Naam: « Vow »

20 juin 2013

Originaire de Brooklyn, Naam est un quatuor de psyche-metal dont Vow est le troisième album. Il sera pourtant difficile d’y déceler une constante dans la mesure où certains titres sont parcourus de drones qui semblent interminables et d’autres de riffs aux claviers qui frisent avec le baroque.

Ça n’est pas pour autant que ce nouvel opus offre des surprises dans la mesure où il sera caractérisé par un « stoner rock » assez habituel combinant « doom metal » façon Monster Magnet et abrasion à la Mudhoney.

« Silent Call » ouvrira l’album avec un clavier imitant une flûte de pan, petit passage qui sera un des moments instrumentaux les plus marquants du disque. La basse embrayera ensuite sur « Vow », un des morceaux les plus représentatifs du son Naam : beats lents et profonds, riffs groovy et répétitifs du guitariste Rayn Lee Sugar dont la voix monotone va se mêler à l’instrumentation. « In & Thru » sera un autre instrumental, garni, lui de percussions en écho débouchant sur un solo qui amènera un « Pardoned Pleasure » au son « surround ».

Le groupe va s’essayer à d’autres climats pourtant, « The Call » s’évertuera à proposer une sorte country plus délicate, peu crédible mais il sera plus en réussite avec « Skyscraper », référence au Pink Floyd du début avec ses percussions minimalistes et les textures de ses claviers. Ici un effet vocal aux bordures du morceau sera appliqué montant que le groupe ne se repose pas uniquement sur celle-ci même s’il est difficile de dire ce que serait la singularité de l’ensemble.

Le plus souvent il jouera sur interaction guitare batterie avec peu de champ donné à l’improvisation sauf sur « Midnight Glow » et l’album se terminera sur un « Beyond » qui reprendra le début de « One Of These Days » du Floyd, parfait hommage à une musique qui vise à servir de bruit de fond « ambient » un peu plus musclé qu’à l’ordinaire.

★★½☆☆

The Lumerians: « The High Frontier »

16 juin 2013

Il serait réducteur de caractériser The Lumerians par l’endroit d’où ils viennent, Oakland où la scène musicale est protéiforme, et par la musique qu’ils produisent. Celle-ci ne connaît aucune frontière ni aucune limite, elle est par conséquent au cœur du psychédélisme que le combo revendique.

La chanson titre mêle rythmique partant dans tous les sens avant de se stabiliser et d’épouser une alternative plus stable et semblable à un cœur qui battrait régulièrement. Place sera donnée alors à des guitares ravageuses avant que le morceau ne retourne à son ADN original.

« Koman Tong » sera, de cette même manière, un trip sous acide gouverné par un climat enjoué mais fuzzy alors que « Dagon Genesis » donnera naissance à une cadence robotique dont on ne découvre jamais où elle va nous conduire. Les vocaux ne seront que des intermittences au travers de ces esquisses sonores ; « The Bloom », par exemple, va mettre en vedette une tonalité humaine transparente et déshumanisée créant alors une autre dimension à cet système en expansion qui est l’univers du groupe.

Il ne sera pas surprenant par conséquent de voir The Lmumineers opter pour l’expérimentation à la clôture de l’album. « Life Without Skin », titre révélateur, poussera le décharnement jusqu’à plus soif musardant entre arragements Krautrock serrés et lines de claviers qui nous transportent dans le royaume de la science-fiction.

Si Andy Warhol était encore là pour organiser des soirées, il n’y a aucun doute que The Lumerians seraient de la fête. Leur art à combiner instruments traditionnels et sons synthétiques rappelle les beaux jours de l’émergence de groupes comme Can ou Faust. Ils parviennent à sonner avant gardistes tout en gardant une armature plus basique et directe. The High Frontier est le témoin de ce monde qui n’en connait aucune ; il est une expansion de l’esprit tout autant que de la musique. Ne serai-ce que pour cela il dépasse allègrement un univers  bi-dimensionnel dans lequel, outre Warhol, quelqu’un comme Dalí trouverait un écho à son tableau La Persistance de la Mémoire ainsi que Gauguin par le foisonnement naturaliste de sa pochette.

★★★½☆


Speck Mountain: « Badwater »

6 février 2013

Badwater est le troisième album de ce groupe de Chicago qui s’est, peu à peu, forgé un son cumulant ambient-pop et space-rock. Il en explore ainsi méthodiquement les sous-genres sans pour autant chercher à s’affranchir de ses limitations. Il en est de même ici, même si le combo semble avoir opté pour une production plus claire et une tonalité plus raffinée.

On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un album exigeant, mais on ne doit pas pour autant estimer qu’l n’y a qu’à le passer sous silence. C’est sans doute une de ses forces : prenons un titre comme « Slow So Long » par exemple. Percussions éparses, presque minimales, synthés  « ambient » en arrière-fond, lead guitar cosy qu’accompagnent les vocaux encore plus chauds de Marie-Claire Balabanian ; la composition se déroule de façon fluide, presque majestueuse, et sans effort.

Les autres plages du disque sont les compléments de ce titre d’ouverture. Les textures demeurent chaudes et lustrées, de cette luxuriance qui est si enveloppante qu’elle en devient sensuelle. Badwater pourrait presque être considérer comme un « road album » qui nous conduirait le long de sentiers déserts mais accueillants toutefois mais il a aussi la faculté de nous inviter à une écoute cotonneuse comme on pourrait la pratiquer lors d’une journée de fainéantise.

Ça n’est pas pour autant que le disque est monocorde. Il est capable de rompre la monotonie par un « Watch The Storm » qui clôt Badwater sur un flux puis un reflux qui semble disparaître dans l’éther ou un « Flares » dont les percussions et les claviers sont presque martiaux . Speck Mountain pourrait-il s’avérer être un groupe de rock ? La réponse est dans la face B de « single » « Slow So Long », un « Run, Honey, Run » qui, comme son titre l’indique, est plus véloce et rugueux tout en conservant des thèmes similaires. Il restera comme une source d’exploration potentielle qu’il n’est pas interdit de voir Speck Mountain aborder.

★★★☆☆