Grace Potter: « Midnight »

16 août 2015

Grace Potter s’est forgée une réputation sur le fait d’être une chanteuse soul-rock et d’être comparées à quelqu’un comme la Bonnie Raitt des débuts. Son premier album solo, le premier depuis environ dix ans où elle était l’élément fondamental des Nocturnals, a de quoi décevoir en termes de crédibilité.

Partie est l’âme de ses débuts, nous sommes, ici, confrontés à une plongée délibérée dans la dance-pop la plus ringarde qui soit couplée à ce qui ne semble même pas essayer de masquer la volonté de viser le Top 40.

La plupart des titres sont traités sur ordinateurs, accompagnés de synthés qui, plutôt que d’être enlevés et énergisants, atterrissent à nos oreilles lourdement, y compris quand sur les efforts les plus ringards comme « Hot to the Touch » ou le bien nommé « Look What We ‘ve Become ».

Les textes sont à la mesure des compositions, terriblement faibles, et ce n’est qu’à la fin de Midnight qu’on retrouve une ébauche d’émotion avec « Nobody’s Born With a Broken Heart » et la ballade au piano, « Let You Go ».

Si on veut du vrai Grace Potter, autant écouter sa version du « Gimme Shelter » avec les Stones et non cette variétoc disco.

*1/2


Alabama Shakes: « Sound & Color »

1 mai 2015

Alabama Shakes reviennent donc avec un Sound & Color qui vise à nous enraciner un peu plus dans l’effet produit par leur premier album, Boys and Girls. Le groupe s’était bâti une réputation sur la présence et les vocaux imposants de Brittany Howard et ces éléments de southern soul perdurent ici même si ce qui, quelque part, le sentiment d’immédiateté n’est plus aussi puissant.

Pour remédier à cela, le combo s’est tourné vers une autre facette de la soul, celle qui baignait les années 70 ce qui explique en partie le titre donné à ce nouvel opus.

L »architecture musicale repose aussi sur ce cauchemar que peut être un alliage entre funk, gospel, punk, blues, disco et free-jazz. Conséquemment le disque laissera la part belle à des tonalités sombres où il est question de relations tumultueuses, de ruptures et du désir de trouver l’âme sœur.

Il ne faudra donc pas chercher ici une véritable prise de risques. Alabama Shakes ne font que revisiter les arcanes du soul-rock ; qu’ils y parviennent montre que c’est un genre qui continuer encore de nous captiver.

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Emma Beaston: « OBK Sessions »

16 avril 2015

Emma Beatson est une chanteuse parisienne found the Parisian chanteuse au répertoire soul-rock et qui s’était fait remarquer par sa version dépouillée de « Do It ». Sur ce premier album, OBK Sessions, on la retrouve avec un répertoire plus diversifié mais toujours avec cette tendance où la soul rencontre le blues et le jazz. Des chansons lentes (Breathe » et « Beautiful Knight ») qui servent de marque-pages au disque, des titres plus sexy comme le blues qu’est « Beast Blues » ou le soul-rock de « Love Cannot Be Explained ».

Pour ce qui est des reprises, notons « Back In Black » arrangé à la sauce garage rock et une version blues et psychédélique de « Chain of Fools ». La voix est affutée, la production excellente mais ce qui perturbera l’écoute est cette avalanche de bruits de jeux vidéos sur lequel l’album s’appuie. Gimmick ou pas ; cela empiète sur sur un disque qui est honnête de par son talent seul et une vocaliste qu’il faudra redécouvrir dans d’autres contextes.

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James Skelly & The Intenders: « Love Undercover »

5 juin 2013

Le premier album de The Coral avait séduit par son mélange de psychedelia et d’atmosphère brinquebalante et azimuthée. L’effet de surprise passé il faut bien dire que le groupe n’avait pas tenu ses promesses et que, peu à peu, sa musique avait perdu de son originalité en s’inscrivant dans un courant de pop directe et presque grand public.

Après le départ du guitariste Bill Ryder-Jones, James Skelly s’est résolu à, lui aussi, sortir un album solo même si le patronyme étant The Intenders, on comprend qu’il s’agit d‘un effort collaboratif et au surplus d’une tentative à migrer vers autre chose.

Il s’entoure pourtant ici de plusieurs membres des Coral mais aussi de la particpation de Paul Weller qui contribue d’ailleurs au titre d’ouverture « You’ve Got It All ». Le ton sera ainsi donné dans la mesure où on aura affaire un un rock mâtiné de soul où Love et autres artistes lysergiques auront été remplacés par une vibration à la Bruce Springsteen meets John Hiatt.

À l’inverse de son frère cadet, Ian qui aura plutôt réussi son immersion dans la psychedelia, l’aîné s’oriente vers une pop-rock assez directe dans lesquelles peu de surprises nous attendent. Dans ce registre c’est le pendant « soul » qui se taillera la part du lion avec une ballade qu’on aurait pu croire extraite des studios Stax (« You And I ») , un mid-tempo jalonné au piano qui rappellera Stevie Winwood (la pulsation de «  Set You Free ») ou l’agressivité magistrale de « Do It Again ». Cette tonalité restera la même pratiquement tout au long du disque (« Trun Away » par exemple) et ça ne sera que dans les dernières plages que Skelly semblera se rapprocher de ses influences premières.

« What A Day » nous révèlera une pop euphorique et ensoleillée et le très western « I’m A Man » verra, enfin, Skelly explorer des horizons nouveaux faute d’être novateurs. L’album se terminera sur un « Darkest Days », refrain hantant de country gothique qu’on aimerait, à ce stade, voir reproduit. Le septième album de The Coral étant en gestation, peut-être que ce sera le cas.

★★★☆☆

Marques Toliver: « Land Of CanAan »

24 mai 2013

Si vous prononcez les mots « musicien à cordes », la première image qui vous viendra sera celle d’un arrangeur de musique classique. Marques Toliver ne correspond pas à cette description et il est vraisemblable que, même sans avoir lu son nom, vous ayez eu affaire à lui car cet ancien musicien de rue a travaillé avec Grizzly Bear, Damon Albarn ou Wild Beats et il bénéficie également des hommages d’Adele qui l’a désigné comme son nouvel artiste favori.

Sa patte est assez particulière, tout comme sa voix, car toutes deux sont imprégnées de soul et de gospel et ce premier album, Land Of CanAan ,en reprend également leurs thématiques puisqu’il est inspiré de l’autobiographie de l(‘abolitionniste noir Fredrick Douglass et de l’épisode de la Bible où Noé maudit ses propres enfants.

Sans surprise, le sentiment prédominant dans sa musique sera celui de la musique, que ce soit sur le violon presque tzigane de « Repetition » ou l’ouverture pleine de chagrin qui constitue « CanAan ». La voix de falsetto roucoulante de Toliver est enrubannée dans des soyeuses orchestrations aux fanfreluches parfois désuètes, comme sur « Stay » qui combine à son R&B velouté et lustré de délicates touches de folk médiéval.

Mais tout n’est pas qu’instrumentation passéiste dans le disque. La deuxième partie sera plus chaud et la soul de Toliver se fait plus apprêtée voire glamour. « Weather Man » se fait ainsi plus optimiste et enlevé de par les inflexions plus enveloppantes du vocaliste et « Something’s Wrong » sera la chanson phare de l’album avec l’agréable tonalité des touches du piano, les plages de guitares enrobant dans un coussin duveteux la voix de Toliver.

Land Of CanAan mélange ainsi chagrin et chaleur ; il crée un son capricieux mais accompli dont ce premier disque sonne comme un avant goût.

★★★½☆

Unknown Mortal Orchestra : « II »

6 février 2013

Unknown Mortal Orchestra n’est plus le projet solo de Ruban Nielson tel qu’on le découvrait sous le premier album éponyme de ce multi-instrumentiste néo-zélandais psyche-rock-soul vivant désormais à Portland mais un trio dont la vocation sera d’explorer encore plus avant cet habile brassage qui constituait Unknown Mortal Orchestra.

Nielson ne s’est jamais caché de puiser son inspiration dans la période si bien référencée dans l’album Nuggets et d’y ajouter cet autre produit « vintage » qui voyait la « soul » se métisser avec le rock comme sur les disques de la série Eccentric Soul.

De ce point de vue, quelques artistes viennent spontanément à l’esprit par le biais de l’oreille : Sly & The Family Stone pour le « shuffle » qui conclut l’album, « Secret Xtians », une tendre ballade où la guitare aurait été tenue par Hendrix, The Kinks qui jammeraient sur « The Opposite of Afternoon » avec une six cordes stellaire et cette ambiance si particulière qui leur est propre ou le Georges Harrison psychédélique avec le morceau d’ouverture, « From The Sun » ou un surf pop détonant et sublimé avec « So Good At Being In Trouble ». Les vocaux ne seront pas en reste non plus, avec de merveilleuses modulations de falsetto sur « Swim And Sleep (Like A Shark ») rappelant Colin Blunstone des Zombies.

Là, où l’influence dépasse pourtant le simple hommage, sera la façon dont Nielson parvient à circonvenir et à dépasser ces maîtres en y apportant des touches inédites. Ce qui pourrait être, par exemple, une pâle copie des Zombies sera transcendé par un tempo et des arrangements « northern soul » et, il puise généreusement dans les pépites qui constituent son inspiration, pour composer des titres qui pourraient aussi bien convenir aux années 80 où régnaient cocaïne et reverb qu’aux nineties pour le purisme indie qui traversait cette décade. Ce qu’on veut dire par là est que les morceaux de Nielson sont façonnés de manière viscérale, loin de tout pastiche, et qu’ils auraient pu ainsi traverser ces générations sans qu’on y trouve à redire.

S’il fallait prendre pour exemple un titre phare qui symboliserait la dextérité de Nielson, ce serait le déjà cité « Secret Xtians ». Bien sûr il y a cet indubitable côté « soul », mais qu’en aurait-il été de Sly et de Hendrix si les Beatles ne les avaient pas précédés ? Sur cette composition, entre autres, le compositeur s’aventure dans ce territoire défriché par les Fab Four avec malice et aisance, un peu comme le feraient Tone Impala ou d’autres exégètes.

Les Beatles. Le mot est lancé comme si cet historien musical de la chose pop avait, sur II, exécuté un cercle qui le ramènerait au début du cycle. Il nous ramène aux temps bénis où les influences se croisaient et se mêlaient sans exclusive, une période où le « sample » n’était pas de rigueur, une période où il était possible de faire cohabiter des refrains pop lumineux et des climats doux-amers ; bref une époque où le monde ressemblait à ces « nuggets » compilées par Lenny Kaye, ces pépites pour lesquelles il suffisait de se baisser pour pouvoir les ramasser. II en est plus qu’un héritier, il en est le porte-voix, immortel devrait-on rajouter!