influences vintages et groovy. Aquarama nous embarque dans leur univers psychédélique totalement visuel avec des titres entraînants à l’image de « Summer’s Gone », « Lucky One » et de « Vietnam » où le multi-instrumentiste Dario Bracaloni et le batteur Guglielmo Torelli restent dans leur élément.

Aussi bien accrocheur qu’envoûtant sur « Bubble-Gum » ou sur « The House Is Burning » et « Out Of The Blue », Aquarama reste dans leur élément avec ce second disque voyageur et intergalactique. Après une flopée de morceaux emblématiques, le duo italien clôt la marche avec la ballade de clôture nommée « Moon Landing » qui nous fait atterrir de belle manière. Teleskop invite l’auditeur à se déconnecter du monde réel afin de se laisser emporter par sa surf-pop psychédélique stellaire et inventive. Mission plutôt réussie.

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The Babe Rainbow: « Today »

Surfers, blonds, bronzés avec des cheveux longs, sympas et surtout créateur de chansons aux jolies mélodies pop, les quatre australiens de Babe Rainbow ont vraiment tout pour plaire

Le label Australien Flightless Records n’a pas que les bonnes galettes de King Gizzard en rayon, ils ont aussi celle du groupe Babe Rainbow et leur pop folk délicatement psyché tendance néo-hippie plutôt BCBG. Et elle vaut largement le détour.

Il y a des images de chemises à fleurs, de ciel bleu et de cheveux au vent qui apparaissent à l’écoute de Today, troisième albums des quatre joyeux blondinets de Babe Rainbow.

Que des Good Vibrations au contact des 11 titres imaginés par ces jeunes surfeur australiens dont les influences musicales (Jazz, Bossa Nova, afrobeat…), semblent irréprochables à l’écoute de titres comme « Butter », « Morning Sun » ou « Electrocuted ».

Disque pop estival, Today est une gourmandise à laquelle on ne peut pas résister bien longtemps et qui rappellera également, pour ses influences hispanisantes, d’artistes chéris comme Devendra Banhart, Juan Wauters ou Helado Negro.

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La Luz: « Floating Features »

Ce troisième album de La Luz mérite que l’on s’attarde dessus. Emmenées par l’envoûtante Shana Cleveland, ces quatre californiennes glissent sur la vague neo-surf pour notre plus grand plaisir. Floating Features est un album passionnant, qui témoigne d’une oeuvre à la fois complexe et terriblement addictive, oscillant entre la superficialité d’une musique teintée par les sixties, et un psychédélisme élégant.

« Floating Features » est aussi le morceau instrumental qui introduit ce troisième opus et il le fait de belle manière. À entendre les cordes de sa Fender vintage, Shana Cleveland nous plonge immédiatement dans une ambiance digne d’un film de Tarantin et nous procure une légère tension musculaire, signe de l’incroyable plaisir que seule peut nous procurer la musique.

La voix de Shana Cleveland se dévoilera quelques secondes plus tard, sur « Cicada ». Spectrale et mystérieuse, son souffle s’évanouit dans un chœur orgasmique, sur fond d’une guitare syncopée d’un violent écho. La Luz s’amuse d’images ambiguës, tissant des ambiances déroutantes, en mêlant au spectacle de l’étrange, une étonnante simplicité qui rend ce troisième opus extrêmement facile d’accès. Ainsi, avec la légèreté d’une guitare acoustique, « Mean Dream » reprend les codes d’un surf rock pleinement 60’s à mid-tempo, avant de laisser place à l’un des morceaux les plus intrigants de l’album, « The Creature ». D’une ambiance fantomatique se dégage un solo de guitare particulièrement touchant qui se prolonge dans la mélodie d’un clavier enroué, que l’on retrouvera sur « Walking into the Sun » ou « California Finally », teintant ces morceaux d’une planante mélancolie.

La Luz nous emmènera parfois sur des sentiers beaucoup plus joyeux, et intensément plus rythmés. Le premier avertissement en est donné sur « Loose Teeth », une composition qui exprime tout le savoir-faire des californiennes dès lors qu’elles souhaitent nous administrer une généreuse dose d’énergie. Difficile de résister à une nouvelle décharge de féminité dans ce rock à guitares, lorsque la dextérité de Shana Cleveland s’illustrera en nous tirant vers les limbes d’un doo-wap solaire, avec « Lonely Dozer ». L’album se conclut par « Don’t leave me on the Earth », dans une ambiance extatique, soutenue par la frénésie d’une section rythmique qui pousse les élans vocaux inspirés de Shana Cleveland vers une stratosphère vers laquelle on ne peut que vouloir la rejoindre

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Her’s: « nvitation To Her’s »

Her’s est un duo originaire de Liverpool, composé de Stephen Fitzpatrick et d’Audun Laading et semble s’être imergé dans les disques de Mac Demarco et autresopusde surf-pop tant cela transpire fortement à chaque sillon de leur premier album officiel, Invitation To Her’s.

Révélés par leur single « Dorothy », Her’s continue donc sur sa lancée avec des titres acidulés et doucement nostalgiques comme « Harvey » qui ouvre le bal de façon funky mais également « If You Know What’s Right », « Low Beam » et « Breathing Easy »

Le duo parvient également à incorporer d’autres influences musicales eu travers de leur surf-pop avec, par exemple, les climats innocents de ces rythmes bossa nova sur « Carry The Doubt » sans que cela ne sonne incongru.

Les riffs mélodiques ainsi que la voix en falsetto de Stephen Fitzpatrick n’en finissent pas de faire des malheurs notamment avec « Blue Lips », « Love On The Line (Call Now) » et autres « Don’t Think It Was Over » qui sont soutenus par des synthés groovy et éthérés. Il ne manque plus qu’un final définitivement harmonieux du nom de « Under Wraps » pour réaliser que Her’s a fait une entrée plutôt remarquable sur la scène dream-pop/surf-pop actuelle et leur premier album protéiforme.

***1/2

Shy Boys: « Bell House

Le premier album des américains de Shy Boys était passé inaperçu; ils il ne faudrait donc pas regretter de négliger Bell House car, avec ses mélodies entraînantes, ses refrains légers et son côté 60’s très coloré, ce disque est une vraie régalade pour tous lieux et toutes saisons.

Si vous êtes amateur de surf pop et de riffs jangly vous pourrez vous repaître de ces harmonies vocales à la mode californienne d’autant plus délicieuses que Shy Boy est originaire du Kansas . En bref, House jouit de cette production simple mais parfaite qui en fait un disque incontournable en matière d’indie pop.

***1/2

Club Sport: « This Is Our Vice »

Il aura fallu un certain temps pour que ce quintet de Brisbane sorte un nouvel album mais This Is Our Vice est preuve que ce hiatus n’a pas été inutile.

Nos Australiens n’ont toujours pas abandonné leur surf pop tropicale mais leur son est devenu plus mature et intéressante . Les vocaux de Tim Nelson ont cette humeur maussade qui intervient à contrepoint de leur tonalité habituelle.

De ce point de vue « Only Friend » l’illustre à merveille, et « Cant Save You » déploie des synthés hypnotique comme pour étoffer l’ensemble.

Les chorus de « It Kills Me » sont, eux, de la plus belle veine en terme d’accroche ce qui tend à prouver que le combo a su très bien distiller un poil de mélancolie dans un environnement sonique jusqu’alors moins teinté d’intempérance.

**1/2

Coastgaard: « Devil on the Balcony »

Coastgaard sont de Brooklyn mais leur musique semble plutôt verser du côté Ouest des USA nimbée qu’elle est de psychedelia pop rock et de tonalités qui nous rappellent les années 0 ou 60.

La musique y était, à l’époque, si ce n’est paisible, tranquille et peu vindicative ; axée sur des mélodies ensoleillées (« Old Casino’) et des refrains où l’on croirait entendre les étraves de surf chevauchant les vagues du Pacifique.

« Something Misty » mêlera Beach Boys et Everly Brothers et les textes, fluides, prendront le relais pour véhiculer cette ambiance où les questions ne vont pas plus loin que le thème des relations que chacun a pu avoir lors de son âge tendre.

« Ruminator » ira vers un registre plus musclé à forte connotation « indie » apportant à Devil on the Balcony la tuche dont il avait besoin pour que l’on séloigne du « mainstream ».

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Best Coast: « Calfornia Nights »

Le « debut album » de Best Coast en 2010 était une merveilleuse incursion dans l’indie-pop ensoleillé et éraillé de la Californie. Pour leur second opus ; le duo a engagé le producteur Jon Brian pour le charger d’arrondir les angles ce qui s’est opéré à leur détriment.

Calfornia Nights tient à mi-chemin entre les deux précédents. On y touve surf pop lo-fi et un son plus éraflé et confiant. « Feeling OK » nous proposera des riffs grunge façon Weezer et le « single » « Heaven Sent » affichera une pop-punk arrogante à la Bangles.

Les vocaux de Bethany Cosetino sont toujours influencés par les girl groups des 60’s comme le montre « Wasted Time » mais sa voix parvient aussi à se déformer sur une ballade vertigineuse comme la chanson titre.

Les harmonies et la reverb l’épauleront et lui donneront une certaine assise y compris sur les morceaux mélancoliques de type « Fading Last » ou « Sleepo Won’t Ever Come ».

Bien sûr le style est un peu monocorde mais Cosetino a cessé de se lamenter et semble chercher désormais des réponses ; signe que le duo a grandi en 5 ans.

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The Mowgli’s: « Waiting for the Dawn »

Le « debut album » des Mowgli’s sonne comme si il avait été fait pour les jours chauds de l’état. Il n’est pas besoin d’aller plus loin que le « single » « San Francisco » avec ses tonalités ensoleillées de guitar pop façon 60’s et des textes parlant d’amour et d’harmonie pour s’en convaincre.

Cette mentalité crypto-hippie se fraye d’ailleurs son chemin au travers des 13 plages de Waiting for the Dawn.

Comme Edward Sharpe And The Magnetic Zeros avant eux, le groupe interprète le genre de chansons qui vont à la rencontre de nos oreilles avec grâce et qui pourraient illustrer nombre de publicités estivales à la télé.

On pense par exemple à « Just Say It » ou « Clean Light » qui, écoutées les yeux fermées, nous feraient sans peine imaginer une voiture cabriolet pour teenagers ou un nouveau lecteur MP3.

C’est cela qui fait de l’album quelque chose de quelconque. On a déjà entendu et on entendra encore des disques de ce type ; on ne retiendra que « Slowly Slowly » pour rompre avec cette homogénéité ce qui est signe de soirée festive peu mémorable le lendemain.

**1/2