No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Lee Fields & The Expressions: « It Rains Love »

À 68 ans, Lee Fields tient ferme la barre d’une Soul aussi rythmée que variée qui montre une

fois de plus tout son potentiel sur ce nouvel album délicieux.

Découvert pour beaucoup il y a quelques années en même temps que feu-Charles Bradley, le new-yorkais régale en compagnie de son groupe The Expressions avec des chansons parfaites, gorgées de mélodies suaves superbement mises en valeur par la production de Leon Michels (Aloe Blacc, Lana del Rey, Beyoncé…). Un régal, on peut vous le dire.

**1/2

20 avril 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

AM & Shawn Lee: « Outlines »

Troisième album toujours aussi transatlantique de ce duo composé du singer/songwriter de Los Angeles AM et du producteur multi-instrumentiste britannique Shawn Lee.

On y retrouve le même mélange limites crapuleux entre l’electro-pop, le funk, la soul et le disco propulsé par des synthés spacey, des vocaux doucereux et de accroches pop scintillantes version glitter.

La production est assez curieuse, comme si les artistes éprouvaientt le besoin de se mettre un peu en retrait de l’image ainsi véhiculée, une sobriété atypique mais bienvenue qui explique aussi le titre, Outlines, donné au disque.

On a donc droit qu’à une version schématique et fragmentée de la scène club-dance à laquelle on est habitué ; bref une approche minimaliste pour un genre qui en a bien besoin.

***

21 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , , | Laisser un commentaire

Bettye Lavette: « Worthy »

La carrière de la soul singer Bettye LaVette est remarquable de par ses nombreuses circonvolutions, ses échecs mais aussi ses triomphes. Elle est, en fait, bien plus fascinante que celle d’autres grands noms de la soul car elle est à mettre en parallèle avec les directions artistiques qu’elle a choisies.

Ainsi, après des années à essayer de percer dans le R&B, elle s’est tournée vers le producteur Joe Henry et un label iconoclaste, Anti-, pour donner une nouvelle orientation à sa musique. Sur ce nouvel opus, Worthy, elle s’attaque à des reprises tirées du monde du rock, du folk et de la country et va s’employer à les filtrer au travers du prisme de sa voix chargée d’émotions pour en faire des classiques blues, jazz ou soul. Ceci est son cinquième effort sur un registre similaire et elle parvient à revisiter l’Americana à sa manière, et ce de façon splendide.

Ici, Joe Henry est à nouveau de la partie depuis I’ve Got My Own Hell to Raise en 2004. Les chansons réunies par eux deux ne se préoccupent pas des concepts des disques précédents et lesdeux artistes se sont entourés de musiciens compétents (le guitariste Doyle Bramhall II et deux fidèles de Henry, Jay Bellerose et Patrick Warren) capables de mettre en valeur sa voix de crooner érodée par le temps.

« Complicated » des Stones adoptera ainsi une cadence roulante et rauque, le « Wait » des Beatles se transformera en ballade acoustique dépouillée, « Bless Us All » de Mckey Newbury deviendra un « torch song » enfumé et le « Stop » de Henry une pavane sexy et moulante.

LaVette reprend également des noms moins connus : un « Where a Life Goes » de Randall Bramlette interprété avec une dignité tranquille, The Amazing Rhythm Aces dont le « Just Between You and Me and the Wall, You’re a Fool » deviendra une ballade blues ou « Undamned » de Over the Rhine métamorphosé en improbable refrain soul.

Une inconnue aura également les honneurs de LaVette, Chistine Santelli et un « Step Away » très R&B mais la chanson titre viendra de Mary Gauthier aidée qu’elle a été de Beth Nielsen Chapman. Ce sera un exercice exemplaire tant par son choix que par l’attitude qui caractérise l’itinéraire de la vocaliste. N’a-t-elle pas été, en effet, toujours à la hauteur (« worthy ») de ce que l’on attendait d’elle ? Bref, il s’agit ici d’une bien éclatante métaphore.

****

2 février 2015 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

John Butler: « Flesh & Blood »

Quatre ans se sont passés depuis April Uprising le dernier album de ce combo australien qui, aussi bien (voire mieux, que les « natives » joue une musique folk-blues teintée de rock, de funk, de soul et d’Americana. Fleh & Blood a été enregistré voilà un an pourtant et, depuis, le batteur est parti tout comme le beau-frère de Butler, Nicky Bomba, qui a décidé de de concentrer sur ses propres projets.

La marque de ce dernier demeure présente sur ce disque qui, comme les précédents, mélanges jams et ballades acoustiques plus structurées.

« Spring to Come » ou « Only One » sont, à cet égard de compositions enlevées magnifiquement construites et d’autres titres rappelleront ce que John Butler fait de mieux, « Living In The City », rock funky avec sa guitare électrique insistante et une scansion proche du rap ou « Devil Woman » capablee faire pâlir d’envie The Black Keys.

Longtemps, on a cantonné The John Butler Trio à un registre compétent certes mais sans cette capacité de composer un titre mémorable. L’instantanéité de « Only One » pourrait enfin pallier à cette insuffisance et permettre à Butler une plus grande audience.

Notons également des textes moins directs et plus ambigus : « Wing Are Wide », le laid-back « Bullet Girl » ou « Youn  and Wild » avec même une virulence socio-politique sur « How You Sleep At Night ». Flesh & Blood se terminera sur une ballade, « Yours Free » bâtie sur une pulsation électronique et enregistrée sur le téléphone mobile de Butler.

Ajoutons une production (Jan Skubiszewski) qui rajoute quelques petites touches de programmation tout en permettant au disque de garder cette émotion brute qui nous est si chère chez Butler.

★★★☆☆

13 février 2014 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Valerie June: « Pushin’ Against The Stone »

Parler d’authenticité en matière de musique c’est toujours s’exposer à certains risques. Il est vrai pourtant que certains styles s’y prêtent plus, en particulier quand il s’agit d’artistes qui sont issus d’un creuset originaire de Memphis qui ont eu un rôle crucial dans la naissance et le développement de nombreux genres.

Cette ville a, en effet, l’épicentre d’une région où naquirent le blues, le gospel, la country et la soul, avec un nombre de talents qu’il serait impossible d’énumérer. Les artistes qui ont, par conséquent, eu la capacité d’absorber toutes ces tonalités ne pouvaient sonner comme n’importe qui. Valerie June fait partie de ces artistes qui perpétuent la tradition Memphis et Pushin’ Against The Stone est son premier album « officiel », ceci voulant dire qu’il ne s’agit pas d’un disque auto-produit.

L’étonnant pour une chanteuse si « novice » est la manière dont elle parvient à amalgamer toutes ces influences sus-nommées et, ce faisant, de maintenir une voix véritable, originale et constante tout au long de l’opus. Que ce soit du gospel qui semble s’élever d’un chant d’esclaves que constitue « Somebody To Love » , sur le « twang » country émanant de « Tennessee Time » ou le garage soul qui s’élève de « Pushin’ Against The Stone » on retrouve une patte fondamentale et diablement originale grâce, en particulier, à la production de Dan Auerbach des Black Keys. Il aurait été, en effet, aisé de convaincre la jeune Valerie June de construire un album qui soit comme autant de « singles » potentiels mais Pushin’ Against The Stone est un de ces rares exemples où la chanteuse a opté pour mettre en avant une aptitude innée qui n’a que faire de ces considérations. Qu’elle y parvienne à cette vitesse est confondant et montre que, comme compositrice ou chanteuse, nous avons à faire à un talent dont les ressources semblent illimitées.

★★★☆☆

29 septembre 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Julia Holter: « Loud City Song « 

Ce troisième album de Julia Holter est le premier qui soit véritablement enregistré en studio, à ce titre Loud City Song est indéniablement plus ambitieux que Ekstasis et Tragedy dans la mesure où sa cérébralité voit la chanteuse s’éloigner de références à la mythologie antique pour aborder des thèmes plus contemporains.

Sa narration sera assurée par Gigi, une coutisane qui donne son nom au film sis dans le Paris des années 50 transposée au Los Angeles d’aujourd’hui et formant le noyau de ces célébrités érudites qui vont graviter tout au long de l’album. L.A. Lui donnera donc son titre, son cadre et le ferment des riches émotions qui parsèment le disque.

Ces références, Gigi et la ville, sont souvent explicites ; Maxim’s est un café du film, où la personnage principal est boudé par la haute socitété et les « green fertile valleys » de « In The Green Wild » ne peuvent avoir pour lieu que Los Angeles.

L’intelligence de Holter est d’y faire appel de manière subtile d’où ce qui germe est le fait d’émotions et non pas de spécificités. Le tendre amour exprimé dans « Word » ainsi que la honte vitriolique de « Maxim’s II » ou le climat hors d’atteinte de « Horns Surrounding Me » sont ainsi véhiculés, qui par une cascade de cymbales, qui par des crépitement rappelant des flashes de paparazzi, qui par des images fortes (« le ciel au yeux verts et vif », « « bos du sang et dis le moi en face ».

Holer n’a, non plus, aucune timidité à exploiter le potentiel de son bariton à la fois brut et damassé et de le nimber d’harmonies délicates dans leur expression du désir comem sur « Hello Stranger » ou « Running Through My Eyes ». Elle passe ainsi sur « Maxim I » du cri laconique au chuchotement paranoïaque ou de trilles mélodieuses et irréelles à des exclamations essouflées sur « In The Green Wild ». On parcourt ainsi, non pas de simples vocalises mais un personnage, Gigi, évoqué au travers de ses différentes voix.

Rien ne serait alors plus désolant que des arrangements qui nauraient pas été à la hauteur. Ça n’est heureusement pas le cas et Loud City Song est beaucoup plus proche de la musique expérimentale que d’une resucée folk ou singer/songwriter. Les orchestrations sont exquises ; que ce soit la ligne de basse en cordes de « In The Green Wild » ou le jeu cristallin des cymbales sur « Hello Stranger ». Il y a, en effet, une clarté de diamant qui se découvre tout au long d’une production assurée par Holter et Cole Marsden Greif-Neill avec un équilibre entre la pesanteur dutrombone de « This Is A True Heart » contrebalancée par des bruissements de claviers et des harm-onies soyeuses. Le twang basillard de «  City Appearing » s’intègrera parfaitement dans le mix et la narration souvent parlée de Holter rappellera un John Cage auquel la chanteuse rend souvent hommage. Son influence se ressent d’ailleurs aussi bien dans l’instrumentation que dans son utilisation de l’espace et la gamme dynamique étourdissante qui parcourt des compositions comme « Maxim’s II » (piano comme enseveli, vocaux comme noyés se gonflant tous deux dans une cacophonie jazzy).

Ce sera pourtant dans l’utilisation que la chanteuse fait d’enregistrements pris sur le vif que la prégnance de Cage se fera le plus jour. On retrouve ixi l’amour du compositeur pour le son en soi (le couinement que ferait un pneu brûlé et les voix désincarnées qui donnent à « This Is A True Heart » son tranchant et la le frémissement aquatique à « He Is Running Through My Heart » apportant une touche intime et plaintive à « He Is Running Through My Heart ».

Loud City Song est un album empli de textures et de tonalités qui peuvent parfois sonner abstraites et froides. Il est pourtant constellé de mid-tempos qui procurent torpeur et émotion, voire même une certaine lascivité. Peu de personnes peuvent se vanter de travailler ainsi à la lisière de l’avant-garde et de la « soul » sophistiquée ; raison de plus pour ne pas passer à côté.

1 septembre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , , | Laisser un commentaire

Marques Toliver: « Land Of CanAan »

Si vous prononcez les mots « musicien à cordes », la première image qui vous viendra sera celle d’un arrangeur de musique classique. Marques Toliver ne correspond pas à cette description et il est vraisemblable que, même sans avoir lu son nom, vous ayez eu affaire à lui car cet ancien musicien de rue a travaillé avec Grizzly Bear, Damon Albarn ou Wild Beats et il bénéficie également des hommages d’Adele qui l’a désigné comme son nouvel artiste favori.

Sa patte est assez particulière, tout comme sa voix, car toutes deux sont imprégnées de soul et de gospel et ce premier album, Land Of CanAan ,en reprend également leurs thématiques puisqu’il est inspiré de l’autobiographie de l(‘abolitionniste noir Fredrick Douglass et de l’épisode de la Bible où Noé maudit ses propres enfants.

Sans surprise, le sentiment prédominant dans sa musique sera celui de la musique, que ce soit sur le violon presque tzigane de « Repetition » ou l’ouverture pleine de chagrin qui constitue « CanAan ». La voix de falsetto roucoulante de Toliver est enrubannée dans des soyeuses orchestrations aux fanfreluches parfois désuètes, comme sur « Stay » qui combine à son R&B velouté et lustré de délicates touches de folk médiéval.

Mais tout n’est pas qu’instrumentation passéiste dans le disque. La deuxième partie sera plus chaud et la soul de Toliver se fait plus apprêtée voire glamour. « Weather Man » se fait ainsi plus optimiste et enlevé de par les inflexions plus enveloppantes du vocaliste et « Something’s Wrong » sera la chanson phare de l’album avec l’agréable tonalité des touches du piano, les plages de guitares enrobant dans un coussin duveteux la voix de Toliver.

Land Of CanAan mélange ainsi chagrin et chaleur ; il crée un son capricieux mais accompli dont ce premier disque sonne comme un avant goût.

★★★½☆

24 mai 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire