Michael Rault: « New Day Tonight »

30 décembre 2018

Michael Rault est un auteur-compositeur-interprète canadien qui avait sorti en 2015 avec son premier opus, Living Daylight. New Day Tonight le voit récidiver trois ans plus tard mais un un registre beaucoup plus posé car nimbé d’un léger psychédélisme baroque couronnant son inspiration indie-folk.

Toujours aussi enchanteurs et ensoleillés, ses titres doucement rétro véhiculent une insouciance nonchalante avec des tonalités à la Beatles comme l’introductif « I’ll Be There », morceau que Badfinger aurait très bien pu composer.

La chanson-titre est, elle, non dénuée de charme alors que « Oh Clever Boy » et « Dream Song » ne pourront pas, quant à eux, ne pas nous faire penser à Wings ou au Plastic Ono Band.

Si on trouve ce segment trop limité, Michael Rault nous présante aussi de fort belles ritournelles venues tout droit de la Californie comme « Sleep With Me », « Pyramid Scheme » et le plus groovy « Sitting Still ».

It’s A New Day Tonight est ne superbe odyssée savamment dosée de psychédélisme nous ouvrant des chemins façon Route 66 avec ce final réjouissant qu’est un « When The Sun Shines » brouillant audacieusement toute notion d’espace-temps entre la West Coast US et ces effluves sis en plein centre du Canada.

***1/2


Buxton: « Stay Out Late »

27 décembre 2018

Buxton est dans les parages depuis maintenant plus de quinze ans et reste constant et régulier dans sa carrière. Le quintet originaire de Houston nous avait laissé avec un Half A Native plutôt de bonne qualité il y a trois années de cela;iIls reviennent avec leur nouvel opus Stay Out Late.

On commence assez fort avec les titres plutôt conventionnels que sont « This Place Reminds Me Of You » et « Jan » montrant, de par la même, que Buxton n’est pas à court d’inspiration.

On voit donc que, après avoir vaincu le syndrome de la page blanche durant ces trois années de silence radio, le combo retrouve une certaine créativité derrière des compositions habiles et efficaces partagées entre country-folk et soft-rock (« Haunt You », « Hanging On The Closet » ou autres « Miles and Miles » ).

Les arrangements musicaux se font riches avec l’abondance des synthés qui cohabitent harmonieusement avec les guitares mélodiques sur « New World » et sur « Hole Heart ». Stay Out Late est un autre accomplissement de la part du groupe d’Houston qui ne perd jamais une once d’inspiration pour emmener son auditeur dans des contrées West Coast avec leur soft-rock doucement psychédélique.

***1/2


Donald Cumming: « Out Calls Only »

14 juin 2015

Donald Cumming, l’ex leader des Virgins, a toujours affirmé qu’il n’écoutait pas beaucoup de musique contemporaines et son premier album solo, Out Calls Only, ne détrompe en rien cette assertion.

The Virgins ont fait partie de ces groupes post-Killers qui n’ont jamais connu un réel succès et Cumming a, embrassé ici un classicisme rock avec passion. On retrouve sur cet opus un peu de Tom Petty, une certaine dose de soft-rock de la fin des années 60 (en particulier sur le morceau central, un « Saracrow » qui avoisine les sept minutes) et quelques pincées de ces confessions propres à un répertoire de singer-songwriter (« Spanish Horses »).

Même la couverture du disque renvoie à cette époque, comme si il avait tenté de croiser Darkness on the Edge of Town et The Nightfly de Donald Fagen. Ce dont Out Calls Only est, en revanche ,dépourvu ce sont des mélodies auxquelles on puisse se rattacher. Tout est parfaitement construit en termes d’atmosphère et d’attention portée aux détails mais il n’y a que trop peu d’accroches pour nous fédérer. Peut-être Cumming voulait être dans le sous-entendu, peut-être devrait-il alors s’engager dans un minimum d’exagération.

**1/2


Barenaked Ladies: « Silverball »

5 juin 2015

Silverball est le douzième album de Barenaked Ladies et le troisième depuis que son membre fondateur en soit parti. Réduits à quatre, le groupe semble avoir compris que la clef du succès est de renouer avec un climat qui véhiculerait une sensation de bonheur en nous présentait des compositions enlevées dominées par ce pop-rock léger que l’on avait l’habitude d’écouter dans les années 70.

La production de Gavin Brown (Three Days Grace, Skillet, Billy Talent, Metric) est très pro et n’est pas pour rien pour la coloration surprenante qui voit le combo renouer avec son registre initial. Siverball est un disque plein de fraicheur et de vitalité qui plaira à ceux qui apprécient Semisonic ou Better The Ezra et que ne rebute pas une plongée dans un passé où le soft-rock gardait une certaine truculence à l’ironie acerbe.

**1/2


Keath Mead: « Sunday Dinner »

1 mars 2015

Keath Mead est un musicien autodidacte de Caroline du Sud et, à l’écoute de son album éponyme, Sunday Dinner, il est vraisemblable qu’il a écouté beaucoup de soft rock des 70’s, de power pop façon Teenage Fan Club ainsi que de la chillwave des années 2000.

Cette dernière influence est sans doute liée à la production de Chaz Bundick (Toro y Moi) qui a également assisté Mead dans l’interprétation du disque. Celui-ci est un opus tranquille et sans prétention, au climat laid-back et aux riffs discrets et plaisants. Les compositions sont façonnées autour de changements d’accords très simples, l’instrumentation est le plus souvent dépouillée et si le disque ne fascine pas à première écoute, il se fera inconsciemment une place graduelle si on y prête attention.

La reverb sera légère tout comme les chorus ce qui fait que même les titres les plus enlevés (« Change », « Navy ») sont arrondis et faciles l’oreille d’autant que la voix de Mead enrobe le tout de manière harmonieuse.

L’atmosphère générale penchera généralement vers les rock AM  mainstream des années 70, en particulier sur les ballades acoustiques, et la plupart des morceaux sonneront souvent comme des réécritures des mêmes chansons (par exemple « Polite Refusal » et le titre qui précède).

Cela n’est pas nécessairement facteur de problèmes ; il y a suffisamment de compositions agréables (« Grow Up » et « Waiting ») pour qu’on y trouve son compte si on est amateur de ce type de musique. Mead et Bundick ont su, en outre, parfaitement su intégrer les éléments électroniques et en faire un fondu harmonieux ; Sunday Dinner sera donc suffisamment constant pour que l’on puisse apprécier sa pop ensoleillée même si quelque peu itérative.

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Amason: « Sky City »

28 janvier 2015

Amason est un groupe indie-pop suédois qui, sur leur « debut album » essaie d’incarner le son de son pays natal. Sky City est, en effet, un opus sophistiqué et élégant, légèrement réservé et emprunt de ces mélodies qui le situent entre The Concretes et Peter Bjorn and John sur le spectre d’une pop suédoise qui a toujours été de qualité.

Le disque bénéficie de l’apport de plusieurs musiciens venus de groupes établis (Miike Snow, Dungen, Little Majorette) ce qui assure que les morceaux seront interprétés avec solidité et professionnalisme. On y trouve des pastiches de soft-rock (« Kelly qui fait référence à America) mais aussi des petites oeuvres de mélancolie dramatique (« Went to War ») tout comme d’autres comme « Blackfish » qui ne sont pas sans évoquer le répertoire de Peter Bjorn and John. Le groupe travaille en fait dans un éventail dont une bordure se situe entre ces derniers et, de l’autre du côté, Fleetwood Mac.

Il y a intérêt à oeuvrer à l’intérieur de ce spectre car il établit une humeur qui ne se dément jamais et qui s’approfondit au fur et à mesure où Sky City progresse. Même les titres qui boostent un peu le tempo comme « NFB » ou qui, tel l’instrumental atmosphérique « Pink Amason » s’intégreront parfaitement à cette esthétique générale.

Une addition bienvenue consistera en la participation de Amanda Bergman dont la voix rauque de crooner apportera, sans sembler forcer, une touche délicieuse à la retenue qu’apportent arrangements serrés et production dépouillée.

On retiendra également quelques moments plus sombres, peut-être même un peu trop en raison d’un saxo trop encombrant par moments, mais Sky City a toutes les qualités d’un premier disque dans le sens où il est un opus prometteur.

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Donovan Blanc: « Donovan Blanc »

26 juin 2014

Captured Tracks est devenu, ces dernières années, un des labels les plus rebommés de la scène indie américaine. Notons le succès de Marc Demarco mais aussi le fait qu’ils soient restés fidèles à leur démarche : rééditions du labal Flying Nun et un catalogue qui comprend Chris Cohen et ici Donvan Blanc pour son premier album éponyme.

Duo composé de Joseph Black et Raymond Schwab, ils ont peu à peu jeté par dessus bord leurs tendances noisy puis lo-fi pour se rapprocher d’un son plus propre et mieux produit. Musicalement c’est de la bedroom pop avec une claire influence, celle de l’album rock du début des 70’s qui rappelle celui d’un autre ensemble de la période, America. Comme eux, Donovan Blanc ont un penchant pour la pop à la saccharine mais avec des mélodies qui parviennent à nous surprendre par leurs changements d’accords et de rythme inattendus et apporter une certaine densité.

Le titre d’ouverture, « Girlfriend » débute ainsi avec une mélodie à la guitare façon « Sounds of Silence » avant d’intriduire des flutes au travers d’un mellotton et des harmonies luxuriantes qui feraient sourire de joie tout fan de musique AM.

Les textes font référence aux relations humaines, avec des noms s^pécifiques qui ajoutent une qualité romantique à l’album. « Minha Menina » est le « single » qui traduit du Portugais signfie « fille » et il est vraisemblablement une référence appuyée à la chanson de Os Mutantes du même nom. Toutefois, alors que le composition des Mutantes suit le schéma classique de deux personnes tombant amoureuses, celle de Donovan Blanc est introspective et se concentre sur l’inconnu. C’est un titre mid-tempo, aux guitares en carillon qui ressemblent à un clavecin ; sans doute une des meilleurs chansons de l’album.

Donovan Blanc est ainsi rempli jusqu’à plus soif de chansons merveilleusement écrites dont bien des groupes souhaiteraient en avoir composé au moins une. C’est un disque qui se veut monumental et intemporel, dans ce deuxième cas il survivra autant que les influences sur lesquelles il s’appuie.

***1/4


Ned Doheny: « Separate Oceans »

20 mai 2014

Tout inconnu qu’il soit Ned Doheny peut se vanter de deux choses : il est le fils d’un magnat du pétrole et sa famille a donné son nom à une petite rue assez emblématique de Sunset Boulevard, Doheny Drive, nonlloin du quartier de Beverley Hills où il est né.

Separate Oceans est une double compilation regroupant les meilleurs tites qu’il a enregistrés dans les années 70 sur les labels Asylum et Columbia. Il était assisté pour cela de la crème des musiciens de studio de Los Angeles additonnée de stars comme Graham Nash, Glenn Frey, Don Henley ou Bonnie Raitt.

Aucuns de ses disques ne se vendit vraiment et mai peut considérer qu’il a été mésestimé en tant qu’artiste. Son répertoire est celui du soft pop, celui qu’on appelle parfois de façon évocatrice « yacht rock » avec des inflexions marquées vers la soul. Son plus grand « hit », « Hard Candy » en 1976 se produire quelques mois après « Silk Degrees » de Boz Scaggs ce qui le mit instantanément dans la catégorie « white soul » qui fut un vivier pour son label de l’époque , Columbia.

Doheny n’avait pas son pareil pour mélanger le lisse et le syncopé avec des mélodies qui, parfois, vont au-delà de ce qu’une voix normale, incluant la sienne, pourrait confortablement chanter (le cafouillage de « What Cha’ Gonna Do For Me »).

Il n’était pas simplement qu’un chanteur, puisqu’il a accompagné un Jackson Browne avant qu’il ne devienne une star mais son plus grand succès à été de composer pour David Cassidy le sexy et racé « Get It Up For Love » repris plus tard par The Average White Band.

Il est évident que sa situation économique lui a permis de s’engager dans une carrière confortable. Son charme est lié à ces rythmes funk et aérés, son opiniâtreté à travailler ses mélodies et si sa musique, que la pochette résume à merveille, n’est pas révolutionnaire elle s’intégrera parfaitement à une « party » où le « lounge » serait de rigueur.

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The Soft Hills: « Departure »

17 mars 2014

Departure porte bien son nom puisqu’il marque l’arrivée du groupe de Garrett Hobba en Californie, celui-ci ayant du quitter Seatlte pour des raisons de santé.

On retrouvera une partie de la morosité du Nord-Ouest sur des titres comme « Goden Hour » mais les textes seront, la plupart, du temps contrebalancés par des arrangements propres à sa destination du groupe, c’est-à-dire un tant soit peu ensoleillés. Les climats americana sont partis, même si on entend, ça et là, des harmonies à la Fleet Foxes mais le climat est moins à la dérive ou aux méandres et offre, par conséquent, un mélange plaisant d’indie britannique et d’influences soft-rock.

Il faudra donc voir le morceau précité comme une déclaration d’intention digne des Pale Saints avec ses vocaux pop angéliques er son fuzzy-rock tout comme on dénichera des réminiscences des Eagles ou des Jayhawks sur « Black Flowers » alors que « Road To The Sun » rappellera I Like Trains ou Mogwai mais encore The Flaming Lips et le Pink Floyd.

Les racines americana sont toutefois encore présentes : la lamentation accompagnée à la laspsteel de White Queen » avec son climat et ses vocaux poussiéreux à la Midlake ou « Here It Comes » qui emprunte aussi bien au post-rock qu’à l’alt-country.

Departure, même s’il traîne un peu des pieds, a le mérite de se terminer comme il commence sur des touches plus rock (« Stairs »). Ce dernier morceau est musclé (guitares post-punk façon 80’s à la Factory) à l’inverse des autres chansons, plutôt cérébrales. Ces influences louchant vers l’Europe sont autant de raison d’écouter Soft Hills avec des oreilles différentes et plus ouvertes que précédemment.

 

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David Crosby: « Croz »

3 février 2014

On ne va pas présenter David Crosby bornons-nous à dire que Croz est tout simplement ce qu’un album de David Crosby se doit ou se devrait, enfin, d’être. Il ne s’agit pas ici du son d’un artiste qui se reposerait sur des lauriers, fanés, ou une gloire, passée, et retournant à ses paramètres par défaut mais c’est, en vérité, la déclaration d’intention d’un homme qui est ce qu’il est et de ce qui le rend si unique.

Ce disque est le premier album solo de puis 20 ans est il est bourré d’arrangements jazzy et de structures mélodiques aux changements constants. En ce sens il est nouveau, si ce n’est novateur, mais il demeurent aisément identifiable. L’instrumentation est chaude et dépouillée, instantanément reconnaissable et chaleureuse tout comme des textes personnels et introspectifs tout en demeurant imprévisibles. Il y a en fait une oscillation permanente entre le David Crosby que nous connaissons et celui qui, aujourd’hui, témoigne de sa présence. La voix reste d’une pureté absolue et exerce toujours le même charme, réaffirmation vitale d’un vétéran au même titre que Roy Harper.

Savoir que Mark Knopfler a participé à l’enregistrement est alors superflu, tout comme l’est la mention de musiciens de sessions réputés à Los Angeles comme Wynton Marsalis ou Leland Sklar. Croz est en effet l’album de David Crosby, un David Crosby épanoui tant ils n’est nulle part fait mention de ses problèmes légaux ou médicaux. Quelques allusions à Stephen Stills ou Graham Nash sont là néanmoins, ne serait-ce que dans certains parties mélodiques et, même si le disque sort sur le label que lui et Nash ont fondé, Croz a été réalisé au studio de Jackson Browne et chez le fils de Crosby, Raymond, qui produit également le disque.

Ce côté familial, humainement et musicalement, est d’ailleurs présent dans le climat de ce disque qui demeure inhérent à Crosby. Il revendique les traces d’ADN qu’il a laissées chez des musiciens comme Fleet Foxes ou Jonathan Wilson, existant dans ce continuum créé autour des années 1967 mais toujours incroyablement contemporain.

On retrouvera le fragrance de « Triad » sur un titre comme « Is She Called » où Crosby réfléchit à la manière dont des prostituées qu’il a entraperçues en Belgique parviennent à gérer leur quotidien. On ne peut qu’y voir une métaphore sur la vie de Crosby et qu’un constatation, qu’à 72 ans, il y parvient parfaitement bien : plein d’humilité et de contrition mais aussi de perçant et d’habileté affirmée et astucieuse.

★★★★☆