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Queens of The Stone Age: « …Like Clockwork »

Like Clockwork a été un disque difficile à réaliser et à sortir pour Josh Homme. Une opération de routine le laissera cliniquement mort pendant quelques moments et il dut rester alité pendant trois mois. Les répercussions ont été autant mentales que physiques ; il déclara même qu’il avait laissé quelque chose sur la table d’opération et ce sont les musiciens de son groupe qui le sortirent de sa dépression en le persuadant de travailler sur un nouvel album de Queens of the Stone Age.

Pendant sa conception, Homme n’a jamais pu se défaire de cette expérience presque mortelle et c’est vraisemblablement pour cela qu’il s’agit du disque le plus noir et effrayant réalisé par le groupe… et également leur meilleur depuis une bonne dizaine d’années.

Le titre ouvrant l’album, « Keep Your Eyes Peeled », est annonciateur du climat macabre qui a présidé à … Like Clockwork. Les vocaux de Homme sont hurlés, la ligne de basse est sinistre et les riffs de guitares contorsionnés soniquement. Le pont musical est hallucinant et les textes font référence au rêve et à la mort sans que les deux soient dissociés. Sur « I Appear Missing » Homme évoque de manière de plus en plus flagrante son hospitalisation mais là, le morceau va démarrer sur une berceuse presque suave pour, peu à peu, déboucher sur une escalade de riffs de plus en plus tendus. L’effet est celui d’une tentative de réanimation « opérée » par la précision incisive des instruments.

Même quand il essaie d’aborder d’autres sujets, la musique garde sous-jacente ce décor et peu de rais en lumière n’en émergent ; «  The Vampyre Of Time and Memory » est centré sur un piano dont la mélodie endeuillée semble envelopper la voix de Homme tout comme les légères bordures offertes par quelques accords de guitare jazzy . « Kalopsia » va utiliser un battement de cœur comme rythmique pendant que de riffs de six cordes s’insinuent méticuleusement dans un chorus couronné par un crissement aigu de guitares.

Ces titres ménagent une transition entre deux univers car … Like Clockwork ne sera pas uniquement constellé de catastrophisme. « If I Had A Tail » et « My God Is The Sun » offrent même une accalmie tout en restant extrêmement tendus. Le premier morceau retrouve cette tonalité fanfaronne qu’on associe à QSTA et l’autre titre est un hard rock en cascade, au chorus pantelant dans lequel le groupe semble vouloir atteindre les cieux.

L’autre particularité dans la gestation du disque est le nombre impressionnant d’invités qui y ont collaboré. Leur participation est perceptible dans leurs chansons respectives mais ils ne font jamais de l’ombre à la musique. Parfois il faut même tendre l’oreille pour les entendre ce qui ne rend que plus estimables leurs contributions. Les vocaux de Trent Reznor par exemple servent de toile de fond à « Fairweather Friends » mais le piano de Elton John y est instantanément reconnaissable dès le moment où celui-ci entre en action. Sur la plage suivante, « Smooth Sailing », Homme retrouve un peu de son arrogance et, en s’appuyant sur les « backing vocals » en falsetto de Jake Shears des Scissor Sisters, nous offre un des titres les plus funky de son répertoire.

Sur papier, la participation de tous ces musiciens aurait pu conduire au désastre mais ils ont tous laissé en arrière plan leurs sensibilités personnelles pour laisser place aux compositions et aux humeurs ainsi mises à plat. Le flot de…Like Clockwork est ainsi quasiment parfait ; un peu comme s’il s’agissait celui d’un mouvement d’horlogerie au tempo soigneusement réglé.

 

 

 

12 juin 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Psychic Ills: « One Track Mind »

Psychic Ills, voilà un nom qui fleure bon certains acides et il est vrai que, après avoir flirté avec le rock expérimental, ce duo de New York semble avoir dérivé vers ce que son album précédent voulait dire , à savoir des rêves brumeux (Hazy Dreams).

Sur One Track Mind, là encore le titre de ce nouvel album est porteur de sens. Avoir l’esprit focalisé vers une unité de son est en effet une façon adéquate de signifier en quoi le groupe a décidé de s’enraciner vers le « stoner rock ». Les lignes de basse sont hypnotique et menaçantes, les parties de guitares sont noisy et saturées comme pour amplifier le monolithisme des compositions. « One More Time » annonce fort justement un album qui se voudra être un hybride entre Spacemen 3 et The Gun Club. Les climats répétitifs (« See You There ») ou mystérieux (« FBI ») souligneront en quoi des vocaux noyés sous des chambres d’écho, des bandes passées à l’envers ou des échappées bluesy que n’auraient pas renié le Blue Cheer de Vicebus Eruptum sont capables de faire bon ménage avec un psychédélisme qui privilégie l’assaut sur les sens plutôt que la sophistication de la British Psychedelia.

Il n’est en effet ici pas question de subtilités mais de volonté d’asséner à l’auditeur un rock batailleur et calamiteux. De ce point de vue on pourrait presque avancer l’idée que One Track Mind est un « road album » sur des sentiers hallucinogènes et non balisés. Soulignons, à cet égard, la production de Neil Michael Hagerty de Royal Trux. Elle est capable d’encadrer les dérives acoustiques tout comme les freak out de guitares déjantées capable, à elle seule, de donner un semblant se structure à des compositions qui se veulent sauvages et débridées. On serait bien en peine de trouver à redire à une démarche qui, quelque part, se situe encore dans l’expérimentation. Elle a simplement substitué à la rigueur clinique une volonté de puiser une inspiration vers un imaginaire que, n’en déplaise aux cuistres, seul un inconscient peut véhiculer.

★★★☆☆

21 février 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire