Black Rainbows: « Cosmic Ritual Supertrip »

Vous savez toujours où vous en êtes avec Black Rainbows. Leur attitude et leur son sont immuables, vous pouvez presque cocher leur son comme une liste de contrôle. Des riffs bruyants et cochons ? Vérifiez. Des monstres de l’espace ? Cochez. Des extraits de films de série B au hasard ? Oui. C’est le son de l’enfant bâtard d’une communion impie entre Motörhead et Black Sabbath, et quand il se met en marche, vous pouvez parier votre saint derrière qu’ils sont la plus grande chose depuis le pain tranché.

Bien sûr, avec un tel son de percussions, ils risquent parfois de manquer d’inspiration, et cela s’est vu dans les récents albums après le rugissement tout-puissant de Hawkdope. En apparence bégayantes, ces gloires passées sont devenues l’ombre d’elles-mêmes, le seul véritable moment d’inspiration étant la récente sortie en solo du frontman Gabriele Fiori. Cette sortie semble avoir débarrassé certaines toiles d’araignée des bobines rouillées de la machine Black Rainbows, alors qu’elles sortent toutes les armes à feu sur le nouvel album Cosmic Ritual Supertrip.ææ

C’est comme d’habitude depuis le début avec le riff de « At Midnight You Cry » et ce sont des chansons comme celles-ci que les Black Rainbows peuvent lancer dans leur sommeil. Mais il fait plus chaud pour les vibrations plus espacées de « Universal Phase », dont les basses floues attirent tous ces tropes classiques de Sabbath. Des samples s’infiltrent, rendant le riff turgescent un peu plus intéressant, mais le plaisir commence vraiment avec l’excellent « Radio 666 », qui évolue des entrailles du morceau précédent comme un phénix renaissant de ses cendres.

Les autres moments forts sont le lourd « Hypnotized By The Solenoi » », qui est suivi par les vibrations psychédéliques plus décontractées de « The Great Design » » Le dernier « Searching For Satellites Part 1 » évoque la sortie en solo de Fiori, tandis que « Fire Breather » fait appel à tous ces fantasmes de B Movie dans une chanson sur un grand oiseau mythique. Que demander de plus ! D’accord, l’album pourrait être dépourvu de quelques morceaux, mais c’est généralement le problème avec le stoner rock, et dans l’ensemble il y a beaucoup à apprécier.

Si vous vous attendez à en entendre d’autres, vous aurez une belle surprise avec Cosmic Ritual Supertrip, qui est un beau retour en force pour Black Rainbows. C’est plein de rock stoner tête en bas, et plein de moments trippants qui les distinguent. Ce n’est pas vraiment révolutionnaire, mais quand on a une formule, pourquoi essayer de la casser ? Un bon moment de plaisir avec nos stoners préférés Black Rainbows.

***1/2

UUBBUURRUU: « UUBBUURRUU »

Il suffit d’un coup d’œil sur la pochette du premier album de UUBBUURRUU pour comprendre son manège : tout pour le rock et pour avoir du fun. Le quintette montréalais assume sa posture heavy-psyché-prog-rock, doit-on conclure après avoir hoché de la tête en écoutant ce joyeux ramassis de clichés des styles des années 1970, dans les textes autant que dans le son. C’est quasiment un motif de guitare de Black Sabbath qui ouvre l’album sur « Stone Men ». Sur « Chaos Rider », un solo d’orgue évoquant les dérapages d’Iron Butterfly.

Des titres de chansons aussi grotesques que « Spacecraft to Your Dreams », « Feel Alright in Hell » (l’une des meilleures !) et « Pentagram ». Une sincère lettre d’amour au stoner rock d’antan, solidement réalisée par Samuel Gemme (Chocolat, Anemone) qui défoule et fait sourire.

***1/2

Colour Haze: « We Are »

Ce qu’il y a de bien avec Colour Haze, c’est qu’on peut les perdre de vue pendant des années, sachant qu’on les retrouvera à l’endroit exact où on les avait laissés, vaillants et motivés comme au premier jour, au plus affligés de nouvelles promesses de calvitie. Non que l’éternel trio munichois emmené par Stefan Koglek au chant et aux grattes fasse dans l’immobilisme à tous crins, mais l’ensemble de leur ouvrage, du désormais doublement vintage Chopping Machine (1995) à ce nouveau brûlot passionné, est marqué du sceau de l’unité et d’une forme d’optimisme universaliste renvoyant largement à l’avant-Woodstock ‒ même si ce dernier point n’est plus aussi évident, certaines paroles (« We Are », « Life » » contenant en creux des angoisses perméables à l’époque.
We Are perpétue l’identité du groupe, celle qui plonge l’héritage maintes fois recopié des pères du fuzz, de Jimi Hendrix à Jimmy Page, et on pourrait remonter au Muddy Waters d’Electric Mud, dans un brassin d’acides saupoudré des pigments de l’évasion. Entendons-nous bien, cela en toute lucidité : la vibration chaude de l’ampli comme seul poison. L’album repose sur des fondations qui traversent les décennies.

Comme il y a vingt-cinq ans, la guitare volubile de Stefan est ce métronome infatigable dont les morceaux épousent fidèlement les vagabondages et les coups de nerfs, tandis que les lignes de basse bombées de Philipp Rasthofer permettent d’huiler l’ensemble tout en tenant avec aplomb le crachoir lorsque le tracé mélodique principal s’octroie un arrêt au stand.

Avec le temps pourtant, la musique de Colour Haze a vu ses aspérités « stoner » reculer sans qu’on y puisse discerner une politique réfléchie. Aujourd’hui, le vocabulaire du groupe est dominé par l’élément psychédélique, et dans cette logique, We Are amène une nouveauté notable avec l’incorporation d’un quatrième membre, le claviériste Jan Faszbender. Si Colour Haze avaient déjà tâté des synthés et du mellotron par le passé, il s’agissait avant tout de tentations ornementales, là où Faszbender a régulièrement son mot à dire dans le corps même des morceaux, apportant de nouvelles façons d’articuler les dynamiques en même temps qu’un vernis « psychedelico-progressif » qui sied joliment au groupe. Farci à ras bord de feeling et généreux en plans qui font dresser l’oreille, We Are est sans nul doute ce que Colour Haze ont produit de plus consistant depuis Tempel (2006), qui reste et restera leur chef d’œuvre.

***1/2

Rosalie Cunningham: « Rosalie Cunningham »

Ceux ont suivi la carrière du groupe Parson sauront que, en l’espace de quelques EPs et albums, le combo mené par la chanteuse Rosalie Cunningham était plus que prometteur. Pourtant, c’est cette dernière qtire son épingle du jeu tant la Britannique s’émancipe une fois de plus en solo avec son troisième album endiablé.

En l’espace de huit nouveaux morceaux, Rosalie Cunningham nous entraîne dans un stoner rock désertique et psychédélique complètement ardent. Il n’y a qu’à juger les écoutes des morceaux flamboyants de l’introduction nommée « Ride on My Bike » mais encore « House of the Glass Red » et « Dethroning of the Party Queen » pour s’apercevoir que l’on a affaire à du rock’n’roll teinté de roots nous embarquant dans des contrées hors du commun.

On peut également mettre en valeur lle registre vocal d’une chanteuse qui reste toujours aussi captivante tandis que des orgies fuzzy se déchaînent à tout bout de champ. Sur d’autres perles bien brûlantes à l’image de « Fuck Love » et « Riddles and Games », Rosalie Cunningham fait parler sa créativité sans failles tandis que le final orgasmique de 13 minutes intitulé « A Yarn From The Wheel » ira enfoncer le clou comme jamais. À l’écoute de ce troisième disque, on sent que l’ex-Parson s’émancipe et prend plaisir à nous entraîner dans des territoires dangereux.

***1/2

Sacri Monti: « Wainting Room For The Magic Hour »

Originaires de San Diego, les cinq membres de Sacri Monti avaient déjà fair parler d’eux avec leur premier album éponyme sorti en 2015. Riche de 6 morceaux, lopus faisait la part belle à un stoner psychédélique à la fois moderne et emprunt d’un feeling très blues hippie 70’s. Tout en nervosité malgré ses envolées planantes, ce premier album se concluaiitdur la canshon-titre, une épopée de 12 minutes tantôt atmosphériques, tantôt nerveuses. C’était bien construit, ça montait doucement en force et laissait sur une impression de chaos hautement savoureux.
Wainting Room For The Magic Hour jutifie largement l’attente suggérée par son titre ; écrit sous influence dès lentrée en matière on a droit à quelque chose de mystique et de fouguaux à l’image de «  Fear and Fire » qui semble avaoir été écrit sous influence lysergique avec ces riffs qui reviennent comme un mantra.

La suite de l’album gardera une excellente dynamique avec alternance entre énergie explosive et sonorités d’un trip entamé en douceur (sous acide) avec un cadre idéal que serait le désert sous un ciel étoilé.

La suite des passages planants rappellera le Pink Floyd pour sa sensibilité, le son de guitare et lesaccompagnements au clavier, cela sanspour autant sonner comme un cliché ou une repompée (« Affirmation »)

Arrivera le « sngle » « Gone From Grace » viendra elancer la machine jusqu’à ce que le groupe nous quitte, à bout de souffle sur « You Beautiful Demon » aux sonoritéshippie-folk des 60’s et 70’s.

La conlusion sera simple, Wainting Room For The Magic Hour est un disque à écouter en ces heures magiques telles quu’elles sont énoncées dans le titre de l’album : ce seront des moments nocturnes où l’esprit hésite entre désir de co,templation et sursauts d’énergie, ces moments entre chien et loup où le mental est engourdi mais également alerte et affuté sur des seensations qui, même si elles ne sont que virtuelles, ne sont pas pour autant négligeables
***1/2

Big Business: « The Beast You Are »

Le dernier album de Big Business, The Beast You Are, constitue probablement l’une des plus belles bandes son à écouter sous une pluie noire et menaçante. C’est, du moins, ce à quoi on pensé en découvrant « The Moor You Know. » Le morceau progresse lentement sur un riff de basse menaçant, et la voix rocailleuse de Jared Warren est tour à tour introspective, sombre, étrange, avant de prendre les devants pour rester presque hors de contrôle, comme pour mieux combattre par le mal certaines heures tristes. Coady Willis cogne derrière ses fûts, ponctue le morceau d’une batterie lourde, aussi épaisse que du plomb proche du point de fusion.

On y entend aussi quelques phrases de synthétiseur qui accentuent encore un peu plus ce fond d’angoisse pas complètement digéré pour finir par lentement nous plonger dans un nuit froide et effrayant. Mais « The Moor You Know » ne se limite pas qu’à cette ligne de basse jouée sur des cordes étouffées avec la ferme intention de rendre l’ambiance pesante. Le duo joue sur les contrastes de son instrumentation, repart à l’assaut, balance quelques riffs distordues et relance le morceau avec un certain souffle guerrier. Quand la fatigue est à son comble, cette musique, plus que de raison, peut s’écouter alors pour accompagner un café définitivement réparateur.

***1/2

Black Mountain: « Destroyer »

En 2016, Black Mountain avait signé un IV pour le moins innatendu mais emblématique car le combo nn’avait pas donné signe de vie depuis plusieurs années.

Toujours ancré dans les ambiances rock psychédélique et stoner rock, Black Mountain décéidé de ne plus perdres son temps en nous envoyant un gros son comme sur « Future Shade » et « Horns Arising » avec ses riffs bien sauvages et ses claviers cosmiques. Le tandem vocal de Stephen McBean et Amber Webber reste toujours aussi explosif et fait des miracles sur les ravageurs hard-rock de « High Rise » avec en prime un solo de guitare wah wah des plus endiablés ou de « Licensed To Drive » toujours aussi urgent.

Mais, sur ce Destroyer, le groupe montre qu’il est capable de sortir du normatif. Les claviers épileptiques de « Closer To The Edge » que l’on retrouve sur la montagne russe sonique de « Boogie Lover » mais encore des sommets psychédéliques de « Pretty Little Lazies » passant du calme à la tempête de façon imprévisible avec en prime un solo de Mellotron nous font rappeler que la vie est loin d’être un fleuve tranquille pour le groupe de Vancouver. S’achevant sur l’hommage non dissimulé à David Bowie intitulé « FD’72 », Destroyer montre une fois de plus un groupe qui a envie d’en découdre en matière de déflagrations soniques chose qui est toujours bon à prendre.

***1/2

Greenleaf: « Hear the Rivers »

Greenleaf, c’est la belle histoire d’un side-project qui, au fur et à mesure des années, a pris de l’ampleur et occupe de plus en plus ses membres. La preuve en ce nouveau disque qui voit le line-up du groupe enfin stabilisé. Grâce à ce nom qui évoque la feuille de plante, Greenleaf donne dans le stoner. Un stoner qui puise ses racines dans le rock psychédélique, le blues metal et le blues original, velui qui est inspiré par les negro spirituals.

Sur ce septième album, chaque titre a cette touche pop qui fait mouche, chose qui a sans doute à voir avec la voix du petit nouveau Arvid Hallagard, qui accompagne à la perfection le groove imparable de la guitare du leader du combo Tommi Holappa.

On appréciera tout particulièrement « Sweet is the sound » et ses louvoiements plus roots, « A point of a secret » et son refrain imparable, et l’épique et énigmatique « The rivers lullaby ».

La plupart des autres titres sont très cools aussi ce qui donne matière à l’auditeur de le déguster du début à la fin. Prenons ainsi aune option de réécoute pour cimenter le bien que l’on peut penser de ce qui est désormais bien plus qu’un projet accessoire.

***

Uncle Acid And The Deadbeats: « Wasteland »

En l’espace de quelques années, Uncle Acid And The Deadbeats est devenu un groupe iconique de la scène stoner / doom / psyché grâce à la qualité constante de ses productions. « Wasteland », le cinquième effort de la formation de Cambridge, prolonge ses innovations stylistiques empruntées aux années 70, plongeant l’auditeur dans un paysage brumeux où seuls les élans mélodiques réussissent à percer la morosité ambiante.

De prime abord, La production peut paraitre perturbante par sa dimension « lo-fi » assumée, et, grésillant de toutes parts, c’est sur le malaisant « I See Through You » que débute la découverte de ce nouvel effort. Ouverture à grand coups de butoirs, sur des guitares qui semblent déclencher des arcs électriques jusqu’aux amplis Orange, Uncle Acid And The Deadbeats assène un véritable mur de son cradingue dont les chœurs illuminent le refrain. L’orgue renforce le ressenti d’une mélodie à la spiritualité décadente, alors que tout le reste ne semble qu’abrasion. « Wasteland » est un album qui s’écoute fort, très fort. Plus le son crépite, plus on apprécie l’âpreté des morceaux. Les envolées guitaristiques de « Shockwave City », inscrivent le single directement dans la lignée d’un Black Sabbath survitaminé et corrosif. Il faut dire que la formation emmenée par Kevin Starrs a tendance à jouer plus rapidement que sur les opus précédents, à l’instar de « Blood Runner », un morceau cadencé par une batterie binaire, ou du sulfureux « Stranger Tonight », aux lignes de chants caustiques.

Pour quelques brefs instants, Uncle Acid And The Deadbeats débranche les amplis, pour nous submerger dans une étrange mélancolie, en s’improvisant sur un jam progressif  (la chanson-titre par exemple). Plus surprenant encore, on notera des arrangements audacieux, que ce soit avec des claviers qui s’immiscent subtilement, où mieux encore des cuivres, comme sur l’étonnant « Bedouin », véritable ovni dans la discographie des anglais, à l’opposé de titres tels que « No Return » ou « Exodus », qui nous enterrent à coups de pioche, dans un doom d’une morbidité absolue, où semble régner un futur sans espoir de lendemain, si ce n’est celui d’un ultime solo de six cordes qui s’éteindra dans le déraillement d’une ligne d’orgue, ponctuée d’une marche militaire.

Avec brio, Uncle Acid And The Deadbeats met en harmonie une musique profondément contrastée, entre lumière et noirceur, entre crasse et élégance, et cela s’appelle « Wasteland ».

***1/2

All Them Witches: « ATW »

Un an après la sortie de Sleeping Through War, All Them Witches, revient avec un cinquième album en grande partie autoproduit et enregistré près de Nashville. Éponyme, l’opus se veut plus abouti et, titre oblige, plus intime.

Accompagné de Rob Schnapf au mixage (Beck Elliott Smith, Kurt Vile), le groupe a redéfini son identité musicale en l’allégeant :.exit la fureur primaire des grosses guitares, et place à des jams plus fluide et à des boogies monstrueux.

Aux antipodes de leurs premières productions, ATW est donc un album d’une élégance remarquable, aux lignes mélodiques épurées qui subliment la voix de Charles Michael Parks Jr et tissent plus de proximité avec l’auditeur.

On retiendra, à cet égard, une vibrante complainte, « Workhorse », ou un « Half Tongue » aux nappes d’orgues bien placées. Le single « Diamond » cristallisera alors cette riche palette d’émotions et dispersera quelques notes lumineuses, tel un prisme dans une chambre noire.

Contrastes aussi que la pesanteur de schémas de six cordes répétitifs et climats plus légers comme sur un « HTC » qui effleure le post-rock mais aussi affirmations des urgences quand il s’agit de gérer les guitares saturées et les riffs métalliques tendus et brulantes (« 1st vs 2nd ») ou « Rob’s Dream »)

ATW allie ici puissance et subtilité ; registres tiraillés et réalisations solaires ne reste qu’à souhaiter qu’un tel épanouissement continue de marier à merveille expérimentation et irradiation.

***1/2